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mercredi 1 avril 2026

LA SEMAINE SAINTE - MEDITATION

 


Cheminements dans la Pâque du Seigneur.
A un fidèle qui lui demandait un conseil spirituel, le Père Cléopas répondit «surtout ne diminues pas la croix », ce qui correspond exactement à la parole du Christ que « celui qui veut me suivre prenne sa croix », c’est-à-dire, que nous diminuons la croix si nous refusons l’existence que Dieu veut ou permet pour chacun d’entre nous, et en la refusant, non seulement nous alourdissons celle de nos frères et sœurs, mais nous rendons en quelque sorte vaine, celle du Christ lui-même, car Dieu dans son amour respecte la liberté humaine, et ne sauve pas l’homme contre sa propre volonté.
L’Église orthodoxe est par vocation l’Eglise de la Résurrection, l’Eglise des ressuscités, on lui reproche parfois de ne pas méditer suffisamment sur le mystère de la Croix, de n’être déjà plus de ce monde, la longue lignée des martyrs du Christ témoigne pourtant avec puissance, que nos saints Pères non seulement ont médité sur ce mystère mais ont été crucifiés par lui et pour lui. La croix dont se signe tout chrétien orthodoxe, contient de nombreux enseignements. Nous proposons la méditation suivante pour pénétrer avec l'aide de Dieu un peu dans son saint mystère. Le Christ sur la Croix est entouré du bon larron à sa droite et du mauvais larron à sa gauche, le Seigneur lui-même nous apprend que les brebis seront à sa droite et les boucs à sa gauche. Le Chrétien orthodoxe se signe de la droite vers la gauche, autrement dit du bon larron vers le mauvais larron, un premier enseignement nous est donné ici, nous ne devons pas prier seulement pour le bon larron en nous signant, mais aller par toute notre prière aussi jusqu'au mauvais larron. Avec le signe de la croix nous sommes déjà dans l'accomplissement du commandement du Christ: « aime ton prochain comme toi-même ».Dans le bon larron, c'est encore et déjà l'Adam-humanité qui prie le Christ : « souviens-toi de moi dans ton Royaume », et dans le mauvais larron, c'est encore et toujours Satan qui insulte Dieu et continue de tenter l'homme jusque sur la croix. Ici se manifeste le mystère de l'iniquité, et nos saints Pères enseignent de prier, même pour les démons, mais seule la Croix du Christ peut donner aux saints une telle puissance de prière. Tant que la « métanoïa » n'est pas parfaitement réalisée en nous, nous restons soumis à toutes sortes de tentations, à commencer par le refus de notre propre croix.
Faire le signe de la croix, revient pour le Chrétien orthodoxe à accomplir cette parole du Notre Père : « que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Nous invoquons dans L'Esprit Saint, la descente du Christ dans notre cœur qui est la porte du Royaume de Dieu. En nous signant, nous invoquons la grâce divine sur toute l'humanité, la nature humaine étant consubstantielle à tous les hommes. Les Pères enseignent : « un s'élève tous s'élèvent, un tombe tous tombent » voilà une des raisons pour laquelle le chrétien orthodoxe se signe de la droite vers la gauche, car il a comme vocation en Dieu d'intercéder pour tout homme et tout particulièrement pour le mauvais larron. La Divine Trinité a confié dans l'Amour à l'Eglise Orthodoxe de ne pas s'arrêter au bon larron qui est déjà sauvé, le Christ ne lui dit-il pas: « aujourd'hui même tu seras avec moi dans le Royaume ». Ainsi chaque Orthodoxe est appelé par Dieu lui-même a donné son sang pour son prochain, c'est à dire, la prière d'intercession et de supplication et en particulier pour le « mauvais larron »dont personne ne veut. L'amour du prochain dans "l'Etre Orthodoxe" est donc divino-humain, et jusqu'à la fin des temps, la personne orthodoxe se signera de droite à gauche, afin d'élever le mauvais larron jusqu'au pardon du Père Céleste. Le mystère de la Croix et de son signe représentent les portes saintes par lesquelles, l'humanité désorientée par les fausses sagesses du monde, dont saint Jean nous rappelle: « n'aimez pas le monde et tout ce qu'il contient », le signe de la croix donc, réunit tout en Dieu, par Dieu et pour Dieu…avec l’homme.
L’Église orthodoxe connaît par expérience combien l’ascèse et l’épreuve sont utiles pour convertir le vieil homme à l’homme nouveau, elle sait aussi que ni l’ascèse ni l’épreuve en soi ne suffisent pour sauver l’homme, car, comme le chante le Psalmiste: « en vain te lèves-tu tôt et te couches-tu tard, en vain manges-tu le pain des douleurs, le Seigneur comble son bien-aimé pendant qu’il dort ». Lazare nous dit le saint Evangile, était le frère de Marthe et de Marie, ses sœurs qui selon la Tradition symbolisent aussi la contemplation et l’action, si Lazare était mort au monde, il ne l’était pas à Dieu, Lazare était certainement un homme selon le cœur de Dieu, qui par sa bonne ascèse de vie a plu au Seigneur.
L’Écriture nous dit que Jésus aimait Lazare, et Lazare est l’icône même de ce bien-aimé chanté dans le Psaume 126 (127) précité, endormi dans la mort, mais l’amour est plus fort que la mort nous dit le Cantique des Cantiques, nous savons aussi que tout passera sauf l’Amour. La Semaine Sainte va nous faire expérimenter cette prophétie du Psalmiste, et nous montrer qu’au sein même de la mort, la vie est à l’œuvre, que la Croix n’est pas la fin définitive de l’existence, mais la porte du Ciel. Jésus aimait Lazare, Marthe et Marie. Lazare n’est pas du tout étranger à l’ascèse représentée par l’action et la contemplation, mais la véritable Résurrection de l’homme n’est possible qu’à sa mort totale, non seulement au monde mais surtout à lui-même. L’homme ressuscité est l’homme du monde à venir dont les saints sont les premières icônes et les prémisses transfigurées à l’image de Dieu. Pour autant il ne s’agit pas de mépriser le monde en tant que crée par Dieu, mais de l’évangéliser selon la vocation donnée à chacun par le Seigneur.
Voici que Marie a enfanté Dieu à la vie humaine, et la Croix engendre l’homme à la vie divine. La Croix est l’arbre de vie du Paradis, celle que notre Saint Christ a apportée lui-même de l’Eden dans le monde déchu pour en faire ici-bas l’échelle du retour dans le Royaume de Dieu. Nous vénérons le bois de la Croix du Seigneur, mais la véritable Croix, c’est le « Christ Lui-Même ». C’est lui la Croix vivifiante, et c’est parce que nous sommes faits à l’image de Dieu, que nous aussi, si nous mettons toute notre foi et notre espérance en lui seul, comme nous le dit notre Saint Christ : « nous ferons les mêmes choses que lui, et même de plus grandes ».
Notre Seigneur, en créant l’homme a semé en lui le germe spirituel de la résurrection à venir, et rendu ainsi possible que toute la Création redevienne spirituelle: « que les cieux se réjouissent, que la terre soit dans l’allégresse, que le monde visible et invisible soit en fête, car il est Ressuscité, le Christ notre Dieu, Lui l’éternelle joie ». (Matines de Pâque)
La Semaine Sainte commence avec la résurrection de Lazare, l’ami de Dieu, mais elle présuppose aussi la mort au péché réalisée durant le saint Carême. Cette mort au péché et au monde nous rend semblable à Lazare, c’est-à-dire que nous pouvons-nous aussi espérer entendre le Christ nous appeler à voix forte « sors dehors » du tombeau des passions. Le Seigneur nous dit l’Évangile, ordonne avec une voix forte à Lazare de sortir du tombeau. En vérité, Lazare, mort et enterré depuis quatre jours déjà, entendait-il mieux parce que Jésus parlait fort? Où bien cette voix puissante s’adressait-elle aussi à quelqu’un d’autre? « tout pouvoir m’a été donné au ciel, sur terre et en enfer », dit le Seigneur, c’est pourquoi cette voix forte s’adresse aussi à Adam pour le fortifier et lui prophétiser que son Seigneur arrive pour sa libération des chaînes de l’enfer, et Satan lui-même entendra cette voix mais n’en aura pas l’intelligence, et là où il croira rencontrer un homme, il verra le « Dieu vivant.
Lazare est chacun de nous et le dimanche des Rameaux est la fête où chacun est appelé à répondre à l’appel de Dieu pour monter à Jérusalem, y vivre sa propre résurrection selon sa foi et son espérance, avec l’aide du Saint-Esprit. Pourquoi le Christ pleure t-il son ami Lazare? Est-ce bien sur Lazare seul qu’il pleure? L’Église orthodoxe souligne que l’Écriture sainte est un tout indissociable. Par exemple, il y a une relation qui existe entre la Création décrite au début de la Genèse et la Semaine Sainte. La mort est introduite dans l’existence à la suite du péché d’Adam, Adam bien que sollicité par Dieu à se repentir ne sait que rejeter la faute sur Ève, là ou Dieu attendait les larmes du repentir qui auraient effacées le péché. C’est pourquoi notre Christ saint et humble de cœur, offre au Père Céleste les larmes à la place d’Adam et pour Adam, c’est-à-dire, pour toute l’humanité.
Ainsi le « Christ pleure », larmes très saintes et douloureuses qui résonnent avec celles de Rachel qui ne se console pas du massacre des Innocents dans Jérusalem, avec celles de Job le saint et juste, avec nos propres larmes lorsque nous voyons l’œuvre maudite du péché dans notre vie. Le Seigneur voit la vie pétrifiée, inanimée, retourner à l’état chaotique, et qui fait écho à la terre adamique de laquelle Adam fut tiré et formé. Adam vivant laisse pénétrer en lui la mort. Lazare mort laisse pénétrer en lui le Verbe créateur, qui parmi nous, connaît comment Lazare mort, déjà en état de décomposition avancée, a pu entendre la voix du Christ? De même que saint Jean-Baptiste a vocation d’être le précurseur de la venue du Messie dans le monde, de même Lazare devient un signe précurseur du retour de l’homme dans le Royaume de Dieu, par la Pâque du Seigneur. La résurrection de Lazare est la prémisse de la résurrection de l’Adam-humanité, prémisse parfaitement réalisée par Celui qui sur la Croix a dit à voix forte « tout est accompli ».
DIMANCHE DES RAMEAUX.
« Voici que ton Roi vient à toi, humble et monté sur un ânon, le petit d’une ânesse ». La véritable royauté est la sainte humilité du Christ, qui de tout-puissant qu’il est dans l’éternité, se rend semblable à la créature humiliée et écrasée par le péché. Jérusalem est l’icône du Royaume à venir, et Jésus nous invite à le suivre pour renouer le dialogue avec le Père Céleste en acceptant de passer par la Croix, par la Pâque du Seigneur dans la foi, l’espérance et le vrai repentir du cœur. Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, voit dans la Passion du Christ la gloire du Christ, il vit sa propre passion et sa propre gloire, il entend dans l’hosanna du peuple qui acclame et suit Jésus, les chants d’allégresse spirituelle des saints anges et des saints dans le Royaume de Dieu, car en Christ tout est récapitulé et réconcilié, cet homme-là peut vraiment expérimenter le Mystère de Pâque, et entrer avec Marie dans le silence contemplatif du cœur.
Le Dimanche des Rameaux, inaugure le cheminement ascétique proposé à chaque chrétien orthodoxe pour se préparer à vivre avec le Christ sa propre pâque, sa résurrection et sa vie dans l’intimité de la Divine Trinité. Cette liturgie du salut présidée par le Christ lui-même est, ce que l’Eglise orthodoxe appelle « l’ascèse de l’amour », seule indispensable pour entrer dans la « métanoïa pascale » qui fait passer de la mort au monde et aux modes, à la Résurrection pour la vie éternelle.
Comment Lazare a t -il vécu après sa résurrection, au milieu de cette foule normale selon les critères religieux et sociaux de l’époque du Christ, cette même foule qui bientôt allait insulter, frapper, cracher sur le Christ, pour finalement le crucifier. Comment nous-mêmes sommes-nous après notre Semaine Sainte?
Ne craignez pas, dit le Seigneur, car J’ai vaincu le monde, ne soyons pas étonné si le monde ne nous comprend pas. Le monde ne peut pénétrer dans le mystère de la Résurrection, ce n’est pas le regard du monde sur nous qui doit changer, c’est nous qui devons regarder le monde avec l’Esprit du Seigneur, Lui seul, peut nous libérer de l’aliénation de ce monde. Dans (Mat. 21, 10-11), quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fût en émoi: « qui est-ce ? », disait-on; et les foules répondaient: « c’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ». La foule anonyme ne peut confesser la divinité du Christ, seule la foi de ceux dont le Christ dit « bienheureux ceux qui auront cru sans voir », peuvent le reconnaître intérieurement en esprit et en vérité. Sommes-nous comme la foule, sommes-nous comme les Grecs qui s’adressent à Philippe pour voir Jésus, qui suis-je moi qui accompagne Jésus durant la Semaine Sainte? Le Chrétien ne peut suivre le Christ durant la Semaine Sainte que de manière personnelle, même s’il est aussi en communion de foi et d’espérance avec ses frères, dans l’attente de la Résurrection.
LUNDI SAINT, MARDI SAINT, MERCREDI SAINT, mettent en relief le sens eschatologique de Pâque, c’est-à-dire, qu’il est impossible de retourner après la Semaine Sainte à l’existence quotidienne, comme si la vie éternelle ne s’était pas incarnée dans notre monde. Pâque accomplie toute l’œuvre salvifique du Christ, Pâque nous rappelle que si nous vivons dans le monde, nous ne sommes pas du monde, que notre véritable Patrie est le Royaume de Dieu. Ces trois jours appartiennent encore à l’aspect pénitentiel du grand Carême, à la vigilance et à la prière dans l’attente et l’espérance de la résurrection du Christ.
LUNDI SAINT: (Matthieu 21, 33-43)
Dans cette parabole évangélique, le Vigneron est le Père Céleste et ceux à qui Il a confié sa vigne, ce sont les prêtres qui devaient préparer l’humanité à accueillir le Messie ; cette vigne sainte était Israël, et le lieu où devait être enseigné comment cultiver la vigne était la Synagogue. Israël, c’est aussi chacun d’entre nous, ne savez-vous pas que vous êtes le Temple du Saint-Esprit ? Cette vigne que nous devons faire fructifier et offrir au temps voulu par Dieu, au nom du Christ dans L’Esprit Saint, c’est nous-même, les raisins étant les talents reçus de Dieu, pour réaliser notre Pâque en Christ.
Mais au lieu de cultiver notre vigne, nous sommes envahis par les ronces et les mauvaises herbes, par toutes nos pensées psychiques et charnelles qui se dressent non seulement contre nous mais aussi contre le Christ, et veulent nous empêcher de suivre Le Sauveur, non seulement à Jérusalem, mais réduire à néant notre désir du Royaume de Dieu.
Soyons donc vigilants et accueillons les Serviteurs que Dieu ne cesse de nous envoyer pour reconnaître notre Seigneur et pour vivre dans la voie que Dieu veut pour chacun d’entre nous.
Nous sommes cohéritiers du Royaume de Dieu et de toutes ses richesses avec le Christ, c’est pourquoi nous aussi sommes menacés par les mauvais serviteurs en nous, à savoir nos pensées et nos actions psychiques et charnelles opposées à la volonté divine.
Dieu nous a envoyé les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Saints Pères, et finalement le Fils Unique. Aujourd'hui, Dieu nous donne la Sainte Eglise dans laquelle il a mis toutes ses grâces, elle est la vigne du Seigneur, les offices liturgiques, les lectures des prophètes, les prières, les chants, tout dans l’Église nous est donné pour traverser la Pâque. Bénissons la longanimité et la patience de notre Père Céleste, malgré l’interpellation du Seigneur qui nous dit: « jusque à quand dois-je encore vous supporter ?».
MARDI SAINT: (Matthieu 25, 1-13)
La parabole des vierges sages et des vierges folles, nous invite après avoir cultivé comme il se doit notre vigne pour le Seigneur, à être dans la vigilance intérieure, dans la certitude que l’Époux va venir, qu’en vérité, il n’a jamais été aussi proche.
Cette vigne est aussi le symbole de la chambre nuptiale, d’ailleurs c’est pourquoi nous célébrons le merveilleux office du « Fiancé » durant les trois premiers jours de la Semaine Sainte. La virginité en soi et pour soi, n’a aucune valeur spirituelle. Dans le monde une multitude de gens sont vierges par une nécessité imposée de l’extérieur. La virginité des vierges folles, fait écho au figuier stérile, au talent enterré, ces vierges folles sont stériles selon la chair et selon l’esprit ; c’est comme si elles n’existaient pas, comme si elles n’avaient pas la vie en elles, et peut -il exister une douleur plus grande en ce monde que de s’entendre dire par le Seigneur lui-même : « Je ne vous ai jamais connu », non pas, Je ne vous connais pas, mais Je ne vous ai « jamais » connu ; que Dieu nous garde à jamais d’une telle parole. L’Œuvre demandée ici au disciple du Christ est de réaliser la parole de l’Écriture, « Veillez et priez ». Le fruit de la vigne est le désir de Dieu seul en tout et en tous, le fruit de la parabole des vierges est la prière qui espère l’Époux de tout son être, qui accomplit le plus grand et le premier parmi les Commandements donnés par le Christ: « tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces », et le deuxième qui lui est semblable « et ton prochain comme toi-même ».
MERCREDI SAINT : (Matthieu 26, 6-16)
Après l’attente de l’héritier, de l’époux, voici que Dieu en Christ se fait proche au point de se laisser toucher, voici que le Christ reçoit comme une onction de la main d’une femme, et tous les disciples s’indignèrent et se préoccupèrent des pauvres comme si ceux-là allaient s’échapper. De quoi nous indignons-nous en ce mercredi saint, est-ce là le plus urgent, pourquoi s’il faut vraiment s’indigner, ne le faisons-nous pas de nous-mêmes? Le Christ nous invite ici non à nous indigner sur ce que fait l’autre, mais sur ce qui nous rend indigne de participer pleinement à la Semaine Sainte. Le Seigneur plein de grâce et de vérité, Homme et Dieu parfait, après avoir en Lazare parlé à Adam et en celui-ci à toute l’humanité, se tourne vers Ève non à travers les vierges sages ou folles, car la sagesse sans véritable métanoïa du cœur, n’est que folie et fait que même « les prostituées vous précèderons dans le Royaume de Dieu », Lui, le Saint, en se laissant toucher et oindre par une femme, bénit toutes les femmes.
JEUDI SAINT : (Luc 22, 7-36)
Le grand thème ici, est celui de la fidélité au Seigneur quoiqu’il puisse nous arriver dans les épreuves que Dieu permet pour notre résurrection à la vie éternelle dans le Royaume de Dieu. Cette promesse faite par le Christ aux Apôtres, nous la vivons déjà dans ce monde, l’icône parfaite de ce festin céleste est évidemment : L’Eucharistie.
Avons-nous conscience de cette immense grâce? Avons-nous conscience de ce que représente en vérité la Communion Eucharistique? La Sainte Église Orthodoxe est le lieu béni par Dieu dans lequel, nous pouvons commencer à expérimenter, ce que signifie vivre en présence de Dieu, au milieu de la Cour céleste là où, vivent déjà Marie la reine du Ciel, les Saints et les Saints Anges. Deux grandes expériences traversent ici l’âme des fidèles qui contemplent la Passion du Seigneur : la Sainte CENE et son opposé absolu la trahison de Judas. La Sainte Cène se résume à Dieu est AMOUR. La Divine Liturgie est imprégnée de lumière et de ténèbres, de joie et de douleur. Dieu se donne tout entier à Judas, et qui peut imaginer l’état dans lequel se trouve Judas à ce moment-là ? Adam s’est détourné de Dieu, Judas le trahit et le vend. Certains disciples vont le renier, l’humanité entière est ébranlée, la création est frappée de stupeur, le monde angélique frémit et ne comprends pas ce qui se prépare, et chacun d’entre nous traverse comme il peut, cette grande et terrible épreuve. Marie est là, elle suit son Fils et son Seigneur, elle veille auprès de lui. Demandons humblement son aide, prions-là de nous fortifier, afin de demeurer nous aussi avec le Seigneur durant la Pâque du Christ mais aussi de la nôtre.
VENDREDI SAINT : (Marc 15-39)
Mon Dieu! Mon Dieu! Pourquoi m’as-tu abandonné? Jésus cria d’une voix forte à Lazare de sortir du tombeau. Là il crie d’une voix forte vers son Père, ce cri est celui de toute l’humanité passée, présente et à venir. Ce cri est celui de la détresse absolue de tous les hommes. Les Saints connaissent dans leur cœur, cette souffrance de l’âme humaine défigurée par le péché, mais encore de manière relative. Le Christ, LUI, connaît de manière absolue les œuvres de l’Ennemi de Dieu et du genre humain, son cri est à la hauteur du désespoir
inconscient de l’humanité. Ce cri du Christ continue de traverser l’histoire de l’humanité, et ne cessera qu’à la fin des Temps, à la porte du Royaume de Dieu, dans lequel nous disent les saints Pères, le silence qui n’est pas de ce monde, sera le langage de l’éternelle louange à la Divine Trinité.
Le Seigneur ne crie pas vers le Père pour lui-même, mais pour l’homme son bien-aimé, car comme Marie gardait et méditait toutes ces choses dans son cœur, la Divine Trinité garde l’homme dans son cœur. Le Christ aurait aussi pu crier, ô homme pourquoi m’as-tu abandonné, pourquoi t’es-tu abandonné toi-même, tant l’œuvre de Dieu semble anéantie, au moment de la Crucifixion? Le vendredi saint dans ses plus profondes ténèbres, prépare l'avènement non seulement du Ressuscité, mais à travers Lui, réalise cette autre parole qui concerne directement chacun d'entre nous « il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas », c'est-à-dire l'homme intérieur caché avec le Christ en Dieu, l'homme spirituel qui est en chacun d'entre nous, comme emmuré dans nos enfers existentiels. Cet homme intérieur qui passe lui aussi par la croix, la sépulture et la résurrection, cet homme-là connaît son Seigneur et son Seigneur le connaît, œuvre liturgique, ineffable et indicible, qui unit Dieu et sa créature aimée.
SAMEDI SAINT
Le Saint Shabbat qui suit la mise au tombeau du Christ, contient dans le silence de Dieu, l’annonce proche de la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Seigneur. Certes Marie et les proches de Jésus se lamentent encore, mais le JOUR lumineux apparaît et rempli de Paix le croyant orthodoxe. La nuit sainte de la Résurrection, nous fait passer du tombeau à la chambre nuptiale, la Divine Liturgie témoigne par toute sa splendeur du Royaume de Dieu. Dans le Ressuscité se réalise la Promesse de Dieu : « Je ne t’abandonnerai jamais », et la belle prophétie de saint Syméon le nouveau théologien que « l’homme renouvelé, redevienne spirituel, incorruptible et éternel, et que toutes les créatures se renouvellent avec lui et, comme lui, deviennent incorruptibles et spirituelles».
L’Église orthodoxe témoigne que par la Résurrection, la mort et le néant même, peuvent servir le plan de Dieu qui en a fait des serviteurs de l’Économie divine et des médiateurs de la vie et de la lumière, à condition de les configurer à la Croix du Christ. Ainsi, la lumière de Pâque est celle de la Parousie, c’est pour l’Eglise Orthodoxe le « Jour du Seigneur », unique et très saint, la Fête des Fêtes, les prophéties sont réalisées, la « Nouvelle Jérusalem » est là spirituellement.
La Divine Liturgie qui suit la Résurrection est vraiment communion au Banquet Eschatologique. Les portes de l’iconostase sont ouvertes, l’Église est remplie de lumière, les Fidèles communient avec le Ressuscité, et ne se lassent pas, de se saluer par un saint baiser, en se disant « Christ est Ressuscité », et en se répondant « En vérité, il est vraiment Ressuscité ».
Que Dieu nous accorde de Ressusciter dans le Seigneur au temps fixé par Sa Divine Providence pour chacun et chacune d’entre nous, et que nous puissions proclamer avec saint Séraphim de Sarov : « Christ est Ressuscité, ma joie ».
Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant, toujours et dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon

samedi 28 mars 2026

Sainte Marie L’Egyptienne


(Luc 7, 36 à 50)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.




Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à suivre le Christ chez Simon le Pharisien, pour y découvrir à travers la femme pécheresse, que la grâce divine ne fait pas la discrimination des personnes, là où les hommes inféodés à la dureté de la Loi religieuse sont prompts à juger, lui notre Seigneur ne juge pas, mais élève la personne et le pardon au-dessus du péché. La trame de ce passage évangélique est fondée sur la manière de regarder, d’écouter et de parler ou non avec l’autre. Ce récit nous met en relation directe avec le regard et la parole de Dieu notre Créateur dans le livre de la Genèse où nous lisons : « Dieu vit et dit que cela était bon » en parlant de la création et « Dieu vit et dit que cela était très bon »en parlant de la création de l’homme. 

 

Simon le Pharisien fin connaisseur de la Thora, enferme cette femme dans ses actes contraires à la morale religieuse de son temps, il ne voit pas en elle une personne et donc ne lui adresse aucune parole. Mais pour comprendre l’attitude de Simon, et éviter nous-mêmes de le juger, nous devons nous souvenir que la Loi est accueillie par Israël comme l’expression absolue de la volonté divine, elle est vécue comme « parole et alliance qui vient de Dieu et mène à Lui, elle est sa voix et la voie ». Mais le Seigneur éclaire le sens de la Loi en soulignant « qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir », il déclare donc la Loi bonne mais inachevée, elle dit la vérité divine mais elle doit aussi donner l’amour divin, l’œuvre du Messie par l’incarnation est de réaliser « l’union de la vérité et de l’amour ». Simon le Pharisien n’invite pas le Rabbin Jésus parce qu’il l’aime, mais parce qu’il a entendu parler de lui et que cela a suscité chez lui une sorte de stupeur mentale devant les œuvres accomplies par ce Rabbin au milieu d’Israël.

 

Et nous les enfants de l’Eglise orthodoxe, invités non par des hommes fussent-ils des religieux, mais par Dieu lui-même, pourquoi n’imiterions-nous pas avec simplicité et confiance cette femme pécheresse, en déposant aux pieds du Seigneur, notre demande de pardon pour nos péchés ? A chaque fois que nous osons juger un homme ou une femme, nous devenons des pharisiens durs de cœur et sans esprit, nous rendant indignes de communier à la table spirituelle qui nous propose de goûter combien le « Seigneur est bon et doux ». 

 

Ainsi Simon le Pharisien juge t-il cette pécheresse comme perdue et indigne de pardon, car pour lui, la Loi mosaïque est au-dessus de tout et de tous, elle est pour lui la sagesse spirituelle absolue, à laquelle ce Rabbin Jésus devrait lui aussi se plier, c’est pourquoi prisonnier de la Loi, il est sans compassion envers la femme pécheresse et sans justesse envers Jésus et ose se dire en lui-même « si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche ». Là où la femme pécheresse reconnaît Jésus comme un Prophète de Dieu, Simon lui doute de Jésus, et le rabaisse au niveau d’un individu sans discernement. Malheur donc à nous, si sous prétexte que nous sommes « orthodoxes », nous jugeons le monde comme corrompu, en nous autorisant à mépriser les autres, sur la seule foi de notre ressenti non purifié par l’amour et la vérité divines. L’Ecriture sainte nous invite au contraire à imiter cette femme, et à venir nous prosterner aux pieds du Christ, pour y verser les larmes d’un repentir sincère. 

 

Que nos prières liturgiques et personnelles soient comme une huile parfumée et sainte répandue sur la tête du Christ, que notre attitude entière soit une louange à la Divine Trinité, que notre présence dans l’Eglise soit une icône fidèle et un témoignage véridique de notre désir d’aimer le Seigneur. Si avec la grâce divine nous essayons vraiment avec modestie d’imiter cette femme, en nous prosternant aux pieds du Christ de manière orthodoxe, c’est à dire, avec la dignité que nous devons à notre Seigneur, alors nous aussi, nous entendrons le Seigneur nous dire « tes péchés te sont remis, ta foi t’a sauvée, va en paix ». 

 

Ni l’Eglise ni le croyant ne doivent se laisser impressionner par les illusions du monde déchu ou par les minuscules pouvoirs des soit disant « maîtres du monde », que ceux-ci soient des religieux ou des non religieux. Si le Christ libère cette femme, est-ce pour qu’elle se retrouve aliénée, sous de nouveaux commandements élaborés par telle ou telle communauté religieuse. 

 

Notre sainte Eglise orthodoxe a reçu en plénitude le trésor inaliénable de la sagesse divine, afin que tout homme et toute femme de bonne volonté puisse se libérer de l’esclavage du péché, et se restaurer à nouveau dans la beauté et la vérité divines. Avez-vous remarqué que ni Simon ni le Christ n’invite cette femme à la table pour partager le repas ? Le Seigneur accomplit ce que lui-même enseigne dans le saint Evangile, lorsqu’IL appelle à « ne scandaliser personne ». C’est pourquoi pour ne pas scandaliser cette femme qui vient vers lui, il la laisse exprimer son amour et son désir de conversion en se laissant « toucher » par elle, selon le reproche de Simon le Pharisien. Mais le Seigneur discerne aussi « l’état spirituel de Simon » et il sait que celui-ci n’aurait pu supporter que cette femme soit invitée pour partager le repas avec eux, ainsi le Seigneur ne s’impose ni à l’un ni à l’autre.

 

Cette parabole fait écho à cette autre rencontre du Seigneur avec une femme adultère, ici, Simon le Pharisien toise et juge durement cette femme, là où le Christ baisse les yeux devant la femme adultère et écrit avec son doigt dans le sable, ce que faisant, le Seigneur rappelle à tous ceux qui étaient présents et prêts à lapider la femme, qu’ils « sont tous tirés de la terre et qu’ils retourneront à la terre ». Qui sommes-nous donc pour asséner un jugement à partir d’un simple ressenti, « poussière et cendre », éphémère au sein d’un univers qui survit à des nuées d’êtres humains, prions notre Seigneur de nous accorder la grâce d’unir en nous la vérité avec l‘amour, pour la seule gloire de Dieu, notre Père et Créateur.

 

Voici donc que cette femme pécheresse a reçu le pardon divin parce que comme le dit notre  Seigneur « elle a beaucoup aimé », alors que Simon malgré son respect obsessionnel de la Loi, reste prisonnier de la lettre qui étouffe son esprit, l’enferme et l’empêche en vérité de connaitre le retournement intérieur et d’engendrer des fruits pour la vie éternelle. Le Christ ne juge ni Simon ni la pécheresse, il donne à l’un et à l’autre la possibilité d’accéder à la grâce qui peut ouvrir leur être à la vie en Dieu, dans l’Eglise et dans le monde. Le charismatique, saint et divin Rabbin Jésus ne bénit ni le péché de la femme ni le jugement de Simon, mais les invite à le suivre en Dieu pour aller vers leur seule véritable vocation qui est spirituelle et divino-humaine.

 

Dieu ne bénit jamais le péché mais il accueille toujours le pécheur ou la pécheresse selon cette parole que le prêtre dit après la confession au moment de l’absolution « Dieu ne veut pas la mort du pécheur ou de la pécheresse, mais qu’ils se convertissent et qu’il vivent ». C’est pourquoi, nous croyons avec une pleine confiance que « Dieu aimera toujours infiniment plus le plus grand des pécheurs, que le plus grand des saints ne pourra aimer Dieu », méditons cette parole de profonde consolation.

 

Au Père donateur du Festin divin, au Fils notre nourriture éternelle, à l’Esprit Saint qui nous 

guide vers la table divino-humaine, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.  

 

+Syméon 

 

 

 

lundi 23 mars 2026

Dimanche de saint Jean Climaque.

   

(Marc - 9, 17 à 31).

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen

 

 

  

Aujourd’hui, notre sainte Eglise orthodoxe nous invite à contempler notre Seigneur comme le Médecin de notre âme et de notre corps, et cette thérapie divino-humaine prend source dans notre foi envers la Divine Trinité. Nous savons tous que le lieu providentiel dans lequel se manifeste avec grande puissance l’œuvre divine du salut de l’humaine condition est l’Eglise, dont chacun d’entre nous est une pierre vivante pour accueillir Dieu et notre frère. Nos saints Pères témoignent tous sans exception du mystère que représente « l’Eglise qui est au cœur du monde, de l’homme qui est au cœur de l’Eglise, et de la Divine Trinité qui est au cœur de l’homme ».

 

L’Ecriture dit : un homme s’approcha de Jésus et lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils possédé par un esprit sourd et muet », que signifie pour chacun d’entre nous cette expérience existentielle ? Il nous est dit «  un homme » sans autre précision, ceci veux dire que tout homme peut se tourner librement vers Jésus pour implorer son aide, non seulement pour lui-même mais surtout pour son prochain, mais pour que tout homme puisse se tourner vers Jésus, nous Chrétiens orthodoxes, nous devons être des témoins vivants et vivifiants de l’Evangile du Seigneur.

 

Nous savons que l’œuvre maudite de Satan qui est le père du mensonge et nulle œuvre n’est pire que le mensonge qui entraine avec lui des multitudes de souffrances tant personnelles que dans la vie de l’Eglise, oui le mensonge est banni par Dieu et ceux qui s’y prêtent s‘amassent des charbons ardents sur leur tête et sur celle de leurs proches. Que cherche donc ici à faire Satan qui est un dictateur impitoyable et un destructeur acharné de l’humanité, « il veut établir une dictature faussement spirituelle qui est la plus redoutable des hérésies », parce qu’elle a pour but de déposséder l’homme de lui-même, de le rendre comme le souligne l’Evangile de ce jour, « sourd et muet envers Dieu son Père et Créateur ».  Ne sommes-nous pas les disciples du Verbe créateur, notre vocation s’enracine dans la parole créatrice partagée et vécue dans l’Eglise pour la vie du monde, notre témoignage est véridique si à « l’image du Seigneur, notre existence réelle est une célébration liturgique nourrie par la sève évangélique ».

 

La sève évangélique, est la « foi sans laquelle aucune vie religieuse et encore moins spirituelle n’est possible », il ne s’agit pas de la foi pour soulever les montagnes extérieures, mais de la foi qui peut nous élever et nous transporter à la rencontre de Dieu, du prochain et de l’Eglise. La foi nous est indispensable lorsque nous sommes attaqués par les « brûlures de la dépression spirituelle », c’est à dire cet état psychique destructeur qui nous fait penser « à quoi bon aller à l’Eglise ». La foi est notre lumière, lorsque nous sommes envahis par les pensées psychiques qui enténèbrent notre esprit et parasitent notre discernement, la foi est notre énergie spirituelle lorsque les forces physiques nous manquent ou lorsque nous sommes éprouvés dans notre chair. Notre croyance aussi faible et fragile qu’elle soit, peut devenir une foi source de vie qui nous engendre à notre véritable vocation orthodoxe, si nous cultivons la simplicité de venir vers Celui qui nous a dit : « Venez et voyez ».

 

Nous savons que chaque célébration de la Divine Liturgie présidée invisiblement par le « Christ, Grand-Prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek », est une blessure mortelle pour Satan et sa clique démoniaque. C’est pourquoi notre responsabilité, doit être notre enracinement fidèle dans la vie de l’Eglise, qui nous transmet la vie divino-humaine. Nous y recevons la grâce inestimable qui est la communion au « Corps et au Sang du Seigneur », ne laissons pas Satan nous dépouiller de ces richesses spirituelles en écoutant le vieil homme, nous distiller son venin psychique et charnel avec son hypocrisie habituelle.

 

 

 

Ainsi, tout comme pour cet enfant, « l’esprit immonde » ne cesse de tenter chacun d’entre nous, d’essayer de jeter les croyants dans le feu de la haine envers Dieu et le frère, de nous noyer et submerger dans l’eau morbide des pensées psychiques, fausse sagesse mondaine qui n’est rien devant Dieu. Oui, l’esprit de tout malheur persévère avec acharnement à essayer de détruire la foi des croyants, mais nous sommes les enfants lumineux de l’Eglise nous dit saint Paul, et c’est par la « Lumière du Christ et par la puissance des saints mystères et sacrements de l’Eglise », que nous devons œuvrer à la construction de notre vie et de notre être en Dieu.

 

« La foi est la sagesse orthodoxe donnée par le Seigneur à ceux qui croient librement en Lui », à la foi doit s’associer le jeûne et la prière, jeûne de l’esprit et prière de l’âme, qui nous feront expérimenter l’ascèse bénie qui est la célébration de la Divine Liturgie au nom du Seigneur. Nous pouvons entrer comme cet enfant dans l’Eglise dans un état chaotique et être désorienté, être plus mort que vif, peu importe, l’essentiel est d’être là où le Père céleste nous espère. L’Eglise où nous sommes les très bienvenus, nous accueille par le Fils et L’Esprit, pour nous convertir à la vraie vie selon Dieu. Sans ce désir de nous conformer au Christ, notre présence dans l’Eglise ne porte aucun fruit digne de la noblesse divino-humaine de la personne. Si nous avons choisi le « Seigneur comme notre Maitre absolu et unique », alors tous ses trésors spirituels deviennent pour nous des puissances de vie, et nous pourrons espérer trouver par Lui la guérison de notre être entier.

 

Si l’esprit impur, sourd et muet jette l’enfant dans le feu extérieur qui brûle et détruit, le Christ nous propose le feu divin qui purifie et qui donne la vie, et ce feu c’est « l’amour de la Divine Trinité pour l’homme son bien-aimé ». Si l’esprit impur cherche à se faire adorer par les hommes en leur demandant de se prosterner devant lui, le Christ « doux et humble de cœur » propose de servir l’homme et de l’élever jusqu’au Royaume de Dieu.

 

« Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » dit le Christ, le service de Dieu est une immense miséricorde, le service dans l’Eglise est une grâce à jamais imméritée, connaissons-nous un seul saint qui se soit déclaré digne d’être élevé à telle ou telle fonction dans l’Eglise ? Les saints dans leur vie en ce monde méditaient sans cesse l’Evangile de toute grâce, ils savaient que le Christ a dit : « Lorsque tu auras fait ce que tu avais à faire, retire-toi et dit en toi-même, j’ai fait ce qui m’a été demandé, je ne suis qu’un serviteur inutile », ne sommes-nous pas débiteurs à vie non seulement envers Dieu mais aussi envers sa sainte Eglise ?

 

Au nom du Christ, « bénissons-nous les uns les autres, prions les uns avec les autres, prions les uns pour les autres », soyons les uns envers les autres selon cette parole du Seigneur « à cela, vous serez reconnus comme mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres, comme je vous ai aimé ». Si nous donnons la priorité au monde qui passe, plutôt qu’à notre « Dieu et à l’Eglise-Corps et Tête du Christ », nous réitèrerons l’esprit de la chute originelle de nos ancêtres Adam et Eve.

 

La foi est unie à l’humilité et cette union engendre les œuvres d’amour envers Dieu, le frère et  l’Eglise, car comme dit saint Paul : « Qu’avons-nous de bien que nous n’ayons reçu, et si nous l’avons reçu, pourquoi faire comme si nous ne l’avions pas reçu comme un don », voici la pauvreté bénie par laquelle, nous confessons que nous recevons les biens véritables de Dieu seul. L’Eglise est le mystère de la rencontre entre Dieu et chaque personne qui le désire, le langage utilisé dans cette communion divino-humaine est celui de la « Divine Liturgie », et qui parmi nous voudrait renoncer, à cette nourriture spirituelle qui lui donne le corps, l’âme et l’esprit de la vie orthodoxe.

 

Le père de l’enfant possédé dit au Seigneur : « J’ai demandé à tes disciples de l’expulser, mais ils n’en ont pas eu le pouvoir » et le Seigneur de répondre : « Engeance incrédule, jusques à quand, serai-je parmi vous ? Jusques à quand devrai-je vous supporter ? Amenez-le moi » ! Ces paroles s’adressent aux disciples du Christ qui vivaient avec Lui, qui étaient témoins directs des œuvres du Seigneur, et pourtant leur impuissance est dénoncée par le Maître lui-même.

Cette impuissance des disciples, nous montre qu’il ne suffit pas d’avoir vécu auprès du Seigneur pour accomplir un miracle, tout comme il ne suffit pas de venir à l’Eglise pour être sauvé. Pourquoi ? Le Seigneur donne la réponse « engeance incrédule », l’incrédulité, voilà ce qui nous empêche d’accéder à la grâce divine qui seule peut faire de nous et avec nous un christ, c’est à dire, une personne selon le cœur de Dieu.

 

Jésus poursuit en disant : « Le pouvoir, c’est la foi, tout est possible à celui qui croit » ! Aussitôt le père de l’enfant s’écria en pleurant : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon manque de foi » ! De quoi notre présence ici est-elle le signe ? Ne sommes-nous pas nous aussi, encore faibles et fragiles dans notre foi envers le Christ et son Eglise ? Alors n’ayons ni honte ni crainte de crier avec larmes et de toutes nos entrailles vers notre Père céleste, par le Christ dans l’Esprit Saint.

 

L’Evangile témoigne ensuite que : « Jésus, ayant pris l’enfant par la main, le fit lever, et il se tint debout », ne sommes-nous pas encore tour à tour incrédule ou immature, et pourtant qui parmi nous, ne désire pas la « vie et l’être en plénitude » ? Qui parmi nous se complait dans les passions et les péchés, qui ne désire ressembler au « Seigneur doux et humble de cœur » ? Alors, laissons-nous comme un enfant, prendre par la main du Verbe et de l’Esprit, Ils nous feront lever de la terre au ciel, en illuminant notre esprit par une vie spirituelle bienheureuse.

 

Au Père créateur de l’humanité, au Fils qui s’est fait homme parmi nous, à L’Esprit qui déifie l’homme, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

samedi 14 mars 2026

Vénération de la Sainte Croix

 

(Marc, 8, 34 à 9, 1)

                              Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen. 

  

Aujourd’hui, c'est-à-dire toujours, puisque nous savons que chaque jour est une icône de l’éternité, notre sainte Eglise orthodoxe nous invite à faire librement l’expérience du renoncement. Renoncer à ce qui passe et trépasse, c'est-à-dire nous-mêmes pour acquérir ce qui demeure pour toujours, encore nous-mêmes mais dans notre réalité éternelle divino-humaine. 

 

Pour acquérir par la grâce divine notre véritable vocation à la vie divino-humaine, nous devons apprendre à renoncer à rester des individus coupés de leur dimension spirituelle. Si nous nous détournons de Dieu et de l’Eglise, il nous sera impossible de renoncer à tout ce qui en nous et autour de nous, ne cesse de nous harceler pour nous faire abandonner notre vie et notre voie orthodoxe. Pourquoi trouvons-nous si difficile voire impossible de renoncer à ce qui de toute façon ne nous appartient absolument pas, à savoir nous-mêmes, nos proches et nos biens ? Parce que notre foi est encore faible, nous nous laissons séduire par les tentations du monde déchu, alors qu’en vérité notre cœur profond désire la vie divino-humaine, nous ne savons pas comment faire confiance à la divine providence par manque de maturité spirituelle.  

 

Pour un chrétien orthodoxe, la source de son être et de sa vie est la Divine Trinité, qui n’est accessible que par la médiation de notre Seigneur de gloire éternelle qui est notre modèle absolu. C’est Lui qui le premier a renoncé totalement à rester dans l’immuable sérénité au sein de la Divinité, et le signe parfait de ce renoncement est son « Incarnation » parmi nous. 

 

La sainte Croix que nous vénérons aujourd’hui dans l’Eglise, est le signe par excellence de l’accomplissement par le Fils de Dieu Lui-même, de son propre enseignement, à savoir : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toutes tes forces…et ton prochain comme toi-même ». La Croix est le visage paradoxal de l’Amour de Dieu pour son prochain qui est l’humanité, l’amour peut-il donner plus que sa propre vie, le Christ n’a t-Il pas donné sa vie pour nous ? Mais là où, cette même Croix n’est pas accueillie, l’errance humaine sans Dieu, va perpétuer le visage tourmenté et défiguré de l’humanité déchue. 

 

Le renoncement à soi-même n’est pas le reniement de soi-même, mais si je ne renonce pas au vieil homme, l’homme nouveau ne pourra pas être engendré. Ce que Dieu propose à la liberté de l’homme, c’est de renoncer à ce qui l’aliène, de renoncer à porter des masques mensongers sur des scènes imaginaires, pour que puisse rayonner le visage de l’être humain véritable. Le Seigneur dit « celui qui me voit, voit mon Père », de même l’homme en qui habite Dieu, à l’image de saint Paul peut dire « ce n’est plus moi, mais Christ qui vit en moi ». Renoncer à cultiver toutes sortes de personnages plus ou moins artificiels au détriment de la personne, de l’hypostase au sens des Pères de l’Eglise, seule la personne est icône de la Divine Trinité. 

Renoncer à croire à l’éphémère et au superficiel, témoigner que notre vocation est la vie éternelle, en baptisant par nos œuvres spirituelles et religieuses, l’humanité et la Création entière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. 

 

La Croix comme visage de l’Amour est une antinomie impossible à contempler selon nos limites humaines, mais avec la grâce divine, le Christ nous invite à renoncer à ce qui est limité, afin d’acquérir la plénitude des Dons de l’Esprit de Dieu. La Croix bénit toutes les dimensions de l’être et de la vie, de l’orient à l’occident, du nord au sud, de la profondeur à la hauteur, et sème ainsi le germe de la Résurrection dans l’humanité. 

 

Dieu seul aime parfaitement, puisque l’Amour est sa nature même, alors comment faire pour apprendre à aimer comme le Christ ? Renoncer au péché qui empoisonne notre âme, nous détourner des illusions et mirages qui sentent la mort et qui jamais ne pourront engendrer la moindre résurrection. C’est pourquoi le Seigneur nous dit « que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il y perd son âme », l’âme est une création divine et non une œuvre humaine, elle porte l’éternel et non la finitude, elle est crée pour exhaler le parfum de la vie céleste et non la mauvaise odeur du péché. 

 

Nous savons que la sainte Eglise orthodoxe est le lieu spirituel au cœur duquel nous apprenons à connaître la « hauteur, la profondeur et la largeur » de l’Amour de Dieu pour l’humanité et dont la Croix est le symbole dans toute sa plénitude. Cette croix qui  plantée au centre de l’Autel du sacrifice non sanglant, est le trône spirituel sur lequel la Divine Trinité assiste à la célébration de la Divine Liturgie et des Saints Mystères du Christ. Notre sainte et splendide Eglise orthodoxe est l’icône qui unit l’Arbre de vie paradisiaque et la Croix, une seule et même réalité spirituelle et liturgique. 

 

Le Christ nous avertit : « Qui veut sauver sa vie la perdra… », quelqu’un parmi nous peut-il se sauver lui-même ? La seule manière de ne pas perdre sa vie, c’est de la vivre dans toute sa plénitude, par la communion avec Dieu en Jésus-Christ, par la célébration de la Divine Liturgie, qui est le resplendissement de la gloire divine et la transfiguration de l’homme et de la Création.  

 

La Croix est la voie sur laquelle nous expérimentons la « douloureuse joie » dont témoignent les saints et qui aboutit au temps fixé pour chacun par la providence divine à la béatitude éternelle dans le Royaume de Dieu. Ce chemin nous est révélé peu à peu au sein de notre présence vivante dans l’Eglise qui représente elle-même les portes royales par lesquelles l’homme prodigue et racheté, se jette dans les bras du Père Céleste que sont le Verbe et l’Esprit. N’est-ce pas ce que nous révèle l’icône du fils prodigue ? 

 

Le monde a été ensanglanté et couronné d’épines dès la chute adamique, tout comme le Seigneur sera couronné d’épines, mais c’est par la sainte épine spirituelle, c’est à dire « la Croix », que Dieu va restaurer l’humanité et la création dans la plénitude de la vie, de la vérité et de la beauté céleste du Royaume de Dieu.

 

Les hommes accumulent des savoirs et pensent ainsi devenir des êtres vivants et entiers, mais c’est tout le contraire qui leur arrive, ils se dispersent, s’affaiblissent et finissent trop souvent par mourir sans espérance. La conscience endormie de l’homme sans Dieu, devient le tombeau des « âmes mortes » dont parle Gogol, la paresse spirituelle rend l’homme insensible à l’essentiel qui est « la présence très sainte et sacrée de l’Esprit Saint Consolateur ». L’homme sans Dieu perd sa véritable humanité et finit par s’étioler au sein d’une existence privée de ses racines et vidée de sa sève spirituelle, il devient comme inexistant, en perte d’humanité et sans relation créatrice avec et dans le réel.

 

Saint Jean nous dit « vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde » tout comme le Seigneur est venu dans le monde sans être du monde, c’est pourquoi, L’Esprit de Dieu nous donne aujourd’hui, la connaissance de la voie royale qui mène à la vie éternelle et qui est tout simplement la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. La Croix du Seigneur de gloire, n’est pas pour l’humanité un instrument de torture, mais l’arbre de vie qui porte des grappes de fruits savoureux, pour nourrir d’amour, de vérité et de beauté l’humaine condition. Mais il appartient à ma liberté de cueillir le raisin de la grâce qui m’est proposée et d’en faire ma nourriture et ma boisson et ainsi de me restaurer peu à peu, et devenir un « être vivant ». 

 

L’expérience et le fruit béni de notre croix personnelle, nous amènera en son temps de l’extérieur vers l’intérieur, alors nous connaitrons que la célébration de la Divine Liturgie, est l’expression même de la puissance sanctifiante, libératrice et salvifique de la Croix du Christ, qui nous fait passer de la mort à la vie éternelle. 

 

Au Père qui a planté l’Arbre de Vie dans le Paradis, au Fils qui l’a planté par la Croix dans l’Eglise et dans le monde entier et à l’Esprit Saint qui l’a planté transfigurée dans le Royaume de Dieu, soit la Gloire dans les siècles des siècles. Amen. 

 

+ Syméon

 

dimanche 8 mars 2026

Saint Grégoire Palamas

   

(Mc 2, 1-12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

   

   

Aujourd’hui, au milieu de nous et pour chacun et chacune d’entre nous, s’accomplit le miracle de la guérison du paralytique. Nous aussi, de diverses manières, avons été transportés dans l’Eglise pour y rencontrer le Médecin des âmes et des corps. Etrange guérison de cet homme sans nom, qui n’exprime apparemment aucune demande précise et qui se trouve soudain en Présence du Dieu vivant en la Personne de Jésus. Etrange cortège de ceux dont le Christ loue la Foi, eux aussi sans nom ou plutôt avec le même nom que celui avec lequel  Jésus lui-même se présente aux scribes et autres, à savoir « Fils de l’Homme »  foi grâce à laquelle Il accorde la pleine guérison au paralytique.

 

Etrange procession qui vient d’on ne sait où, qui traverse la foule et qui se retrouve sur un toit du haut duquel, ils font descendre le paralytique jusqu’à Jésus, quelque chose comme une préfigure d’une épiclèse à venir, prophétisée et mise en œuvre par la foi qui habite l’humanité en quête de sens. Jésus aussi traversera bientôt cette même foule, tour à tour enthousiaste, incrédule, hostile ou conquise selon ses états d’âme.

 

Certes, le paralytique est l’image de l’humanité souffrante, et dans ce sens, il personnifie chacun d’entre nous et de manière plus précise le vieil homme en nous, qui ne sait, ne peut ou ne veut pas aller de lui-même, ni se laisser accompagner par l’autre à la rencontre de Jésus. Si le salut est personnel, on ne se sauve pas tout seul, et cette péricope évangélique le montre à merveille, oui, nous avons besoin de l’Eglise pour nous porter les uns et les autres jusqu’à Dieu, et cela quelquefois par des cheminements tout à fait inattendus. Que faire, comment faire pour participer à notre salut ? Nous ne pouvons contourner l’indispensable métanoia qui doit nous permettre d’édifier notre être en Dieu, si nous nous abandonnons nous-mêmes, si nous ne comprenons pas que ces porteurs que sont notre corps, notre âme, notre esprit et notre cœur, sont aussi les supports de notre «  personne », et que nous devons les amener à Jésus pour qu’Il les délivre de ce qui les paralyse et les empêche d’accomplir le bon combat de la vie spirituelle, alors comme dit saint Paul « notre foi est vaine ».

 

N’est-il pas étrange de voir Jésus pardonner au paralytique des péchés qu’il n’a pas confessé ? D’ailleurs, ni celui-ci ni ses porteurs n’ont confessé Jésus comme Dieu, et pourtant le miracle est là dans toute sa puissante réalité. C’est encore et toujours le péché Adamique que le Christ remet sans se lasser en la personne du paralytique, car la Chute a rendu l’humanité profondément apathique et incapable de se porter d’elle-même vers Dieu, de vivre spirituellement les Promesses divines.

Seul le Messie-Christ annoncé par l’ancienne Alliance, peut remettre en mouvement l’humanité paralysée par la solitude spirituelle dans laquelle les âmes sont plus ou moins pétrifiées. 

 

Mais le Christ met aussi clairement en relation la paralysie qui frappe cet homme avec ses propres péchés, il souligne ainsi notre responsabilité personnelle dans notre existence quotidienne, et il insiste sur le fait que nous devons nous aider mutuellement, en intercédant les uns pour les autres, pas en discussions pseudo-spirituelles voire en disputes soit disant théologiques, mais en agissant concrètement dans l’Eglise pour que la vie selon Dieu puisse y circuler et nous désaliéner de toutes nos paralysies existentielles. Comment alors nous porter nous-mêmes jusqu’à Jésus, comprenons que ces quatre hommes qui transportent le paralytique, représentent diverses ascèses possibles que chacun et chacune d’entre nous peut mettre en œuvre pour être sauvé, par ex. la prière personnelle et liturgique, la confession et la recherche de l’hésychia.

 

La libération de notre paralysie par le Seigneur ne nous impose absolument rien ; Jésus n’a pas cherché un seul instant à retenir auprès de lui, celui qu’il vient de rendre à sa liberté personnelle. Le paralytique ressort et traverse cette foule anonyme qui entérine le miracle sans le comprendre, cette foule qui ne sait dire que « nous n’avons jamais rien vu de pareil », et qui pourtant rend gloire à Dieu.

 

Et nous les témoins de l’Avènement de Dieu parmis nous, nous qui ne sommes pas portés par des hommes anonymes, mais par la Divine Trinité, nous qui sommes portés par la médiation de Marie-Théotokos, nous qui sommes portés par les prières des Saints et accompagnés par les Anges de Dieu, nous qui sommes nourris par le Corps et le Sang de Dieu, nous qui sommes bénis et rénovés sans cesse par la grâce des Sacrements de l’Eglise, oui comment vivons nous notre rencontre avec Jésus ?   

 

A l’image de cette foule, nous les Enfants de notre sainte Eglise Orthodoxe, nous les bien-aimés du Père Céleste, réjouissons-nous et soyons humbles dans le Seigneur, rendons gloire à notre Dieu, ne tenons pas de discours inutiles et stériles dans notre cœur comme les scribes et les pharisiens, mais agissons selon la bonne ascèse du salut qui est la vie selon l’Evangile et la sagesse de l’Eglise.

 

Soyons des christs pour nous-mêmes et intercédons avec ardeur et ferveur pour que Jésus  guérisse et sauve le vieil homme paralytique en nous, intercédons pour l’humanité entière, en célébrant et en fêtant ensemble les saints mystères du Christ et de son Eglise, et que nos bonnes œuvres rayonnent dans toute la Création pour la Gloire de Dieu.

Demandons, supplions et prions le Christ de donner Sa bénédiction éternelle à l’humanité, qu’Il la renouvelle et la fasse resplendir de grâce et de beauté et que cela commence, ici et maintenant dans la sainte Eglise et dans ce temps propice au retournement et à l’élévation vers Dieu qu’est le saint et grand Carême.

 

Au Père Céleste qui bénit, au Fils éternel qui nous transmet cette bénédiction et à l’Esprit qui l’accomplit dans toute sa plénitude, soit la Gloire et l’Adoration dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

 

 

 

samedi 14 février 2026

Le Jugement dernier

(Matthieu 25, 31 – 46)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
 

Aujourd’hui, oui, ici et maintenant, s’accomplit pour chacun et chacune d’entre nous ce que l’Evangile vient d’annoncer, la venue du Roi de Gloire et notre jugement, c'est-à-dire que l’Esprit de Dieu nous inspire de discerner dans quel état spirituel nous sommes, afin de ne pas communier au Corps et au Sang du Christ pour notre condamnation, mais pour la guérison de notre âme et de notre corps. Car en vérité chaque Divine Liturgie est l’icône de cette autre parole du Christ : tout est accompli en Dieu, y compris le Jugement Dernier.
Vous savez que ce Jugement de Dieu a commencé dès la Chute dans le Paradis et que depuis l’humanité est devenue ce grand corps souffrant dont chacun d’entre nous est le cœur. Depuis la Chute, nous portons les signes de notre séparation d’avec Dieu et voici que chacun d’entre nous se retrouve nu, malade, affamé, assoiffé, emprisonné et étranger, non seulement à lui-même mais à Dieu ; et l’ennemi du genre humain continue de se servir du vieil homme en nous pour perpétuer notre aliénation psychique. L’Eglise du Dieu vivant témoigne de la Présence de la très Sainte Divine Trinité, qui sonde les reins et les cœurs, non pour nous punir mais pour nous purifier et nous sanctifier. Entrer dans l’Eglise, c’est pénétrer spirituellement dans le Saint des Saints, et nous inviter à prendre conscience de l’état de notre robe nuptiale, avant de participer au Banquet eucharistique.
Vous savez qu’il n’y a aucune différence de fond entre notre corps-temple de l’Esprit-Saint, l’Eglise corps du Christ et le Royaume des Cieux ; ils signifient une seule réalité spirituelle. Le Royaume des Cieux est la véritable patrie de l’humanité rachetée par le Christ et l’Eglise représente les Portes Royales par lesquelles nous apprenons à voyager vers Celui qui ne cesse d’espérer le retour de l’humanité prodigue. Que signifie pour nous cette parole du Christ : « En vérité, je vous le dis, ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » ? Cela veut dire que tout être humain est un christ en puissance, et que par conséquent, lorsque je me détourne de l’un de ces petits dont parle le Christ, je m’abandonne moi-même, puisque spirituellement ces petits habitent en moi par la volonté créatrice de Dieu. Là où deux ou trois de ces petits que sont le corps, l’âme et l’esprit sont réunis au Nom du Christ, IL se trouve en leur milieu qui est le cœur, pour les engendrer à la vie en Dieu, à la vie selon Dieu, et que nous avons la liberté de faire vivre ou de laisser mourir.
Un de ces petits est notre « corps », qui se retrouve nu si nous oublions qu’il est temple de l’Esprit Saint, ce corps qui a permis à Dieu de s’incarner et de naître parmi nous, tout comme il nous est indispensable pour engendrer en nous l’Eglise. Il est une pierre vivante pour le Royaume de Dieu. Etre nu, c’est cultiver en nous des modèles psychiques, qui ne sont que des idoles caricaturales et vides sans la Présence réelle de Dieu, et qui comme pour Adam et Eve nous obligent à nous cacher devant la Face du Seigneur à cause des tourments qu’inflige à notre âme désorientée le vieil homme.
Un autre de ces petits est notre « âme » qui s’étiole si elle n’est pas vivifiée par la louange divine qui seule peut cultiver en nous le goût de la vie en Dieu, avec Dieu et pour Dieu, elle a vocation d’aimer et d’être aimée, car dit le Psalmiste : « qu’il est doux, qu’il est bon pour des frères et des sœurs de vivre ensemble ». Mais nous savons bien que la seule nourriture et la seule boisson qui puisse nous rassasier et nous désaltérer c’est le Corps et le Sang du Christ jusqu’au Jour Eternel où Dieu sera Tout en tous.
Un autre de ces petits est notre « esprit », qui est malade si nous laissons la vaine sagesse du monde et des modes spiritualistes nous envahir et en faire un infirme spirituel, aveugle et sourd, au lieu d’apprendre à contempler la Divine Trinité. Nous pouvons chacun et chacune trouver en nous ce qui nous mérite le reproche de dénuder, affamer, assoiffer, rendre malade et emprisonner le Christ et notre prochain. La thérapie absolue ici, c’est l’accomplissement - avec l’aide de Dieu, de l’Eglise et des uns avec les autres de l’enseignement du Christ : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi- même ».
Peut-être demanderez-vous, comment convertir en moi ce qui me persécute et m’empêche de bénir le Christ, et sauver avec Sa grâce ces petits qui m’implorent ? L’ascèse qui convient ici, c’est de mettre en œuvre les « Béatitudes », demander sans se décourager à Dieu la grâce de cultiver en nous la triade spirituelle donnée à l’humanité en Adam, c'est-à-dire, apprendre à vivre en roi, en prêtre et en prophète. Gouverner ma vie à l’image du Roi des rois, c'est-à-dire par l’humilité, ne pas asservir l’autre ni servir ma volonté propre mais servir la sainte Eglise du Christ et faire l’unique volonté du Père Céleste. Prêtre, pour nous bénir les uns les autres, intercéder les uns pour les autres, concélébrer les uns avec les autres, afin que notre vie devienne peu à peu une icône de la vie des Personnes Divines. Prophète, pour ne pas oublier que notre vie en ce monde devrait devenir une sainte Pâque, notre passage spirituel vers le Royaume de Dieu, pour nous annoncer sans nous lasser la Bonne Nouvelle de l’Evangile de Vie, pour refuser enfin de nous laisser aliéner par les pensées, les paroles et les actes psychiques infusées en nous par la voracité du monde.
Maintenant, si je prends pleinement conscience de ce que je suis en vérité dans le cœur du Père, alors je peux pressentir quelque chose de la sainteté de la Divine Liturgie et de l’Eglise, de la Sainteté de Dieu et de ma propre vocation à la sainteté, je pressens que je ne peux répondre à une telle réalité spirituelle que si je désire avec ardeur et ferveur, être non pas juste une individualité revendicatrice, mais une personne qui seule peut vivre une véritable communion avec Dieu et avec l’autre. Comment Dieu connaissant mes faiblesses psychiques et charnelles, veut-Il m’aider à devenir une telle personne spirituelle ? En me revêtant de splendeur et de majesté, afin que je sois par grâce ce que Lui Dieu est par Nature, c'est-à-dire, en me faisant participant de Ses Energies divines. Où et comment ? Par la concélébration de la Divine Liturgie des Saints Mystères du Christ.
Pour que je puisse grandir comme notre saint Christ en grâce et en sagesse devant Dieu et parmi les hommes, dans l’Eglise et dans la vie quotidienne, Dieu vient personnellement, Lui, doux et humble de cœur, vers chacun et chacune d’entre nous, pour demander si je veux bien Lui accorder l’hospitalité intérieure. Et tout comme les rois mages étaient venus s’agenouiller devant l’Enfant Divin pour lui offrir l’or, l’encens et la myrrhe, voici que notre saint Christ, si j’ose dire, se met à genoux devant chacun et chacune d’entre nous, certes non pas pour nous adorer, mais pour déposer à nos pieds, les Dons du Saint-Esprit. Vous les connaissez : l’Amour, la Joie, la Paix, la Douceur, la Patience, la Maîtrise de soi, c'est-à-dire les saints et spirituels ornements sacerdotaux ou si vous préférez la robe nuptiale, pour pouvoir célébrer les saints Mystères de l’Eglise et du Royaume du Christ.
Au Nom du Christ, pour l’Eglise et l’humanité qui gémit dans les douleurs de l’enfantement, bénissons-nous mutuellement et édifions ensemble notre sainte communauté pour la seule Gloire de Dieu et pour notre salut.
Que Dieu notre Père et Roi Eternel, nous bénisse par notre Christ l’unique et seul grand Prêtre et par l’Esprit prophète qui nous annonce que l’Amour ne passera pas, à la Divine Trinité soit la Gloire dans siècles des siècles, amen.
+ Syméon