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lundi 23 mars 2026

Dimanche de saint Jean Climaque.

   

(Marc - 9, 17 à 31).

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen

 

 

  

Aujourd’hui, notre sainte Eglise orthodoxe nous invite à contempler notre Seigneur comme le Médecin de notre âme et de notre corps, et cette thérapie divino-humaine prend source dans notre foi envers la Divine Trinité. Nous savons tous que le lieu providentiel dans lequel se manifeste avec grande puissance l’œuvre divine du salut de l’humaine condition est l’Eglise, dont chacun d’entre nous est une pierre vivante pour accueillir Dieu et notre frère. Nos saints Pères témoignent tous sans exception du mystère que représente « l’Eglise qui est au cœur du monde, de l’homme qui est au cœur de l’Eglise, et de la Divine Trinité qui est au cœur de l’homme ».

 

L’Ecriture dit : un homme s’approcha de Jésus et lui dit : « Maître, je t’ai amené mon fils possédé par un esprit sourd et muet », que signifie pour chacun d’entre nous cette expérience existentielle ? Il nous est dit «  un homme » sans autre précision, ceci veux dire que tout homme peut se tourner librement vers Jésus pour implorer son aide, non seulement pour lui-même mais surtout pour son prochain, mais pour que tout homme puisse se tourner vers Jésus, nous Chrétiens orthodoxes, nous devons être des témoins vivants et vivifiants de l’Evangile du Seigneur.

 

Nous savons que l’œuvre maudite de Satan qui est le père du mensonge et nulle œuvre n’est pire que le mensonge qui entraine avec lui des multitudes de souffrances tant personnelles que dans la vie de l’Eglise, oui le mensonge est banni par Dieu et ceux qui s’y prêtent s‘amassent des charbons ardents sur leur tête et sur celle de leurs proches. Que cherche donc ici à faire Satan qui est un dictateur impitoyable et un destructeur acharné de l’humanité, « il veut établir une dictature faussement spirituelle qui est la plus redoutable des hérésies », parce qu’elle a pour but de déposséder l’homme de lui-même, de le rendre comme le souligne l’Evangile de ce jour, « sourd et muet envers Dieu son Père et Créateur ».  Ne sommes-nous pas les disciples du Verbe créateur, notre vocation s’enracine dans la parole créatrice partagée et vécue dans l’Eglise pour la vie du monde, notre témoignage est véridique si à « l’image du Seigneur, notre existence réelle est une célébration liturgique nourrie par la sève évangélique ».

 

La sève évangélique, est la « foi sans laquelle aucune vie religieuse et encore moins spirituelle n’est possible », il ne s’agit pas de la foi pour soulever les montagnes extérieures, mais de la foi qui peut nous élever et nous transporter à la rencontre de Dieu, du prochain et de l’Eglise. La foi nous est indispensable lorsque nous sommes attaqués par les « brûlures de la dépression spirituelle », c’est à dire cet état psychique destructeur qui nous fait penser « à quoi bon aller à l’Eglise ». La foi est notre lumière, lorsque nous sommes envahis par les pensées psychiques qui enténèbrent notre esprit et parasitent notre discernement, la foi est notre énergie spirituelle lorsque les forces physiques nous manquent ou lorsque nous sommes éprouvés dans notre chair. Notre croyance aussi faible et fragile qu’elle soit, peut devenir une foi source de vie qui nous engendre à notre véritable vocation orthodoxe, si nous cultivons la simplicité de venir vers Celui qui nous a dit : « Venez et voyez ».

 

Nous savons que chaque célébration de la Divine Liturgie présidée invisiblement par le « Christ, Grand-Prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek », est une blessure mortelle pour Satan et sa clique démoniaque. C’est pourquoi notre responsabilité, doit être notre enracinement fidèle dans la vie de l’Eglise, qui nous transmet la vie divino-humaine. Nous y recevons la grâce inestimable qui est la communion au « Corps et au Sang du Seigneur », ne laissons pas Satan nous dépouiller de ces richesses spirituelles en écoutant le vieil homme, nous distiller son venin psychique et charnel avec son hypocrisie habituelle.

 

 

 

Ainsi, tout comme pour cet enfant, « l’esprit immonde » ne cesse de tenter chacun d’entre nous, d’essayer de jeter les croyants dans le feu de la haine envers Dieu et le frère, de nous noyer et submerger dans l’eau morbide des pensées psychiques, fausse sagesse mondaine qui n’est rien devant Dieu. Oui, l’esprit de tout malheur persévère avec acharnement à essayer de détruire la foi des croyants, mais nous sommes les enfants lumineux de l’Eglise nous dit saint Paul, et c’est par la « Lumière du Christ et par la puissance des saints mystères et sacrements de l’Eglise », que nous devons œuvrer à la construction de notre vie et de notre être en Dieu.

 

« La foi est la sagesse orthodoxe donnée par le Seigneur à ceux qui croient librement en Lui », à la foi doit s’associer le jeûne et la prière, jeûne de l’esprit et prière de l’âme, qui nous feront expérimenter l’ascèse bénie qui est la célébration de la Divine Liturgie au nom du Seigneur. Nous pouvons entrer comme cet enfant dans l’Eglise dans un état chaotique et être désorienté, être plus mort que vif, peu importe, l’essentiel est d’être là où le Père céleste nous espère. L’Eglise où nous sommes les très bienvenus, nous accueille par le Fils et L’Esprit, pour nous convertir à la vraie vie selon Dieu. Sans ce désir de nous conformer au Christ, notre présence dans l’Eglise ne porte aucun fruit digne de la noblesse divino-humaine de la personne. Si nous avons choisi le « Seigneur comme notre Maitre absolu et unique », alors tous ses trésors spirituels deviennent pour nous des puissances de vie, et nous pourrons espérer trouver par Lui la guérison de notre être entier.

 

Si l’esprit impur, sourd et muet jette l’enfant dans le feu extérieur qui brûle et détruit, le Christ nous propose le feu divin qui purifie et qui donne la vie, et ce feu c’est « l’amour de la Divine Trinité pour l’homme son bien-aimé ». Si l’esprit impur cherche à se faire adorer par les hommes en leur demandant de se prosterner devant lui, le Christ « doux et humble de cœur » propose de servir l’homme et de l’élever jusqu’au Royaume de Dieu.

 

« Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir » dit le Christ, le service de Dieu est une immense miséricorde, le service dans l’Eglise est une grâce à jamais imméritée, connaissons-nous un seul saint qui se soit déclaré digne d’être élevé à telle ou telle fonction dans l’Eglise ? Les saints dans leur vie en ce monde méditaient sans cesse l’Evangile de toute grâce, ils savaient que le Christ a dit : « Lorsque tu auras fait ce que tu avais à faire, retire-toi et dit en toi-même, j’ai fait ce qui m’a été demandé, je ne suis qu’un serviteur inutile », ne sommes-nous pas débiteurs à vie non seulement envers Dieu mais aussi envers sa sainte Eglise ?

 

Au nom du Christ, « bénissons-nous les uns les autres, prions les uns avec les autres, prions les uns pour les autres », soyons les uns envers les autres selon cette parole du Seigneur « à cela, vous serez reconnus comme mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres, comme je vous ai aimé ». Si nous donnons la priorité au monde qui passe, plutôt qu’à notre « Dieu et à l’Eglise-Corps et Tête du Christ », nous réitèrerons l’esprit de la chute originelle de nos ancêtres Adam et Eve.

 

La foi est unie à l’humilité et cette union engendre les œuvres d’amour envers Dieu, le frère et  l’Eglise, car comme dit saint Paul : « Qu’avons-nous de bien que nous n’ayons reçu, et si nous l’avons reçu, pourquoi faire comme si nous ne l’avions pas reçu comme un don », voici la pauvreté bénie par laquelle, nous confessons que nous recevons les biens véritables de Dieu seul. L’Eglise est le mystère de la rencontre entre Dieu et chaque personne qui le désire, le langage utilisé dans cette communion divino-humaine est celui de la « Divine Liturgie », et qui parmi nous voudrait renoncer, à cette nourriture spirituelle qui lui donne le corps, l’âme et l’esprit de la vie orthodoxe.

 

Le père de l’enfant possédé dit au Seigneur : « J’ai demandé à tes disciples de l’expulser, mais ils n’en ont pas eu le pouvoir » et le Seigneur de répondre : « Engeance incrédule, jusques à quand, serai-je parmi vous ? Jusques à quand devrai-je vous supporter ? Amenez-le moi » ! Ces paroles s’adressent aux disciples du Christ qui vivaient avec Lui, qui étaient témoins directs des œuvres du Seigneur, et pourtant leur impuissance est dénoncée par le Maître lui-même.

Cette impuissance des disciples, nous montre qu’il ne suffit pas d’avoir vécu auprès du Seigneur pour accomplir un miracle, tout comme il ne suffit pas de venir à l’Eglise pour être sauvé. Pourquoi ? Le Seigneur donne la réponse « engeance incrédule », l’incrédulité, voilà ce qui nous empêche d’accéder à la grâce divine qui seule peut faire de nous et avec nous un christ, c’est à dire, une personne selon le cœur de Dieu.

 

Jésus poursuit en disant : « Le pouvoir, c’est la foi, tout est possible à celui qui croit » ! Aussitôt le père de l’enfant s’écria en pleurant : « Je crois, Seigneur, viens au secours de mon manque de foi » ! De quoi notre présence ici est-elle le signe ? Ne sommes-nous pas nous aussi, encore faibles et fragiles dans notre foi envers le Christ et son Eglise ? Alors n’ayons ni honte ni crainte de crier avec larmes et de toutes nos entrailles vers notre Père céleste, par le Christ dans l’Esprit Saint.

 

L’Evangile témoigne ensuite que : « Jésus, ayant pris l’enfant par la main, le fit lever, et il se tint debout », ne sommes-nous pas encore tour à tour incrédule ou immature, et pourtant qui parmi nous, ne désire pas la « vie et l’être en plénitude » ? Qui parmi nous se complait dans les passions et les péchés, qui ne désire ressembler au « Seigneur doux et humble de cœur » ? Alors, laissons-nous comme un enfant, prendre par la main du Verbe et de l’Esprit, Ils nous feront lever de la terre au ciel, en illuminant notre esprit par une vie spirituelle bienheureuse.

 

Au Père créateur de l’humanité, au Fils qui s’est fait homme parmi nous, à L’Esprit qui déifie l’homme, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

samedi 14 mars 2026

Vénération de la Sainte Croix

 

(Marc, 8, 34 à 9, 1)

                              Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen. 

  

Aujourd’hui, c'est-à-dire toujours, puisque nous savons que chaque jour est une icône de l’éternité, notre sainte Eglise orthodoxe nous invite à faire librement l’expérience du renoncement. Renoncer à ce qui passe et trépasse, c'est-à-dire nous-mêmes pour acquérir ce qui demeure pour toujours, encore nous-mêmes mais dans notre réalité éternelle divino-humaine. 

 

Pour acquérir par la grâce divine notre véritable vocation à la vie divino-humaine, nous devons apprendre à renoncer à rester des individus coupés de leur dimension spirituelle. Si nous nous détournons de Dieu et de l’Eglise, il nous sera impossible de renoncer à tout ce qui en nous et autour de nous, ne cesse de nous harceler pour nous faire abandonner notre vie et notre voie orthodoxe. Pourquoi trouvons-nous si difficile voire impossible de renoncer à ce qui de toute façon ne nous appartient absolument pas, à savoir nous-mêmes, nos proches et nos biens ? Parce que notre foi est encore faible, nous nous laissons séduire par les tentations du monde déchu, alors qu’en vérité notre cœur profond désire la vie divino-humaine, nous ne savons pas comment faire confiance à la divine providence par manque de maturité spirituelle.  

 

Pour un chrétien orthodoxe, la source de son être et de sa vie est la Divine Trinité, qui n’est accessible que par la médiation de notre Seigneur de gloire éternelle qui est notre modèle absolu. C’est Lui qui le premier a renoncé totalement à rester dans l’immuable sérénité au sein de la Divinité, et le signe parfait de ce renoncement est son « Incarnation » parmi nous. 

 

La sainte Croix que nous vénérons aujourd’hui dans l’Eglise, est le signe par excellence de l’accomplissement par le Fils de Dieu Lui-même, de son propre enseignement, à savoir : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toutes tes forces…et ton prochain comme toi-même ». La Croix est le visage paradoxal de l’Amour de Dieu pour son prochain qui est l’humanité, l’amour peut-il donner plus que sa propre vie, le Christ n’a t-Il pas donné sa vie pour nous ? Mais là où, cette même Croix n’est pas accueillie, l’errance humaine sans Dieu, va perpétuer le visage tourmenté et défiguré de l’humanité déchue. 

 

Le renoncement à soi-même n’est pas le reniement de soi-même, mais si je ne renonce pas au vieil homme, l’homme nouveau ne pourra pas être engendré. Ce que Dieu propose à la liberté de l’homme, c’est de renoncer à ce qui l’aliène, de renoncer à porter des masques mensongers sur des scènes imaginaires, pour que puisse rayonner le visage de l’être humain véritable. Le Seigneur dit « celui qui me voit, voit mon Père », de même l’homme en qui habite Dieu, à l’image de saint Paul peut dire « ce n’est plus moi, mais Christ qui vit en moi ». Renoncer à cultiver toutes sortes de personnages plus ou moins artificiels au détriment de la personne, de l’hypostase au sens des Pères de l’Eglise, seule la personne est icône de la Divine Trinité. 

Renoncer à croire à l’éphémère et au superficiel, témoigner que notre vocation est la vie éternelle, en baptisant par nos œuvres spirituelles et religieuses, l’humanité et la Création entière, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. 

 

La Croix comme visage de l’Amour est une antinomie impossible à contempler selon nos limites humaines, mais avec la grâce divine, le Christ nous invite à renoncer à ce qui est limité, afin d’acquérir la plénitude des Dons de l’Esprit de Dieu. La Croix bénit toutes les dimensions de l’être et de la vie, de l’orient à l’occident, du nord au sud, de la profondeur à la hauteur, et sème ainsi le germe de la Résurrection dans l’humanité. 

 

Dieu seul aime parfaitement, puisque l’Amour est sa nature même, alors comment faire pour apprendre à aimer comme le Christ ? Renoncer au péché qui empoisonne notre âme, nous détourner des illusions et mirages qui sentent la mort et qui jamais ne pourront engendrer la moindre résurrection. C’est pourquoi le Seigneur nous dit « que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il y perd son âme », l’âme est une création divine et non une œuvre humaine, elle porte l’éternel et non la finitude, elle est crée pour exhaler le parfum de la vie céleste et non la mauvaise odeur du péché. 

 

Nous savons que la sainte Eglise orthodoxe est le lieu spirituel au cœur duquel nous apprenons à connaître la « hauteur, la profondeur et la largeur » de l’Amour de Dieu pour l’humanité et dont la Croix est le symbole dans toute sa plénitude. Cette croix qui  plantée au centre de l’Autel du sacrifice non sanglant, est le trône spirituel sur lequel la Divine Trinité assiste à la célébration de la Divine Liturgie et des Saints Mystères du Christ. Notre sainte et splendide Eglise orthodoxe est l’icône qui unit l’Arbre de vie paradisiaque et la Croix, une seule et même réalité spirituelle et liturgique. 

 

Le Christ nous avertit : « Qui veut sauver sa vie la perdra… », quelqu’un parmi nous peut-il se sauver lui-même ? La seule manière de ne pas perdre sa vie, c’est de la vivre dans toute sa plénitude, par la communion avec Dieu en Jésus-Christ, par la célébration de la Divine Liturgie, qui est le resplendissement de la gloire divine et la transfiguration de l’homme et de la Création.  

 

La Croix est la voie sur laquelle nous expérimentons la « douloureuse joie » dont témoignent les saints et qui aboutit au temps fixé pour chacun par la providence divine à la béatitude éternelle dans le Royaume de Dieu. Ce chemin nous est révélé peu à peu au sein de notre présence vivante dans l’Eglise qui représente elle-même les portes royales par lesquelles l’homme prodigue et racheté, se jette dans les bras du Père Céleste que sont le Verbe et l’Esprit. N’est-ce pas ce que nous révèle l’icône du fils prodigue ? 

 

Le monde a été ensanglanté et couronné d’épines dès la chute adamique, tout comme le Seigneur sera couronné d’épines, mais c’est par la sainte épine spirituelle, c’est à dire « la Croix », que Dieu va restaurer l’humanité et la création dans la plénitude de la vie, de la vérité et de la beauté céleste du Royaume de Dieu.

 

Les hommes accumulent des savoirs et pensent ainsi devenir des êtres vivants et entiers, mais c’est tout le contraire qui leur arrive, ils se dispersent, s’affaiblissent et finissent trop souvent par mourir sans espérance. La conscience endormie de l’homme sans Dieu, devient le tombeau des « âmes mortes » dont parle Gogol, la paresse spirituelle rend l’homme insensible à l’essentiel qui est « la présence très sainte et sacrée de l’Esprit Saint Consolateur ». L’homme sans Dieu perd sa véritable humanité et finit par s’étioler au sein d’une existence privée de ses racines et vidée de sa sève spirituelle, il devient comme inexistant, en perte d’humanité et sans relation créatrice avec et dans le réel.

 

Saint Jean nous dit « vous êtes dans le monde, mais vous n’êtes pas du monde » tout comme le Seigneur est venu dans le monde sans être du monde, c’est pourquoi, L’Esprit de Dieu nous donne aujourd’hui, la connaissance de la voie royale qui mène à la vie éternelle et qui est tout simplement la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ. La Croix du Seigneur de gloire, n’est pas pour l’humanité un instrument de torture, mais l’arbre de vie qui porte des grappes de fruits savoureux, pour nourrir d’amour, de vérité et de beauté l’humaine condition. Mais il appartient à ma liberté de cueillir le raisin de la grâce qui m’est proposée et d’en faire ma nourriture et ma boisson et ainsi de me restaurer peu à peu, et devenir un « être vivant ». 

 

L’expérience et le fruit béni de notre croix personnelle, nous amènera en son temps de l’extérieur vers l’intérieur, alors nous connaitrons que la célébration de la Divine Liturgie, est l’expression même de la puissance sanctifiante, libératrice et salvifique de la Croix du Christ, qui nous fait passer de la mort à la vie éternelle. 

 

Au Père qui a planté l’Arbre de Vie dans le Paradis, au Fils qui l’a planté par la Croix dans l’Eglise et dans le monde entier et à l’Esprit Saint qui l’a planté transfigurée dans le Royaume de Dieu, soit la Gloire dans les siècles des siècles. Amen. 

 

+ Syméon

 

dimanche 8 mars 2026

Saint Grégoire Palamas

   

(Mc 2, 1-12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

   

   

Aujourd’hui, au milieu de nous et pour chacun et chacune d’entre nous, s’accomplit le miracle de la guérison du paralytique. Nous aussi, de diverses manières, avons été transportés dans l’Eglise pour y rencontrer le Médecin des âmes et des corps. Etrange guérison de cet homme sans nom, qui n’exprime apparemment aucune demande précise et qui se trouve soudain en Présence du Dieu vivant en la Personne de Jésus. Etrange cortège de ceux dont le Christ loue la Foi, eux aussi sans nom ou plutôt avec le même nom que celui avec lequel  Jésus lui-même se présente aux scribes et autres, à savoir « Fils de l’Homme »  foi grâce à laquelle Il accorde la pleine guérison au paralytique.

 

Etrange procession qui vient d’on ne sait où, qui traverse la foule et qui se retrouve sur un toit du haut duquel, ils font descendre le paralytique jusqu’à Jésus, quelque chose comme une préfigure d’une épiclèse à venir, prophétisée et mise en œuvre par la foi qui habite l’humanité en quête de sens. Jésus aussi traversera bientôt cette même foule, tour à tour enthousiaste, incrédule, hostile ou conquise selon ses états d’âme.

 

Certes, le paralytique est l’image de l’humanité souffrante, et dans ce sens, il personnifie chacun d’entre nous et de manière plus précise le vieil homme en nous, qui ne sait, ne peut ou ne veut pas aller de lui-même, ni se laisser accompagner par l’autre à la rencontre de Jésus. Si le salut est personnel, on ne se sauve pas tout seul, et cette péricope évangélique le montre à merveille, oui, nous avons besoin de l’Eglise pour nous porter les uns et les autres jusqu’à Dieu, et cela quelquefois par des cheminements tout à fait inattendus. Que faire, comment faire pour participer à notre salut ? Nous ne pouvons contourner l’indispensable métanoia qui doit nous permettre d’édifier notre être en Dieu, si nous nous abandonnons nous-mêmes, si nous ne comprenons pas que ces porteurs que sont notre corps, notre âme, notre esprit et notre cœur, sont aussi les supports de notre «  personne », et que nous devons les amener à Jésus pour qu’Il les délivre de ce qui les paralyse et les empêche d’accomplir le bon combat de la vie spirituelle, alors comme dit saint Paul « notre foi est vaine ».

 

N’est-il pas étrange de voir Jésus pardonner au paralytique des péchés qu’il n’a pas confessé ? D’ailleurs, ni celui-ci ni ses porteurs n’ont confessé Jésus comme Dieu, et pourtant le miracle est là dans toute sa puissante réalité. C’est encore et toujours le péché Adamique que le Christ remet sans se lasser en la personne du paralytique, car la Chute a rendu l’humanité profondément apathique et incapable de se porter d’elle-même vers Dieu, de vivre spirituellement les Promesses divines.

Seul le Messie-Christ annoncé par l’ancienne Alliance, peut remettre en mouvement l’humanité paralysée par la solitude spirituelle dans laquelle les âmes sont plus ou moins pétrifiées. 

 

Mais le Christ met aussi clairement en relation la paralysie qui frappe cet homme avec ses propres péchés, il souligne ainsi notre responsabilité personnelle dans notre existence quotidienne, et il insiste sur le fait que nous devons nous aider mutuellement, en intercédant les uns pour les autres, pas en discussions pseudo-spirituelles voire en disputes soit disant théologiques, mais en agissant concrètement dans l’Eglise pour que la vie selon Dieu puisse y circuler et nous désaliéner de toutes nos paralysies existentielles. Comment alors nous porter nous-mêmes jusqu’à Jésus, comprenons que ces quatre hommes qui transportent le paralytique, représentent diverses ascèses possibles que chacun et chacune d’entre nous peut mettre en œuvre pour être sauvé, par ex. la prière personnelle et liturgique, la confession et la recherche de l’hésychia.

 

La libération de notre paralysie par le Seigneur ne nous impose absolument rien ; Jésus n’a pas cherché un seul instant à retenir auprès de lui, celui qu’il vient de rendre à sa liberté personnelle. Le paralytique ressort et traverse cette foule anonyme qui entérine le miracle sans le comprendre, cette foule qui ne sait dire que « nous n’avons jamais rien vu de pareil », et qui pourtant rend gloire à Dieu.

 

Et nous les témoins de l’Avènement de Dieu parmis nous, nous qui ne sommes pas portés par des hommes anonymes, mais par la Divine Trinité, nous qui sommes portés par la médiation de Marie-Théotokos, nous qui sommes portés par les prières des Saints et accompagnés par les Anges de Dieu, nous qui sommes nourris par le Corps et le Sang de Dieu, nous qui sommes bénis et rénovés sans cesse par la grâce des Sacrements de l’Eglise, oui comment vivons nous notre rencontre avec Jésus ?   

 

A l’image de cette foule, nous les Enfants de notre sainte Eglise Orthodoxe, nous les bien-aimés du Père Céleste, réjouissons-nous et soyons humbles dans le Seigneur, rendons gloire à notre Dieu, ne tenons pas de discours inutiles et stériles dans notre cœur comme les scribes et les pharisiens, mais agissons selon la bonne ascèse du salut qui est la vie selon l’Evangile et la sagesse de l’Eglise.

 

Soyons des christs pour nous-mêmes et intercédons avec ardeur et ferveur pour que Jésus  guérisse et sauve le vieil homme paralytique en nous, intercédons pour l’humanité entière, en célébrant et en fêtant ensemble les saints mystères du Christ et de son Eglise, et que nos bonnes œuvres rayonnent dans toute la Création pour la Gloire de Dieu.

Demandons, supplions et prions le Christ de donner Sa bénédiction éternelle à l’humanité, qu’Il la renouvelle et la fasse resplendir de grâce et de beauté et que cela commence, ici et maintenant dans la sainte Eglise et dans ce temps propice au retournement et à l’élévation vers Dieu qu’est le saint et grand Carême.

 

Au Père Céleste qui bénit, au Fils éternel qui nous transmet cette bénédiction et à l’Esprit qui l’accomplit dans toute sa plénitude, soit la Gloire et l’Adoration dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

 

 

 

samedi 14 février 2026

Le Jugement dernier

(Matthieu 25, 31 – 46)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
 

Aujourd’hui, oui, ici et maintenant, s’accomplit pour chacun et chacune d’entre nous ce que l’Evangile vient d’annoncer, la venue du Roi de Gloire et notre jugement, c'est-à-dire que l’Esprit de Dieu nous inspire de discerner dans quel état spirituel nous sommes, afin de ne pas communier au Corps et au Sang du Christ pour notre condamnation, mais pour la guérison de notre âme et de notre corps. Car en vérité chaque Divine Liturgie est l’icône de cette autre parole du Christ : tout est accompli en Dieu, y compris le Jugement Dernier.
Vous savez que ce Jugement de Dieu a commencé dès la Chute dans le Paradis et que depuis l’humanité est devenue ce grand corps souffrant dont chacun d’entre nous est le cœur. Depuis la Chute, nous portons les signes de notre séparation d’avec Dieu et voici que chacun d’entre nous se retrouve nu, malade, affamé, assoiffé, emprisonné et étranger, non seulement à lui-même mais à Dieu ; et l’ennemi du genre humain continue de se servir du vieil homme en nous pour perpétuer notre aliénation psychique. L’Eglise du Dieu vivant témoigne de la Présence de la très Sainte Divine Trinité, qui sonde les reins et les cœurs, non pour nous punir mais pour nous purifier et nous sanctifier. Entrer dans l’Eglise, c’est pénétrer spirituellement dans le Saint des Saints, et nous inviter à prendre conscience de l’état de notre robe nuptiale, avant de participer au Banquet eucharistique.
Vous savez qu’il n’y a aucune différence de fond entre notre corps-temple de l’Esprit-Saint, l’Eglise corps du Christ et le Royaume des Cieux ; ils signifient une seule réalité spirituelle. Le Royaume des Cieux est la véritable patrie de l’humanité rachetée par le Christ et l’Eglise représente les Portes Royales par lesquelles nous apprenons à voyager vers Celui qui ne cesse d’espérer le retour de l’humanité prodigue. Que signifie pour nous cette parole du Christ : « En vérité, je vous le dis, ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait » ? Cela veut dire que tout être humain est un christ en puissance, et que par conséquent, lorsque je me détourne de l’un de ces petits dont parle le Christ, je m’abandonne moi-même, puisque spirituellement ces petits habitent en moi par la volonté créatrice de Dieu. Là où deux ou trois de ces petits que sont le corps, l’âme et l’esprit sont réunis au Nom du Christ, IL se trouve en leur milieu qui est le cœur, pour les engendrer à la vie en Dieu, à la vie selon Dieu, et que nous avons la liberté de faire vivre ou de laisser mourir.
Un de ces petits est notre « corps », qui se retrouve nu si nous oublions qu’il est temple de l’Esprit Saint, ce corps qui a permis à Dieu de s’incarner et de naître parmi nous, tout comme il nous est indispensable pour engendrer en nous l’Eglise. Il est une pierre vivante pour le Royaume de Dieu. Etre nu, c’est cultiver en nous des modèles psychiques, qui ne sont que des idoles caricaturales et vides sans la Présence réelle de Dieu, et qui comme pour Adam et Eve nous obligent à nous cacher devant la Face du Seigneur à cause des tourments qu’inflige à notre âme désorientée le vieil homme.
Un autre de ces petits est notre « âme » qui s’étiole si elle n’est pas vivifiée par la louange divine qui seule peut cultiver en nous le goût de la vie en Dieu, avec Dieu et pour Dieu, elle a vocation d’aimer et d’être aimée, car dit le Psalmiste : « qu’il est doux, qu’il est bon pour des frères et des sœurs de vivre ensemble ». Mais nous savons bien que la seule nourriture et la seule boisson qui puisse nous rassasier et nous désaltérer c’est le Corps et le Sang du Christ jusqu’au Jour Eternel où Dieu sera Tout en tous.
Un autre de ces petits est notre « esprit », qui est malade si nous laissons la vaine sagesse du monde et des modes spiritualistes nous envahir et en faire un infirme spirituel, aveugle et sourd, au lieu d’apprendre à contempler la Divine Trinité. Nous pouvons chacun et chacune trouver en nous ce qui nous mérite le reproche de dénuder, affamer, assoiffer, rendre malade et emprisonner le Christ et notre prochain. La thérapie absolue ici, c’est l’accomplissement - avec l’aide de Dieu, de l’Eglise et des uns avec les autres de l’enseignement du Christ : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… et ton prochain comme toi- même ».
Peut-être demanderez-vous, comment convertir en moi ce qui me persécute et m’empêche de bénir le Christ, et sauver avec Sa grâce ces petits qui m’implorent ? L’ascèse qui convient ici, c’est de mettre en œuvre les « Béatitudes », demander sans se décourager à Dieu la grâce de cultiver en nous la triade spirituelle donnée à l’humanité en Adam, c'est-à-dire, apprendre à vivre en roi, en prêtre et en prophète. Gouverner ma vie à l’image du Roi des rois, c'est-à-dire par l’humilité, ne pas asservir l’autre ni servir ma volonté propre mais servir la sainte Eglise du Christ et faire l’unique volonté du Père Céleste. Prêtre, pour nous bénir les uns les autres, intercéder les uns pour les autres, concélébrer les uns avec les autres, afin que notre vie devienne peu à peu une icône de la vie des Personnes Divines. Prophète, pour ne pas oublier que notre vie en ce monde devrait devenir une sainte Pâque, notre passage spirituel vers le Royaume de Dieu, pour nous annoncer sans nous lasser la Bonne Nouvelle de l’Evangile de Vie, pour refuser enfin de nous laisser aliéner par les pensées, les paroles et les actes psychiques infusées en nous par la voracité du monde.
Maintenant, si je prends pleinement conscience de ce que je suis en vérité dans le cœur du Père, alors je peux pressentir quelque chose de la sainteté de la Divine Liturgie et de l’Eglise, de la Sainteté de Dieu et de ma propre vocation à la sainteté, je pressens que je ne peux répondre à une telle réalité spirituelle que si je désire avec ardeur et ferveur, être non pas juste une individualité revendicatrice, mais une personne qui seule peut vivre une véritable communion avec Dieu et avec l’autre. Comment Dieu connaissant mes faiblesses psychiques et charnelles, veut-Il m’aider à devenir une telle personne spirituelle ? En me revêtant de splendeur et de majesté, afin que je sois par grâce ce que Lui Dieu est par Nature, c'est-à-dire, en me faisant participant de Ses Energies divines. Où et comment ? Par la concélébration de la Divine Liturgie des Saints Mystères du Christ.
Pour que je puisse grandir comme notre saint Christ en grâce et en sagesse devant Dieu et parmi les hommes, dans l’Eglise et dans la vie quotidienne, Dieu vient personnellement, Lui, doux et humble de cœur, vers chacun et chacune d’entre nous, pour demander si je veux bien Lui accorder l’hospitalité intérieure. Et tout comme les rois mages étaient venus s’agenouiller devant l’Enfant Divin pour lui offrir l’or, l’encens et la myrrhe, voici que notre saint Christ, si j’ose dire, se met à genoux devant chacun et chacune d’entre nous, certes non pas pour nous adorer, mais pour déposer à nos pieds, les Dons du Saint-Esprit. Vous les connaissez : l’Amour, la Joie, la Paix, la Douceur, la Patience, la Maîtrise de soi, c'est-à-dire les saints et spirituels ornements sacerdotaux ou si vous préférez la robe nuptiale, pour pouvoir célébrer les saints Mystères de l’Eglise et du Royaume du Christ.
Au Nom du Christ, pour l’Eglise et l’humanité qui gémit dans les douleurs de l’enfantement, bénissons-nous mutuellement et édifions ensemble notre sainte communauté pour la seule Gloire de Dieu et pour notre salut.
Que Dieu notre Père et Roi Eternel, nous bénisse par notre Christ l’unique et seul grand Prêtre et par l’Esprit prophète qui nous annonce que l’Amour ne passera pas, à la Divine Trinité soit la Gloire dans siècles des siècles, amen.
+ Syméon

lundi 9 février 2026

Le Fils Prodigue.

 

                                     Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

(Luc 15,11 à 32).




Aujourd’hui, l’Eglise nous montre le véritable sens spirituel de la paternité en Dieu et selon Dieu, l’Evangile nous fait vivre de l’intérieur ce que signifie « être père », de méditer sur la relation irréversible qui devrait unir un fils à son père, malgré toutes les épreuves existentielles qui menacent de la détruire.

 

Le fils prodigue se retrouve donc livré à lui-même, dans un pays lointain, étrange et étranger, il fait l’expérience de l’avidité du monde, de la rapacité des profiteurs, des mensonges de l’humaine condition, de l’individualité stérile, soumis à des prostituées qui dévorent bien vite son héritage. Le fils prodigue était le bienvenu tant qu’il avait de quoi inviter les uns et les autres à festoyer, mais les richesses dont il disposait étaient matérielles et limitées, il voit alors combien douloureuse et insupportable est devenue sa réalité quotidienne, au point de mettre son existence même en danger.

 

L’Evangile nous dit alors : « il rentra en lui-même », cette intériorisation va lui permettre de discerner, que lui qui voulait l’héritage pour aller faire sa vie, est entrain de s’effondrer dans un chaos qui menace de le tuer. Ce choc salutaire va lui donner la force de se retourner en esprit vers son père, de faire une conversion intérieure profonde, au cœur de laquelle il peut déjà à nouveau ressentir la présence intérieure de son père. Cette expérience du prodigue est une métaphore de la séparation de l’humanité avec Dieu son Créateur, qui ne cesse d’espérer le retour de l’humanité crée dans l’amour et la vérité. Le prodigue devenu voyant de l’état dans lequel il est tombé, peut se relever et commencer le long et difficile chemin du retour vers la Terre promise qui est bien sur le Royaume de Dieu, au-delà de tous les royaumes de ce monde. Dès qu’il décide de se mettre en route pour son salut, l’Esprit de toute grâce lui donne les véritables richesses qui sont spirituelles, qui seules peuvent le désaliéner et lui donner la certitude de réaliser l’œuvre de sa vie, devenir « dieu par grâce ».

 

Par vocation, l’homme est appelé à s’humaniser pleinement en se laissant engendrer par l’Eglise qui possède toute la sagesse divine comme un trésor pour transfigurer l’être en le nourrissant de la beauté, de la sainteté et de la sagesse divines. Cette vocation est inscrite en lettres de feu spirituel au cœur de l’homme, qui a été créé pour cette seule et unique parole de notre père parmi les saints Athanase : « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne dieu ». Que signifie devenir dieu ? Etre une personne créatrice qui par sa communion avec Dieu peut s’engendrer comme être vivant pleinement libre et ainsi être par grâce tout ce que Dieu est par nature.

 

L’Ecriture sainte connaît plusieurs prodigues, le premier dans l’humanité qui se présente à nous et qui était caché auprès du Père dans le Paradis, celui dont l’origine et la nôtre à travers lui remonte à l’aube de la Création divine, c’est Adam. Dieu l’avait prodigieusement enrichi, le désir de connaître d’Adam était insatiable, il voulait plus, il voulait tout… être dieu tout de suite, comme le lui murmurait Satan, l’ennemi du genre humain. Adam était un fils immature parce qu’il n’a pas eu la patience de mettre en œuvre la volonté divine. L’impatience du désir de posséder les biens célestes, sa volonté d’être dieu sans en avoir la maturité spirituelle, ont précipité sa chute. Cette attitude a provoqué l’expulsion du Paradis, mais pas l‘abandon de la providence divine, l‘incarnation prophétique du Fils Unique, sera la Voie sainte et sacrée du retour possible dans le Royaume de Dieu, auprès du Père céleste. Car le Fils Unique est aussi l’unique Sauveur, qui n’a pas dilapidé les richesses de Dieu notre Père, IL peut donc accomplir pleinement cette parole: « Père, je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donné ».

 

Voici donc Adam et Eve, chassés du paradis et devenus prodigues malgré eux en emportant les richesses paradisiaques semées dans le monde, et qui a travers leur descendance ont produits les religions, les civilisations et les cultures, œuvres utiles et premiers pas de l’humanité désorientée pour l’aider à « rentrer en soi-même »pour un possible retour vers son origine qui est le royaume de notre Père céleste. Le fils prodigue est devenu un fils dépravé non parce que l’héritage reçu de son père était mauvais, mais parce que confronté à la réalité perverse du monde déchu, il a succombé à ce que l’Ecriture appelle d’un terme générique, des « prostituées » et qui ne sont pas nécessairement des femmes, il s’agit des tentations et addictions aliénantes générées par les ténèbres mensongères du monde sans Dieu.

 

Cette parabole évangélique comme toujours, concerne chacun et chacune d’entre nous, mais la vie divino-humaine reste toujours possible, malgré notre éloignement de Dieu qui est la source véritable de notre vie. Les richesses spirituelles nous sont données non pour les prostituer dans l’agitation et la folie des modes et du monde, mais pour les faire fructifier en nous comme une nourriture qui nous fasse grandir en grâce et en beauté devant Dieu et parmi les hommes. Car comme le dit saint Irénée de Lyon, « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », et non l’homme, séparé de l’essentiel, défiguré par les faux prophètes, aliéné par l’hypocrisie dominatrice qui s’avance masquée dans les ténèbres des pensées.

 

Permettez-moi une petite digression, Dieu qui est infiniment humain, accepte avec joie et humilité d’être représenté à travers l’art, vous connaissez sans doute ce merveilleux tableau représentant le retour du « fils prodigue » peint par Rembrandt dans lequel tout est hospitalité, douceur infinie et cœur brûlant d’amour entre le père et le fils, fête extraordinaire et gloire des âmes et des corps qui s’étreignent sans aucune parole, deux regards éperdus qui se cherchent, deux « Personnes  uniques » comme enlacées dans la tendresse au-delà des mots et des maux, le père et le fils, se nourrissant mutuellement d’amour.

 

Permettez-moi un deuxième témoignage, tout à fait en phase avec l’expérience du prodigue, vous savez que le peintre van Gogh qui a côtoyé les abîmes de l’exil intérieur et qui en est mort, en regardant le tableau peint par Rembrandt et qui est connu comme « la Fiancée Juive » s’est écrié, pour peindre comme cela il faut être « mort » plusieurs fois. C’est exactement l’expérience du fils prodigue qui ne cesse de mourir à lui-même ou plutôt à ce qu’il n’est pas et à ce qu’il n’a pas, car en vérité dans son exil, il a peu à peu découvert qui il est vraiment. Si deux êtres aussi différents que Rembrandt et Van Gogh s’unissent et magnifient ainsi la beauté créatrice, alors l’art peut devenir une icône prophétique de cette beauté dont Dostoievski nous dit « qu’elle sauvera le monde ». Ainsi l’art puisé au fond du cœur a une puissance vivifiante, nous dit que l’homme est plus que l’art, et ce désir d’engendrer la beauté absolue, est pour nous croyants possible, dans l’Eglise comme atelier spirituel de la vie et de l’être, par la contemplation du modèle unique et absolu, la source éternelle de la beauté incarnée, le Christ-Dieu. IL est le vrai « Prodigue », Celui qui seul n’a rien gardé pour lui, sa manière à Lui de dilapider l’héritage du Père Céleste, c’est de se donner tout entier à nous les « enfants prodigues », pouvait-Il nous donner plus que sa propre vie ?

 

Voici maintenant le « Fils Prodigue » dans toute sa splendide humilité divino-humaine et certes nos cœurs se serrent, car par l’intelligence du cœur qui est le signe du véritable discernement spirituel, nous comprenons qu’il s’agit de notre très saint Jésus, le Christ. Nous qui sommes invités comme le dit saint Paul dans l’épître qui accompagne l’Evangile du prodigue, à glorifier Dieu dans notre corps-temple du Saint Esprit, soyons prodigues et non avares, donnons-nous autant que possible à Dieu, à l’homme, à l’Eglise. Connaissons-nous quelqu’un d’autre que le Seigneur qui ait glorifié dans son Corps le Père de manière absolue, et ne sommes–nous pas glorifiés par le Père à chaque fois que nous festoyons à Sa table mystique en recevant le Corps et le Sang du Seigneur? Là est le mystère de l’amour créateur accessible au « croyant humble de cœur et à tout homme et à toute femme de bonne volonté », qui se propose à la liberté humaine.

 

Nous savons bien que le festin royal proposé par ce père au fils prodigue repenti et revenu à la vie, est l’icône qui préfigure la Sainte Cène, à laquelle l’Esprit de Dieu nous invite comme aujourd’hui à participer, afin d’y réjouir nos âmes et nos corps et remplir l’Eglise d’allégresse et de joie spirituelles en chantant et en louant sans fin, ici et partout la Divine Trinité. Comment espérer que l’humanité-prodigue puisse guérir de ses héritages pathologiques qui ne cessent de la défigurer, de la séparer de Dieu en mettant à mal sa vie et son être, si nous ne pouvons lui donner le remède souverain que propose l’Eglise et qui est la Fête des fêtes où tout « prodigue » est le bienvenu, où il est nourri par l’Amour du Père et la communion avec le frère autour de la table mystique où trône la Divine Trinité.

 

Au Père du Fils prodigue, au Fils prodigue donné pour nous et à l’Esprit prodigue qui nous donne les richesses du Royaume et les fait fructifier avec nous, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

 

 

 

dimanche 1 février 2026

Le Pharisien et le Publicain.

   

(Luc, 18, 10 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

  

 

 Aujourd’hui, l’Église nous invite à méditer sur la manière de prier Dieu, et nous montre deux hommes qui sont montés au Temple de Jérusalem pour prier, l’un est pharisien et l’autre publicain.

 

Pharisien signifie « celui qui est séparé » du milieu du peuple pour accomplir la volonté divine qui consiste à être au service dans la Synagogue de ce même peuple, mais ici, ce pharisien n’est tourné que vers lui-même dans une autosatisfaction stérile aggravée par le fait qu’il juge le publicain. C’est Isaïe le prophète qui en 59, 2 nous enseigne la véritable séparation que tout croyant pieux doit établir pour être justifié, que dit-il ? « Mais ce sont vos péchés qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu. Vos péchés ont fait qu’il vous cache sa Face et refuse de vous entendre ».

 

Ce que Isaïe dit, le Seigneur le confirme et le résume de manière simple et parfaite par cette parole « car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s‘abaisse sera élevé », abaissé ne signifie pas se rabaisser et se traiter comme un moins que rien, la parole du Seigneur est ici à entendre comme un conseil spirituel d’importance, à savoir que le socle de la prière doit être enraciné dans l’humilité sans laquelle nul ne verra le Seigneur, n’est-il pas écrit « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », or acquérir un cœur pur reste inaccessible à tout « pharisien » qui ne cherche pas d’abord à se séparer et à se purifier de ses péchés et de ses passions négatives.

 

Si donc, je veux entendre le Seigneur « me » dire que je suis justifié, il me faut cultiver encore et encore avec persévérance l’ascèse de la purification de mes péchés et de mes passions contraires à l’esprit de la prière véritable. Mais tout comme c’est un péché de juger et pire de condamner l’autre, il n’est pas plus judicieux de me condamner moi-même à partir de ce que je « crois « connaitre de moi, la clé de ce discernement personnel indispensable concernant mon chaos intérieur, c’est justement le publicain qui nous en donne la direction propice, que fait-il ? Il se tourne vers Dieu dans la synagogue pour se confesser dans l’humilité de son âme meurtrie par le péché, imitons-le et confessons nos péchés au Seigneur dans l’Église à travers le prêtre.  

 

La confession est donc ce qui peut par la grâce divine nous révéler à nous-mêmes et nous permettre de nous connaître sans désespérer de notre condition pécheresse car Dieu est Amour et ne « veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et vive pleinement ». Si tout « publicain » repentant peut être justifié par le Christ, il n’est pas sauvé pour autant, d’ailleurs l’Écriture ne dit pas que le publicain a reconnu Jésus comme le Messie prophétisé à Israël, à lui de se mettre à l’écoute de la parole de la Torah et de pratiquer la conversion intérieure en vue de reconnaître le Rabbi Jésus par la mise en œuvre de l’ascèse prônée par le Christ.  

 

Le pharisien tourné vers Dieu lui dit : « Je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain, etc.. », il est persuadé que le seul fait d’être pharisien et d’accomplir les commandements de la loi mosaïque suffit à être selon le cœur de Dieu et pourquoi donc devrait-il faire encore d’autres efforts. Mais un pharisien est censé connaître tout ce qui est enseigné par cette même Torah mosaïque et en particulier ce que dit le saint prophète Isaïe nommé au début de cette petite homélie et qui souligne les raisons de la vraie   séparation de l’homme avec Dieu et en vérité même avec la Synagogue.

 

Dieu lui-même à travers le prophète Isaïe en 45, 22 enseigne non seulement au peuple Juif mais à tous les hommes et femmes de bonne volonté qu’il ne suffit pas d’être justifié mais qu’il faut dit le Seigneur vous « tourner vers Moi et vous serez sauvés », c’est donc pour notre « salut » que nous sommes appelés à croire en Jésus, à le prier et à nous repentir, c’est le sens spirituel de la sainte prière liturgique et aussi personnelle.

 

Saul/Paul est le témoignage d’une véritable conversion spirituelle bien qu’il ait persécuté les chrétiens de son époque considérés comme une « nouvelle secte », Saul était un pharisien et rabbin parfaitement instruit et élevé dans la « loi mosaïque », il était le disciple du fameux rabbin Gamaliel dont nous parle les Actes des Apôtres et qui eût cette parole inspirée dans les Actes 5, 18/19 « ...ne vous occupez pas de ces gens-là, car si leur parole ou leur œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même...mais si elle est réellement de Dieu, vous n’arriverez pas à  les détruire...alors ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu », mais hélas Gamaliel n’aura pas su lui-même discerner que cette œuvre était vraiment divino-humaine et son adhésion à cette doctrine apostolique lui est restée fermée.

 

Pour les zélotes de la « Loi religieuse », le publicain était vu comme un petit juif subalterne qui exerçait la profession honnie de « collecteur d’impôts » et en plus au profit de « païens » vus comme étant des polythéistes incompatibles avec le pur monothéisme judaïque, cette relation interdite entre un juif publicain et le monde païen était un scandale inadmissible pour un pharisien.

 

Pourtant, dans l’Évangile en Luc 19, 1 à 9 nous rencontrons Zachée qui était un chef des publicains respecté par tous les collecteurs d’impôts, quel paradoxe lorsque nous lisons que Zachée signifie « pur, juste » et c’est à lui que Jésus s’adresse « arrivé là, Jésus leva les yeux et lui dit : Zachée descend vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ... Zachée descendit vite et reçu Jésus avec joie...ce que voyant, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur » », nous ne pouvons ici dans l’espace d’une homélie commenter plus avant cette péricope évangélique, nous encourageons pourtant ceux que le souhaitent à invoquer l’Esprit Saint pour approfondir dans la prière et la méditation cette relation du pharisien et du publicain que nous sommes nous-mêmes plus ou moins, relation riche d’enseignement pour notre vie spirituelle.

 

Nous ne sommes pas des disciples de la lettre ou de l’esprit car l’une sans l’autre engendre une forme caricaturale de la réalité, nous sommes disciples du Verbe et de l’Esprit dont l’union donne une réalité créatrice à notre existence et l’espérance que Dieu bénissant nous avancions avec Lui vers l’état saint et spirituel de « christ, aimant, saint, humble et sage ».

 

Au Père de notre Sauveur, au Fils qui nous sauve et à l’Esprit de salut soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.      

 + Syméon