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vendredi 21 octobre 2022

Evêque Justin

 

Mgr Justin Jeremić a été aujourd’hui élu nouvel évêque du diocèse d’Europe occidentale de l’Église orthodoxe serbe par l’Assemblée des évêques ! Il succède à Mgr Luka Kovacević, décédé le 17 décembre 2021.

Le nouvel évêque d’Europe occidentale, Justin, est né le 22 juin 1982 à Ruma. Il a terminé l’école primaire dans sa ville natale, d’où, avec la bénédiction de l’évêque de Srem, Mgr Basile, il s’est inscrit au Séminaire théologique à Sremski Karlovci. Il a été ordonné moine en 2002 au monastère de Velika Remeta.

Après le séminaire, qu’il a terminé comme le meilleur élève de sa promotion, il a été envoyé à l’Académie théologique de Moscou sur la recommandation de son évêque. Au cours de ses études, il a montré l’intérêt pour les études liturgiques. Ainsi, en quatrième année d’études, il a été nommé professeur de pratique liturgique à l’église de l’Intercession de la Mère de Dieu de l’Académie théologique. En 2006, il a été diplômé de l’Académie théologique, soutenant la thèse : « L’hésychasme dans le monachisme serbe aux XIIIe et XIVe siècles ». Au cours de ses études, en tant que meilleur étudiant étranger, il a reçu une bourse spéciale du Fonds du patriarche Alexis Ier.

En 2008, avec la bénédiction de Mgr Basile et du Saint-Synode, il a été envoyé poursuivre des études de troisième cycle à la Faculté de théologie d’Athènes, où il est resté jusqu’en 2013, s’intéressant particulièrement au domaine de la liturgie. 

Avec la bénédiction de l’évêque d’Europe occidentale, Mgr Luka, il a déménagé d’Athènes à Paris. Il desservait les paroisses de Lyon et de Dijon, ainsi que la paroisse de Saint-Sava à Paris. Le 27 janvier 2015, il a été nommé protosyncelle et le 30 octobre 2016, il a été élevé au rang d’archimandrite.

Il parle russe, grec et français. Lors de sa session ordinaire, le 29 mai 2021, le Saint-Synode des évêques de l’Église orthodoxe serbe l’a élu évêque vicaire de Hvostan. Il a été ordonné évêque le 12 septembre 2021 dans la cathédrale Saint-Sava à Belgrade.

Une liturgie épiscopale solennelle a eu lieu le 9 octobre 2022 dans la cathédrale Saint-Sava à Paris, où le patriarche serbe Porfirije a intronisé le nouvel évêque d'Europe occidentale, Justin

 




dimanche 16 octobre 2022

La pêche miraculeuse

                                                                        (Luc : 5, 1 – 11)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.


 

Aujourd’hui, L’Eglise orthodoxe notre véritable barque spirituelle nous invite à voyager avec le Christ en elle afin d’entendre de lui les paroles de la vie éternelle pour mettre en œuvre avec nous notre existence religieuse et bénir notre devenir en vue de notre salut. De quoi parle le Seigneur ? De pêche qui de laborieuse et stérile devient douce et abondante, si nous la vivons avec le Christ.

 

Nous comprenons qu’il s’agit ici et pour nous d’une pêche spirituelle, qui pour porter de bons et savoureux poissons, nous demande à l’image du Christ de quitter tout ce qui nous enserre au point d’étouffer et la parole de Dieu et jusqu’à notre propre existence. Que fait le Christ ? Il monte dans une barque et nous invite à y monter avec lui pour nous éloigner du rivage, c'est-à-dire à distance des lieux communs, qui alimentent nos pensées, nos paroles ou nos œuvres, et  nous empêchent de nous renouveler en esprit et en vérité.

 

Imitons le Seigneur, car il est l’unique modèle de toute perfection et comme Lui, enseignons le saint évangile à notre cœur et à notre esprit qui gémissent de l’abandon dans lequel nous laissons notre existence spirituelle. Notre Saint Christ, voit la lassitude parfois extrême qui peut saisir chacun d’entre nous, lorsque comme ces pêcheurs, nous avons le sentiment que rien ne va, que nous sommes incapables de nous engendrer à la beauté de la vie religieuse, que nous avons lancé tant et tant de filets au sein de nos familles, amis ou couples et que sans cesse, tout nous semble stérile et inutile. 

 

Que dit le Christ ? Jette encore et encore le filet de l’espérance dans ta vie jusqu’à atteindre un jour ton cœur profond, et là tu verras émerveillé qui tu es vraiment depuis toujours et pour toujours dans la liberté intérieure. Le Seigneur est là, au bord du lac, il contemple sereinement ce qui se passe autour de lui, puis choisit une barque c’est-à-dire une orientation précise parmi celles qui sont possibles. Nous aussi nous devons apprendre à discerner dans quelle barque et avec qui nous y montons pour ne pas nous retrouver encore et encore dans les galères qui prennent un malin plaisir à se répéter. Le Christ ne s’est pas embarqué tout seul pour accomplir son œuvre, la solitude qui enferme serait ici le signe même de la stérilité spirituelle. Il embarque avec tous ceux et celles qui désirent le suivre, pour traverser ensemble les nuits et les jours de notre vie en Dieu et dans le monde. 

 

Le Christ dit à Pierre  « jette en eau profonde », c'est-à-dire quitte la superficie des êtres et des choses si tu veux pêcher la vraie vie qui est le fond même de ton être et de ta personne. Pierre répond comme pour se justifier, ce que nous faisons en permanence, mais qui nous demande de nous justifier, « nous avons pêché toute la nuit sans rien prendre ». Si nous cultivons sans cesse la nuit de nos ignorances, de nos doutes, de nos erreurs, nous risquons de mourir littéralement de faim spirituelle, mais si nous nous tournons résolument vers le Christ, alors pour nous aussi la pêche sera miraculeuse et si abondante que nous aurons naturellement le désir de la partager avec tous nos frères et sœurs qui le souhaitent. 

 

Les miracles spirituels se réalisent dans la communion des personnes et non dans le jugement des individus envers d’autres individus. Si nous estimons que l’autre n’est pas digne de participer à la pêche spirituelle dans l’Eglise dans telle ou telle fonction, qu’un tel ou une telle vu son histoire ne devrait même pas être reçu dans l’Eglise, alors Dieu lui- même avec toute Sa miséricorde et Sa compassion ne nous sert à rien, car notre attitude serait celle de braconniers qui volons non seulement notre frère ou notre sœur, mais dépouillons en quelque sorte Dieu lui-même de Sa divine générosité. Disons humblement nous aussi avec Pierre : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un pécheur », alors L’Esprit de toute grâce nous libèrera de tout jugement sur nous-mêmes et sur l’autre en nous donnant de nous recouvrir les uns les autres du manteau de l’amour fraternel et de la prière de compassion authentique.  

 

Regardons la vie dans l’Eglise du Christ, voici la barque du prêtre et celle du diacre au service de l’Autel, celle du chef de chœur et celle des choristes ensemble au service de la Communauté tout entière, celle des Fidèles unis à celle du chœur et à celle de l’Autel, les barques des saints et des anges qui s’unissent pour concélébrer avec nous, toutes ces barques pour accomplir une seule et unique œuvre divino-humaine qui est de célébrer les très saints Mystères du Christ, ceci n’est possible que dans l’amour de Dieu et du prochain, par la persévérance de l’ascèse évangélique.

 

Que dit le Christ encore à Simon-Pierre : « sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu vas pêcher ».  Cette parole est dite pour chacun et chacune d’entre nous, nous devons jeter le filet de l’amour de Dieu au fond de nous-mêmes pour y pêcher notre humanité et la sanctifier. Cette pêche de soi-même est une voie spirituelle bénie par le Seigneur, pour veiller sur ce que je suis de plus précieux dans le regard de Dieu. Veiller sur ce que je porte de plus beau et de plus vrai en moi, c'est-à-dire l’image de Dieu, c’est nourrir la vie divine en moi, oui je veille sur la présence divine en moi et nous comprenons avec tous les saints, que l’icône d’une telle veille, c’est Marie-Théotokos.  

 

L’Eglise orthodoxe connaît toutes les conditions d’une telle veille et les donnent à qui veut s’en rassasier, il suffit de venir et de persévérer dans la célébration de la Divine Liturgie et de prolonger celle-ci dans l’existence quotidienne pour que la pêche devienne peu à peu abondante et savoureuse spirituellement et riche humainement. Voulons-nous une voie parfaite pour être sanctifié, alors apprenons à vivre selon l’amour du Christ. Saint Jean nous dit « Dieu est Amour » et saint Paul nous dit « tout passera sauf  l’Amour ». Prions Dieu de nous donner d’aimer ainsi, car autrement, je ne peux me réjouir de l’existence de l’autre, ni me réjouir de ma propre existence et je vais recommencer à persécuter l’autre et à me persécuter dans une farandole sans issue existentielle véritable. 

 

Ne nous épuisons pas à lutter frontalement contre nos péchés et à désespérer de notre salut, mais apprenons à cultiver l’amour de Dieu et l’amour pour la vie selon l’Evangile du Christ. Souvenons-nous que nous sommes chacun et chacune un Christ en puissance et puisons dans cette vérité, l’ascèse qui est bonne pour nous. L’amour se nourrit d’amour et la Divine Liturgie est le Don même de l’Amour et cet Amour est porté et engendré par la lumineuse et splendide humilité de l’Eglise orthodoxe de notre saint Christ. 

 

La prière tournée vers Dieu, est la meilleure médiation pour être exaucé selon cette parole « demandez et vous recevrez », mais comment prier ? Apprendre à « être présent à la présence divine dans notre prière personnelle ou liturgique », enraciner la prière en nous en vue d’acquérir par l’Esprit Saint la ferveur dans la prière et pour cela « être simple, être confiant et être attentif ». 

 

Etre simple, selon cette parole du Psaume 116, 6 « Dieu garde les simples », saint Paul en Ephésiens. 6, 5 « serviteurs, obéissez dans la simplicité de vos cœurs », c’est à dire prions sans aucune recherche de sensations intérieures ou extérieures et laissons à L’Esprit Saint le choix des fruits de cette expérience pour nous.

 

Etre confiant, selon cette parole du Psaume 73,28 « je mets ma confiance dans le Seigneur », c’est être dans la certitude que Dieu est là, non seulement il nous écoute et nous voit, mais il répond toujours de manière personnelle, inutile de crier comme si Dieu était lointain ou pire absent, IL est là.

 

Etre attentif, selon cette proclamation du prêtre ou du diacre pendant la célébration liturgique « soyons attentifs »,d’abord à nous-mêmes ne nous laissons pas détourner de l’essentiel, accueillons ce que l’Esprit dit à l’Eglise et à notre esprit, et dans cette attention à la présence divine, disons les mots de la prière simplement et avec confiance, revenons tranquillement à la prière à chaque fois que nous prenons conscience que nous nous sommes laissés dispersés par des pensées inutiles et stériles, juste revenir à la prière sans nous juger ou juger la qualité de notre prière. 

 

 

La Tradition spirituelle de notre Eglise propose à notre liberté la « prière de Jésus », comme modèle pour apprendre à prier, mais pour que la prière porte des fruits selon Dieu, nous devons haïr le péché et non le pécheur, le péché est inhumain et donc étranger à l’homme créé par Dieu à l’origine. Mais ne luttons pas seul contre les péchés, ne nous isolons pas au cœur de l’Eglise ni au sein du monde, prions Dieu de nous donner la grâce de convertir en nous les ténèbres en lumière en apprenant à cultiver l’acte d’aimer, c’est à dire, pratiquer l’enseignement évangélique pour l’amour de Dieu et du prochain, « l’amour divino-humain est le vrai poisson seul désirable de la pêche spirituelle », dont nous parle l’Evangile de ce jour.  

 

C’est pourquoi, la barque de l’Eglise a vocation à pêcher l’homme dans la mer de l’humanité, elle nous emmène infiniment plus loin et plus profond que celle d’Ulysse à la recherche de la toison d’or dans le jardin des Hespérides, elle vogue bénie vers le Royaume de Dieu afin que nous soyons revêtus de la robe nuptiale en vue de nous rassasier autour de la table du Christ, par les poissons spirituels contenus dans la divine grâce pour la vie éternelle.

 

Au Père source de l’Amour, au Fils incarnation de l’Amour et au Saint-Esprit donateur de l’Amour, soit la Gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles aux siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon 

 

dimanche 9 octobre 2022

La Cananéenne.


(Mat. 15, 21 à 28)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à travers l’exemple d’une femme païenne à ne pas nous laisser dépouiller de l’héritage spirituel et matériel que Dieu créateur a déposé dans l’être dès l’origine du monde. De quoi s’agit-il ? D’une histoire d’amour et de souffrance qui unit une mère à sa fille possédée par un démon qui rend son existence invivable, mais ne tombons pas dans le piège inhumain d’un jugement du genre, si elle est possédée, elle doit bien y être pour quelque chose, ce sont des païens donc quoi d’étonnant si leur vie est remplie de ténèbres.

 

Dieu aurait-il crée les uns bons et d’autres mauvais ? Qui peut vouloir adorer un tel Dieu ? Que lisons-nous dans le livre de la Genèse 1, 27 « Dieu créa l’homme à son image, homme et  femme IL

les créa » avec toute la sagesse, la beauté, la grâce et la liberté de devenir une personne divino-humaine accomplie par la pratique volontaire d’une ascèse spirituelle et religieuse, qui pour nous est la voie et la vie orthodoxe.  

 

Cette femme cananéenne est créée à l’image divine, appelée à devenir ressemblante à cette image en elle, elle porte en elle la grâce qui habite et accompagne toute l’humanité et qui la conduit aujourd’hui vers Jésus, qu’elle appelle « Seigneur et Fils de David », ces deux Noms désignent dans la théologie hébraïque, le « Messie » c’est à dire l’envoyé de Dieu prophétisé et qui a pour seule et unique vocation le salut de l’homme, car dit encore le Seigneur « Je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour le sauver ». 

 

Voici donc, cette femme qui interpelle Jésus le Messie et lui dit « aie pitié de moi, Seigneur Fils de David, ma fille est fort malmenée par un démon », mais Jésus ne lui répond pas un mot, au point que ses disciples le priaient « fais lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris », cette femme et mère crie vers le Seigneur par amour et compassion envers sa fille, elle n’est pas préoccupée de son confort personnel, non, elle vit le drame qu’éprouve son enfant, elle ressent la souffrance de sa fille, là où les disciples impatients demandent au Christ d’intervenir pour que cette femme cesse de les harceler par ses cris. 

 

Jésus répond « Je n’ai été envoyé que vers les brebis perdues de la maison d’Israël », mais la femme prosternée devant lui insiste « Seigneur, viens à mon secours », elle vit dans son âme l’épreuve de la possession et de la souffrance de sa fille avec la même acuité que son enfant, Jésus lui répond à nouveau et dit « il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens », si nous ne voyons comme les disciples que les seules apparences de ce drame, la parole de Jésus nous apparaitra non seulement incompréhensible mais d’une grande dureté de cœur. Notre discernement partiel et partial ne peut sonder la profondeur de l’enjeu de la relation de Dieu et de cette femme, le Seigneur seul connait l’abîme du cœur de cette femme, il sait en esprit et en vérité que par son attitude d’apparente indifférence, il va renforcer le désir de cette mère d’être exaucée.

 

Alors, cette femme répond au Seigneur Jésus « oui, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres », et Jésus l’ayant amenée à exprimer sa pensée lui répond en retour « O femme, grande est ta foi, qu’il t’advienne maintenant selon ton désir et dès ce moment sa fille fût guérie ». La guérison que le Seigneur Jésus veut donner à celui ou celle qui la lui demande, n’est pas le fruit d’un acte magique, le don de la guérison demande d’être incarné par la personne en souffrance et cela suppose un dialogue vrai qui tient compte de l’état réel de la personne éprouvée.

 

Peut-être quelques uns penseront, pourquoi toute cette mise en scène, le Christ ne pouvait-il pas guérir cette fille, juste en lui disant, Je le veux soit guérie ? Bien sûr, qu’il le pouvait même sans lui prêter la moindre attention ! Mais le Seigneur privilégie toujours la rencontre personnelle et si possible un dialogue qui permet de faire émerger la pensée, l’espérance et le désir profond de la personne humaine.

 

Ce qui caractérise cette femme païenne, c’est l’amour et la compassion qu’elle ressent pour sa fille possédée et l’humilité audacieuse mais pleine de confiance envers celui qu’elle appelle « Seigneur, Fils de David », ce drame qui éprouve notre humanité et aussi le beau témoignage qui montre que le miracle peut faire irruption dans l’humaine condition, le miracle n’est pas un droit que Dieu me devrait, mais une œuvre spirituelle qui unit Dieu et l’être humain. 

 

L’Evangile de ce jour montre que pour que la grâce vivifiante puisse s’incarner dans notre humble quotidien, elle demande notre participation réelle qui ne consiste pas à vouloir réaliser des exploits ascétiques, mais à apprendre à mettre en œuvre de manière concrète ici et maintenant, la volonté divine qui nous est proposée dans l’Eglise et par l’Ecriture sainte. 

 

C’est pourquoi, le Psalmiste nous met en garde contre les faux dieux qui rôdent comme des voleurs d’âme à la recherche d’une proie naïve et qui sont « des idoles faites d’argent et d’or, œuvres de la main des hommes, idoles qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas », menteurs sans scrupules et idoles déconnectées de toute expérience divino-humaine, de toute référence à Dieu, loups ravisseurs déguisés en moutons passés maitres pour envoûter les cœurs brisés. 

 

Voici donc, cette païenne méprisée par certaines castes de prêtres hypocrites qui se voient volontiers comme des modèles à suivre, réprimandée en plus par les disciples du Christ sous prétexte qu’elle leur casse les oreilles, mais malgré toute cette antipathie agressive cette femme reste debout dans l’espérance, car elle sait par une certitude intérieure qu’elle sera finalement accueillie, écoutée et exaucée par celui que l’Eglise confesse comme le véritable et unique Grand-Prêtre, à savoir notre saint médecin des âmes et des corps, le Christ, elle a ressenti au fond de son être que ce Jésus pouvait et voulait sauver sa fille malade. 

 

Jésus par l’image des petits chiens ne méprise pas cette femme ni aucun être, il désire éveiller celui ou celle qui le souhaite à l’existence d’une nourriture bien plus essentielle que des simples miettes, il se donne comme la véritable nourriture qui seule peut donner la vie éternelle. L’Eglise est le lieu où Dieu invite l’homme à sa table mystique afin de le nourrir à travers la sainte Cène par le Corps et le Sang du Seigneur et Sauveur et le préparer ainsi à accueillir dans le Royaume à venir son Dieu selon cette parole, alors « Dieu sera tout en tous ».

 

L’Eglise a vocation d’être à l’image de cette cananéenne, la voix qui prie et crie vers Dieu de libérer l’humanité de toutes les possessions qui oppriment l’homme et l’empêchent d’aller librement vers Dieu son Créateur. Dieu à travers l’épreuve de cette femme et de sa fille, nous invite à venir le rencontrer quelque soit notre situation individuelle, Dieu regarde notre cœur et notre désir et nous propose d’avancer dans la vie avec Lui. En Jean 14, 1, Jésus nous dit « que votre cœur ne se trouble pas » et en Jean 16, 22 « Je vous reverrai et votre cœur se réjouira »,avec moi vous pouvez être plus grand que vos épreuves existentielles, car votre cœur ne sera jamais dans sa profondeur spirituelle soumis à la fatalité. 

 

Au Père de l’humanité, au Fils devenu homme parmi nous et à l’Esprit qui nous divinise, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

dimanche 2 octobre 2022

L’Exaltation de la Croix Vivifiante.

                                                                        (Marc, 8, 34 à 9,1)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



 

Aujourd’hui, l’Eglise célèbre dans la joie spirituelle, l’Exaltation de la Croix vivifiante, selon cette parole « je ferai de toi le sujet de ma joie », nous ferons donc de la croix du Seigneur le sujet de notre joie par notre foi que sa croix est pour nous l’arbre de vie déposée par Dieu dans l’Eglise et dans notre vie. 

 

Le Seigneur nous dit « si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ». Suivre le Christ est donc une décision personnelle, qui demande un

engagement sans faille dans la fidélité envers Dieu, malgré les épreuves qui peuvent plus ou moins nous crucifier dans notre existence quotidienne. Ailleurs le Christ nous dit que « son joug est doux et son fardeau est léger », n’est-ce pas contradictoire ? A quel moment, notre croix devient-elle un fardeau brutal et lourd, la croix devient insupportable dès que nous prétendons la porter tout seul, c’est à dire, sans le Christ et sans l’Eglise.

 

Pour nous chrétiens orthodoxes, la source de notre être et de notre vie est la Divine Trinité et la croix nous a redonné la grâce de renouer cette communion avec Dieu selon cette parole du Christ à Marie sa Mère et à Jean le bien-aimé « femme voici ton fils, et à Jean, voici ta mère », ce qui signifie que Jésus nous remet à sa Mère icône de l’Eglise comme des fils et des filles, et nous invite à prendre, à notre tour l’Eglise comme notre Mère très aimante à l’image de Jean, qui prend Marie chez lui.

 

Que celui qui veut me suivre renonce à lui-même, prenne sa croix et me suive, n’est-ce pas le Seigneur qui le premier à renoncer en quelque sorte à rester dans l’immuable sérénité au sein de la Divine Trinité ? Ce renoncement originel est la source même de notre salut, le Fils est resté Dieu tout en devenant homme, de même, sommes-nous appelés à renoncer au vieil homme pour devenir par grâce dieu et d’abord véritablement homme. C’est ce grand don et mystère spirituel qui nous est proposé, et que l’Eglise fête aujourd’hui par l’Exaltation de la précieuse croix du Seigneur.

 

Nous comprenons que la très sainte Croix que nous exaltons et vénérons dans l’Eglise, est le signe parfait de l’accomplissement par le Fils de Dieu de son propre enseignement, à savoir « tu aimeras le Seigneur ton Dieu…et ton prochain comme toi-même ». La croix est identique à l’amour absolu de Dieu pour son prochain qui est l’humanité rachetée par le Christ. Mais cette croix est aussi le fruit inhumain des passions humaines, qui ont fini par crucifier le Seigneur des seigneurs, notre saint Christ.

 

Le renoncement à soi-même, que Dieu propose à la liberté de l’homme, c’est de renoncer à ce qu’il n’est pas et qui le rend étranger à lui-même, à savoir une caricature de l’humanité dans laquelle ne rayonne plus la beauté divino-humaine sur le visage de l’homme. La croix comme visage de l’amour divin est une réalité impossible à contempler sans la foi en un Dieu qui aime et qui souffre en Christ de l’éloignement et de l’exil douloureux de l’homme crée à l’image et à la ressemblance de Dieu. 

 

Nous savons que Dieu seul aime parfaitement puisque l’Amour est sa nature même, comment ferons-nous pour aimer et Dieu et notre prochain ? Beaucoup parmi nous se demandent et se tourmentent même avec cette pensée « comment savoir si j’aime Dieu, puisque je ne ressens en moi aucune preuve ni sentiment particulier qui pourrait enfin me rassurer » ?  

Le Seigneur répond lui-même, que dit-il en Jean, 14, 23 « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, nous viendrons et nous ferons une demeure chez lui », aimer Dieu signifie donc pour nous, accomplir les commandements évangéliques, sans rechercher et encore moins attendre des états spirituels particuliers ou privilégiés, devenir un christ est notre vocation, la grâce du comment appartient à la volonté divine.

 

C’est dans notre Eglise orthodoxe, que nous apprenons et recevons la grâce de garder le grand trésor de la parole divine, qui est notre témoignage personnel d’amour envers Dieu, c’est dans l’Eglise que nous est révélée quelle est « la longueur, la largeur, la hauteur, et la profondeur de l’amour de Dieu » et la croix en est la réalité dans toute sa plénitude. La croix comme arbre de la vie, est plantée en même temps au centre de l’autel du sacrifice non sanglant et au centre de l’autel du cœur de chacun d’entre nous, c’est pourquoi, nous pouvons en goûter les fruits spirituels par la communion au Corps et au Sang de notre Dieu. 

 

Le Christ nous dit : « qui veut sauver sa vie la perdra », y aurait-il plusieurs sauveurs, l’homme peut-il se sauver lui-même, pour ne pas perdre notre vie nous sommes encouragés à la vivre pleinement, et cette plénitude ne peut être donnée que par le Créateur de la vie, quant à nous, pour accueillir une telle vitalité divine, il est de notre responsabilité de garder la « parole de Dieu et de la vivre ». 

 

Le Seigneur ajoute : « que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie » ? Et que peut donner l’homme en échange de sa propre vie » ? La croix est pour nous, le signe de la victoire de la vie et de la lumière divine sur les ténèbres infernales et les œuvres impies de l’homme séparé et de Dieu et de lui-même, l’homme sans Dieu est un homme sans avenir dans ce monde ni dans le monde à venir. 

 

Certes, par notre croix nous expérimentons aussi la « douloureuse joie », nous savons combien parfois, aimer peut paradoxalement faire souffrir avec l’impression d’en mourir, mais le Seigneur nous a donné l’Eglise qui est aussi notre corps spirituel divino-humain, dans laquelle, il a envoyé « L’Esprit de toute consolation », afin qu’IL nous descende lui-même avec douceur de la croix de nos épreuves existentielles. 

 

Saint Paul nous dit « le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu », la croix est donc un langage, une voix qui s’adresse à moi et pour entendre le sens de ce langage, il nous faut apprendre à nous laisser aimer de Dieu plutôt que de croire que nous pouvons par notre seule volonté, aimer Dieu. Aimer à la « folie » selon l’expression populaire, c’est en vérité ne pas aimer du tout, car une telle manière de vouloir aimer ne laisse aucune place à l’autre et lui ôte toute possibilité de trouver sa liberté personnelle, n’est pas « fol en Christ qui veut ». 

 

En Proverbe 3,18 nous lisons « la sagesse est un arbre de vie », dont les racines plongent depuis l’arbre de la croix dans les profondeurs insondables et indicibles du cœur de l’homme, nous chantons durant les Matines dominicales « voici que par la Croix, la joie a pénétré le monde entier », c’est pourquoi, peut s’unir en nous le chant religieux qui relie le ciel et la terre par une communion qui nous élève vers Dieu et nous tourne aussi vers l’humanité, à travers la célébration de la sainte et Divine Liturgie. 

 

Dans Gal. 6, 14 saint Paul nous dit « pour moi, je ne me glorifie de rien si ce n’est de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ », Paul n’était-il pas apôtre et colonne de l’Eglise naissante, un martyr spirituel pour la gloire de Dieu, n’a t-il pas vu le Seigneur se révéler à lui sur le chemin de Damas, n’est-il pas monté au troisième ciel où il a entendu des paroles ineffables ? 

Pourtant la gloire personnelle que Paul revendique avec puissance, c’est celle de la croix du Christ, cette même croix devant laquelle nous nous prosternons et que nous exaltons tous d’un seul cœur et d’une seule âme aujourd’hui dans l’Eglise, pourquoi ? Parce que le Seigneur sur la croix, porte l’humanité et désire la déposer sauvée au sein de la Divine Trinité, selon cette parole « tout est accompli » et « sois sans crainte petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume », encore faut-il que l’homme désire vraiment faire partie de ce saint « petit troupeau », c’est à dire de l’Eglise du Seigneur Jésus.  

 

Le Seigneur par sa croix veut réconcilier tous les hommes, mais pas sans l’amen de l’homme, réunir ce qui était séparé, faire un homme nouveau en unissant le juif et le païen, c’est pourquoi Paul nous dit cette parole si forte «…pour créer en lui le Christ, un homme nouveau, faire la paix et les réconcilier avec Dieu, tous deux, juifs et païens en un seul corps, par la croix ». 

 

Si à priori la croix du Christ devait réconcilier juifs et païens, à fortiori ne devrait-elle pas nous réconcilier entre nous chrétiens orthodoxes, l’Eglise et toute Paroisse orthodoxe est le Corps du Christ dont nous sommes les membres, nous qui confessons la même « foi envers la Croix du Seigneur», notre foi dans la croix salvatrice à l’œuvre en nous est nous le croyons, la grande lumière de grâce répandue pour la vie du monde.

 

« Sauve ton peuple, Seigneur et bénis ton héritage, accorde à tes fidèles victoire sur les ennemis et sauvegarde par ta croix les nations qui t’appartiennent », voici le merveilleux tropaire que chante l’Eglise de ceux qui sont fidèles par leur foi et leur vie orthodoxe envers le Seigneur. Le salut n’est pas le fruit d’un hasard, mais celui d’un engagement réel qui nous demande de porter notre croix en communion avec la Croix du Christ, afin de convertir par la voie et la vie orthodoxe tous nos ennemis intérieurs opposés à notre salut en Dieu.

 

Que la grâce du Seigneur nous bénisse et nous fortifie afin que nous puissions accomplir notre vocation orthodoxe et avec toute l’Eglise chanter d’un seul cœur et d’un seul esprit « devant ta Croix, nous nous prosternons ô Maitre, et ta sainte Résurrection nous la chantons ». 

 

Au Père qui a planté l’Arbre de Vie dans le Paradis, au Fils qui l’a planté par la Croix dans l’Eglise et à l’Esprit Saint qui l’a planté dans le Royaume de Dieu, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon 

 

 

 

dimanche 25 septembre 2022

Le plus grand commandement

                                                                     (Math. 22, 35 à 46)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.


 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à persévérer dans l’ascèse qui consiste à engendrer l’amour de Dieu et de notre prochain, cette œuvre vitale nous est demandée afin de restaurer en nous la dignité inaliénable de la nature humaine créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette œuvre qui engage l’homme tout entier, trouve sa vocation au cœur de l’Eglise qui transmet au croyant le goût de la beauté, de la sagesse spirituelle, de la vérité éternelle qui est le Christ et de la possibilité divino-humaine d’apprendre à aimer.

 

Le Seigneur nous donne le commandement d’aimer Dieu « de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit et notre prochain comme nous-mêmes », aimer se limiterait à un commandement ? Le commandement renvoie ici à « obéir librement et être volontaire », c’est un acte de foi en Dieu et de confiance en soi, car nous croyons que le commandement divin est porteur de grandes grâces. Etre volontaire comme le centurion qui disait au Seigneur « j’ai des serviteurs sous mes ordres, je dis à l’un fais ceci et il le fait, à l‘autre fais cela et il le fait », le Christ était émerveillé par la foi de cet homme, c’est le centurion qui commande, ce n’est pas sa seule pensée ou un état d’âme, c’est lui tout entier qui agit, de même pour nous, nous devons apprendre à commander et à ordonner le chaos de nos pensées, paroles ou actions pour aimer en communion avec la volonté divine. 

 

Le commandement d’aimer demande d’autant plus de force de conviction, que nous vivons dans un monde qui se désacralise, au profit d’une multitude d’idoles élaborées pour nous séduire et nous asservir de gré ou de force à la volonté dominatrice des fanatismes religieux, scientifiques ou politiques. Les gourous pullulent et dénoncent les religions établies pour mieux instaurer leurs fantasmes psycho ésotérico quelque chose, des scientifiques veulent fabriquer l’homme-androïde du futur qui bien sûr leur serait soumis, des politiques nous promettent des lendemains qui chantent à condition que nous leur laissions les pleins pouvoirs pour nous rendre heureux, il n’est pourtant pas besoin d’être un grand prophète pour ressentir l’intranquillité dans laquelle se noie l’humanité et le monde. 

 

L’humanité comme un funambule en déséquilibre sur le fil de l’existence se balance au-dessus des abîmes et essaye comme elle peut de ne pas rester suspendue dans le vide de la survie au quotidien. Ainsi l’homme, entre guerres réelles et fausses paix, harnaché et tiré à hue et à dia par l’hypocrisie et la volonté pathologique des soit disant puissants de ce monde, finit par osciller comme un pendule entre euphorie et dépression. 

 

L’Eglise est là infiniment patiente, oasis et havre où les caravaniers des routes sans issue peuvent s’arrêter pour accepter l’invitation divine à se restaurer corps, âme et esprit dans leur libre volonté personnelle.

 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur », comment aimer ainsi, si mon cœur est rempli par les pensées agitées du monde, par les pensées relatives au passé impossible à modifier, tourmenté par les désirs inassouvis, troublé par des pulsions contraires à la dignité humaine. C’est par un commandement divin que nous sommes appelés à aimer, cette œuvre d’aimer nous devrons l’acquérir par notre labeur spirituel qui exige notre volonté libre pour  réaliser en Dieu l’ascèse évangélique de la conversion intérieure sans laquelle aimer reste impossible. Ce commandement d’aimer de tout son cœur est justement la base dans laquelle s’enracine toute la tradition hésychaste et qui consiste à apprendre à aimer Dieu et son prochain de « tout notre cœur ».

 

En Mathieu 6, 21 nous lisons « ton trésor sera là où est ton cœur profond », c’est pourquoi, saint Théophane le Reclus nous dit que « toute pensée ou sentiment qui ne passe pas par un cœur purifié par la grâce divine, reste sujet au doute ». Pour l’être orthodoxe, nous comprenons alors, que l’amour et le salut sont une seule et même réalité ultime, puisque d’après saint Paul « l’amour est ce qui reste et que le salut est le fruit de l’amour ». La voie du cœur et son fruit spirituel atteignent leur plénitude dans la parole mémorable du Christ « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme », de même que pour le cœur, il s’agit d’aimer de toute « mon » âme, je ne peux déléguer à personne mon désir d’aimer ou d’être aimé, je dois être celui ou celle qui décide d’aimer malgré les épreuves de mon existence, je dois apprendre à me solliciter en premier et tout entier dans mon désir de Dieu, si mon désir est personnel, il ne doit pas être solitaire ou pire isolé, c’est pourquoi, l’Eglise a vocation d’accueillir ceux et celles qui cherchent Dieu. Nos saints Pères et saintes Mères, nous encouragent à prier et à méditer les « Psaumes », parce qu’ils mettent à nus tous les faux sentiments qui nous habitent et nous donnent les réponses et attitudes justes que ce soit  pour nous libérer de toute emprise pathologique ou pour célébrer la louange de Dieu. 

 

L’âme est créée et vivifiée par le « souffle divin », l’homme peut tuer le corps et corrompre l’âme, mais il ne peut la détruire parce qu’il n’en est pas le créateur, c’est pourquoi, quelque soit notre situation existentielle, l’homme peut toujours prier Dieu pour le salut de son âme. L’âme, tout comme le corps, l’esprit ou le cœur a vocation à aimer Dieu et le prochain, l’amour ne meurt pas, sinon comment pourrions-nous aimer encore à nouveau après chaque nouvelle 

désillusion qui ébranle plus ou moins notre être et notre existence. 

 

« Tu aimeras le Seigneur de tout ton esprit », c’est quoi mon esprit, comment connaître de l’intérieur la réalité de l’esprit qui nous habite, si je ne connais rien de lui, c’est comme si j’étais envahi par une réalité étrangère dont j’ignore tout ou presque. La vocation de l’esprit est d’incarner en nous ce qu’il peut contempler de la présence divine, la nourriture naturelle de l’esprit est l’accomplissement dans l’homme de la sagesse contenue dans l’Eglise, cette sagesse est vécue sur un mode liturgique et transmet à l’homme la connaissance de la volonté divine qui consiste encore et toujours à apprendre à aimer Dieu et l’homme. Saint Mathieu en 26, 41 nous rappelle que « l’esprit de l’homme est par nature bien disposé », mais a besoin d’être gardé et purifié du trouble que peut provoquer en lui l’âme tourmentée et tout son cortège de désirs incessants et passionnés. Les Béatitudes comme voies du salut, nous enseignent que « bienheureux sont les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux », cette pauvreté de l’esprit semble contredire l’affirmation de saint Paul qui dit « que l’esprit connaît tout ce qui est dans l’homme », il n’en est rien, car la connaissance parfaite réside en Dieu et ne peut rien contenir de partiel ni de partial, le pauvre en esprit est donc celui qui se purifie de tout savoir mondain qui l’isole et empêche toute véritable empathie humaine, pour se nourrir du désir de vie éternelle illuminée par la présence divine.  

 

Le Seigneur parle d’aimer de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, le corps serait-il inutile voire exclu dans l’œuvre d’aimer ? Le corps ne peut exprimer sa nature spirituelle qui si nous le vivons pour ce qu’il est fondamentalement, à savoir temple de l’Esprit Saint. Le corps est le médiateur de la grâce divine, il est l’humble serviteur de l’esprit et de l’âme de l’homme, il ne demande rien pour lui-même et pourtant il reçoit toutes les bénédictions divines. N’est-ce pas le corps qui par la bouche accueille le Corps et le Sang du Christ et le transmet ainsi à la personne toute entière ? N’est-ce pas le corps qui est marqué par le Saint Esprit dans le signe du saint Chrême et qui transmet cette grâce à la personne toute entière au moment du saint baptême ?  

Si le corps était un corps mort ou un poids qui plombe l’être, comment pourrait-il transmettre la beauté, la douceur et la tendresse de ceux qui désirent aimer Dieu de toute leur âme, cœur et esprit. 

 

A l’opposé, si notre corps est utilisé et sollicité en permanence pour satisfaire toutes nos convoitises, alors nous en faisons un objet et le rendons infirme et incapable de transmettre la grâce divine, étant crée par Dieu, le corps est saint et sacré et si nous le bénissons comme tel, alors le corps participe pleinement dans notre désir d’aimer Dieu et notre prochain.  

 

Saint Jean en 1, 17-18 dit : il est donné à notre esprit de comprendre qu’en vérité la parole du Christ procède du « Père des Lumières », la parole du Seigneur contient donc la lumière de la vie divine et celui ou celle qui lui ouvrira son cœur sera visité par la grâce qui révèlera dans l’être en esprit et en vérité, la « personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu », telle est la divine promesse du Seigneur donnée à l’homme son bien-aimé.

 

Au Père inengendré, au Fils engendré et à l’Esprit qui nous engendre spirituellement, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

dimanche 18 septembre 2022

Banquet et robe nuptiale.

                                                                                                                             

(Matthieu 22, 2 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à venir vers elle, afin de recevoir le don de notre robe nuptiale, pour participer aux noces spirituelles et au banquet mystique, autour de l’Autel qui est la table royale où trône la Divine Trinité, pour célébrer ensemble la Divine Liturgie. La robe nuptiale symbolise ici, toutes les conditions personnelles, ecclésiales et spirituelles à mettre en œuvre pour rencontrer le Roi des rois, Son Fils Jésus, le Saint-Esprit…et notre prochain. 

 

Nous avons déjà entendu parlé, des vêtements spirituels que doivent revêtir ceux qui désirent vivre selon l’Evangile, ces habits bénis que sont les Dons de l’Esprit de Dieu énumérés par saint Paul et qui sont « l’amour, la paix, la joie » ainsi que les autres dons que Dieu donne à qui les Lui demande. Ces dons nous sont proposés en vue de créer avec Dieu la robe nuptiale vivifiante qui nous est personnellement destinée, la qualité de notre robe nuptiale sera aussi une icône, un témoin fidèle de toutes nos œuvres existentielles.    

 

Mais dirons-nous peut-être, de quoi est donc faite cette fameuse robe nuptiale si désirable et si nécessaire pour être reçu comme un convive à la table divine ? Elle est tissée de lumière et de vie… la robe nuptiale est faite de la lumière incréée, de cette lumière plus que lumineuse qui irradiait de la splendeur du Dieu vivant, au sommet du Mont Thabor, où le Seigneur Christ s’est transfiguré devant Jean, Pierre, Jacques, et devant les prophètes Moïse et Elie. Cette belle robe nuptiale lumineuse, ne peut être tissée par nos seules œuvres humaines, bien qu’elle soit faite avec nous et pour nous, elle est le premier vêtement spirituel originel fait pour l’homme sorti des mains créatrices de notre Père du Ciel, ces mains saintes, pures et divines que sont le « Verbe et l’Esprit ». Mais l’ultime et véritable robe nuptiale donnée par la grâce de Dieu, sera le « corps de gloire », c’est à dire notre « corps transfiguré et déifié » semblable par grâce à celui de notre Seigneur, le Saint Ressuscité. 

 

Le Seigneur dit : « le Royaume des Cieux est semblable à un roi qui fît un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités à la noce, mais ils ne voulurent pas venir ». Nous connaissons tous, les serviteurs de Dieu qui nous ont été envoyé à travers le temps et l’espace dans l’histoire de l’humanité, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Anges, et de nos jours, l’Eglise dans laquelle les prêtres ne se lassent pas d’inviter les hommes, à venir tous se rassasier des nourritures spirituelles et en premier, du « Corps et du Sang de notre Seigneur ». 

 

Saint Paul dit à son disciple Tite : « toi, enseigne à temps et à contre temps, tout ce que je t’ai enseigné », de même, les prêtres ne cessent de nous rappeler l’enseignement évangélique et de nous prier de venir avec assiduité à l’Eglise, au banquet royal divino-humain, car c’est là et seulement là, que nous pouvons espérer recevoir toutes les grâces et bénédictions utiles pour façonner peu à peu notre robe nuptiale et nous préparer à festoyer spirituellement dans l’éternité du très saint Royaume de Dieu. 

 

L’Evangile nous dit encore : « de nouveau, il envoya d’autres serviteurs…tout est prêt, venez aux noces ! Mais ils ne voulurent pas venir ». Cette parole, renvoie chacun et chacune d’entre nous à lui-même, certes nous sommes venus aujourd’hui et nous avons dit « amen » à l’invitation divine. Mais notre présence, dans l’Eglise-Royaume, de quoi est-elle en « esprit et en vérité le signe » et quel en est le sens réel et le fruit dans notre vie? Le saint Evangile nous est donné comme une source de méditation pour vivifier notre existence, et non comme un discours basé sur l’infantilisation et des interdits qui relèvent d’une psychologie de pacotille. 

Nous pouvons être là, dans l’Eglise, et pourtant toutes sortes de résistances intérieures peuvent se réveiller et nous travailler, les pensées alors ne nous lâchent pas, la concentration semble impossible, la liturgie paraît interminable. L’Evangile de ce jour témoigne de toutes ces choses dans notre âme qui peuvent nous parasiter, mais cette épreuve de l’âme peut devenir pour nous libératrice, si nous acceptons de l’accueillir et d’agir avec l’intelligence du cœur.    

 

L’Evangile poursuit : « mais ils ne tinrent pas compte de cette invitation et s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce, et les autres s’emparèrent des serviteurs, les maltraitèrent et même les tuèrent ». L’Evangile nous montre ainsi des invités dont l’âme est instable, ils oscillent entre ignorance, indifférence et folie meurtrière, individus désorientés par les pensées insensées de leurs cœurs, possédés par leurs possessions, ballotés au gré de leurs états d’âme, orphelins de leur précieuse humanité, perdus en eux-mêmes au point d’être devenus comme insensibles à la rencontre possible avec le Roi et son Fils. 

 

Alors, le roi dit à ses serviteurs : « le festin est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes ; allez dans les carrefours et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver » ! Pourquoi donc, les invités se sont-ils eux-mêmes rendus indignes du festin ? Le Seigneur nous éclaire : « parce qu’ils calculent chacun pour soi et en soi, si au fond çà vaut vraiment la peine de se déplacer à l’Eglise, pourquoi sont-ils ainsi? Pour toutes sortes de raisons, par désintérêt, manque de foi, d’espérance et d’amour envers Dieu, leur prochain et la sainte Eglise du Christ. La conversion de leur cœur a beaucoup de mal à se réaliser, l’esprit résiste à la grâce, la vie religieuse se limite au minimum et ne permet pas un enracinement réel dans la vie spirituelle et dans l’Eglise. C’est pourquoi, l’humanité se revêt de ténèbres qui engendrent dans les âmes incrédules et non converties, les malheurs éprouvants de ce monde qui ont pour nom générique la « dépression » avec son cortège d’illusions pathologiques. 

 

Alors dit l’Ecriture : « les serviteurs du roi s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle des noces fût remplie de convives ». Cette multitude d’individus appelés au festin céleste, est celle qui était encore en dehors de l’Eglise, elle ignore tout ou presque de ce roi qui les invite, mais cette sorte d’innocence par ignorance ne peut suffire à justifier leur refus de connaître qui est en vérité ce roi. 

 

C’est pourquoi, nous ne pouvons pas venir dans l’Eglise par habitude et sans conversion véritable de notre cœur, sans désir de Dieu librement choisi, sinon nous nous privons nous-mêmes de l’héritage divin. « Etre orthodoxe, c’est le devenir, » c’est tout faire pour ressembler au Christ notre Dieu, le Christ est allé à la Synagogue, nous sommes donc invités à l’imiter et à aller à l’Eglise. La vie selon Dieu ne se résume pas à des pensées sur Dieu, mais à agir de manière digne d’un chrétien orthodoxe, sinon nous risquons de nous voir mettre à la porte et de nous entendre dire par le Seigneur la parole qu’Il a dite aux vierges folles : « Je ne vous ai jamais connu ». Nous pouvons venir à l’Eglise quelques soient nos états d’âmes, car nous savons que « le Seigneur témoigne lui-même qu’Il est venu pour les malades et non pour les biens portants », mais le roi ne peut nous donner audience ni nous guérir en notre absence.  

 

Ensuite dit l’Evangile : « le roi entra pour voir les convives, et il aperçut un homme qui ne portait pas l’habit nuptial. Il lui dit : « mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit nuptial ? Mais l’homme resta muetqui est l’homme muet, c’est celui qui ne parle ni avec Dieu ni avec l’homme, c’est celui, dont la présence au banquet n’est motivé que par le voyeurisme et l’intérêt pour les nourritures matérielles du banquet. Il n’entre pas en lui-même et n’entend pas le roi lui dire « mon ami », parole qui aurait pu le sauver de sa solitude tragique et provoquer une ouverture dans son esprit, alors le roi dit aux serviteurs : Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres extérieures ». Gardons-nous de porter un jugement sur l’attitude du roi ou sur l’homme muet, rentrons en nous-mêmes et voyons d’abord dans quel état est notre propre robe nuptiale.

Ainsi, il est absolument illusoire de penser qu’il suffit d’être là dans l’Eglise pour être sauvé, de faire acte de présence sans s’engager vraiment dans la conversion du cœur et dans la vie spirituelle. L’Eglise est l’œuvre de tous, c’est notre plus beau chantier commun, c’est le trésor des trésors que nous devons transmettre à nos enfants, et à tout homme et toute femme de bonne volonté. La robe nuptiale se tisse dès le plus jeune âge, sur le métier liturgique et sur la conversion de notre esprit, dans le désir simple et réel qui consiste à suivre et à vivre avec Celui qui nous dit : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

 

La prière liturgique est pour nous le temps privilégié et favorable, pour demander à la Divine Trinité tous les biens précieux et nécessaires pour notre salut, ces biens qui sont tous contenus dans l’expression générique de « robe nuptiale ». C’est pourquoi, les saints et les anges nous recouvrent de leur robe glorieuse et de leur sainte prière, afin que notre Dieu, Ami de l’homme, nous comble de bénédictions pour notre salut. 

 

L’Eglise tout en étant la plus belle icône du Royaume de Dieu ne s’impose pas, elle respecte la « liberté glorieuse des enfants de Dieu », elle attend donc comme une mère spirituelle très sage, humble et patiente, que viennent les véritables invités du Seigneur. L’Eglise a comme vocation de transformer les « appelés » que nous sommes tous en « élus et amis de Dieu », et cette sainte vocation divino-humaine et ascétique se réalise de manière privilégiée, au cours du banquet mystique qui est la célébration ensemble de la Divine Liturgie. 

 

Saint Jean nous enseigne dans son Prologue : « que tout a été fait par le Verbe, que celui-ci est la vie et que la vie est la lumière des hommes », la robe nuptiale qui est faite de cette lumière du Verbe éternel, s’engendre donc pour nous chrétiens orthodoxes à partir de la vie divine en Christ et dans son Eglise et nulle part ailleurs. Si donc, nous voulons que Dieu lui-même nous revête de Sa lumière, venons communier au Corps et au Sang du Christ, car « l’Eucharistie est la matrice spirituelle » de cette robe nuptiale. Ne soyons pas « muets » comme cet homme qui n’avait pas la robe nuptiale, mais parlons à Dieu, parlons avec Dieu, parlons entre nous, par la louange à travers la Divine Liturgie et ce faisant, nous donnons à Dieu l’occasion de répondre à notre prière liturgique et à notre prière personnelle. 

 

Au Père et Roi qui bénit les noces spirituelles de Son Fils avec l’humanité, à l’Esprit Saint qui nous invite sans cesse au festin divino-humain, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon

 

dimanche 11 septembre 2022

Sel de la terre et lumière du monde

(Math. 5, 14 à 19)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, l’Eglise nous remémore cette parole éblouissante du Seigneur « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », saint Jean nous dit que « qu’en lui, le Verbe divin, était la vie et que la vie était la lumière deshommes », là le Seigneur de gloire glorifie l’homme en lui disant « tu es la lumière du monde », divine humilité du Christ qui montre à quelle hauteur il situe la personne humaine. 

 

Que penser, que dire, que faire devant une telle parole, peut-être juste commencer à y croire vraiment et ne plus s’embourber dans les pensées stériles habituelles du style « je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne suis pas digne et autres mises à mort de notre âme ». Ce qui est demandé, c’est de ne plus laisser notre sel de l’esprit s’affadir et de témoigner par notre lumière devant les hommes, pourquoi ? Afin que « les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est aux cieux ». 

 

En Genèse 19, 26 il est écrit « elle devint une statue de sel », une telle statue n’est qu’une idole sans vie et momifiée, alors que le sel dont parle le Seigneur est celui de la sagesse créatrice qui est une grâce divine qui permet de se façonner avec Dieu, une vie et une existence qui vaille la peine d’être vécue. Saint Marc, 9, 50 commente le sel dont parle le Seigneur en disant « ayez du sel en vous-mêmes pour vivre en paix, les uns avec les autres », nous pouvons en conclure que la paix est la véritable saveur du sel spirituel. Mais de quelle paix s’agit-il ? De celle dont le Christ nous dit « Je vous donnerais la paix qui surpasse toute intelligence », c’est pourquoi saint Paul enseigne à la suite de saint Marc que « votre parole soit toujours aimante, et de plus assaisonnée de ce précieux sel qui est l’art de répondre à chacun avec intelligence ». 

 

« Vous êtes la lumière du monde », là aussi comme pour le sel, nous pouvons méditer sur Genèse 1, 4 « Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres », la lumière est singulière et unique, alors que les ténèbres sont aussi nombreuses que nos pensées non purifiées par l’Esprit Saint, toutes ces pensées humaines trop humaines qui ne cessent d’essayer de nous limiter à la sphère psycho- somatique et matérielle. 

 

Si donc nous voulons nous séparer des ténèbres, il sera nécessaire de prier Celui qui est non seulement la Lumière absolue, mais aussi le créateur et donateur de la lumière spirituelle qui peut illuminer les ténèbres les plus ténébreuses ce dont témoigne saint Jean 1,5 « la lumière luit dans les ténèbres ». Peut-être quelqu’un dira que tout cela est bien beau, mais comment sortir réellement de nos ténèbres, la création divine est bien faite et ce sont les « tournesols » qui vont nous donner la solution, nous pourrions peut-être comme eux nous tourner vers notre beau soleil spirituel le Christ, qui rayonne au sein de la vie liturgique de notre Eglise. 

 

En saint Jean 8,12 le Christ dit « Je suis la lumière du monde » et ailleurs « marchez, tant que vous avez la lumière », tant que vous existez dans ce monde, ne le quittez pas en état de ténèbres que n’éclaire plus aucune espérance d’une vie possible après la mort. Nous pouvons ici comprendre, c’est à dire « prendre avec nous », cette parole divine comme le signe qui montre que la voie des béatitudes est celle qui révèle dans l’homme la lumière qui l’habite et peut faire de lui et avec lui un bienheureux selon la grâce divine, le bienheureux est vraiment « sel de la terre et lumière du monde ».

 

Le malheureux individualiste autant révolté contre Dieu que contre l’homme, plongé dans les ténèbres du manque de discernement spirituel, aveuglé pas les pseudo lueurs d’un monde replié sur lui-même, se meurt de solitude aride et réfractaire à toute spiritualité religieuse.

C’est pourquoi, saint Paul en 2 Cor 6, 14 dit « quoi de commun entre la lumière et les ténèbres » ? La lumière et les ténèbres étaient incompatibles jusqu’à l’incarnation parmi nous du Christ qui est la « véritable lumière qui peut éclairer tout homme dans ce monde », à condition que l’homme de ténèbres désire accueillir la vie lumineuse divino-humaine. Si donc, nous voulons émerger hors de nos ténèbres intérieures et nous engendrer à la lumière de la vie, nous pouvons nous tourner résolument vers Dieu, selon la parole de saint Jean en 1, 5 « Dieu est Lumière, il n’y a aucune ténèbres en Lui », car nous savons que si un « aveugle guide d’autres aveugles, ils finissent tous par tomber dans l’abîme ». 

 

La lumière dont il est témoigné ici est celle de l’esprit d’intelligence, dont nous parle saint Paul, en 1 Cor 2, 11 « car qui connaît les choses dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui...et qui connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu ». L’apôtre Paul souligne ici avec réalisme ce double mouvement unissant Dieu et l’homme, celui de se connaître par l’esprit qui sonde les profondeurs de l’être et donne la connaissance divino-humaine par la grâce de Dieu.

 

« Vous êtes la lumière du monde », si donc je désire m’éclairer par cette lumière, il me faut aller la chercher à la source intarissable qui est le Christ qui nous dit lui-même « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et donc croire que même dans nos ténèbres, le salut de Dieu est possible. Dieu est vivant et lumière, l’Eglise est notre Mère lumineuse, spirituelle et religieuse auprès de laquelle nous pouvons expérimenter la vie en Dieu proposée à tout baptisé au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans l’Eglise corps du Christ se trouve toute l’œuvre divino-humaine du Seigneur, c’est pourquoi, Dieu l’a déposée au cœur du monde comme un phare lumineux, avec comme vocation d’illuminer les ténèbres de ce monde et éveiller l’humanité endormie. 

 

La méditation du mystère de l’Eglise comme lumière divine est vitale pour nous orthodoxes, car elle aussi notre propre mystère et la lumière enfouie au fond de notre être, l’Eglise de Dieu est une icône de l’économie divine dans le monde et un miroir lumineux où chacun et chacune peut recevoir la grâce de voir le Dieu vivant face à face sans mourir.

 

« Vous êtes la lumière du monde », l’Eglise, lumière divine incarnée, n’est-elle pas « le Corps du Christ dont IL est la tête ? » Elle nous transmet toute la lumière spirituelle que nous pouvons espérer, dont nous pouvons nous nourrir et nous désaltérer pour pratiquer l’ascèse qui convient à notre désir de vie orthodoxe. 

 

« Vous êtes la lumière du monde », c’est là tout simplement notre vocation depuis notre création originelle, sinon comment pourrions-nous en vivre, cette lumière que nous sommes et qui nous habite, doit commencer par se révéler ici dans notre réalité terrestre, non, il ne s’agit pas de faire des choses extraordinaires ou de jouer les originaux, mais d’apprendre à mettre jour après jour de manière modeste mais régulière en œuvre l’enseignement évangélique, de venir à l’Eglise régulièrement pour concélébrer ensemble dans la lumière liturgique les mystères du Christ, dont la finalité ultime est le salut éternel de l’homme.  

 

« Vous êtes la lumière du monde », du monde pas du « Royaume de Dieu », la lumière plénière sera là lorsque selon la promesse divine « Dieu sera tout en tous », avec espérance, écoutons et pratiquons la sagesse de l’Eglise et bénissons Dieu pour toutes ses grâces.

 

Au Père source de la lumière, au Fils incarnation de la lumière et à l’Esprit illuminateur, soit la gloire et la louange, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon