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samedi 30 mars 2024

Dimanche de saint Grégoire Palamas

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen. 


En ce second dimanche de carême je ne voudrais pas passer sous silence le message qu'aujourd'hui même précisément saint Grégoire Palamas veut nous communiquer. Il a été au XIVe siècle le porte-parole, l'expression charismatique du grand courant spirituel qu'on appelle hésychasme.

L'essentiel de ce mouvement porte sur la recherche de l'unité profonde de l'homme dans le cœur, le développement de la pratique et de l'enseignement de la Prière du cœur, qui est l'invocation incessante du nom de Jésus. Il affirme que l'homme peut dans son être entier se transfigurer, se transformer et devenir visionnaire de Dieu, de sa grâce, de sa gloire, de sa lumière, anticipant la vision éternelle du Royaume dans la vie actuelle de l'Église.

Saint Grégoire Palamas n'est qu'un porte-parole d'un courant qui prend son origine dès la naissance de l'Église, qui s'est développé avec les siècles et continue à notre époque.

Ce courant, que nous appelons hésychasme, n'est rien d'autre au fond que la certitude que lorsque le cœur de l'homme est réellement purifié, l'homme tout entier est illuminé ; la certitude que le salut communiqué à l'homme concerne l'homme tout entier, son corps comme son âme et son esprit. Rien dans la vie de l'homme ne doit rester étranger à la grâce et à l'illumination du Saint-Esprit.

Au sein de ce grand courant spirituel, les Pères de l'Église rattachent toute l'histoire

de l'humanité, toute l'histoire sainte d'Israël, toute la sainteté infuse dans l'Ancienne

Alliance qui ensuite fleurit en abondance dans l'Église. À travers l'expérience même de cette transformation du cœur, c'est la présence de la Trinité qu'ils découvrent dans le tabernacle de notre cœur.

Dans cette histoire globale du salut, la Mère de Dieu occupe une place prépondérante.

Saint Grégoire Palamas, dans un de ses sermons sur la fête de l'Entrée au Temple de

la Mère de Dieu dit qu'on peut l'appeler « la mère de la prière perpétuelle ». Si la Mère de Dieu a été digne de devenir celle qui donnerait sa chair humaine pour faire naître en elle le Verbe et Fils éternel de Dieu, c'est qu'elle était profondément et totalement remplie de la grâce de l'Esprit Saint, c'est qu'en elle aboutit tout le chemin préparé par la grande cohorte des élus, des saints, des justes et des pauvres de Dieu dans l'Ancien Testament.

En lisant les psaumes et les prophètes ainsi que le livre mystérieux du Cantique des Cantiques, nous trouvons le pressentiment ou la préfiguration des expériences des saints et des justes qui ruminent, murmurent et gémissent au fond d'eux-mêmes le nom de Dieu, la parole de Dieu et méditent ses commandements. Je voudrais vous lire quelques versets du long psaume 118, celui qu'on peut appeler le psaume de la prière ou de la méditation intérieure. Ce psaume est chanté dans son entier aux matines du Samedi Saint, pendant l'office de l'Ensevelissement du Sauveur, aux matines des défunts et lu chaque jour dans l'office de minuit monastique, 131). Ce dernier verset rappelle le premier hirmos d'un canon à la Mère de Dieu. Ces versets soulignent la profondeur et l'urgence de la méditation de la parole de Dieu dans le cœur humain : « Dans mon cœur j'ai caché tes paroles » (Ps 118,11), dans mon cœur comme dans un lieu mystérieux et secret qui n'est connu que de Dieu et de moi. « J'ai médité tes paroles que j'ai grandement aimées » et « dans la nuit je me suis souvenu de ton nom Seigneur » (Psaume 118, 55) car la véritable prière n'est pas seulement une prière diurne, mais aussi une prière nocturne qui s'accomplit même pendant le sommeil. Certes les Saints, les spirituels, les moines sont appelés à prier tout le temps et particulièrement à se lever la nuit. Mais les chrétiens qui ne peuvent pas le faire peuvent s'endormir dans la prière, pour se réveiller dans la prière. De sorte que la prière s'incorpore au souffle de la respiration, au battement de notre cœur, et que peu à peu la prière s'installe pour ne plus nous quitter.

« Dans la nuit, je me suis souvenu de ton Nom, Seigneur » dit le psalmiste, tandis que la fiancée du Cantique dit « Je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5,2). Cette phrase a souvent été méditée dans la tradition spirituelle de l'Église orthodoxe. Ou encore « Que tes paroles sont douces à mon palais, plus que miel à ma bouche » (Ps 118, 103). Non seulement les paroles sont douces, mais la Parole, mais le Nom de Dieu, le nom du Seigneur. « J'ai ouvert la bouche et j'ai aspiré l'Esprit, parce que j'ai désiré ardemment tes commandements » (Ps 118) qui dit : « J'ouvrirai la bouche et elle se remplira de l'Esprit ».

Oui, quand nous ouvrons la bouche pour respirer, nous aspirons et faisons entrer en nous l'air ; mais quand nous ouvrons la bouche pour prier, nous aspirons et faisons entrer en nous l'Esprit. Ces quelques exemples montrent l'expérience profonde emmagasinée dans la prière du peuple d'Israël. Et toute cette expérience cumule et se rassemble et se concrétise dans la Mère de Dieu. Car toutes ces paroles, tous ces versets psalmiques, nous pouvons penser que la Mère de Dieu les a murmurés sans fin dans son cœur. C'est pourquoi elle mérite bien le terme qu'elle se donne devant l'archange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. » Dans cette parole s'exprime le « oui » de la Vierge Marie, le fiat, l'amen qui est adhésion totale du cœur de Marie à la volonté de Dieu. De même, lorsque remplie de joie lors de sa rencontre avec Élisabeth, elle chante le Magnificat avec les mêmes mots d'humilité : « Le Seigneur a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante. »

La vierge Marie, la future Mère de Dieu se considère comme une servante. Plus tard, elle découvrira ce que c'est qu'être une servante à l'image de son Fils, venu, « non pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude. » Elle découvrira jusqu'où peut aller ce service, qui est en réalité offrande de tout l'être. Cette offrande totale ne peut se réaliser que dans un cœur embrasé, contrit et brisé par l'amour de Dieu.

Marie réalise en elle la vocation qui est celle de tout homme, celle pour laquelle nous avons été créés sur la terre et qui se résume dans le mot de « serviteur ». Comment ne pas citer ici un autre psaume, que nous lisons dans les vêpres quotidiennes : « Comme les yeux des serviteurs sont fixés sur les mains de leurs maîtres, comme les yeux de la servante sont fixés sur les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux sont tournés vers le Seigneur notre Dieu jusqu'à ce qu'il ait compassion de nous, » (Ps 122,2). Tout est donné dans cet humble regard du serviteur ou de la servante vers la main, – même pas vers le visage ou les yeux – de son maître. Ainsi lorsque nous levons les yeux vers le Seigneur, nous n'attendons, nous ne demandons, nous ne recevons rien d'autre que sa compassion, sa miséricorde et sa grâce. C'est là l'attitude de la Mère de Dieu, la servante du Seigneur. Avant même l'apparition de l'Archange, avant même cette vocation extraordinaire de devenir toute entière le Temple du Seigneur, elle avait déjà transformé son cœur en un autel, dont elle est elle-même le prêtre et l'offrande. En invoquant le Saint Nom, elle le faisait déjà vivre en elle. Chaque fois que nous prions, que nous appelons le Seigneur, il vient habiter en nous. Cette présence ineffable se réalise, avant même la venue du Sauveur, dans le cœur  des justes de l'Ancienne Alliance.

Lorsque l'Archange vient lui annoncer la Bonne Nouvelle de la naissance en elle du Sauveur d'Israël, du Fils du Très-haut, elle sait que désormais le Nom qu'elle prononçait sans cesse dans son cœur, le nom de Yahvé, du Seigneur Dieu va s'unir, se confondre avec le nouveau Nom que l'Ange lui a dit de donner à ce fils, le nom de Jésus. Le nom de Jésus, elle le murmurera à mesure qu'elle sentira grandir dans son sein cette présence nouvelle d'un enfant qui est aussi le Sauveur. Le nom de Jésus et le nom de Dieu ne feront plus qu'un en elle. Marie réalise à travers sa virginale consécration au Seigneur sa maternité pour sa vie entière et pour l'éternité.

C'est une maternité à la fois naturelle et surnaturelle, puisque celui qui naît d'elle naît sans semence d'homme. Mais c'est une maternité élargie à l'humanité entière par son obéissance jusqu'au pied de la Croix du Sauveur. « 'Femme, voici ton fils.' Et à partir de ce moment Jean la prit chez lui. » (Jn 19,27).

Cette maternité universelle de Marie est le prototype de notre existence. Nous devons tous devenir le sanctuaire de la présence de Dieu, nous devons tous, à l'image de la Mère de Dieu, engendrer en nous le Sauveur, le Dieu qui naît en nous d'abord comme un petit enfant fragile, comme l'amour est fragile. Mais il grandit et se fortifie en nous fortifiant. C'est en cela que nous entrons dans la grande famille de Dieu, à travers la prière lorsque la prière atteint notre cœur profond, que nous nous sentons blessés par l'amour de Dieu, happés par son Nom, désirant uniquement la prière et rien d'autre que prononcer le nom de Jésus, le nom du Seigneur, d'invoquer sa miséricorde et sa compassion sur nous et sur le monde entier.

Alors, même vivant dans le monde, nous sommes remplis de Dieu, nous vivons notre vie en Christ, dans l'union réciproque, nous aspirons et expirons l'Esprit en joie, en grâce, en douceur, en compassion sur le monde, à l'image de la Mère de Dieu et des saints.

Amen.

+ Boris Bobrinskoy

dimanche 24 mars 2024

Triomphe de l’Orthodoxie

     

 (Jean  1, 43 – 51)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise Orthodoxe célèbre le « Triomphe de l’Orthodoxie », elle nous transmet le témoignage de ceux et celles qui étaient autour du Christ, qui ont accueilli  son enseignement, l’ont mis en pratique et ont parfois donné leur vie par le Martyre dans leur certitude intérieure que le Christ était la Vérité Absolue incarnée. Cette vérité de la « foi, de l’espérance et de la charité » est venue jusqu’à nous à partir des Apôtres, de leurs successeurs les Evêques et de nos saints Pères et nos saintes Mères en Dieu. Cette vérité divino-humaine est conservée précieusement avec amour et dans toute sa beauté théologique, liturgique et spirituelle dans notre sainte Eglise orthodoxe. La Tradition iconographique que nous célébrons aujourd’hui, témoigne de la grâce engendrée par sa présence vivifiante qui illumine de lumière céleste l’Eglise, notre âme et le monde. Je nous propose avec la grâce du Saint-Esprit de méditer ensemble sur ce que signifie, pour chacun et chacune d’entre nous, le fait d’être orthodoxe, d’apprendre à devenir une icône pascale et véridique par l’ascèse orthodoxe qui a vocation d’unir la personne humaine avec les Personnes divines.

 

Pour contempler cet « être orthodoxe », il nous faut garder à l’esprit : « que Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu », existe t-il dans ce monde éphémère un projet plus désirable ou plus digne pour l’être humain aimé de Dieu ? Si par la grâce divine et l’intelligence du cœur, nous accueillons avec foi notre vocation à être déifié en accomplissant Dieu bénissant les œuvres évangéliques, nous serons des témoins réels de la vocation divino-humaine de l’Eglise.

 

Si être orthodoxe, c’est glorifier et louer Dieu dans la justesse, alors en vérité, seul est orthodoxe dans toute sa plénitude divino-humaine, Celui qui a dit : « Père du ciel et de la terre, Je te loue de ce que tu as caché cela aux yeux des sages et des intelligents de ce monde, et que tu l’ai révélé aux petits ». Chacun d’entre nous est invité, à devenir un de ces petits que l’Eglise du Christ engendre et doit faire croître spirituellement en « taille, en grâce et en sagesse devant Dieu et parmi les hommes ».

 

Nous voilà invités à acquérir la sainteté et à devenir dieu par la « grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit », pourquoi ? Pour  offrir à notre tour, sur le modèle unique du Seigneur Jésus, personnellement et ecclésialement la louange juste à la Divine Trinité. Etre orthodoxe, c’est croire que l’Eglise est cette terre sainte et sacrée dont je suis une pierre précieuse, ciselée par l’humilité, l’amour et la vérité à travers la célébration liturgique. Croire qu’au cœur de l’Eglise se trouve la personne et qu’au cœur de la personne habite la Divine Trinité, contempler l’Eglise comme l’icône véritable et parfaite qui contient toutes les icônes particulières.

 

L’Eglise orthodoxe est la maison de l’être orthodoxe, son lieu de vie, où le croyant fidèle et de bonne volonté, reçoit toutes les grâces et bénédictions utiles pour accomplir son existence de chrétien orthodoxe au cœur même du monde. L’Eglise seule peut tenir sa promesse au Nom de Dieu et donner à tout homme et à toute femme qui le désire vraiment, la certitude et la plénitude du salut dans l’amour, la vérité et la sainteté.

 

Si j’aime quelqu’un, alors je suis prêt à faire tout ce que je peux pour cette personne, je veux être avec elle le plus et le mieux possible, il en est de même pour la sainte Eglise, si je l’aime ou si j’ai le désir d’apprendre à l’aimer, alors je vais tout faire pour la connaître, je la considère comme ma bien-aimée et je veux savoir qui elle est, ce qu’elle fait, en un mot vivre avec elle. Je me prépare à cette rencontre divino-humaine, je ne viens pas au rendez-vous au dernier moment où pire en retard, je viens m’imprégner tout entier de l’ambiance spirituelle du lieu saint et vivifiant, je suis tourné tout entier vers le Bien-Aimé Seigneur Jésus que mon cœur désire, appelle et espère.

Pour accéder à la sainteté, nous devons avec notre Bien-Aimé Seigneur, désirer devenir saint, croire que c’est notre vocation, si nous la pensons inaccessible, elle le devient effectivement et nous rend incapable de cultiver le vie et la voie orthodoxe. Cultiver la sainteté, la goûter, la toucher, la sentir, la regarder et l’entendre et cela très concrètement par l’expérience personnelle, ici et maintenant. Où direz-vous peut-être ? Dans ce lieu saint et béni qu’est l’Eglise, comment ? Par la pratique assidue, religieuse et spirituelle de la Divine Liturgie qui nous donne « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu révèle à ceux qui l’aiment et qui croient de tout leur cœur en lui ».

 

Nous sommes tous ici l’Eglise et aussi les dépositaires de ce que nous lisons dans les Actes des Apôtres : « L’Esprit Saint et nous avons décidé que … ». Cette décision commune et unanime est le trésor spirituel toujours vivant et vivifiant qui nous est confié dans la Sainte Eglise orthodoxe. Chacun et chacune d’entre nous est invité à témoigner par sa vie de cette réalité spirituelle qui est le fondement de l’être personnel et de l’Eglise, et cette expérience peut nous donner, peu à peu, le discernement intérieur en vue de la louange juste de Dieu.

 

L’hérésie est ce qui est partiel et partial. C’est ce qui veut imposer, même dans l’Eglise, y compris par la force, la partie comme étant le tout de la vérité révélée. C’est pourquoi, lorsque nous sommes tentés de vouloir imposer notre vision individuelle de l’Orthodoxie, nous devons nous souvenir avec humilité que l’Eglise est le visage lumineux de Dieu dans notre monde, et par là même opposée aux masques grimaçants des ténèbres inhumaines. L’Eglise est éternelle en Dieu, pourquoi ? Parce qu’elle est le Corps et la Tête du Christ, le Corps Ressuscité, elle est le Corps religieux, mystique et spirituel du Seigneur Jésus, elle est aussi notre corps par la grâce divine, ne sommes-nous pas comme dit l’apôtre Paul « temple de l’Esprit Saint ».

 

Confessons et accueillons humblement la Foi orthodoxe, reçue comme un héritage divin, vivons là afin de nous garder avec la bénédiction divine, de toute « chute », à l’image de celle qu’ont connu nos ancêtres, Adam et Eve. Tant que prédomine en nous l’esprit du monde et l’individualisme, nous resterons aliénés et aucune liberté réelle ne pourra exister, car seule la dimension de « personne est icône des Personnes Divines ». C’est pourquoi confesser la Foi orthodoxe par l’être orthodoxe consiste à prendre comme « Guide unique le Christ » et non les séducteurs hypocrites qui veulent nous transformer en objet. Prions l’Esprit Saint de nous configurer à l’image de Dieu en nous pour réaliser, le retour progressif à la ressemblance de Dieu.

 

Etre orthodoxe, c’est apprendre à « aimer sans conditions imposées à l’autre », fussent-elles spirituelles, semer, cultiver et vivre en nous l’enseignement évangélique. Mais pour aimer sans condition, je dois apprendre auprès de l’Amour qui est Dieu comment L’aimer « de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces…», afin d’espérer un jour « aimer mon prochain comme moi-même ». Le Seigneur nous a clairement montré comment lui témoigner réellement notre amour, en disant : « celui qui m’aime, c’est celui qui garde Mes commandements et les mets en pratique », celui qui croit aimer sans Dieu ne serre dans ses bras que ses illusions et se prépare une existence de déceptions amères.

 

L’un des commandements pour un orthodoxe, c’est sa présence dans l’Eglise, selon cette parole du Christ « venez et voyez », pour apprendre à connaître comment Dieu se révèle à nous, selon la réalité de notre foi en lui, selon la qualité de notre désir de le connaître et de l’aimer. Ne pas venir avec régularité et persévérance dans la sainte maison de Dieu, est incompatible avec être orthodoxe. Sans l’Eglise, nous les orthodoxes nous nous dépouillons nous-mêmes de l’essentiel, et nous privons nos enfants de leur identité religieuse profonde, le Christ ne dit-il pas « laisser venir à moi les enfants, ne les empêchez pas », alors comment justifierons-nous notre absence ?

 

Etre orthodoxe, c’est « apprendre à se réjouir de notre vie en Dieu » en demandant à Dieu la Joie dont le Christ nous dit « que nul ne pourra nous la ravir ». Comprenons que, dans l’espérance de ce Don, nous ne devons pas désespérer de voir les fluctuations de nos états d’âme, mais apprendre à convertir toute tristesse malsaine et persévérer tranquillement en Dieu.

 

Etre orthodoxe, c’est « apprendre à être paisible dans notre existence » en demandant à Dieu la Paix dont le Christ nous dit : «  qu’elle dépasse toute intelligence », pacifier nos impatiences et nos irritations, ne pas faire de discours pseudo spirituels. La paix du Seigneur n’est pas un objet de discussion voire de dispute, au milieu d’un « aéropage de soit disant sages mondains auto-satisfaits et qui auraient l’esprit tellement plus ouvert, que notre Eglise orthodoxe ».

 

Etre orthodoxe, c’est « apprendre à imiter sans cesse » ce que le Christ dit de lui-même : « apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur », œuvrer encore et encore, pour transformer notre cœur de pierre en cœur de chair, nous humaniser, ne pas s’inquiéter outre mesure de nos échecs, un temps viendra où Dieu nous donnera Lui-même sa douceur et son humilité.

 

Etre orthodoxe, c’est « apprendre la patience par la maîtrise de soi », apprendre à accepter ce que Dieu permet, avec la certitude que le Christ réalisera en nous toutes Ses Promesses, même si rien ne semble aller comme nous le souhaiterions. Etre orthodoxe, c’est « apprendre à devenir un témoin vivant » de la Divine Trinité, c’est œuvrer sans cesse pour engendrer en soi l’union de l’image et de la ressemblance à Dieu, être orthodoxe relève fondamentalement de la « personne » qui naît de Dieu, par Dieu et pour Dieu.

 

Etre hérétique, c’est ne pas croire que ce qui précède est consubstantiel à la nature humaine, et donc de générer des caricatures d’individus plus ou moins malades spirituellement, au lieu d’engendrer des icônes de la Divine Trinité. L’hérétique regarde le monde avec les yeux du monde, l’orthodoxe regarde le monde et l’humanité avec le regard de Dieu, l’hérétique divise le monde en savoirs partiels pour dominer l’humanité, l’orthodoxe unifie l’homme et le monde dans la sagesse créatrice, pour servir cette même humanité.

 

Etre orthodoxe, c’est « confesser que notre sainte Eglise orthodoxe » est vraiment ce mystère unique et universel qui invite l’humanité entière à y pénétrer, car « le Royaume de Dieu est proche, il se laisse toucher », nous dit saint Paul. Alors selon la promesse du Seigneur à la fin de l’évangile que nous venons d’entendre, si nous croyons, nous verrons comme Nathanaël « en vérité, le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’Homme ». Où et comment pouvons-nous déjà voir cela ? Dans l’Eglise, par la présence réelle de Dieu qui illumine l’intelligence par la médiation de la grâce liturgique, et nous fait concélébrant des très saints mystères du Seigneur.

 

Toute pensée, parole ou acte qui ne devient pas prière en nous pour s’enraciner en Dieu, rend caduque notre désir à incarner la vie orthodoxe. Demandons, prions et supplions Dieu de nous unifier et de faire de chacun et chacune d’entre nous une « personne orthodoxe, c’est à dire, un christ », c'est là notre vocation depuis l’origine et pour l’éternité.

 

Au Père Source unique de l’Amour, au Fils qui a donné Sa vie par Amour et à l’Esprit qui nous garde dans l’Amour, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

samedi 16 mars 2024

Dimanche du Grand Pardon et de l’Exil d’Adam et Eve.

                                                                  (Matthieu 6, 14 à 21)

                                     Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, notre sainte Eglise Orthodoxe nous invite à nous rendre semblable à Dieu, car Dieu est celui qui ne cesse de nous pardonner dans son Amour éternel, nous sommes des icônes de la Divine Trinité et à ce titre nous avons reçu la grâce et le commandement de nous remettre mutuellement les péchés commis les uns envers les autres, une telle œuvre divino-humaine n’est possible que si nous sommes décidés à nous convertir et à nous purifier par une vie orthodoxe, avec la volonté profonde de bénir et d’aimer selon cette parole du Seigneur « aimez-vous comme Je vous ai aimé ».

 

Le Seigneur de Gloire nous enseigne comment doit être un Chrétien orthodoxe qui veut vivre un tel grand pardon en présence non seulement de l’Eglise mais du Père Céleste lui-même et de l’Esprit de Lumière qui illumine le croyant, que dit-il ? « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », parole sublime dans sa limpide simplicité, et saint Paul nous montre l’ascèse qui convient à une telle œuvre spirituelle en disant dans l’épître de ce jour : « mais revêtez le Seigneur Jésus Christ et ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour en satisfaire les convoitises ». L’Esprit nous invite chacun et chacune en ce temps d’ascèse que représente le saint et grand Carême, à scruter ce qui nous tourmente et enténèbre notre cœur, il ne s’agit pas ici, d’une simple méditation philosophique, mais d’une ascèse de spiritualisation intégrale de tout notre être, par le jeûne des pensées, paroles, actes pour une attention éveillée dans la prière liturgique et personnelle et construire les prémisses de la sainteté qui permet de se « revêtir du Seigneur Jésus-Christ » comme le demande saint Paul.

 

Pour pouvoir contempler son propre cœur dont vous savez qu’il est un abîme spirituel, l’Ecriture inspirée par l’Esprit de Dieu nous pose une condition essentielle, à savoir le pardon sans condition envers notre frère ou notre sœur, selon cette parole de saint Paul « l’amour ne juge pas », afin que nous puissions nous approcher de la communion du Corps et du Sang du Seigneur, pour la vie et non pour notre condamnation. Porter un jugement sur quelqu’un c’est une chose, donner un « conseil avisé » avec discernement et bienveillance est une autre chose, « Dieu seul par l’amour et la vérité est le juste Juge ». Demain nous naîtrons à notre tour au Ciel, que voulons-nous donc y emmener, nous savons pourtant que rien de l’esprit de ce monde ne sera accueilli dans le Royaume de Dieu, seuls les fruits spirituels qui seront engendrés par une ascèse évangélique réelle trouverons grâce devant Dieu et la cour céleste, et non les fantasmes imaginés à partir d’illusions fumeuses engendrées par les tentations du père du mensonge et du vieil homme ignorant et vaniteux. Saint Paul insiste encore et encore et nous encourage à « laisser là les œuvres de ténèbres et de revêtir les armes de lumière », pour mettre en pratique l’Evangile de vie.  

 

Saint Paul ne cesse de dire à Tite « d’enseigner à temps et à contre temps la vérité divine » sans se préoccuper des pensées, des paroles et des actes du monde, de même, l’Eglise notre sainte Mère spirituelle, infiniment sage, ne cesse de nous enseigner la « vérité divine » et quels sont les trésors célestes enracinés en nous par notre baptême et que nous devons cultiver fidèlement. Nous les connaissons, l’apôtre Paul nous les énumèrent, ces biens réels sont les dons du Saint Esprit : « l’amour, la joie, la paix, la maîtrise de soi...», voilà les vraies perles spirituelles inestimables que nous devons commencer à engendrer en ce monde, dans l’espérance de les amener à leur perfection dans le Royaume de Dieu. Nous savons que la voie parfaite pour cela consiste à célébrer la Divine Liturgie de toute notre présence, et nous préparer ainsi à célébrer la Liturgie éternelle dans le Royaume de Dieu à venir par cette seule et unique œuvre : Aimer et adorer la Divine Trinité…en commençant ici et maintenant, par aimer notre frère et notre sœur créés à « l’image et à la ressemblance » de Dieu.

 

Voici donc devant nous ces trésors spirituels, et qui donc dites-moi nous volera la Joie dont le Christ nous assure que : « Je  vous donnerais la Joie que nul ne pourra vous ravir », serait-ce les hypocrites et les mondains dont les sourires ressemblent à des grimaces et à des menaces ? Le Christ encore de nous promettre que : « Je vous donnerais la Paix qui surpasse toute intelligence », qui donc parmi ceux qui ne pensent qu’à eux-mêmes, par eux-mêmes et pour eux-mêmes, pourrait approcher la Paix du Seigneur et faire la leçon à l’Eglise qui a deux mille ans de sagesse, pauvres fous comme dit l’Ecriture, vanité des vanités, rien que vanité. Qui donc nous enlèveras la « douceur du Christ », certes pas toute la colère psychique et charnelle projetée contre nous, que ce soit dans l’Eglise ou hors de l’Eglise, le Christ nous avertit:  « malheur à celui ou celle par qui le scandale arrive », alors, pardonnons-nous du fond du cœur et cultivons la vie fraternelle comme une vigne très chère au cœur de Dieu et qui portera les raisins non de la calomnie mensongère, mais de l’ivresse spirituelle autour du festin royal qu’est pour nous la très Sainte Cène.

 

Le Seigneur nous conseille « si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste, vous remettra les vôtres, si vous ne remettez pas, vous ne serez pas pardonnés » et vous resterez englués dans vos manquements, je ne remets pas aux hommes leurs manquements si j’oublie l’enseignement fondamental du Christ, qui me dit « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous persécutent », ceci nous demande de sortir des agitations stériles dont se servent tous ceux qui voudraient nous asservir à leur pensée de néant en nous menant avec une allégresse perverse par le bout du nez.

 

Pourquoi, l’Eglise met-elle ce dimanche sous le signe d’Adam ? Pour que nous nous souvenions d’où nous venons et pourquoi nous avons perdu notre terre originelle. Ne sommes-nous pas nés en Adam et Eve ? Et n’est ce pas ce même Adam avec Eve qui par immaturité nous ont valu l’expulsion du Jardin d’Eden, suite a leur refus de pratiquer le  « saint jeûne » demandé par Dieu. Ayant ainsi rompu leur sainte alliance avec Dieu, la conséquence immédiate en est que la grâce divine s’est voilée en eux. La preuve en est, qu’ils sont tombés dans l’incapacité de confesser leur péché au Père Céleste, tout en se rejetant la « faute originelle ». Mais quel jeûne devait donc observer Adam et Eve ? Leur jeûne, quel paradoxe, consistait à se nourrir de l’abondance des nourritures spirituelles que Dieu leur offrait librement, et pour un temps seulement, ils devaient « jeûner » et s’abstenir de manger de « l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal ». Mais par leur désobéissance au commandement de Dieu, leur chute a commencé dans le Jardin d’Eden, et l’esprit dans la confusion, ils se sont rendus incapables de faire le bien comme de renoncer à faire ce qui est mal.

 

Cette nourriture édénique était pourtant avant la chute, en vérité, la « première eucharistie spirituelle » offerte à l’homme, oui, Adam et Eve se nourrissait de Dieu, par son Verbe divin et créateur. N’est-il pas écrit, que « l’homme ne se nourrit pas de pain seulement, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu » ? Que signifie Dieu parlait avec Adam dans le Paradis à la brise du soir ? Le Seigneur Dieu enseignait le mystère de Son œuvre créatrice à Adam, pour que celui-ci puisse se l’approprier comme « roi, prêtre et prophète » et devenir ainsi le moment venu le « pasteur » de l’humanité dans toute sa plénitude, avec amour, humilité, sagesse et sainteté. Qui d’autre, dites-moi, que le Créateur pouvait enseigner à Sa créature à cultiver la création ? Notre ancêtre Adam était ainsi le premier « théodidacte », ce qui signifie être enseigné directement par Dieu, il était comblé dans son existence de grâce sur grâce.

 

Les textes liturgiques nous montrent Adam et Eve après leur expulsion du Jardin d’Eden assis en face des portes du Paradis avec l’âme inondée des larmes du repentir, ils prennent peu à peu conscience de la souffrance de leur exil, ne sommes-nous pas comme eux en souffrance lorsque nous revenons à nous et ressentons notre éloignement de l’Eglise. L’Eglise est pourtant l’unique et sûr moyen d’accéder à nouveau à la présence divine, Adam se lamente, gémit et pleure, car lui qui voyait Dieu face à face est devenu en se détournant et en se séparant de lui, un aveugle spirituel. Mais la compassion divine, la vue de notre Seigneur face à face et le dialogue avec lui, nous sont à nouveau accessibles par la célébration liturgique dont le beau couronnement est le don inestimable du Corps et du Sang du Seigneur, qui nous redonnent « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu donne à ceux qui l’aiment ».

 

Que signifie encore : « ne vous amassez pas de trésors sur la terre » ? Cela signifie, ne nous réduisons pas à être simplement des morceaux d’existence, des individualités aliénés par leurs possessions matérielles, car plus nous posséderons et plus nous pouvons être divisés, rongés par l’angoisse de perdre…ce que de toute façon nous devrons abandonner un jour. Mais le plus tragique est ici que notre cœur d’humanité qui a vocation à être le lieu saint et sacré duquel émane la vie religieuse, risque de devenir un coffre-fort rempli d’ossements, si le cœur est détourné de la voie divine qui seule peut engendrer à partir de lui « l’homme spirituel ».

 

 Que signifie : « mais amassez-vous des trésors dans le ciel » ? Le ciel ici est une métaphore de l’esprit de l’homme, cela signifie que les vrais trésors sont d’abord engendrés dans notre intelligence profonde, et cela n’est possible que si nous demandons à Dieu que notre esprit soit uni à l’Esprit Saint, afin qu’ils deviennent nous dit saint Paul, « un seul Esprit ».

 

Que le Père, le Fils et le Saint Esprit à qui nous demandons pardon de tout notre cœur, nous donne de nous pardonner nos péchés commis les uns envers les autres, et à la Divine Trinité soit la Gloire dans siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

 

dimanche 10 mars 2024

Le Jugement dernier

 

(Matthieu 25, 31 – 46)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, oui, ici et maintenant, s’accomplit pour chacun et chacune d’entre nous ce que l’Évangile vient d’annoncer, la venue du Roi de Gloire et notre jugement, c'est-à-dire que l’Esprit de Dieu nous inspire de discerner dans quel état spirituel nous sommes, afin de ne pas communier au Corps et au Sang du Christ pour notre condamnation, mais pour la guérison de notre âme et de notre corps. Car en vérité chaque Divine Liturgie est l’icône de cette autre parole du Christ : tout est accompli en Dieu, y compris le Jugement Dernier. Vous savez que ce Jugement de Dieu a commencé dès la Chute dans le Paradis et que depuis l’humanité est devenue ce grand corps souffrant dont chacun d’entre nous est le cœur. Depuis la Chute, nous portons les signes de notre séparation d’avec Dieu et voici que chacun d’entre nous se retrouve nu, malade, affamé, assoiffé, emprisonné et étranger, non seulement à lui-même mais à Dieu ; et l’ennemi du genre humain continue de se servir du vieil homme en nous pour perpétuer notre aliénation psychique. L’Église du Dieu vivant témoigne de la Présence de la très Sainte Divine Trinité, qui sonde les reins et les cœurs, non pour nous punir mais pour nous purifier et nous sanctifier. Entrer dans l’Église, c’est pénétrer spirituellement dans le Saint des Saints, et nous inviter à prendre conscience de l’état de notre robe nuptiale, avant de participer au Banquet eucharistique.

 

Vous savez qu’il n’y a aucune différence de fond entre notre corps-temple de l’Esprit-Saint, l’Eglise corps du Christ et le Royaume de Dieu ; ils signifient une seule réalité spirituelle. Le Royaume de Dieu est la véritable patrie de l’humanité rachetée par le Christ et l’Église représente les Portes Royales par lesquelles nous apprenons à voyager vers Celui qui ne cesse d’espérer le retour de l’humanité prodigue. Que signifie pour nous cette parole du Christ : « En vérité, je vous le dis, ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » ? Cela veut dire que tout être humain est un christ en puissance, et que par conséquent, lorsque je me détourne de l’un de ces petits dont parle le Christ, je m’abandonne moi-même, puisque spirituellement ces petits habitent en moi par la volonté créatrice de Dieu. Là où deux ou trois de ces petits que sont le corps, l’âme et l’esprit sont réunis au Nom du Christ, IL se trouve en leur milieu qui est le cœur, pour les engendrer à la vie en Dieu, à la vie selon Dieu, et que nous avons la liberté de faire vivre ou de laisser mourir.

 

Un de ces petits est notre « corps », qui se retrouve nu si nous oublions qu’il est temple de l’Esprit Saint, ce corps qui a permis à Dieu de s’incarner et de naître parmi nous, tout comme il nous est  indispensable pour engendrer en nous l’Église. Il est une pierre vivante pour le Royaume de Dieu. Etre nu, c’est cultiver en nous des modèles psychiques, qui ne sont que des idoles caricaturales et vides sans la Présence réelle de Dieu, et qui comme pour Adam et Eve nous obligent à nous cacher devant la Face du Seigneur à cause des tourments qu’inflige à notre âme désorientée le vieil homme.

 

Un autre de ces petits est notre « âme » qui s’étiole si elle n’est pas vivifiée par la louange divine qui seule peut cultiver en nous le goût de la vie en Dieu, avec Dieu et pour Dieu, elle a vocation d’aimer et d’être aimée, car dit le Psalmiste : « qu’il est doux, qu’il est bon pour des frères et des sœurs de vivre ensemble ». Mais nous savons bien que la seule nourriture et la seule boisson qui puisse nous rassasier et nous désaltérer c’est le Corps et le Sang du Christ jusqu’au Jour Éternel où Dieu sera Tout en tous.

 

Un autre de ces petits est notre « esprit », qui est malade si nous laissons la vaine sagesse du monde et des modes spiritualistes nous envahir et en faire un infirme spirituel, aveugle et sourd, au lieu d’apprendre à contempler la Divine Trinité. Nous pouvons chacun et chacune trouver en nous ce qui nous mérite le reproche de dénuder, affamer, assoiffer, rendre malade et emprisonner le Christ et notre prochain.

La thérapie absolue ici, c’est l’accomplissement - avec l’aide de Dieu, de l’Église et des uns avec les autres de l’enseignement du Christ : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi- même ».

 

Peut-être demanderez-vous, comment convertir en moi ce qui me persécute et m’empêche de bénir le Christ, et sauver avec Sa grâce ces petits qui m’implorent ? L’ascèse qui convient ici, c’est de mettre en œuvre les « Béatitudes », demander sans se décourager à Dieu la grâce de cultiver en nous la triade spirituelle donnée à l’humanité en Adam, c'est-à-dire, apprendre à vivre en roi, en prêtre et en prophète. Gouverner ma vie à l’image du Roi des rois, c'est-à-dire par l’humilité, ne pas asservir l’autre ni servir ma volonté propre mais servir la sainte Église du Christ et faire l’unique volonté du Père Céleste. Prêtre, pour nous bénir les uns les autres, intercéder les uns pour les autres, concélébrer les uns avec les autres, afin que notre vie devienne peu à peu une icône de la vie des Personnes Divines. Prophète, pour ne pas oublier que notre vie en ce monde devrait devenir une sainte Pâque, notre passage spirituel vers le Royaume de Dieu, pour nous annoncer sans nous lasser la Bonne Nouvelle de l’Évangile de Vie, pour refuser enfin de nous laisser aliéner par les pensées, les paroles et les actes psychiques infusées en nous par la voracité du monde.

 

Maintenant, si je prends pleinement conscience de ce que je suis en vérité dans le cœur du Père, alors je peux pressentir quelque chose de la sainteté de la Divine Liturgie et de l’Église, de la Sainteté de Dieu et de ma propre vocation à la sainteté, je pressens que je ne peux répondre à une telle réalité spirituelle que si je désire avec ardeur et ferveur, être non pas juste une individualité revendicatrice, mais une personne qui seule peut vivre une véritable communion avec Dieu et avec l’autre. Comment Dieu connaissant mes faiblesses psychiques et charnelles, veut-Il m’aider à devenir une telle personne spirituelle ? En me revêtant de  splendeur et de majesté, afin que je sois par grâce ce que Lui Dieu est par Nature, c'est-à-dire, en me faisant participant de Ses Energies divines. Où et comment ? Par la concélébration de la Divine Liturgie des Saints Mystères du Christ.

 

Pour que je puisse grandir comme notre saint Christ en grâce et en sagesse devant Dieu et parmi les hommes, dans l’Église et dans la vie quotidienne, Dieu vient personnellement, Lui, doux et humble de cœur, vers chacun et chacune d’entre nous, pour demander si je veux bien Lui accorder l’hospitalité intérieure. Et tout comme les rois mages étaient venus s’agenouiller devant l’Enfant Divin pour lui offrir l’or, l’encens et la myrrhe, voici que notre saint Christ, si j’ose dire, se met à genoux devant chacun et chacune d’entre nous, certes non pas pour nous adorer, mais pour déposer à nos pieds, les Dons du Saint-Esprit. Vous les connaissez : l’Amour, la Joie, la Paix, la Douceur, la Patience, la Maîtrise de soi, c'est-à-dire les saints et spirituels ornements sacerdotaux ou si vous préférez la robe nuptiale, pour pouvoir célébrer les saints Mystères de l’Église et du Royaume du Christ.

 

Mes amis, au Nom du Christ, pour l’Église et l’humanité qui gémit dans les douleurs de l’enfantement, bénissons-nous mutuellement et édifions ensemble notre sainte communauté pour la seule Gloire de Dieu et pour notre salut.

 

Que Dieu notre Père et Roi Éternel, nous bénisse par notre Christ l’unique et seul Prêtre et  par l’Esprit prophète qui nous annonce que l’Amour ne passera pas, à la Divine Trinité soit la Gloire aux siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

samedi 2 mars 2024

Le Fils Prodigue.

(Luc 15, 11 à 32)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous emmène à la rencontre du fils prodigue dont l’histoire semble répéter celle d’Adam et d’Eve dans le Paradis, à savoir la relation avec le Père/père que ce soit dans le Paradis ou dans la Paroisse, car dans l’un comme dans l’autre le Malin est à l’œuvre pour nous faire miroiter dans son miroir brisé et assombri des lendemains qui chantent mais qui dans la réalité de notre quotidien deviennent très vite une cacophonie inaudible à nous rompre la tête.

 

Voici donc un fils qui réclame sa part de l’héritage paternel pour aller découvrir le vaste monde dont saint Jean nous dit « n’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde », ce monde  n’est pas celui de la Création originelle créé par Dieu dans l’amour vivifiant, mais de celui qui a été édifié sans Dieu et sans vision spirituelle par des générations d’hommes et de femmes qui ne cessent de le défigurer en se défigurant.

 

Tout comme Adam et Eve s’étaient précipités sans demander la bénédiction divine dans leur  impatience pour goûter à « l’arbre du bien et du mal », de même, le fils prodigue voulait sans attendre goûter et expérimenter les choses inconnues du vaste monde qui occupaient son esprit au point de devenir insensé et indifférent à la maison de son père et de tous ses biens. L’Ecriture nous dit qu’il demandait non un éventuel conseil avisé à son père mais uniquement l’héritage de l’argent dont il se jugeait l’héritier indiscutable et qui lui revenait donc de droit avec le libre arbitre d’en disposer selon sa volonté.

 

Le père ne discute pas et ne cherche pas à le dissuader de partir, car il sait qu’il est déjà trop tard pour faire entendre raison à son fils, le père sait aussi qu’une fois l’euphorie de cette fausse liberté passée la confrontation au réel sera probablement dans ce cas, le meilleur des remèdes pour comprendre que le chemin ne mènera nulle part sans une prise de conscience intérieure, sinon à la mort de l’âme et même du corps, n’est-ce pas l’expérience même du prodigue ?

 

Voici un autre fils, lui n’exige pas la part d’une fortune paternelle, non, il est déjà riche du projet qu’il porte et ce qui le motive c’est de recevoir la bénédiction de son père spirituel, et pour le reste il s’en occupera lui-même, il vient donc vers son père spirituel Hiéromoine qui vivait dans l’ascèse et la prière depuis des décennies, il lui demande : Père bénis, voici ce que je veux faire, il explique son projet, le père lui dit, « ne le fait pas mon fils », mais le fils fort mécontent répond : Père bénis, je t’explique à nouveau, car je vois que tu ne comprends pas mon projet, le père lui dit, « ne le fait pas mon fils », le fils agacé répond : Père bénis, je suis venu de loin pour avoir ta bénédiction, mais tu me comprends mal, et il exprime encore une fois sa volonté, le père lui dit « mon fils ne le fait pas », le fils en colère répond : Père, tu ne veux donc pas me comprendre, alors le père fait une métanie et lui dit « pardonnes-moi mon fils tu as raison, fais donc ce que tu veux ».

 

Nous voyons que l’homme a été tenté dans la Paradis céleste, que l’homme continue à être tenté dans les paradis artificiels de ce monde, mais le « fils prodigue » est un témoin que Dieu nous envoie pour montrer que le retour vers le salut par la conversion reste toujours possible, car l’orientation vers la vie est naturellement au cœur de l’être et palpite toujours telle une litanie silencieuse au plus profond de notre âme, « que celui qui a des oreilles pour entendre, entende » ce que l’Esprit lui inspire afin qu’il « vive ».

La vérité, la beauté et la bonté sont co naturelles à l’humanité créée à l’image et pour la ressemblance de Dieu et c’est bien cette réalité que le « fils prodigue a retrouvé en lui et qui lui a redonnée l’éveil de son esprit » pour se tourner résolument vers le désir de revenir à la maison de son père et de tous ceux qui l’habitent, cette maison sainte et sacrée n’est-elle pas pour nous l’humble et si belle Eglise orthodoxe. N’est-ce pas en elle, que le Père nous invite à venir ou à revenir par le Fils Unique et L’Esprit Saint pour nous revêtir de la lumineuse et splendide tunique de l’amour divino-humain pour manger ensembles non le veau gras, mais l’indicible grâce incarnée qui est le « Corps et le Sang du Seigneur » pour la vie éternelle ?

 

Comment pensons-nous que l’humanité puisse guérir de ses maladies qui l’affament et l’assoiffent et mettent sans cesse à mal sa vie et son être, si nous ne pouvons pas lui donner le remède souverain que propose l’Église et qui est la Fête des fêtes où l’homme est nourri par l’Amour de Dieu autour de la Table mystique où trône la Divine Trinité. Certes chacun d’entre nous peut connaître l’expérience du « prodigue » et dilapider plus ou moins par oubli de l’essentiel les « richesses reçues du Père par le saint Baptême », nous pouvons abandonner même notre Mère l’Eglise si l’esprit du monde déchu nous aveugle et nous oblige à le servir comme un esclave au service de ses ambitions illusoires. Alors, comme nous le recommande saint Paul « veillons et prions » pour ne pas succomber aux tentations mondaines et nous retrouver affamés, assoiffés et privés de la communion avec Dieu notre Père. Avançons dans l’esprit des Béatitudes au sein de l’Église tournés vers notre Père qui espère notre retour, car l’Eglise est la médiatrice précieuse entre toutes que la divine providence nous donne pour notre liberté spirituelle et personnelle.

 

L’Église est comme une icône du char nuptial sur lequel Dieu et l’homme s’élèvent et célèbrent leur rencontre pour n’être plus qu’un seul Esprit, qu’une seule Vie, qu’un seul Amour. N’est-ce pas sur la « patène spirituelle » élevée par le prêtre au cours de la Divine Liturgie que trône le Seigneur et autour de lui les « noms » de tous ceux et celles qui ont cru que Jésus est le Fils unique du Dieu vivant ? Cette élévation ne s’arrête pas au Mont-Thabor de la Transfiguration mais emmène l’humanité sauvée en Christ jusqu’à la droite du Père céleste. C’est ainsi que le Seigneur, le Christ qui monte et qui descend accomplit sa promesse et dit cette prière : « afin que tous soient Un, comme toi Père et Moi nous sommes Un », la nature de l’Église toute entière et son essence sont nuptiales et royales, sa vocation est la célébration spirituelle de l’union par amour entre Dieu et l’homme, elle appelle tous les « prodigues » à venir pour jouir et se réjouir des richesses divino-humaines que Dieu a « préparées pour ceux qui l’aiment ».

 

L’Église est le lieu et l’espace de l’âme orthodoxe, et Jésus nous y invite à le suivre pour renouer le dialogue avec le Père Céleste en acceptant de passer par la Croix, par la Pâques du Seigneur dans la « foi, l’espérance et le vrai repentir du cœur ». Qui croyons-nous donc être devant l’absolue sainteté divine, quelqu’un parmi nous au sein de l’humanité, serait-il le créateur du Créateur, le créateur du monde ou de lui-même ? ô folie de l’humanité désorientée, ô souffrance et fruit stérile de la vanité humaine, ô combien pathétique est l’humanité sans Dieu, et nous alors, qui chantons « hosannah au Fils de David, hosannah au plus haut des cieux », quels désirs poursuivons-nous, avec quelles pensées sur Dieu, sur l’Église et sur nous-mêmes vivons-nous ? Que L’Esprit nous guide tout « prodigues » que nous sommes vers notre origine qui est la Maison du Père à travers l’Eglise qui est le chemin le plus sûr pour accéder au Royaume de Dieu.

 

Au Père qui espère notre retour, au Fils qui est le Chemin pour ce retour et à l’Esprit qui nous guide, soit la gloire, maintenant dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon