EGLISE ORTHODOXE SERBE, LILLE Metropole
La paroisse SAINT MILUTIN, des Hauts de France rassemble les orthodoxes serbes et de toutes nationalités et les personnes de bonne volonté. Voici les dates des célébrations, les homélies, les enseignements, les articles, les liens, l'actualité de la paroisse etc....
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mercredi 1 avril 2026
LA SEMAINE SAINTE - MEDITATION
samedi 28 mars 2026
Sainte Marie L’Egyptienne
(Luc 7, 36 à 50)
Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.
Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à suivre le Christ chez Simon le Pharisien, pour y découvrir à travers la femme pécheresse, que la grâce divine ne fait pas la discrimination des personnes, là où les hommes inféodés à la dureté de la Loi religieuse sont prompts à juger, lui notre Seigneur ne juge pas, mais élève la personne et le pardon au-dessus du péché. La trame de ce passage évangélique est fondée sur la manière de regarder, d’écouter et de parler ou non avec l’autre. Ce récit nous met en relation directe avec le regard et la parole de Dieu notre Créateur dans le livre de la Genèse où nous lisons : « Dieu vit et dit que cela était bon » en parlant de la création et « Dieu vit et dit que cela était très bon »en parlant de la création de l’homme.
Simon le Pharisien fin connaisseur de la Thora, enferme cette femme dans ses actes contraires à la morale religieuse de son temps, il ne voit pas en elle une personne et donc ne lui adresse aucune parole. Mais pour comprendre l’attitude de Simon, et éviter nous-mêmes de le juger, nous devons nous souvenir que la Loi est accueillie par Israël comme l’expression absolue de la volonté divine, elle est vécue comme « parole et alliance qui vient de Dieu et mène à Lui, elle est sa voix et la voie ». Mais le Seigneur éclaire le sens de la Loi en soulignant « qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir », il déclare donc la Loi bonne mais inachevée, elle dit la vérité divine mais elle doit aussi donner l’amour divin, l’œuvre du Messie par l’incarnation est de réaliser « l’union de la vérité et de l’amour ». Simon le Pharisien n’invite pas le Rabbin Jésus parce qu’il l’aime, mais parce qu’il a entendu parler de lui et que cela a suscité chez lui une sorte de stupeur mentale devant les œuvres accomplies par ce Rabbin au milieu d’Israël.
Et nous les enfants de l’Eglise orthodoxe, invités non par des hommes fussent-ils des religieux, mais par Dieu lui-même, pourquoi n’imiterions-nous pas avec simplicité et confiance cette femme pécheresse, en déposant aux pieds du Seigneur, notre demande de pardon pour nos péchés ? A chaque fois que nous osons juger un homme ou une femme, nous devenons des pharisiens durs de cœur et sans esprit, nous rendant indignes de communier à la table spirituelle qui nous propose de goûter combien le « Seigneur est bon et doux ».
Ainsi Simon le Pharisien juge t-il cette pécheresse comme perdue et indigne de pardon, car pour lui, la Loi mosaïque est au-dessus de tout et de tous, elle est pour lui la sagesse spirituelle absolue, à laquelle ce Rabbin Jésus devrait lui aussi se plier, c’est pourquoi prisonnier de la Loi, il est sans compassion envers la femme pécheresse et sans justesse envers Jésus et ose se dire en lui-même « si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche ». Là où la femme pécheresse reconnaît Jésus comme un Prophète de Dieu, Simon lui doute de Jésus, et le rabaisse au niveau d’un individu sans discernement. Malheur donc à nous, si sous prétexte que nous sommes « orthodoxes », nous jugeons le monde comme corrompu, en nous autorisant à mépriser les autres, sur la seule foi de notre ressenti non purifié par l’amour et la vérité divines. L’Ecriture sainte nous invite au contraire à imiter cette femme, et à venir nous prosterner aux pieds du Christ, pour y verser les larmes d’un repentir sincère.
Que nos prières liturgiques et personnelles soient comme une huile parfumée et sainte répandue sur la tête du Christ, que notre attitude entière soit une louange à la Divine Trinité, que notre présence dans l’Eglise soit une icône fidèle et un témoignage véridique de notre désir d’aimer le Seigneur. Si avec la grâce divine nous essayons vraiment avec modestie d’imiter cette femme, en nous prosternant aux pieds du Christ de manière orthodoxe, c’est à dire, avec la dignité que nous devons à notre Seigneur, alors nous aussi, nous entendrons le Seigneur nous dire « tes péchés te sont remis, ta foi t’a sauvée, va en paix ».
Ni l’Eglise ni le croyant ne doivent se laisser impressionner par les illusions du monde déchu ou par les minuscules pouvoirs des soit disant « maîtres du monde », que ceux-ci soient des religieux ou des non religieux. Si le Christ libère cette femme, est-ce pour qu’elle se retrouve aliénée, sous de nouveaux commandements élaborés par telle ou telle communauté religieuse.
Notre sainte Eglise orthodoxe a reçu en plénitude le trésor inaliénable de la sagesse divine, afin que tout homme et toute femme de bonne volonté puisse se libérer de l’esclavage du péché, et se restaurer à nouveau dans la beauté et la vérité divines. Avez-vous remarqué que ni Simon ni le Christ n’invite cette femme à la table pour partager le repas ? Le Seigneur accomplit ce que lui-même enseigne dans le saint Evangile, lorsqu’IL appelle à « ne scandaliser personne ». C’est pourquoi pour ne pas scandaliser cette femme qui vient vers lui, il la laisse exprimer son amour et son désir de conversion en se laissant « toucher » par elle, selon le reproche de Simon le Pharisien. Mais le Seigneur discerne aussi « l’état spirituel de Simon » et il sait que celui-ci n’aurait pu supporter que cette femme soit invitée pour partager le repas avec eux, ainsi le Seigneur ne s’impose ni à l’un ni à l’autre.
Cette parabole fait écho à cette autre rencontre du Seigneur avec une femme adultère, ici, Simon le Pharisien toise et juge durement cette femme, là où le Christ baisse les yeux devant la femme adultère et écrit avec son doigt dans le sable, ce que faisant, le Seigneur rappelle à tous ceux qui étaient présents et prêts à lapider la femme, qu’ils « sont tous tirés de la terre et qu’ils retourneront à la terre ». Qui sommes-nous donc pour asséner un jugement à partir d’un simple ressenti, « poussière et cendre », éphémère au sein d’un univers qui survit à des nuées d’êtres humains, prions notre Seigneur de nous accorder la grâce d’unir en nous la vérité avec l‘amour, pour la seule gloire de Dieu, notre Père et Créateur.
Voici donc que cette femme pécheresse a reçu le pardon divin parce que comme le dit notre Seigneur « elle a beaucoup aimé », alors que Simon malgré son respect obsessionnel de la Loi, reste prisonnier de la lettre qui étouffe son esprit, l’enferme et l’empêche en vérité de connaitre le retournement intérieur et d’engendrer des fruits pour la vie éternelle. Le Christ ne juge ni Simon ni la pécheresse, il donne à l’un et à l’autre la possibilité d’accéder à la grâce qui peut ouvrir leur être à la vie en Dieu, dans l’Eglise et dans le monde. Le charismatique, saint et divin Rabbin Jésus ne bénit ni le péché de la femme ni le jugement de Simon, mais les invite à le suivre en Dieu pour aller vers leur seule véritable vocation qui est spirituelle et divino-humaine.
Dieu ne bénit jamais le péché mais il accueille toujours le pécheur ou la pécheresse selon cette parole que le prêtre dit après la confession au moment de l’absolution « Dieu ne veut pas la mort du pécheur ou de la pécheresse, mais qu’ils se convertissent et qu’il vivent ». C’est pourquoi, nous croyons avec une pleine confiance que « Dieu aimera toujours infiniment plus le plus grand des pécheurs, que le plus grand des saints ne pourra aimer Dieu », méditons cette parole de profonde consolation.
Au Père donateur du Festin divin, au Fils notre nourriture éternelle, à l’Esprit Saint qui nous
guide vers la table divino-humaine, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.
+Syméon
lundi 23 mars 2026
Dimanche de saint Jean Climaque.
(Marc - 9, 17 à 31).
Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen
Aujourd’hui, notre sainte Eglise orthodoxe nous invite à contempler notre Seigneur comme le Médecin de notre âme et de notre corps, et cette thérapie divino-humaine prend source dans notre foi envers la Divine Trinité. Nous savons tous que le lieu providentiel dans lequel se manifeste avec grande puissance l’œuvre divine du salut de l’humaine condition est l’Eglise, dont chacun d’entre nous est une pierre vivante pour accueillir Dieu et notre frère. Nos saints Pères témoignent tous sans exception du mystère que représente « l’Eglise qui est au cœur du monde, de l’homme qui est au cœur de l’Eglise, et de la Divine Trinité qui est au cœur de l’homme ».
L’Ecriture dit : un homme s’approcha de Jésus et lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils possédé par un esprit sourd et muet », que signifie pour chacun d’entre nous cette expérience existentielle ? Il nous est dit « un homme » sans autre précision, ceci veux dire que tout homme peut se tourner librement vers Jésus pour implorer son aide, non seulement pour lui-même mais surtout pour son prochain, mais pour que tout homme puisse se tourner vers Jésus, nous Chrétiens orthodoxes, nous devons être des témoins vivants et vivifiants de l’Evangile du Seigneur.
Nous savons que l’œuvre maudite de Satan qui est le père du mensonge et nulle œuvre n’est pire que le mensonge qui entraine avec lui des multitudes de souffrances tant personnelles que dans la vie de l’Eglise, oui le mensonge est banni par Dieu et ceux qui s’y prêtent s‘amassent des charbons ardents sur leur tête et sur celle de leurs proches. Que cherche donc ici à faire Satan qui est un dictateur impitoyable et un destructeur acharné de l’humanité, « il veut établir une dictature faussement spirituelle qui est la plus redoutable des hérésies », parce qu’elle a pour but de déposséder l’homme de lui-même, de le rendre comme le souligne l’Evangile de ce jour, « sourd et muet envers Dieu son Père et Créateur ». Ne sommes-nous pas les disciples du Verbe créateur, notre vocation s’enracine dans la parole créatrice partagée et vécue dans l’Eglise pour la vie du monde, notre témoignage est véridique si à « l’image du Seigneur, notre existence réelle est une célébration liturgique nourrie par la sève évangélique ».
La sève évangélique, est la « foi sans laquelle aucune vie religieuse et encore moins spirituelle n’est possible », il ne s’agit pas de la foi pour soulever les montagnes extérieures, mais de la foi qui peut nous élever et nous transporter à la rencontre de Dieu, du prochain et de l’Eglise. La foi nous est indispensable lorsque nous sommes attaqués par les « brûlures de la dépression spirituelle », c’est à dire cet état psychique destructeur qui nous fait penser « à quoi bon aller à l’Eglise ». La foi est notre lumière, lorsque nous sommes envahis par les pensées psychiques qui enténèbrent notre esprit et parasitent notre discernement, la foi est notre énergie spirituelle lorsque les forces physiques nous manquent ou lorsque nous sommes éprouvés dans notre chair. Notre croyance aussi faible et fragile qu’elle soit, peut devenir une foi source de vie qui nous engendre à notre véritable vocation orthodoxe, si nous cultivons la simplicité de venir vers Celui qui nous a dit : « Venez et voyez ».
Nous savons que chaque célébration de la Divine Liturgie présidée invisiblement par le « Christ, Grand-Prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek », est une blessure mortelle pour Satan et sa clique démoniaque. C’est pourquoi notre responsabilité, doit être notre enracinement fidèle dans la vie de l’Eglise, qui nous transmet la vie divino-humaine. Nous y recevons la grâce inestimable qui est la communion au « Corps et au Sang du Seigneur », ne laissons pas Satan nous dépouiller de ces richesses spirituelles en écoutant le vieil homme, nous distiller son venin psychique et charnel avec son hypocrisie habituelle.
Ainsi, tout comme pour cet enfant, « l’esprit immonde » ne cesse de tenter chacun d’entre nous, d’essayer de jeter les croyants dans le feu de la haine envers Dieu et le frère, de nous noyer et submerger dans l’eau morbide des pensées psychiques, fausse sagesse mondaine qui n’est rien devant Dieu. Oui, l’esprit de tout malheur persévère avec acharnement à essayer de détruire la foi des croyants, mais nous sommes les enfants lumineux de l’Eglise nous dit saint Paul, et c’est par la « Lumière du Christ et par la puissance des saints mystères et sacrements de l’Eglise », que nous devons œuvrer à la construction de notre vie et de notre être en Dieu.
« La foi est la sagesse orthodoxe donnée par le Seigneur à ceux qui croient librement en Lui », à la foi doit s’associer le jeûne et la prière, jeûne de l’esprit et prière de l’âme, qui nous feront expérimenter l’ascèse bénie qui est la célébration de la Divine Liturgie au nom du Seigneur. Nous pouvons entrer comme cet enfant dans l’Eglise dans un état chaotique et être désorienté, être plus mort que vif, peu importe, l’essentiel est d’être là où le Père céleste nous espère. L’Eglise où nous sommes les très bienvenus, nous accueille par le Fils et L’Esprit, pour nous convertir à la vraie vie selon Dieu. Sans ce désir de nous conformer au Christ, notre présence dans l’Eglise ne porte aucun fruit digne de la noblesse divino-humaine de la personne. Si nous avons choisi le « Seigneur comme notre Maitre absolu et unique », alors tous ses trésors spirituels deviennent pour nous des puissances de vie, et nous pourrons espérer trouver par Lui la guérison de notre être entier.
Si l’esprit impur, sourd et muet jette l’enfant dans le feu extérieur qui brûle et détruit, le Christ nous propose le feu divin qui purifie et qui donne la vie, et ce feu c’est « l’amour de la Divine Trinité pour l’homme son bien-aimé ». Si l’esprit impur cherche à se faire adorer par les hommes en leur demandant de se prosterner devant lui, le Christ « doux et humble de cœur » propose de servir l’homme et de l’élever jusqu’au Royaume de Dieu.
« Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » dit le Christ, le service de Dieu est une immense miséricorde, le service dans l’Eglise est une grâce à jamais imméritée, connaissons-nous un seul saint qui se soit déclaré digne d’être élevé à telle ou telle fonction dans l’Eglise ? Les saints dans leur vie en ce monde méditaient sans cesse l’Evangile de toute grâce, ils savaient que le Christ a dit : « Lorsque tu auras fait ce que tu avais à faire, retire-toi et dit en toi-même, j’ai fait ce qui m’a été demandé, je ne suis qu’un serviteur inutile », ne sommes-nous pas débiteurs à vie non seulement envers Dieu mais aussi envers sa sainte Eglise ?
Au nom du Christ, « bénissons-nous les uns les autres, prions les uns avec les autres, prions les uns pour les autres », soyons les uns envers les autres selon cette parole du Seigneur « à cela, vous serez reconnus comme mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres, comme je vous ai aimé ». Si nous donnons la priorité au monde qui passe, plutôt qu’à notre « Dieu et à l’Eglise-Corps et Tête du Christ », nous réitèrerons l’esprit de la chute originelle de nos ancêtres Adam et Eve.
La foi est unie à l’humilité et cette union engendre les œuvres d’amour envers Dieu, le frère et l’Eglise, car comme dit saint Paul : « Qu’avons-nous de bien que nous n’ayons reçu, et si nous l’avons reçu, pourquoi faire comme si nous ne l’avions pas reçu comme un don », voici la pauvreté bénie par laquelle, nous confessons que nous recevons les biens véritables de Dieu seul. L’Eglise est le mystère de la rencontre entre Dieu et chaque personne qui le désire, le langage utilisé dans cette communion divino-humaine est celui de la « Divine Liturgie », et qui parmi nous voudrait renoncer, à cette nourriture spirituelle qui lui donne le corps, l’âme et l’esprit de la vie orthodoxe.
Le père de l’enfant possédé dit au Seigneur : « J’ai demandé à tes disciples de l’expulser, mais ils n’en ont pas eu le pouvoir » et le Seigneur de répondre : « Engeance incrédule, jusques à quand, serai-je parmi vous ? Jusques à quand devrai-je vous supporter ? Amenez-le moi » ! Ces paroles s’adressent aux disciples du Christ qui vivaient avec Lui, qui étaient témoins directs des œuvres du Seigneur, et pourtant leur impuissance est dénoncée par le Maître lui-même.
Cette impuissance des disciples, nous montre qu’il ne suffit pas d’avoir vécu auprès du Seigneur pour accomplir un miracle, tout comme il ne suffit pas de venir à l’Eglise pour être sauvé. Pourquoi ? Le Seigneur donne la réponse « engeance incrédule », l’incrédulité, voilà ce qui nous empêche d’accéder à la grâce divine qui seule peut faire de nous et avec nous un christ, c’est à dire, une personne selon le cœur de Dieu.
Jésus poursuit en disant : « Le pouvoir, c’est la foi, tout est possible à celui qui croit » ! Aussitôt le père de l’enfant s’écria en pleurant : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon manque de foi » ! De quoi notre présence ici est-elle le signe ? Ne sommes-nous pas nous aussi, encore faibles et fragiles dans notre foi envers le Christ et son Eglise ? Alors n’ayons ni honte ni crainte de crier avec larmes et de toutes nos entrailles vers notre Père céleste, par le Christ dans l’Esprit Saint.
L’Evangile témoigne ensuite que : « Jésus, ayant pris l’enfant par la main, le fit lever, et il se tint debout », ne sommes-nous pas encore tour à tour incrédule ou immature, et pourtant qui parmi nous, ne désire pas la « vie et l’être en plénitude » ? Qui parmi nous se complait dans les passions et les péchés, qui ne désire ressembler au « Seigneur doux et humble de cœur » ? Alors, laissons-nous comme un enfant, prendre par la main du Verbe et de l’Esprit, Ils nous feront lever de la terre au ciel, en illuminant notre esprit par une vie spirituelle bienheureuse.
Au Père créateur de l’humanité, au Fils qui s’est fait homme parmi nous, à L’Esprit qui déifie l’homme, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon
samedi 14 mars 2026
Vénération de la Sainte Croix
(Marc, 8, 34 à 9, 1)
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Aujourd’hui, c'est-à-dire toujours, puisque nous savons que chaque jour est une icône de l’éternité, notre sainte Eglise orthodoxe nous invite à faire librement l’expérience du renoncement. Renoncer à ce qui passe et trépasse, c'est-à-dire nous-mêmes pour acquérir ce qui demeure pour toujours, encore nous-mêmes mais dans notre réalité éternelle divino-humaine.
Pour acquérir par la grâce divine notre véritable vocation à la vie divino-humaine, nous devons apprendre à renoncer à rester des individus coupés de leur dimension spirituelle. Si nous nous détournons de Dieu et de l’Eglise, il nous sera impossible de renoncer à tout ce qui en nous et autour de nous, ne cesse de nous harceler pour nous faire abandonner notre vie et notre voie orthodoxe. Pourquoi trouvons-nous si difficile voire impossible de renoncer à ce qui de toute façon ne nous appartient absolument pas, à savoir nous-mêmes, nos proches et nos biens ? Parce que notre foi est encore faible, nous nous laissons séduire par les tentations du monde déchu, alors qu’en vérité notre cœur profond désire la vie divino-humaine, nous ne savons pas comment faire confiance à la divine providence par manque de maturité spirituelle.
Pour un chrétien orthodoxe, la source de son être et de sa vie est la Divine Trinité, qui n’est accessible que par la médiation de notre Seigneur de gloire éternelle qui est notre modèle absolu. C’est Lui qui le premier a renoncé totalement à rester dans l’immuable sérénité au sein de la Divinité, et le signe parfait de ce renoncement est son « Incarnation » parmi nous.
La sainte Croix que nous vénérons aujourd’hui dans l’Eglise, est le signe par excellence de l’accomplissement par le Fils de Dieu Lui-même, de son propre enseignement, à savoir : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toutes tes forces…et ton prochain comme toi-même ». La Croix est le visage paradoxal de l’Amour de Dieu pour son prochain qui est l’humanité, l’amour peut-il donner plus que sa propre vie, le Christ n’a t-Il pas donné sa vie pour nous ? Mais là où, cette même Croix n’est pas accueillie, l’errance humaine sans Dieu, va perpétuer le visage tourmenté et défiguré de l’humanité déchue.
Le renoncement à soi-même n’est pas le reniement de soi-même, mais si je ne renonce pas au vieil homme, l’homme nouveau ne pourra pas être engendré. Ce que Dieu propose à la liberté de l’homme, c’est de renoncer à ce qui l’aliène, de renoncer à porter des masques mensongers sur des scènes imaginaires, pour que puisse rayonner le visage de l’être humain véritable. Le Seigneur dit « celui qui me voit, voit mon Père », de même l’homme en qui habite Dieu, à l’image de saint Paul peut dire « ce n’est plus moi, mais Christ qui vit en moi ». Renoncer à cultiver toutes sortes de personnages plus ou moins artificiels au détriment de la personne, de l’hypostase au sens des Pères de l’Eglise, seule la personne est icône de la Divine Trinité.
Renoncer à croire à l’éphémère et au superficiel, témoigner que notre vocation est la vie éternelle, en baptisant par nos œuvres spirituelles et religieuses, l’humanité et la Création entière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La Croix comme visage de l’Amour est une antinomie impossible à contempler selon nos limites humaines, mais avec la grâce divine, le Christ nous invite à renoncer à ce qui est limité, afin d’acquérir la plénitude des Dons de l’Esprit de Dieu. La Croix bénit toutes les dimensions de l’être et de la vie, de l’orient à l’occident, du nord au sud, de la profondeur à la hauteur, et sème ainsi le germe de la Résurrection dans l’humanité.
Dieu seul aime parfaitement, puisque l’Amour est sa nature même, alors comment faire pour apprendre à aimer comme le Christ ? Renoncer au péché qui empoisonne notre âme, nous détourner des illusions et mirages qui sentent la mort et qui jamais ne pourront engendrer la moindre résurrection. C’est pourquoi le Seigneur nous dit « que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il y perd son âme », l’âme est une création divine et non une œuvre humaine, elle porte l’éternel et non la finitude, elle est crée pour exhaler le parfum de la vie céleste et non la mauvaise odeur du péché.
Nous savons que la sainte Eglise orthodoxe est le lieu spirituel au cœur duquel nous apprenons à connaître la « hauteur, la profondeur et la largeur » de l’Amour de Dieu pour l’humanité et dont la Croix est le symbole dans toute sa plénitude. Cette croix qui plantée au centre de l’Autel du sacrifice non sanglant, est le trône spirituel sur lequel la Divine Trinité assiste à la célébration de la Divine Liturgie et des Saints Mystères du Christ. Notre sainte et splendide Eglise orthodoxe est l’icône qui unit l’Arbre de vie paradisiaque et la Croix, une seule et même réalité spirituelle et liturgique.
Le Christ nous avertit : « Qui veut sauver sa vie la perdra… », quelqu’un parmi nous peut-il se sauver lui-même ? La seule manière de ne pas perdre sa vie, c’est de la vivre dans toute sa plénitude, par la communion avec Dieu en Jésus-Christ, par la célébration de la Divine Liturgie, qui est le resplendissement de la gloire divine et la transfiguration de l’homme et de la Création.
La Croix est la voie sur laquelle nous expérimentons la « douloureuse joie » dont témoignent les saints et qui aboutit au temps fixé pour chacun par la providence divine à la béatitude éternelle dans le Royaume de Dieu. Ce chemin nous est révélé peu à peu au sein de notre présence vivante dans l’Eglise qui représente elle-même les portes royales par lesquelles l’homme prodigue et racheté, se jette dans les bras du Père Céleste que sont le Verbe et l’Esprit. N’est-ce pas ce que nous révèle l’icône du fils prodigue ?
Le monde a été ensanglanté et couronné d’épines dès la chute adamique, tout comme le Seigneur sera couronné d’épines, mais c’est par la sainte épine spirituelle, c’est à dire « la Croix », que Dieu va restaurer l’humanité et la création dans la plénitude de la vie, de la vérité et de la beauté céleste du Royaume de Dieu.
Les hommes accumulent des savoirs et pensent ainsi devenir des êtres vivants et entiers, mais c’est tout le contraire qui leur arrive, ils se dispersent, s’affaiblissent et finissent trop souvent par mourir sans espérance. La conscience endormie de l’homme sans Dieu, devient le tombeau des « âmes mortes » dont parle Gogol, la paresse spirituelle rend l’homme insensible à l’essentiel qui est « la présence très sainte et sacrée de l’Esprit Saint Consolateur ». L’homme sans Dieu perd sa véritable humanité et finit par s’étioler au sein d’une existence privée de ses racines et vidée de sa sève spirituelle, il devient comme inexistant, en perte d’humanité et sans relation créatrice avec et dans le réel.
Saint Jean nous dit « vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde » tout comme le Seigneur est venu dans le monde sans être du monde, c’est pourquoi, L’Esprit de Dieu nous donne aujourd’hui, la connaissance de la voie royale qui mène à la vie éternelle et qui est tout simplement la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. La Croix du Seigneur de gloire, n’est pas pour l’humanité un instrument de torture, mais l’arbre de vie qui porte des grappes de fruits savoureux, pour nourrir d’amour, de vérité et de beauté l’humaine condition. Mais il appartient à ma liberté de cueillir le raisin de la grâce qui m’est proposée et d’en faire ma nourriture et ma boisson et ainsi de me restaurer peu à peu, et devenir un « être vivant ».
L’expérience et le fruit béni de notre croix personnelle, nous amènera en son temps de l’extérieur vers l’intérieur, alors nous connaitrons que la célébration de la Divine Liturgie, est l’expression même de la puissance sanctifiante, libératrice et salvifique de la Croix du Christ, qui nous fait passer de la mort à la vie éternelle.
Au Père qui a planté l’Arbre de Vie dans le Paradis, au Fils qui l’a planté par la Croix dans l’Eglise et dans le monde entier et à l’Esprit Saint qui l’a planté transfigurée dans le Royaume de Dieu, soit la Gloire dans les siècles des siècles. Amen.
+ Syméon
dimanche 8 mars 2026
Saint Grégoire Palamas
(Mc 2, 1-12)
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
Aujourd’hui, au milieu de nous et pour chacun et chacune d’entre nous, s’accomplit le miracle de la guérison du paralytique. Nous aussi, de diverses manières, avons été transportés dans l’Eglise pour y rencontrer le Médecin des âmes et des corps. Etrange guérison de cet homme sans nom, qui n’exprime apparemment aucune demande précise et qui se trouve soudain en Présence du Dieu vivant en la Personne de Jésus. Etrange cortège de ceux dont le Christ loue la Foi, eux aussi sans nom ou plutôt avec le même nom que celui avec lequel Jésus lui-même se présente aux scribes et autres, à savoir « Fils de l’Homme » foi grâce à laquelle Il accorde la pleine guérison au paralytique.
Etrange procession qui vient d’on ne sait où, qui traverse la foule et qui se retrouve sur un toit du haut duquel, ils font descendre le paralytique jusqu’à Jésus, quelque chose comme une préfigure d’une épiclèse à venir, prophétisée et mise en œuvre par la foi qui habite l’humanité en quête de sens. Jésus aussi traversera bientôt cette même foule, tour à tour enthousiaste, incrédule, hostile ou conquise selon ses états d’âme.
Certes, le paralytique est l’image de l’humanité souffrante, et dans ce sens, il personnifie chacun d’entre nous et de manière plus précise le vieil homme en nous, qui ne sait, ne peut ou ne veut pas aller de lui-même, ni se laisser accompagner par l’autre à la rencontre de Jésus. Si le salut est personnel, on ne se sauve pas tout seul, et cette péricope évangélique le montre à merveille, oui, nous avons besoin de l’Eglise pour nous porter les uns et les autres jusqu’à Dieu, et cela quelquefois par des cheminements tout à fait inattendus. Que faire, comment faire pour participer à notre salut ? Nous ne pouvons contourner l’indispensable métanoia qui doit nous permettre d’édifier notre être en Dieu, si nous nous abandonnons nous-mêmes, si nous ne comprenons pas que ces porteurs que sont notre corps, notre âme, notre esprit et notre cœur, sont aussi les supports de notre « personne », et que nous devons les amener à Jésus pour qu’Il les délivre de ce qui les paralyse et les empêche d’accomplir le bon combat de la vie spirituelle, alors comme dit saint Paul « notre foi est vaine ».
N’est-il pas étrange de voir Jésus pardonner au paralytique des péchés qu’il n’a pas confessé ? D’ailleurs, ni celui-ci ni ses porteurs n’ont confessé Jésus comme Dieu, et pourtant le miracle est là dans toute sa puissante réalité. C’est encore et toujours le péché Adamique que le Christ remet sans se lasser en la personne du paralytique, car la Chute a rendu l’humanité profondément apathique et incapable de se porter d’elle-même vers Dieu, de vivre spirituellement les Promesses divines.
Seul le Messie-Christ annoncé par l’ancienne Alliance, peut remettre en mouvement l’humanité paralysée par la solitude spirituelle dans laquelle les âmes sont plus ou moins pétrifiées.
Mais le Christ met aussi clairement en relation la paralysie qui frappe cet homme avec ses propres péchés, il souligne ainsi notre responsabilité personnelle dans notre existence quotidienne, et il insiste sur le fait que nous devons nous aider mutuellement, en intercédant les uns pour les autres, pas en discussions pseudo-spirituelles voire en disputes soit disant théologiques, mais en agissant concrètement dans l’Eglise pour que la vie selon Dieu puisse y circuler et nous désaliéner de toutes nos paralysies existentielles. Comment alors nous porter nous-mêmes jusqu’à Jésus, comprenons que ces quatre hommes qui transportent le paralytique, représentent diverses ascèses possibles que chacun et chacune d’entre nous peut mettre en œuvre pour être sauvé, par ex. la prière personnelle et liturgique, la confession et la recherche de l’hésychia.
La libération de notre paralysie par le Seigneur ne nous impose absolument rien ; Jésus n’a pas cherché un seul instant à retenir auprès de lui, celui qu’il vient de rendre à sa liberté personnelle. Le paralytique ressort et traverse cette foule anonyme qui entérine le miracle sans le comprendre, cette foule qui ne sait dire que « nous n’avons jamais rien vu de pareil », et qui pourtant rend gloire à Dieu.
Et nous les témoins de l’Avènement de Dieu parmis nous, nous qui ne sommes pas portés par des hommes anonymes, mais par la Divine Trinité, nous qui sommes portés par la médiation de Marie-Théotokos, nous qui sommes portés par les prières des Saints et accompagnés par les Anges de Dieu, nous qui sommes nourris par le Corps et le Sang de Dieu, nous qui sommes bénis et rénovés sans cesse par la grâce des Sacrements de l’Eglise, oui comment vivons nous notre rencontre avec Jésus ?
A l’image de cette foule, nous les Enfants de notre sainte Eglise Orthodoxe, nous les bien-aimés du Père Céleste, réjouissons-nous et soyons humbles dans le Seigneur, rendons gloire à notre Dieu, ne tenons pas de discours inutiles et stériles dans notre cœur comme les scribes et les pharisiens, mais agissons selon la bonne ascèse du salut qui est la vie selon l’Evangile et la sagesse de l’Eglise.
Soyons des christs pour nous-mêmes et intercédons avec ardeur et ferveur pour que Jésus guérisse et sauve le vieil homme paralytique en nous, intercédons pour l’humanité entière, en célébrant et en fêtant ensemble les saints mystères du Christ et de son Eglise, et que nos bonnes œuvres rayonnent dans toute la Création pour la Gloire de Dieu.
Demandons, supplions et prions le Christ de donner Sa bénédiction éternelle à l’humanité, qu’Il la renouvelle et la fasse resplendir de grâce et de beauté et que cela commence, ici et maintenant dans la sainte Eglise et dans ce temps propice au retournement et à l’élévation vers Dieu qu’est le saint et grand Carême.
Au Père Céleste qui bénit, au Fils éternel qui nous transmet cette bénédiction et à l’Esprit qui l’accomplit dans toute sa plénitude, soit la Gloire et l’Adoration dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon
samedi 14 février 2026
Le Jugement dernier
(Matthieu 25, 31 – 46)