Calendrier liturgique, Homélies, Galerie Photo, Vie saint Milutin tropaire kondakion, blogs

dimanche 13 septembre 2026

Sel de la terre et lumière du monde

   

(Math. 5, 14 à 19)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

    

 

 

Aujourd’hui, l’Église nous remémore cette parole éblouissante du Seigneur « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », saint Jean nous dit « qu’en lui, le Verbe divin, était la vie et que la vie était la lumière des hommes », là le Seigneur de gloire glorifie l’homme en lui disant « tu es la lumière du monde », divine humilité du Christ qui montre à quelle hauteur il situe la personne humaine.

 

Que penser, que dire, que faire devant une telle parole, peut-être juste commencer à y croire vraiment et ne plus s’embourber dans les pensées stériles habituelles du style « je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne suis pas digne et autres mises à mort de notre âme ». Ce qui est demandé, c’est de ne plus laisser notre sel de l’esprit s’affadir et de témoigner par notre lumière devant les hommes, pourquoi ? Afin que « les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est aux cieux ».

 

En Genèse 19, 26 il est écrit « elle devint une statue de sel », une telle statue n’est qu’une idole sans vie et momifiée, alors que le sel dont parle le Seigneur est celui de la sagesse créatrice qui est une grâce divine qui permet de se façonner avec Dieu, une vie et une existence qui vaille la peine d’être vécue. Saint Marc, 9, 50 commente le sel dont parle le Seigneur en disant « ayez du sel en vous-mêmes pour vivre en paix, les uns avec les autres », nous pouvons en conclure que la paix est la véritable saveur du sel spirituel. Mais de quelle paix s’agit-il ? De celle dont le Christ nous dit « Je vous donnerais la paix qui surpasse toute intelligence », c’est pourquoi saint Paul enseigne à la suite de saint Marc que « votre parole soit toujours aimante, et de plus assaisonnée de ce précieux sel qui est l’art de répondre à chacun avec intelligence ».

 

« Vous êtes la lumière du monde », là aussi comme pour le sel, nous pouvons méditer sur Genèse 1, 4 « Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres », la lumière est singulière et unique, alors que les ténèbres sont aussi nombreuses que nos pensées non purifiées par l’Esprit Saint, toutes ces pensées humaines, trop humaines, qui ne cessent d’essayer de nous limiter à la sphère psycho- somatique et matérielle.

 

Si donc nous voulons nous séparer des ténèbres, il sera nécessaire de prier Celui qui est non seulement la Lumière absolue, mais aussi le créateur et donateur de la lumière spirituelle qui peut illuminer les ténèbres les plus ténébreuses ce dont témoigne saint Jean 1,5 « la lumière luit dans les ténèbres ». Peut-être quelqu’un dira que tout cela est bien beau, mais comment sortir réellement de nos ténèbres, la création divine est bien faite et ce sont les « tournesols » qui vont nous donner la solution, tout comme les tournesols se tournent vers le soleil physique pour se nourrir de sa lumière et s’épanouir, tournons-nous dans une adoration aimante vers notre beau soleil spirituel le Christ, pour le laisser rayonner dans notre existence concrète tout comme il illumine de sa présence la vie liturgique de notre Église.

 

En saint Jean 8,12 le Christ dit « Je suis la lumière du monde » et ailleurs « marchez, tant que vous avez la lumière », tant que vous existez dans ce monde, ne le quittez pas en état de ténèbres que n’éclaire plus aucune espérance d’une vie possible après la mort. Nous pouvons ici comprendre, c’est à dire « prendre avec nous », cette parole divine comme le signe qui montre que la voie des Béatitudes est celle qui révèle dans l’homme la lumière qui l’habite et peut faire de lui et avec lui un bienheureux selon la grâce divine, le bienheureux selon l’Esprit de Dieu est devenu « sel de la terre et lumière du monde ».

 

Le malheureux individualiste autant révolté contre Dieu que contre l’homme, troublé en lui-même et plongé dans les ténèbres du manque de discernement spirituel, aveuglé par les pseudo lueurs d’un monde replié sur lui-même, se meurt dans une solitude aride et devient réfractaire à toute spiritualité religieuse.

 

C’est pourquoi, saint Paul en 2 Cor 6, 14 dit « quoi de commun entre la lumière et les ténèbres » ? La lumière et les ténèbres étaient incompatibles jusqu’à l’incarnation parmi nous du Christ qui est la « véritable lumière qui peut éclairer tout homme dans ce monde », à condition que l’homme de ténèbres désire accueillir la vie lumineuse divino-humaine. Si donc, nous voulons émerger hors de nos ténèbres intérieures et nous engendrer à la lumière de la vie, nous pouvons nous tourner résolument vers Dieu, selon la parole de saint Jean en 1, 5 « Dieu est Lumière, il n’y a aucune ténèbres en Lui », car nous savons que si un « aveugle guide d’autres aveugles, ils finissent tous par tomber dans l’abîme ».

 

La lumière dont il est témoigné ici est celle de l’esprit d’intelligence, dont nous parle saint Paul, en 1 Cor 2, 11 « car qui connaît les choses dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui...et qui connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu ». L’apôtre Paul souligne ici avec réalisme ce double mouvement unissant Dieu et l’homme, celui de se connaître par l’esprit qui sonde les profondeurs de l’être et donne la connaissance divino-humaine par la grâce de Dieu.

 

« Vous êtes la lumière du monde », si donc je désire m’éclairer par cette lumière, il me faut aller la chercher à la source intarissable qui est le Christ qui nous dit lui-même « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et donc croire que même dans nos ténèbres, le salut de Dieu est possible. Dieu est la lumière qui illumine l’Église dans laquelle nous pouvons expérimenter la vie en Dieu proposée à tout baptisé.

 

La méditation du mystère de l’Église comme lumière divine est vitale pour nous orthodoxes, car elle est aussi notre propre mystère et la lumière enfouie au fond de notre être, l’Église de Dieu est une icône de l’économie divine dans le monde et un miroir lumineux où chacun et chacune peut recevoir la grâce de voir le Dieu vivant face à face sans mourir.

 

« Vous êtes la lumière du monde », c’est là tout simplement notre vocation depuis notre création originelle, sinon comment pourrions-nous en vivre, cette lumière que nous sommes et qui nous habite, doit commencer par se révéler ici dans notre réalité terrestre, non, il ne s’agit pas de faire des choses extraordinaires ou de jouer les originaux, mais d’apprendre à mettre jour après jour en œuvre l’enseignement évangélique, de venir à l’Église avec fidélité et persévérance pour concélébrer ensemble dans la lumière liturgique les mystères du Christ, dont la finalité ultime est le salut éternel de l’homme.  

 

« Vous êtes la lumière du monde », du monde pas du « Royaume de Dieu », la lumière du saint Royaume dans toute sa plénitude sera révélée lorsque selon la promesse divine « Dieu sera tout en tous », c’est pourquoi le Psalmiste peut annoncer en toute vérité que « Dieu s’est revêtu de lumière comme d’un manteau », c’est de ce même manteau glorieux que Dieu désire nous vêtir pour l’éternité, alors réveillons-nous pour accueillir ce « Don divino-humain », écoutons et pratiquons la sagesse de l’Église et bénissons Dieu pour toutes ses grâces.

 

Au Père source de la lumière, au Fils incarnation de la lumière et à l’Esprit illuminateur, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

dimanche 6 septembre 2026

Le Festin nuptial

 (Math. 22, 1 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.
 
Aujourd’hui, l’Église nous invite à méditer avec l’intelligence du cœur sur le sens spirituel du « Festin nuptial » auquel Dieu lui-même nous invite à chaque célébration de la Divine Liturgie pour nous donner non la « Manne céleste » reçue par les Hébreux dans le désert aride, mais la véritable nourriture pour nous préparer à la « Vie éternelle » à venir.
Ce banquet Evangélique dont nous parle « L’Écriture sainte » c’est le Don par la communion eucharistique inestimable du « Corps et du Sang du Seigneur », qui peut penser qu’une personne de confession orthodoxe puisse s’abstenir de venir à L’Église icône du Royaume de Dieu pour donner la priorité à des choses certes nécessaires dans l’existence quotidienne mais pas indispensables au point de ne pas venir au festin liturgique divino-humain.
Si nous donnons la priorité aux œuvres du monde sur notre vie religieuse et spirituelle, alors tout comme nous le voyons dans la lecture évangélique de ce jour, nous nous rendons nous-mêmes indignes de participer à la communion eucharistique et le Roi des rois qui nous invite sera libre de nous dire « mon ami, comment es-tu entré ici dans la salle des noces sans t’être préparé à Me rencontrer avant de manger et de boire mon Corps et mon Sang ?
Jésus nous dit « IL en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils », l’Église orthodoxe est le visage divino-humain de ce Royaume qui contemple l’humanité à travers le regard d’amour du Père envers tout homme et toute femme de bonne volonté qui décide de se libérer des contraintes du monde pour venir festoyer avec « Dieu et toute la Cour Céleste ».
Beaucoup pensent qu’il leur suffit de poster sur le « Net » pas si net que çà, des articles et encore des articles, toujours plus d’articles, y compris sur la « vie spirituelle orthodoxe », de poster de belles photos de monastères, de soleils couchants ou levants, de beaux paysages, s’extasiant jusqu’aux larmes devant toutes ces splendeurs créées par Dieu, mais de là à franchir les « portes saintes de l’Église du Christ », pas le temps, trop occupé Seigneur, les années passent ainsi dans beaucoup d’agitation et hélas l’essentiel et l’éternel s’oublie au profit de l’éphémère et du mortel comme nous le démontre l’Évangile de ce jour.
Le Roi dit : « La noce est prête mais les invités n’en étaient pas dignes », car ils ont oublié qu’ils ont été créés à « l’image et à la ressemblance de Dieu », ils ont fini par occulter leur noblesse originelle pour devenir les serviteurs fervents de leurs intérets liés au monde matériel et aux désirs insatiables qui hantent leurs esprits et épuisent leurs âmes vides d’une vraie vie spirituelle.
Le Roi entra pour examiner les convives et vit là un homme qui n’avait pas la tenue de noces et il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces » ? L’homme resta muet. Nous comprenons que la salle des noces est une métaphore du Royaume des Cieux mais aussi une image de l’Église, c’est dans l’Église que nous pouvons apprendre à parler et à répondre de manière spirituelle au Roi qui nous interroge et ceci à travers la célébration liturgique et l’enseignement de nos saints Pères.
C’est dans l’Église que nous avons été revêtu du vêtement des noces, à savoir le « saint Baptême » qui nous donne l’onction de l’Esprit Saint qui prie en nous et nous inspire les paroles qui conviennent pour répondre à notre Roi céleste.
Mais même si nous venons dans l’Église nous pouvons être « muets » comme l’homme dont nous parle l’Évangile aujourd’hui, être muet démontre alors notre manque de présence liturgique consciente, nous écoutons sans entendre, nous regardons sans voir, nous errons de pensées en pensées. Le langage de l’être orthodoxe trouve sa racine et sa source vivifiante dans la « prière » non seulement liturgique mais aussi personnelle, l’homme qui accomplit l’ascèse de la prière avec persévérance recevra la grâce de dialoguer avec le Seigneur et Roi qui l’invite aux noces de son Fils le Christ, époux de l’Église et de notre cœur.
Chaque parole du saint Évangile de vie est un abîme de sagesse divino-humain, alors chaque jour faisons comme Marie, Mère du Seigneur « méditons dans notre cœur unit à notre intelligence » la parole créatrice de Dieu car « l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Au Père du Verbe éternel, au Fils Verbe incarné et à l’Esprit Saint théologien du Verbe, soit la gloire maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

jeudi 20 août 2026

La Transfiguration : homélie de Père Francis

  

Matthieu 17, 1-9. (Année 2026 )

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! » Lorsqu'ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d'une grande frayeur. Mais Jésus, s'approchant, les toucha, et dit : « Levez-vous, n'ayez pas peur ! » Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. »

 

Jusqu’au XVIIIe siècle, la morale provenait de la sphère supérieure de la société. On y respectait des principes sacrés et intangibles, choisis et dictés par la religion. En somme, les valeurs et les modèles étaient en quelque sorte imposés à l’homme de l’extérieur. Cependant, avec l’avènement de la laïcité, la plupart de ces obligations austères ont été remises en question puis évaluées. Aujourd’hui, l’homme s’est affranchi de sa soumission béate aux forces éternelles, et il a acquis la puissante liberté de déterminer seul ses valeurs et son mode de vie, et de rejeter les injonctions extérieures. Cependant, devant lui s’étend un abîme effrayant. Il n’a jamais connu une telle liberté. Mais, libre de quoi ? Tout autour de lui est libre, ouvert, mais dépourvu d’âme. Pourquoi la dévotion et la pratique spirituelle semblent-elles en déclin et ne semblent-elles plus représenter la pierre angulaire de la vie pour la plupart des gens ? Pourquoi ressentons-nous de l’ennui, de la fatigue ou de la lassitude lorsque nous accomplissons nos devoirs en tant que croyants ? Pourquoi la plupart des jeunes ne ressentent-ils pas d’attrait pour ces pratiques ? En fin de compte, pourquoi cette grisaille et ce manque de joie chez les chrétiens ? L’épisode de la Transfiguration que nous venons d’entendre peut nous éclairer sur ces interrogations. //

Les trois disciples qui ont assisté à la Transfiguration avaient jusqu’alors connu Jésus sous son apparence terrestre. C’était un homme semblable aux autres, dont ils connaissaient la provenance, les habitudes et le timbre de la voix. Désormais, ils découvraient un autre Jésus, le véritable Jésus, celui qui n’est pas perçu avec les yeux du quotidien, à la lumière du soleil ordinaire, mais qui est le fruit d’une révélation soudaine, d’un changement, d’un don. //

 

Pour que les choses changent pour nous, à l’instar des trois disciples sur le mont Thabor, il faut qu’un événement similaire à une rencontre amoureuse se produise dans notre vie. Lorsqu’on tombe amoureux, l’être aimé, qui était auparavant perçu comme n’importe qui d’autre ou même comme un étranger, devient soudainement l’être le plus important, le seul au monde qui compte.

Tout le reste devient secondaire et se fond dans un décor impersonnel. On ne peut plus penser à autre chose. Un véritable changement s’opère : la personne aimée semble entourée d’une auréole de lumière, et tout ce qu’elle fait devient magnifique, même ses petits défauts. On se sent indigne d’elle, mais c’est l’amour véritable qui procure cette humilité. Il y a aussi un changement concret dans les habitudes quotidiennes. //

 

J’ai rencontré des jeunes qui avaient du mal à se lever le matin pour aller à l’école, que leurs parents devaient presque forcer à sortir du lit. Si on leur trouvait un emploi, ils l’abandonnaient rapidement ou traînaient en classe sans jamais obtenir de diplôme. Mais une fois qu’ils étaient amoureux et fiancés, ils se réveillaient volontiers le matin, impatients de terminer leurs études. S’ils avaient un travail, ils le gardaient jalousement. Qu’est-ce qui a changé ? Rien du tout. Autrefois, ils agissaient sous « obligation », mais maintenant, c’est « attraction » qui les motive. L’attraction a le pouvoir de faire accomplir des actions que l’obligation n’arrive pas à réaliser ; elle confère des ailes. « Chacun, disait le poète Ovide, est attiré par l'objet de son plaisir ». //

 

Une chose semblable devrait se produire dans notre vie une seule fois, afin que nous devenions des chrétiens véritables, convaincus et heureux de croire.

Vous pourriez m’interroger : « Mais l’amie ou l’ami, on le voit, on le touche ! » Je vous répondrais alors que Jésus aussi, on le voit et on le touche, mais avec des yeux et des mains différents : ceux du cœur et de la foi. Il est ressuscité et vit encore, concret et vivant pour celui qui fait l’expérience de sa présence et le rencontre. En effet, les rencontres avec Jésus sont souvent empreintes d’une profondeur et d’une authenticité uniques. Lorsqu’on tombe amoureux d’une personne humaine, on a tendance à surestimer ses capacités et à s’illusionner sur ses qualités. Avec le temps, on finit souvent par se rendre compte que notre perception était erronée. Plus on connait Jésus et plus on passe du temps avec lui, plus on découvre des motifs d’être amoureux de lui et plus on est convaincu par notre choix. //

 

Cela ne signifie pas qu’il faut simplement attendre patiemment, même en présence du Christ, un éclair de cupidité soudain, appelé « coup de foudre ». Si un garçon ou une fille reste cloîtré chez soi sans rencontrer personne, rien ne se passera jamais dans sa vie. Pour tomber amoureux, il faut se rencontrer ! Quelqu’un qui se laisse convaincre, ou simplement qui commence à percevoir la beauté et l’importance de découvrir Jésus-Christ sous un nouveau jour doit s’engager à le « fréquenter », à lire ses écrits. Ses lettres d’amour, ce sont les Évangiles ! C'est là qu'il se révèle, qu'il se « transfigure ». Sa demeure, c’est l’église : c’est là qu’on le rencontre. //

 

Amen.

 

dimanche 5 juillet 2026

Guérison du possédé Gérasénien.

  


(Luc 8, 26 à 39)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

   

 

Aujourd’hui, L’Évangile nous fait rencontrer un homme possédé par une légion de démons, et qui malgré sa détresse inhumaine vient à la rencontre de Jésus. Voici donc un homme, notre semblable, un être humain créé lui aussi à l’image et à la ressemblance de Dieu, qui malgré son aspect terrifiant  fait toujours partie de notre humanité. L’Écriture relève qu’il est nu, dans l’errance et qu’il habite dans les tombeaux.

 

L’homme sans Dieu est un homme nu, errant et enfermé dans une solitude tragique, et comme dit l’Évangile ailleurs « même ce qu’il croyait avoir lui sera enlevé ». L’homme sans Dieu, même riche de tous les biens de ce monde, reste dépossédé de l’essentiel, car en vérité, rien ne lui appartient ni son existence dans ce monde, ni son existence dans le monde à venir. L’homme sans Dieu, est un individu soumis à tout un réseau de pensées qui l’enserrent dans un filet partiel et partial, dans lequel tous les faux dieux de ce monde, cherchent à l’assujettir en lui faisant miroiter dans la lucarne terne des illusions, qu’ils pourront satisfaire tous ses désirs. Ces faux dieux reprennent à leur compte la ruse du malin envers Adam et Eve, et veulent nous faire croire que grâce à eux, nous serons des dieux à la place de Dieu et surtout sans Dieu.  

 

Satan est à l’affût pour isoler les hommes entre eux ou pour leur faire miroiter des alliances illusoires, son seul désir consiste à dépouiller l’homme de son humanité, de lui dérober tout souvenir qui pourrait lui rappeler l’existence de Dieu. Dieu propose à l’homme son bien-aimé, la sainte Église comme une communauté de vie, dans laquelle il pourra trouver à la place de la nudité diabolique et du désert brûlant et sans âme, les vêtements spirituels que sont les saints sacrements, pour trouver ou retrouver la guérison de l’âme et du corps. Dieu propose à l’homme la sainte Église, qui est le Corps du Christ, dans laquelle l’homme peut devenir vivant et libre, par la communion au très saint Corps et au très saint Sang du Seigneur.

 

Satan lui, impose à l’homme une caricature misérable de l’existence, il cherche à imposer à l’homme une soumission corps et âme à sa volonté perverse, il veut faire de l’homme un mort-vivant et l’enfermer dans le cauchemar du péché. Si Satan arrive à éloigner un orthodoxe de l’Église du Christ, alors le malheur de cet homme peut devenir un abîme de souffrances pour lui comme pour ses proches.

 

L’homme doit apprendre à s’habiller de Dieu et pour cela il lui est très utile de venir à l’Église où il pourra trouver les vêtements spirituels qui lui permettront non seulement de résister aux démons mais même de les vaincre. Saint Paul nous énumère les vêtements divino-humains proposés aux hommes et aux femmes de bonne volonté, ce sont : « L’amour, la paix, la joie, la patience, la sagesse, la maitrise de soi, etc…». Contre de telles grâces, la clique satanique ressemble à une gesticulation ridicule, stérile et pathétique.  

 

Le Christ nous dit : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie » et Satan qui est tout entier menteur et père du mensonge, veut nous faire croire qu’il n’existe aucun chemin qui puisse sauver l’homme, pire, il veut nous faire croire qu’il est « lui » l’unique et véritable chemin pour l’humanité. Pour cela, il nous promet monts et merveilles, alors qu’il n’est rien devant Dieu et qu’il ne possède aucun bien pas même le plus petit, sa richesse c’est le néant absolu. Satan s’enrichit sur notre dos et exploite toutes nos faiblesses, il essaye de pomper notre âme, il veut en faire son objet pour nous manipuler et nous soumettre à sa domination diabolique. Il connaît chacun de nos manques et ne cesse de nous tendre piège après piège, pour nous faire tomber sous l’esclavage de sa haine absolue envers Dieu et envers l’humanité. Il est le mal absolu, il ne peut trouver un semblant d’existence qu’à travers nous, si nous avons le malheur de succomber à ses tentations perverses et mortifères.

Le Christ est la « Vérité » et il propose à l’homme de se nourrir de cette vérité pour acquérir la parfaite sagesse créatrice, qui lui permettra d’être une personne libre et spirituelle, une personne nouvelle engendrée par l’amour, la grâce et la lumière divine. Satan est le grand hérétique, l’Anti-Christ, celui qui essaye sans cesse d’inoculer le poison mortel du péché dans le cœur des hommes, il ne cesse de tenter l’humanité depuis les jours d’Adam jusqu’à aujourd’hui.

 

Le Christ est la « Vie » et il propose à l’homme cette vie en plénitude non seulement dans ce monde mais pour l’éternité, car comme le dit saint Irénée de Lyon « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant ». Satan est la puissance maléfique et mortifère, qui pour nous tromper n’hésite pas à mettre les masques de la séduction ténébreuse, et là où Dieu nous donne la vie, Satan veut nous entrainer vers la mort.

 

Les « soi-disant sages de ce monde », que dénonce avec force et justesse saint Paul, sont les premiers à se précipiter dans les abîmes de leur ignorance et se croient quelque chose lorsqu’ils arrivent à entraîner dans leur chute, les humbles et les simples qui eux possèdent, cachée en eux la vraie sagesse divine. La sagesse de Dieu est donnée à tout homme et toute femme de bonne volonté qui la demande au Seigneur, cette sagesse Dieu l’a déposée comme un trésor inestimable dans l’Église du Christ. Nous sommes bien sûr, libres d’accepter ou de refuser ce don de lumière et de vie, mais qui peut penser un seul instant que l’état naturel de la personne humaine, ce sont les ténèbres de l’âme, qui ont pour seul programme, de détruire l’humanité et la création.

 

Il n’est pourtant pas besoin d’être un grand prophète inspiré pour constater dans quel état est justement l’humanité et le monde, et c’est ce possédé qui presque malgré lui, vient nous montrer le chemin à suivre, chemin qui le conduit jusqu’au Christ Jésus. Car l’Évangile nous montre que malgré cette légion de démons qui le parasitent et qui font de lui un individu incontrôlable, il est toujours possible de trouver le salut.

 

L’Écriture sainte nous dit : « Ils trouvèrent l’homme, dont étaient sortis les démons, assis aux pieds de Jésus, vêtu et dans son bon sens ». Que signifie, ils le trouvèrent assis ? Cela signifie, que nous ne pouvons trouver aucune paix dans l’agitation extérieure qui ne cesse de nous secouer dans tous les sens, il nous faut absolument savoir nous arrêter et méditer sur notre existence, sur le sens réel que nous désirons donner à notre vie et à nos œuvres. L’Église est le lieu unique où rencontrer Jésus devient possible, le lieu où nous pouvons nous asseoir auprès de lui, pour entendre les paroles de la vie éternelle. Je ne cesse de le répéter, venir à l’Église et faire la fête spirituelle, c’est à dire célébrer ensemble la Divine Liturgie, voilà ce qui pourra peu à peu, nous donner l’assise profonde au cœur de nous-mêmes, nous rendre pleinement humain, nous transfigurer et nous préparer à « être fils et fille du Père céleste » pour la déification dans le Royaume de Dieu.  

 

Que signifie, ils le trouvèrent vêtu ? Cela signifie, qu’il avait retrouvé toute son humanité, il était redevenu une personne humaine, Satan l’avait dépouillé de son humanité, mais Dieu l’a revêtu à nouveau de « splendeur et de majesté » comme dit le Psalmiste. Car en vérité, que voulons-nous donc rajouter à l’homme crée par Dieu ? Existe-t-il donc des pensées, des paroles ou des actes qui feraient l’homme plus grand, plus sage ou plus beau, que l’homme créé à l’origine par Dieu !

Seul Satan, un hérétique ou un fou, peut fantasmer et délirer au point de croire qu’il est un dieu capable de créer un être humain. Satan ne crée rien, il ne sait que détruire, et si comme dit l’Écriture la « folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes », à quoi ressemble alors la « folie démoniaque », à rien, absolument rien qui ne soit digne de la « personne humaine ».

 

Que signifie, ils le trouvèrent dans son bon sens ? Cela signifie, qu’il a retrouvé à nouveau le vrai discernement, car « être dans le bon sens, c’est être orienté vers Dieu à travers le Seigneur Jésus, c’est être à nouveau guidé par l’Esprit-Saint ».

Etre dans le bon sens, c’est apprendre à s’approprier la vie en esprit et en vérité, être dans le bon sens, c’est vivre selon l’Évangile du Christ, être dans le bon sens, c’est venir dans la Maison du Père qui est la sainte Église.

 

L’Évangile de ce jour termine en nous disant : « L’homme dont les démons étaient sortis priait Jésus de le garder avec lui, mais Jésus le renvoya libre en disant : Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. L’homme s’en alla et proclama par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui ». Que signifie ce passage de l’Écriture ? Il nous montre comment Dieu et Dieu seul agit envers l’homme son bien-aimé, il commence par restaurer l’homme dans toute sa dignité humaine, puis IL le laisse libre de vivre sa vie au milieu des siens et de son quotidien habituel.

 

A l’opposé, Satan détruit la dignité humaine et veut maintenir sa possession, en emprisonnant l’homme dans le désert et la solitude qui finit par engendrer la folie et le désespoir. Jésus lui dit « retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi », c’est à dire sois un témoin de la miséricorde divine au milieu des hommes, mais cela signifie aussi et surtout, « retourne et reste en toi-même, ne te laisse plus disperser et dépersonnaliser par les pensées malignes ».

 

Cette dernière parole du Christ, donne en vérité le sens spirituel et religieux de la vocation unique et véritable de l’Église, témoigner de la présence et de l’œuvre de Dieu parmi les hommes. C’est pourquoi, comme je l’ai déjà dit ailleurs, « Dieu a posé l’Église au cœur du monde, l’homme au cœur de l’Église et enfin Dieu s’est posé au cœur de l’homme ». Alors, peut se réaliser la vocation divino-humaine qui engage Dieu et l’homme, et qui est la communion et l’union indicible du témoignage qui confesse l’amour absolu de Dieu pour l’homme et la possibilité pour l’homme d’aimer Dieu de toute son âme, de tout son esprit et de toutes ses forces.

 

Au Père qui a créée l’homme, au Fils qui as sauvé l’homme et à L’Esprit Saint qui déifie l’homme, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

 

 

 

samedi 27 juin 2026

La Foi du Centurion.


(Matthieu 8 : 5 à 13)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



Aujourd’hui, notre sainte Eglise s’émerveille avec le Seigneur de la Foi cordiale et simple dont témoigne un  centurion romain hétérodoxe et païen, qui s’adresse au Rabbin Jésus pour lui demander la guérison de son fils. Cela se passe à Capharnaüm, qui signifie la ville de Nahum, Nahum est aussi le nom d’un grand prophète qui annonce avec beaucoup de vigueur la volonté divine, qui appelle à la repentance du cœur en profondeur et à la conversion de l’esprit, à l’humaine métanoïa nécessaire de notre existence sans laquelle aucune vie religieuse ni guérison spirituelle ne sont possibles.  

 

Dans Proverbe 12, 18 nous lisons « la langue des sages apporte la guérison », mais qui est donc un tel sage aux yeux de Dieu ? C’est ici ce centurion qui fait figure de sage, pourquoi ? Parce que comme le dit encore Proverbe en 9, 8 et 9 « reprends le sage  il t’aimera » et « donne au sage, il deviendra plus sage », les sages sont à l’opposé des insensés dont Mathieu en 11, 25 dit « tu as caché ces choses aux sages », c’est à dire aux sages auto-proclamés, ces « choses » ce sont les œuvres divines accomplies depuis le commencement de la Création et dont la guérison aujourd’hui devant nous du fils du centurion est un témoignage. Quelle est la sagesse du centurion ? C’est de s’adresser avec foi et simplicité, au Rabbi Jésus auquel il se remet en toute humilité et confiance pour son fils malade.

 

Dans Proverbe 3, 7 nous lisons encore « ne sois pas sage à tes propres yeux » et saint Paul nous enseigne 

dans l’esprit du Seigneur à méditer cette parole « se vantant d’être sages, ils dont devenus fous », et de plus en 1 Corinthiens. 4, 10 « vous êtes sages en Christ », n’est-ce pas ici même ce que nous voyons par l’attitude du centurion ! Si les sages le sont par la grâce efficiente du Christ et de la sève spirituelle de l’Ecriture, qui donc s’étonnera de ce que peut accomplir en plénitude la parole du « Verbe source de la sagesse des sages », selon cette autre parole à « Dieu appartient d’accomplir même l’impossible ».

 

« Je vais aller le guérir » dit le Seigneur au centurion, le Seigneur n’est mû que par l’amour pour cet homme et son fils souffrant, il ne cherche pas à savoir pourquoi le fils est paralysé. Simplement, « Jésus aime le centurion et son enfant paralysé, tout comme il aime chacun et chacune d’entre nous ». Aimer est pour le Seigneur, le cœur de toute son œuvre pour sauver l’homme. Le Christ est dans « l’intelligence du cœur », à l’écoute du centurion et de sa prière, comme il est à l’écoute de chacun d’entre nous, si nous décidons dans notre liberté personnelle de faire appel à Lui. Le Seigneur ne se livre pas à une discussion philosophico-théologique au sens universitaire qui se limite à une approche ratio-intellectuelle, il laisse se dire la « foi » du centurion qui permet d’engendrer le processus et le miracle de la guérison. 

 

Nous pouvons voir dans ce fils malade, une métaphore de notre propre souffrance qui engendre notre paralysie spirituelle, le « vieil homme » en nous ne cesse de s’opposer à notre désir de guérison, et tout comme ce centurion nous savons que sans la grâce divine, il nous est impossible de convertir notre cœur blessé par nos épreuves existentielles. Le vieil homme en nous est né avec la chute d’Adam dans le Paradis, il est en nous la « cristallisation du péché » qui s’oppose à la vie et à l’être en plénitude. Le vieil homme est pétrifié dans ses habitudes et ne supporte aucune nouveauté, il reste bloqué dans son inertie et s’interdit ainsi à lui-même de faire l’expérience véritable du « mouvement, de la vie et de l’être » telle que proposée par Dieu dans l’Eglise et dans notre vie personnelle au cœur même du monde. 

 

L’Ecriture sainte nous dit que le centurion est allé vers le Christ pour lui dire : « Seigneur, j’ai à la maison mon fils atteint de paralysie, et qui souffre beaucoup ». Le Seigneur l’accueille, le regarde et l’écoute, mais reste libre du poids inutile de l’émotivité psychique qui empêche habituellement les hommes d’agir de manière juste et avec discernement. Le Seigneur est pleinement présent et ressent de l’intérieur la compassion du centurion pour son fils ainsi que la souffrance silencieuse du fils paralysé. Le Seigneur s’émerveille de la foi du centurion et décide d’y répondre, en disant : « Je vais aller le guérir ». Ici, le centurion intercède pour son fils, mais Dieu ne nous a t-il pas faits « centurions spirituels » pour intercéder les uns pour les autres dans l’Eglise pour notre guérison et celle du monde.

L’Eglise nous remémore aujourd’hui l’exemple vivifiant de ce centurion, afin que nous puissions nous en inspirer, car nous avons vocation à intercéder auprès de Dieu avec « foi, espérance et amour » pour que l’humanité puisse se libérer de ce qui la paralyse dans son « corps, son âme et son esprit ». Les malheurs du monde, le chaos des dictatures, les failles et blessures provoquées par les attitudes inhumaines, ne peuvent trouver leur guérison véritable sans vie spirituelle personnelle et ecclésiale, pour irriguer et vivifier le cœur des hommes à travers la prière et l’intercession des uns pour les autres.

 

Devant la proposition du Christ de venir guérir le paralytique chez lui, le centurion répond : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole, et mon fils sera guéri ». Pourquoi se dit-il indigne d’accueillir le Seigneur sous son toit ? Parce que en tant que « païen », il ignore qu’il a été crée à l’image et à la ressemblance d’un Dieu, qui est Créateur et Père de l’humanité, mais sa foi en Jésus ce prophète charismatique va lui permettre d’entrer peu à peu en lui-même, pour accueillir  avec confiance la grâce divine. 

 

Ce centurion avant de rencontrer celui qu’il appelle « Seigneur », avait entendu parler de lui, il a alors « cherché et il a trouvé, il a demandé et il a reçu, il a frappé et Dieu lui-même lui a ouvert ». Il a ainsi pu expérimenter en esprit et en vérité que « prier, c’est ne plus être seul », ce centurion a été béni et guidé par la divine providence. La réputation de Jésus, comme prophète-guérisseur était arrivée jusqu’à lui, le centurion croyait sans hésiter que celui qu’il appelle là devant nous « Seigneur », peut accomplir même l’impossible et d’une seule parole guérir son fils, qui gît-là paralysé sous nos yeux, n’est-ce pas ce qui est arrivé ! 

 

L’Evangile nous dit encore : « A ces mots, du centurion, Jésus fut dans l’admiration et il dit à ceux qui étaient là : en vérité, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé pareille foi », et IL ajoute : « c’est pourquoi, beaucoup prendront place au festin du Royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, alors que ceux qui étaient les fils naturels du Royaume des cieux seront jetés dehors ». Cette affirmation du Christ devrait nous faire méditer, comme Marie « toutes ces choses dans notre cœur », nous, qui sommes d’après saint Paul, « les enfants lumineux de l’Eglise ».

 

L’Eglise est la maison divino-humaine, dans laquelle se rencontrent la Cour Céleste, c’est à dire la Divine Trinité, la Mère de Dieu, les Saints et les Anges, et la cour terrestre, c’est-à-dire chacun et chacune d’entre nous. L’Eglise est ce lieu béni par Dieu et par les croyants, dans lequel à travers la célébration de la Divine Liturgie et des saints Offices religieux, nous pouvons acquérir l’expérience concrète, de la « foi, de l’espérance et de l’amour », envers Dieu et au service de l’homme. 

 

Qui parmi nous, n’a pas à eu à un moment ou un autre besoin dans son existence, de la présence aimante et de la prière d’un « centurion spirituel », lorsque les épreuves de la vie sont trop fortes pour s’en sortir tout seul ? Seuls les vaniteux imbus d’eux-mêmes, pensent qu’ils n’ont besoin de rien ni de personne, mais l’homme humble sait qu’il ne peut rien pour se sauver lui-même. C’est pourquoi en tant que   « chrétien orthodoxe » je suis par vocation un « intercesseur » pour toute l’humanité, et l’apôtre Paul nous rappelle « que la foi est agissante par l’amour et la compassion ». Dans l’esprit de Paull’amour parfait, c’est de ne rien exiger pour soi-même, ceci devrait être le véritable visage de l’Eglise. C’est pourquoi, la prière liturgique commune, qui nous réunit ici aujourd’hui, ne peut être qu’un don spirituel libre des uns pour les autres, des uns avec les autres, afin que nous puissions bénir ensemble, l’humanité et toute la création. 

 

Alors que veut donc nous enseigner le Christ, en magnifiant et en louant ainsi la foi du centurion ? Sinon nous encourager à cultiver en nous avec humilité, la confiance absolue en Lui, le médecin de nos âmes et de nos corps. Il désire transformer nos doutes, nos peurs en foi inébranlable en Lui, en foi capable de déplacer les montagnes psychiques, intérieures ou extérieures qui paralysent notre quotidien. La « foi comme Don de Dieu est universelle », ce qui la différencie d’une personne à l’autre, c’est la relation personnelle que chacun met en œuvre envers et avec Dieu pour qu’elle puisse se révéler avec le maximum de plénitude. 

Acquérir la « foi qui peut transporter et transformer nos montagnes intérieures », peut être reçue comme un don dans l’Eglise, par la participation liturgique régulière, à travers laquelle, nous pouvons apprendre à contempler notre Seigneur à l’œuvre au service de l’homme, son bien-aimé. La « foi » est un Don de l’Esprit Saint et l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans l’Eglise du Christ, la foi ne se donne pas au monde des apparences où règne la corruption, elle ne peut être reçue que par celui qui désire vraiment vivre le mystère spirituel de l’Eglise et qui croit en Dieu.

 

Le mystère de la foi et de la guérison spirituelles, ont tous deux comme source, l’Amour de Dieu envers l’humanité, nous croyons que la guérison essentielle est premièrement spirituelle, mais rien n’empêche le Seigneur de donner aussi la guérison corporelle, comme en témoigne l’évangile de ce jour. C’est pourquoi L’Eglise, qui est le corps du Christ et le temple de l’Esprit Saint, a vocation d’être d’abord « l’humble servante » de l’humanité. Le chrétien orthodoxe est donc celui qui intercède dans l’Eglise, afin que Dieu accueille toute personne qui crie vers Lui et espère entendre : « Je vais te guérir ».

 

Puis le Seigneur dit au centurion : « Va, et qu’il t’advienne selon ta foi ! Et à l’instant même le serviteur fût guéri ». La foi du centurion est telle qu’il n’y a pas de distance entre sa demande de guérison pour son fils et l’accomplissement de cette guérison. Que Dieu nous accorde une telle « foi » par sa divine grâce et la prière de « notre ami », le centurion évangélique.

 

Le fou juge, punit et détruit et cela sans réfléchir, le fou est celui qui se croit sage à ses propres yeux, mais le sage accueille, regarde et écoute dans le silence et l’intelligence du cœur avant d’agir selon Dieu et avec Dieu pour restaurer l’homme dans sa dimension divino-humaine. Qui est ici le fou ? C’est l’homme sans Dieu et sans l’Eglise, l’homme sans Dieu et sage à ses propres yeux, devient aussi un homme aveugle et sourd, une caricature déformée de sa beauté originelle crée par Dieu. Et qui est pour nous l’homme de Dieu me direz-vous peut-être ? C’est « l’homme ou la femme » dont la vie et l’existence est tournée vers Dieu, n’est-ce pas cela devenir orthodoxe pour nous, prenons-nous conscience de ce que signifie « être orthodoxe » ? Pour nous, orthodoxes, il « n’existe qu’un seul et unique Sage qui est notre Seigneur Jésus-Christ ». 

 

Si nous croyons cela, alors le Christ se révèlera à nous et nous aurons le désir naturel de lui ressembler, en partant de notre humanité, oui, tels que nous sommes, pour nous sanctifier avec l’aide de l’Eglise et croire que nous sommes concernés par cette parole qui affirme que  « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu », apprendre peu à peu à vivre selon l’ascèse évangélique. Si donc, nous désirons la sagesse en « esprit et en vérité », nous devons demander pour recevoir, chercher pour trouver, frapper pour que s’ouvre la porte de la communion avec l’Esprit Saint qui nous donnera comme nous l’enseigne le Christ, lui-même  « la connaissance de la vérité qui nous rendra libre ». 

 

L’Evangile n’est pas un manifeste en faveur du chaos des esprits, ni un roman à l’eau de rose dans lequel se noient les discussions de comptoirs ou une émission téléguidée pour tirer l’humanité vers le bas. La vie et la voie orthodoxe ne béniront jamais les faux-prophètes qui agissent dans les ténèbres de leurs âmes, et cela au sein même parfois de notre très sainte Eglise. L’Evangile est le livre de la « vie divino-humaine qui peut et veut engendrer l’homme dans l’amour spirituel, dans la beauté lumineuse qui transfigure et dans la sainteté qui sont l’accomplissement et le couronnement de notre vocation orthodoxe ».

 

Au Père qui nous fait Don de la Foi, au Fils qui nous guérit par Amour et à l’Esprit Saint qui nous garde dans l’Espérance, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

 

samedi 13 juin 2026

les premiers disciples

(Mat : 4, 18 à 23)
AU NOM du PERE, du FILS et du SAINT ESPRIT, amen.


Aujourd’hui, notre sainte et splendide Eglise orthodoxe qui est la barque spirituelle que la Divine Trinité a placé au cœur du monde, nous enseigne en toute beauté et humilité comment le Seigneur continue de s’approcher de chacun d’entre nous, comme IL l’avait fait pour les pêcheurs de Galilée, pour nous dire : « suis-moi !
L’Ecriture nous dit : « IL vit deux frères qui étaient pêcheurs », deux hommes qui étaient là, occupés à accomplir leurs œuvres quotidiennes, tout comme nous, des hommes au milieu d’autres hommes et voilà que le Seigneur qui se promenait, s’approcha et leur dit : « Venez et je vous ferais pêcheurs d’hommes ». Nous savons que toutes les paroles que le Christ prononce, nous sont directement adressées tout comme aux personnes qui apparaissent dans l’Evangile de vie, alors écoutons pour entendre.
L’Ecriture sainte, dans le livre de la Genèse nous enseigne que le Père Céleste lui aussi se promenait dans le Paradis, à la brise du soir, avec le désir de rencontrer Adam et Eve, c’est à dire l’humanité crée pour lui dire, « suis-moi », moi ton Créateur, je t’invite à être le pasteur de la création entière et de la guider avec ma grâce et ton obéissance, à la plénitude de la vie dans la vérité et la beauté. Cette divine rencontre première entre Dieu et l’humanité, interrompue par la chute originelle se poursuit aujourd’hui dans notre sainte Eglise orthodoxe, dans laquelle le Seigneur ne cesse d’aller vers l’homme son bien-aimé.
Ne sommes-nous pas saisis de l’intérieur, nos cœurs ne sont-ils pas brûlants, en contemplant cette réalité évangélique qui nous montre le Seigneur « doux et humble de cœur », qui ne cesse depuis le Paradis de marcher à la rencontre de l’homme, pour inviter celui-ci à faire la route ensemble. Cette Voie qui est le Christ lui-même, et qui peut nous mener de la terre au Ciel, se réalise ensembles dans l’œuvre commune qui nous réunit ici et maintenant, à savoir la Divine Liturgie, célébration et rencontre essentielle entre Dieu et l’homme, entre l’homme et l’homme, entre l’homme et la création, pour accomplir l’unique nécessaire, notre salut en Dieu dans l’Eglise et au cœur du monde.
L’Evangile de vie, nous prend par la main et nous guide dans cette promenade divino-humaine qui a commencé avec notre Père dès notre création, qui se poursuit avec le Fils, et s’accomplit par l’Esprit de toute sainteté. Ecoutons encore le Seigneur nous dire jusqu’où IL désire aller pour nous rencontrer dans ce pèlerinage spirituel, que dit-Il : « Voici, Je me tiens à la porte et je frappe, chez celui qui entend et qui ouvre, j’entrerai avec mon Père et nous dînerons avec lui ».A quelle porte, le Seigneur frappe t-il, sinon à celle de notre cœur, qui représente les portes saintes et royales qui nous mènent au saint des saints dans la profondeur insondable et indicible de la « personne », là où est déjà présent le Royaume de Dieu. Ce dîner promis par le Christ à celui qui s’ouvre à Dieu, est la célébration très lumineuse et très pure, de la très sainte Cène spirituelle et mystique, liturgie céleste joyeuse et pacifique, communion partagée par la Divine Trinité et l’homme. Seul celui qui se souvient qu’il a déjà entendu le « suis-moi », reconnaitra qui est Celui qui frappe et se précipitera pour lui ouvrir, non seulement sa porte, mais toute sa vie et tout son être. Mais direz-vous peut-être, qui parmi nous a déjà entendu ce fameux « suis-moi », pour le reconnaître et dire amen ? C’est en Adam et Eve, père et mère de toute l’humanité que nous avons entendu cette parole « suis-moi » qui dès l’origine, nous a été transmise comme voie de retour vers notre Père céleste.
L’Eglise est bien cette barque lumineuse qui contient toutes les grâces données par l’Esprit de Dieu, pour que nous soyons chacun « pêcheur d’homme, c’est à dire d’abord de nous-mêmes », plus ou moins engloutis par les eaux troubles et usées du monde, pour accomplir notre sainte vocation qui est la vie divino-humaine, selon la sagesse de la voie spirituelle de l’orthodoxie. Cette pêche miraculeuse que représente le salut d’une seule âme, est le fruit de l’ascèse de toute l’Eglise du Christ. Mais si nous ne comprenons pas, que l’homme que nous devons pêcher en premier, c’est celui qui gît au plus profond de nous-même, alors nous allons nous précipiter dans une errance stérile et nous briser peu à peu, contre le roc endurci de notre propre cœur.
L’Ecriture poursuit : « Aussitôt, ils laissèrent là leurs filets et le suivirent », est-ce donc si évident pour nous que des hommes et des femmes puissent ainsi tout quitter pour suivre le Christ ? En vérité, c’est possible parce que suivre Dieu est la vocation naturelle de l’homme crée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette disponibilité immédiate que nous voyons chez ces pêcheurs Galiléens, répond à un état spirituel potentiel mais éveillé suffisamment pour dire amen à l’invitation divine. Ces hommes en vérité attendaient depuis toujours la venue du saint d’Israël, ils étaient imprégnés de l’espérance du salut messianique. Si nous entrons en nous-mêmes, au cœur de notre cœur, nous découvrirons que nous possédons la même espérance. Nous pourrions même retrouver aujourd’hui ce moment crucial, où dans notre cheminement existentiel, nous avons entendu nous aussi et chacun à sa manière ce « suis-moi », auquel nous avons répondu « amen » et voir quel a été depuis notre cheminement en Christ.
Voici donc des pêcheurs, et que laissent-ils pour suivre le Christ, ils abandonnent leurs filets, c’est à dire tout ce qui nourrissait et donnait sens à leur existence terrestre au milieu de leurs familles et proches. Chaque iota de l’Ecriture Sainte possède et un sens littéral et un sens spirituel, qu’est donc un filet, n’est ce pas quelque chose qui peut nous nourrir mais aussi nous emprisonner ? Il existe des filets qui rendent la vie invivable, des filets qui nous aliènent et nous enlèvent toute liberté personnelle, des filets subtils mais remplis d’illusions et que pourtant nous croyons nécessaires voire indispensables pour notre existence, et tant d’autres filets encore…Le Seigneur ne dit pas qu’il ne faut pas travailler pour gagner sa vie, non, mais IL nous dit que dans ce monde, il n’existe qu’une seule manière de se libérer du filet dans lequel nous sommes chacun plus ou moins emprisonné. Et cette libération ne peut se réaliser que si l’homme, tout homme et toute femme, et en particulier nous qui nous disons volontiers disciples du Seigneur, désire et accepte de suivre sans condition Celui qui lui dit : « Suis-moi ». 
Et voici que : « Jésus parcourait toute la Galilée- tout comme il parcours toute l’Eglise- prêchant la bonne nouvelle du royaume de Dieu, enseignant et guérissant toute maladie », le Christ ne nous propose pas de le suivre pour faire une promenade touristique, ou bien de faire ce que nous croyons nous convenir à tel ou tel moment. IL ne nous emmène pas sur les routes mondaines pour y suivre les modes éphémères et illusoires que le vieil homme voudrait nous forcer à prendre. Le Seigneur nous encourage à commencer par prêcher déjà en nous-mêmes la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, de nous enseigner à nous-mêmes la vie évangélique, pour espérer guérir par la communion de vie avec LUI.
Alors quelle est donc l’ascèse concrète qui est bonne pour chacun d’entre nous, pour connaître en esprit et en vérité qui est le Christ et pourquoi IL nous dit « suis-moi » ? Oui, je vous transmets toujours la même réalité, la sagesse de l’Eglise, cette ascèse vivifiante, qui est la participation à la célébration de la Divine Liturgie et la pratique réelle du saint Évangile. L’Eglise dans laquelle l’Esprit Saint nous enracine dans le présent, est le lieu béni où nous recevons avec une divine générosité toutes les grâces spirituelles pour suivre Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie ».
« Suis-moi », par cette parole, le Christ s’engage lui-même et en premier à nous emmener avec lui, à nous apprendre comment passer de l’état de serviteur de Dieu, de l’Homme et de l’Eglise, à celui d’ami de la Divine Trinité, selon cette parole du Christ « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis ». Cette œuvre ascétique passe par l’œuvre commune qui ne peut se vivre et se réaliser que par la médiation de la sainte et humble Eglise du Christ. La célébration de la Divine Liturgie est en vérité, l’accomplissement parfait de la pêche miraculeuse, à laquelle le Seigneur invite chacun d’entre nous à participer pleinement et cela pour le salut de toute l’humanité et la restauration de la création divine dans sa première beauté.
L’Eglise du Christ seule, peut nous transmettre l’humilité du Fils Unique, Lui le pêcheur céleste qui s’est fait et le Frère et le Serviteur de l’humanité désorientée et malmenée par les esprits sous ciel dont parle l’apôtre Paul.
L’Eglise du Christ seule, peut nous transmettre l’humilité de l’Esprit Saint, Lui si discret et qui pourtant désire ardemment nous « revêtir des habits sacerdotaux spirituels que sont l’amour, la joie, la paix, la douceur, la patience, la maîtrise de soi » et tous les autres saints dons.
L’Eglise du Christ seule, peut nous transmettre la très aimante nostalgie de notre Père envers l’homme son bien-aimé, le Père a voulu l’Eglise comme une sainte icône vivante du Paradis, pour s’y promener à la rencontre de l’humanité, comme Il le faisait avec Adam et Eve à l’origine de la Création.
L’Eglise du Christ ou le Monastère du Christ, dont Il est le seul et unique Grand-Prêtre et Higoumène, ne doit jamais devenir un filet qui étoufferait la « liberté glorieuse des enfants de Dieu », liberté acquise par le Saint Sang et le Saint Corps de notre Seigneur sur la Croix, qui est le trône très pur et très saint sur lequel règne éternellement notre Seigneur Jésus-Christ.
Au Père Céleste et Roi de l’Univers, au Fils Unique qui a fait de nous ses cohéritiers, à l’Esprit Saint qui nous intronise dans le Royaume de Dieu, soit la Gloire dans siècles des siècles, amen.
+ Syméon