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samedi 17 octobre 2026

La veuve de Naim

    


(Luc : 7, 11 à 16)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Esprit de Dieu qui continue de couver l’Église comme Il couvait la

Création originelle de Son amour et de Sa lumière, nous emmène si nous le voulons à

Naïm qui signifie la Bien-Aimée, pour assister à la résurrection du fils unique d’une

jeune veuve.

Cette bien-aimée vers laquelle s’avance notre Seigneur avec amour, c’est l’Église,

l’Humanité et notre Ame, qui pleure de n’être pas aimée pour ce qu’elle est, à savoir

l’épouse de Dieu. Par manque d’amour spirituel, l’âme si précieuse et unique en

nous, se meurt sous les coups répétés de ses propres enfants, à savoir nos pensées,

paroles et actes psychiques et charnels, non purifiés dans la prière par l’intelligence

du cœur.

Le Christ créateur de la vie et de l’être, contemple cette veuve désespérée par la mort

de son époux et maintenant de son fils unique, c'est-à-dire de tout ce qui faisait sens

dans son existence. Où sont désormais, toutes les promesses et espérances qu’elle

avait pu mettre dans ces deux êtres chers à sa vie, qui d’autre que le Christ, lui qui est

Dieu et le Maître absolu de la vie et de la mort, pouvait la libérer de cette épreuve

douloureuse que représente aujourd’hui la perte de son enfant unique.

Que dit le Christ : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi… » que ressentons-nous

devant ce mystère qui préfigure la Résurrection du Seigneur, comment ce mort peut-il

entendre la voix du Christ, alors qu’il n’entend ni les larmes de sa mère ni les cris des

lamentations funèbres de la foule qui l’accompagne. Seule la grâce divine pourra

soutenir en esprit et en vérité cette femme éprouvée, quant à nous qui sommes plus

souvent morts que vifs, prions humblement Dieu de nous donner l’intelligence du

cœur sans laquelle aucune illumination spirituelle n’est possible.

L’Église est cette mère spirituelle à qui Dieu a confié l’humanité, afin que chaque

être humain puisse y trouver « Celui qui est la voie, la vérité et la vie », c’est dans

l’Église que notre Seigneur vient à notre rencontre pour nous donner « la vie, le

mouvement et l’être » et qu’IL nous dit : « Lève-toi et sois un vivant ». Le miracle de

la résurrection se réalise parce que le Seigneur fut touché de compassion envers cette

femme, ce jeune homme mort revient à la vie, il s’assied dans le cercueil et se met à

parler, que dit-il et comment réagit sa mère et cette foule ?

Nous sommes témoins à chaque Divine Liturgie des merveilles accomplies par le

Christ, à condition d’être éveillés à l’enseignement évangélique par notre attention et

notre désir d’incarner la volonté divine. Dieu ne viendra pas nous ressusciter contre

notre volonté, alors venons vers Dieu à travers l’Église et pleurons comme cette

veuve la mort de notre âme délaissée de vie spirituelle par manque d’ascèse, de prière

et de conversion profonde selon l’esprit de l’Orthodoxie.- 2 -

Au Nom de notre Seigneur, cessons de penser qu’il suffit de venir de temps en temps

à l’Église ou d’écouter conférences sur conférences, d’entendre des homélies mêmes

spirituelles ou encore de lire des livres dits profonds, pour passer de la mort à la vie.

Sortons de ce coma psychique et destructeur qu’est l’esprit de ce monde sans Dieu et

sans la moindre compassion envers l’humanité souffrante.

Accompagnons-nous les uns les autres par un cortège de valeurs spirituelles et

religieuses et non par des foules de pensées et de paroles mortifères, que nous

distillent de manière hypocrite Satan et le vieil homme en nous. Alors le Christ

viendra toujours plus à notre rencontre dans l’Église-Naïm et dans notre existence

personnelle, et nous entendrons à chacune de nos petites morts, le Sauveur nous

dire : « Ne pleure pas », lui infiniment patient envers nous et nos faiblesses.

Apprenons à mourir librement à ce marasme permanent dans lequel le péché veut

nous entraîner, en voulant nous faire croire que nous sommes vivants et spirituels,

alors que nous ne sommes si souvent que dans l’illusion psychique. Prions et

supplions Dieu de venir poser Sa main sur nous, d’arrêter ce convoi permanent de

pensées partielles et partiales qui nous enferment comme dans un cercueil, afin que le

Christ nous ressuscite comme ce jeune homme et nous remette dans les mains saintes

de celle qui nous engendre spirituellement, c'est-à-dire la sainte Église orthodoxe.

Regardons cette foule émerveillée et qui rend gloire à Dieu d’avoir pu vivre une telle

expérience spirituelle à Naïm, cette foule qui ne connaissait pas le Christ comme

Dieu et Sauveur. Comment allons-nous rendre grâce et nous émerveiller de Celui

dont nous savons nous les lumineux enfants de l’Église qu’Il est le Dieu Vivant ? En

nous souvenant que nous sommes par vocation et par grâce fils et filles de Dieu et en

célébrant avec dignité la Divine Liturgie et les saints mystères de l’Église éternelle du

Christ-Sauveur.

Ce n’est que dans l’Esprit-Saint, après notre mort au péché que comme Marie, la

Mère de Dieu, nous pouvons passer de la vie à la Vie, étant devenus nous aussi des

vivants par la Grâce toute puissante de la Divine Trinité, à laquelle soit la Gloire dans

les siècles des siècles, amen.

+ Syméon

samedi 10 octobre 2026

L’amour des ennemis.

     

(LUC 6, 31-36)

                                      Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, notre sainte Église Orthodoxe nous enseigne comment mettre en œuvre non seulement dans l’Église mais surtout dans notre existence quotidienne, les valeurs évangéliques dont nous savons que le début, le milieu et la fin, s’enracinent dans cette source unique qui est « l’amour de Dieu pour l’homme, qui engendre l’amour de l’homme pour Dieu, pour l’Église et pour le prochain ». Le saint Évangile résume parfaitement cette ascèse de vie par cette parole simple mais d’une grande profondeur spirituelle, en nous disant : « Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le également pour eux », et « montrez-vous compatissant, comme votre Père céleste est compatissant ».

 

Dans Genèse 1, 26 et 31 Dieu dit « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » et « Dieu vit tout ce qu’IL avait fait, et cela était très bon ». L’Église selon cette parole du Seigneur « venez et voyez », nous emmène en pèlerinage à l’origine de notre création, là où l’homme en Adam et Eve a cohabité dans le Paradis avec Dieu, afin que nous puissions nous souvenir et méditer d’où nous venons, sur ce que nous sommes et où nous voulons aller.

 

Saint Paul nous rappelle que si nous possédons toutes les richesses matérielles et tous les savoirs du monde, mais si nous sommes sans amour, alors nous ressemblons à une « timbale creuse », une cacophonie inhumaine, sans aucune utilité ni pour nous-mêmes ni pour les autres. Cela signifie que si je veux être aimé et béni par l’autre, je dois moi le premier l’aimer et le bénir sans attendre quelque chose en retour. Que nous dit saint Jean le bien-aimé du Seigneur ? « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas », cela signifie que mon amour pour Dieu est la mesure juste de mon amour pour mon frère. Là, saint Jean nous parle de l’amour pour le frère, mais en vérité, l’Église dans sa grande sagesse de vie, a mis ce dimanche sous le signe de l’amour non seulement du frère, mais aussi sous le signe infaillible de « l’amour des ennemis ».

 

Voilà la grande ascèse, le grand œuvre d’amour que Dieu lui-même a déposé comme un trésor de bénédictions dans nos cœurs : « L’amour des ennemis ». Un Chrétien orthodoxe peut-il avoir un seul ennemi ? Ne sommes-nous pas les disciples de Celui qui a dit : « Aimez ceux qui vous haïssent, pardonnez à ceux qui vous persécutent, priez pour ceux qui vous font du mal », aimer ainsi est-il possible sans la grâce divine ? Bien sûr que non, et pourtant nous voilà invités à essayer d’aimer comme Dieu nous aime, afin que nous devenions les dignes fils et filles de « notre Père du ciel qui fait luire le soleil, sur les bons comme sur les mauvais ».

 

L’Église n’est-elle pas une icône spirituelle et réelle du Royaume de Dieu ? N’est-ce pas d’abord dans l’Église que nous qui nous disons croyants et orthodoxes, devons apprendre à nous aimer les uns les autres ? Mais si notre cœur, se laisse empoisonner par les tentations du Malin et du vieil homme en nous, si notre cœur est comme le dit le Christ : « Rempli de jalousie, de mauvaises pensées, de haine, de désobéissance envers Dieu, de paroles dissimulées remplies d’hypocrisie », alors notre malheur est indicible, notre détresse douloureuse, et hélas, trois fois hélas, notre vie soi-disant spirituelle est une totale illusion psychique et charnelle.

 

Que signifie pour nous aimer ? Le Christ répond lui-même en nous disant « celui qui m’aime, c’est celui qui garde mes commandements et les mets en pratique », et l’un de ces saints commandements nous dit « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

 

Ainsi, nous les Chrétiens sommes-nous appelés à réaliser cette œuvre impossible par nos seules forces humaines, « aimer, aimer et encore aimer » et cela dans la totale gratuité, à l’image et à la ressemblance de la Divine Trinité. C’est pourquoi Dieu a posé comme je l’ai déjà dit ailleurs, l’Église au cœur du monde, l’homme au cœur de l’Église et Dieu s’est posé au cœur de l’homme, pour accomplir ensemble le salut de chacun, pour prier, implorer et supplier Dieu qui est « Amour de sauver le bon et le mauvais larron », que nous sommes chacun plus ou moins. Saint Paul désigne clairement qui en nous est notre véritable ennemi, oui, nous le connaissons, puisque grâce à nous, il nous persécute, c’est celui que l’Écriture sainte appelle le « vieil homme » psychique et charnel qui ne fonctionne que de manière égocentrée et égoïste, c’est lui le narcisse pathologique.

 

Que faire direz-vous peut-être ? Pour cesser peu à peu de succomber encore et encore aux pièges du vieil homme, notre pratique spirituelle consistera à ne plus être dupe de soi-même, à ne plus croire que l’illusion et la réalité sont la même chose, que tout ira mieux demain même si je ne fais pas ce qui est nécessaire aujourd’hui. Aimer alors, c’est apprendre à ne pas juger, ni soi-même et encore moins l’autre, mais accomplir librement et avec persévérance la vie et la voie évangélique à laquelle je crois en tant que Chrétien orthodoxe.

 

Être au clair avec moi-même, sortir de l’obscurité qui m’aveugle, accepter que la chute soit toujours possible, mais croire que je peux toujours me relever, avancer vers la rencontre possible avec Dieu, avec l’autre et surtout avec moi-même. C’est à dire vivre ce qui est mon cheminement personnel et qui peut en son temps, me libérer de tous mes ennemis intérieurs, tous ces personnages que je joue plus ou moins bien, tous ces masques que je porte pour me fuir, me dissimuler ou m’imposer. Devenir une personne et refuser de jouer un personnage, être un visage et non un masque, car comme le dit saint Irénée de Lyon : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », et non l’homme caricatural et ennemi de lui-même.

 

Ne pensons pas que la compassion aimante ne s’adresse qu’à l’autre, non, elle s’adresse d’abord à nous-mêmes, pourquoi ? Parce que si nous sommes injustes, si nous nous laissons déborder par des pensées contraires à l’esprit évangélique, à cause de l’endurcissement de notre cœur, alors, nous nourrissons en nous le vieil homme et toutes ses folies. Dans cet état contre nature, rien ne sert de nous accabler par des reproches stériles, ou de faire porter à l’autre le fardeau de nos propres péchés. Venons plutôt dans l’Église pour confesser au Père céleste notre souffrance spirituelle, prions avec confiance et humilité, notre Dieu, Ami de l’homme, de nous délivrer de l’épreuve qui nous aliène.

 

L’Esprit de Dieu nous est donné pour ne pas succomber aux tentations d’un monde aveuglé par les illusions, alors demandons-Lui son aide inestimable et bénissons-nous selon Dieu, en apprenant à aimer l’autre, car c’est en « aimant l’autre » ennemi ou non, que je serais moi-même aimé de Dieu. Être aimé de Dieu, n’est-ce pas être proche de Lui, encore plus proche de Lui que ne l’était Adam et Eve dans le Paradis, proche de Lui au point de pouvoir par la grâce nous contempler dans la lumière divine et ainsi discerner en esprit et en vérité qui je suis vraiment. Et si je connais enfin qui je suis, alors je connais aussi pourquoi j’existe et dans cette sagesse divino-humaine, dans ce don divin, je peux devenir celui qui aime et qui ose se laisser aimer.

 

Au Père source de l’Amour, au Fils incarnation de l’Amour et à l’Esprit Saint accomplissement de l’Amour, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

samedi 26 septembre 2026

Exaltation de la Très Sainte Croix

   

  (Jean, 19, 6 à 11, 13 à 20, 25 à 28, 30 à 35)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

   

Aujourd’hui, l’Église célèbre dans la joie spirituelle, l’Exaltation de la Croix vivifiante, selon cette parole « je ferai de toi le sujet de ma joie », nous ferons donc de la croix du Seigneur le sujet de notre joie par notre foi que sa croix est pour nous l’arbre de vie déposée par Dieu dans l’Église et dans notre vie.

 

Le Seigneur nous dit « si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ». Suivre le Christ est donc une décision personnelle, qui demande un engagement sans faille dans la fidélité envers Dieu, malgré les épreuves qui peuvent plus ou moins nous crucifier dans notre existence quotidienne. Ailleurs le Christ nous dit que « son joug est doux et son fardeau est léger », n’est-ce pas contradictoire ? A quel moment, notre croix devient-elle un fardeau écrasant, la croix devient insupportable dès que nous prétendons la porter tout seul, c’est à dire, sans le Christ et sans l’Église.

 

Que celui qui veut me suivre renonce à lui-même, prenne sa croix et me suive, n’est-ce pas le Seigneur qui le premier a renoncé en quelque sorte à rester dans l’immuable sérénité au sein de la Divine Trinité ? Ce renoncement originel est la source même de notre salut, le Fils est resté Dieu tout en devenant homme, de même, sommes-nous appelés à renoncer au vieil homme pour devenir par grâce dieu et d’abord véritablement homme. C’est ce grand don et mystère spirituel qui nous est proposé, et que l’Église fête aujourd’hui par l’Exaltation de la précieuse Croix du Seigneur.

 

Le renoncement à soi-même, que Dieu propose à la liberté de l’homme, c’est de renoncer à ce qu’il n’est pas et qui le rend étranger à lui-même, à savoir une caricature d’humanité dans laquelle ne rayonne plus la beauté divino-humaine sur le visage de l’homme. La croix comme visage de l’amour divin est une réalité impossible à contempler sans la foi en un Dieu qui aime et qui souffre en Christ de l’éloignement et de l’exil douloureux de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. La croix comme arbre de la vie, est plantée en même temps au centre de l’autel du sacrifice non sanglant et au centre de l’autel du cœur de chacun d’entre nous, c’est pourquoi, nous pouvons en goûter les fruits spirituels par la communion au Corps et au Sang de notre Dieu.

 

Le Seigneur ajoute : « Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie » ? Et que peut donner l’homme en échange de sa propre vie » ? La croix est pour nous, le signe de la victoire de la vie et de la lumière divine sur les ténèbres infernales et les œuvres impies de l’homme séparé et de Dieu et de lui-même, l’homme sans Dieu est un homme sans avenir dans ce monde ni dans le monde à venir.

 

Certes, par notre croix nous expérimentons aussi la « douloureuse joie », nous savons combien parfois, aimer peut paradoxalement faire souffrir avec l’impression d’en mourir, mais le Seigneur nous a donné l’Église qui est aussi notre corps spirituel divino-humain, dans laquelle, il a envoyé « L’Esprit de toute consolation », afin qu’IL nous descende lui-même avec douceur de la croix de nos épreuves existentielles.

 

Saint Paul nous dit « le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu », la croix est donc un langage, une voix qui s’adresse à moi et pour entendre le sens de ce langage, il nous faut apprendre à nous laisser aimer de Dieu plutôt que de croire que nous pouvons par notre seule volonté, aimer Dieu. Aimer à la « folie » selon l’expression populaire, c’est en vérité ne pas aimer du tout, car une telle manière de vouloir aimer ne laisse aucune place à l’autre et lui ôte toute possibilité de trouver sa liberté personnelle, n’est pas « fol en Christ qui veut ».

 

En Proverbe 3,18 nous lisons « la sagesse est un arbre de vie », dont les racines plongent depuis l’arbre de la croix dans les profondeurs insondables et indicibles du cœur de l’homme, nous chantons durant les Matines dominicales « voici que par la Croix, la joie a pénétré le monde entier », c’est pourquoi, peut s’unir en nous le chant religieux qui relie le ciel et la terre par une communion qui nous élève vers Dieu et nous tourne aussi vers l’humanité, à travers la célébration de la sainte et Divine Liturgie.

 

Pourtant la gloire personnelle que Paul revendique avec puissance, c’est celle de la croix du Christ, cette même croix devant laquelle nous nous prosternons et que nous exaltons tous d’un seul cœur et d’une seule âme aujourd’hui dans l’Église, pourquoi ? Parce que le Seigneur sur la croix, porte l’humanité et désire la déposer sauvée au sein de la Divine Trinité, selon cette parole « tout est accompli » et « sois sans crainte petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume », encore faut-il que l’homme désire vraiment faire partie de ce saint « petit troupeau », c’est à dire de l’Église du Seigneur Jésus.  

 

« Sauve ton peuple, Seigneur et bénis ton héritage, accorde à tes fidèles victoire sur les ennemis et sauvegarde par ta croix les nations qui t’appartiennent », voici le merveilleux Tropaire que chante l’Église de ceux qui sont fidèles par leur foi et leur vie orthodoxe envers le Seigneur. Le salut n’est pas le fruit d’un hasard, mais celui d’une ascèse réelle qui nous demande de porter notre croix en communion avec la Croix du Christ, afin de convertir par la voie et la vie orthodoxe tous nos ennemis intérieurs opposés à notre salut en Dieu.

 

Que la grâce du Seigneur nous bénisse et nous fortifie afin que nous puissions accomplir notre vocation orthodoxe et avec toute l’Église chanter d’un seul cœur et d’un seul esprit « devant ta Croix, nous nous prosternons ô Maitre, et ta sainte Résurrection nous la chantons ».

 

Au Père qui a planté l’Arbre de Vie dans le Paradis, au Fils qui l’a planté par la Croix dans l’Église et à l’Esprit Saint qui l’a planté dans le cœur de l’homme, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

samedi 19 septembre 2026

Les Talents.

Mathieu 3, 13 à 17)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.



Aujourd’hui, l’Église nous invite à méditer sur la parabole des talents, je nous propose de relever les versets 29 à 30 qui nous disent « car à tout homme qui a, on donnera encore plus et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il croyait avoir. Quant au serviteur inutile, jetez-le dehors dans les ténèbres, là seront les pleurs et les grincements de dents ».
Dieu nous a confié un merveilleux talent qui contient tous les autres, et ce talent, c’est l’homme lui-même créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est pourquoi le Seigneur dit « celui qui croit en moi, fera les mêmes choses que moi et même de plus grandes ». Et pour que ce talent puisse trouver tout ce dont il a besoin pour se réaliser et ainsi rendre gloire à Dieu, la providence divine nous a donné l’Église comme une précieuse Mère spirituelle.
Dieu nous a donné les talents que sont la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût, pour les faire fructifier dans le temps et l’espace de notre vie dans ce monde, comme une préparation sainte et sacrée pour le monde à venir et l’infini du Royaume de Dieu. Les talents nous sont donnés comme une voie spirituelle qui doit avec la bénédiction divine, nous convertir pour nous façonner peu à peu et commencer à être des « christs aimants, saints, humbles et sages ».
Comment à partir de nos sens psychosomatiques, allons-nous les enrichir et les convertir en sens spirituels, afin que nous devenions des êtres accomplis dans la mise en pratique de l’enseignement évangélique ? Deux ou trois outils seront nécessaires pour œuvrer à édifier l’être spirituel et nos guides seront d’abord l’Esprit-Saint au cœur de l’Église et de notre vie, la méditation religieuse de l’Écriture sainte à travers la prière personnelle, liturgique et le silence intérieur loin de l’agitation permanente du monde extérieur qui essaye de nous balloter dans tous les sens.
Voici donc le talent de la vue, dans les « Béatitudes », nous lisons « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », la vision de Dieu ne dépend pas de la vue physique, mais du cœur pur, ce qui est vrai du cœur pur est vrai aussi pour les autres sens. Pour l’aveugle, à qui Jésus demande que veux-tu que je fasse pour toi, l’aveugle répond « que je recouvre la vue » non seulement physique mais surtout spirituelle. C’est pourquoi le Seigneur dit « celui qui m’a vu a vu le Père », le talent de la vue trouve donc sa plénitude dans la contemplation du visible et de l’invisible, du monde et du royaume, du Père à travers le Fils unique par la grâce de l’Esprit-Saint.
Voici le talent de l’ouïe, qui pour trouver sa plénitude doit aboutir peu à peu, à réaliser ce qui nous est promis dans Hébreux « si vous entendez la voix de Dieu, n’endurcissez pas vos cœurs » et dans l’Apocalypse « si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte », mais où donc pouvons-nous entendre la voix divine ? N’est-ce pas dans l’Église divino-humaine où résonne sans cesse la voix de l’Évangile, la voix des chants et des prières, la voix de Dieu qui dialogue avec la voix de l’homme.
A quel moment, Dieu nous parle t’IL de manière directe à travers la célébration liturgique, n’est-ce pas à l’écoute du saint Évangile où Dieu nous parle face à face, et à quel moment frappe t’Il avec une divine douceur à la porte de notre cœur avant d’accepter notre invitation, n’est-ce pas au moment de la sainte communion à son Corps et à son Sang ? Qui peut penser, qu’il suffit de posséder les cinq sens fonctionnels, pour faire fructifier le talent de la vie divino-humaine en nous, alors que notre Seigneur et Maitre nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire ».
Ailleurs, le Seigneur dit en Matthieu 13, 14, suite à la prophétie d’Isaïe « vous aurez beau entendre de vos oreilles, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas, l’esprit de ce peuple s’est épaissi, ils se sont bouchés les oreilles, ils ont fermés leurs yeux de peur que leurs yeux ne voient, de peur que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse », la conversion quotidienne est donc nécessaire pour que nous puissions faire fructifier nos talents et trouver la guérison de notre âme selon la volonté divine.
Voici le talent du toucher ou être touché, comme nous pouvons le voir dans Actes, 2, 37 « d’entendre cela, ils eurent le cœur touché et dirent à Pierre et aux Apôtres : Frères, que devons-nous faire ? », ici le toucher intérieur comme la vision de Dieu concerne surtout « l’état du cœur », si donc la parole du Verbe créateur ne touche pas notre cœur, nous serons incapables de cultiver notre esprit de manière créatrice.
Si nous nous contentons de cultiver les seuls talents matériels et physiques, nous resterons des êtres inaccomplis et incapables d’entrer dans le Royaume de Dieu, nous risquons de ressembler à des idoles comme le chante le psaume 135 du Polyéléos « les idoles des nations sont faites d’argent et d’or, ouvrages de la main des hommes, elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, elles ont des oreilles et n’entendent pas, il n’y a pas de souffle dans leur bouche, et ils leur ressemblent ceux qui les fabriquent et se confient en elles ».
Si nous voulons avoir la certitude de recevoir les vrais talents pour nourrir et faire fructifier notre existence en Dieu, alors nous devons aller là où se trouve la source de toutes les grâces et bénédictions, là où Dieu vient lui-même nous rencontrer, c’est à-dire, dans la sainte Église du Seigneur, cultivons la vie liturgique comme notre bien spirituel le plus précieux dans ce monde, et par notre prière personnelle rendons gloire et grâce à notre Dieu.
Au Père, source des talents véritables, au Fils qui nous les transmet et à l’Esprit qui les fait fructifier avec nous, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon
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dimanche 13 septembre 2026

Sel de la terre et lumière du monde

   

(Math. 5, 14 à 19)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

    

 

 

Aujourd’hui, l’Église nous remémore cette parole éblouissante du Seigneur « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », saint Jean nous dit « qu’en lui, le Verbe divin, était la vie et que la vie était la lumière des hommes », là le Seigneur de gloire glorifie l’homme en lui disant « tu es la lumière du monde », divine humilité du Christ qui montre à quelle hauteur il situe la personne humaine.

 

Que penser, que dire, que faire devant une telle parole, peut-être juste commencer à y croire vraiment et ne plus s’embourber dans les pensées stériles habituelles du style « je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne suis pas digne et autres mises à mort de notre âme ». Ce qui est demandé, c’est de ne plus laisser notre sel de l’esprit s’affadir et de témoigner par notre lumière devant les hommes, pourquoi ? Afin que « les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est aux cieux ».

 

En Genèse 19, 26 il est écrit « elle devint une statue de sel », une telle statue n’est qu’une idole sans vie et momifiée, alors que le sel dont parle le Seigneur est celui de la sagesse créatrice qui est une grâce divine qui permet de se façonner avec Dieu, une vie et une existence qui vaille la peine d’être vécue. Saint Marc, 9, 50 commente le sel dont parle le Seigneur en disant « ayez du sel en vous-mêmes pour vivre en paix, les uns avec les autres », nous pouvons en conclure que la paix est la véritable saveur du sel spirituel. Mais de quelle paix s’agit-il ? De celle dont le Christ nous dit « Je vous donnerais la paix qui surpasse toute intelligence », c’est pourquoi saint Paul enseigne à la suite de saint Marc que « votre parole soit toujours aimante, et de plus assaisonnée de ce précieux sel qui est l’art de répondre à chacun avec intelligence ».

 

« Vous êtes la lumière du monde », là aussi comme pour le sel, nous pouvons méditer sur Genèse 1, 4 « Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres », la lumière est singulière et unique, alors que les ténèbres sont aussi nombreuses que nos pensées non purifiées par l’Esprit Saint, toutes ces pensées humaines, trop humaines, qui ne cessent d’essayer de nous limiter à la sphère psycho- somatique et matérielle.

 

Si donc nous voulons nous séparer des ténèbres, il sera nécessaire de prier Celui qui est non seulement la Lumière absolue, mais aussi le créateur et donateur de la lumière spirituelle qui peut illuminer les ténèbres les plus ténébreuses ce dont témoigne saint Jean 1,5 « la lumière luit dans les ténèbres ». Peut-être quelqu’un dira que tout cela est bien beau, mais comment sortir réellement de nos ténèbres, la création divine est bien faite et ce sont les « tournesols » qui vont nous donner la solution, tout comme les tournesols se tournent vers le soleil physique pour se nourrir de sa lumière et s’épanouir, tournons-nous dans une adoration aimante vers notre beau soleil spirituel le Christ, pour le laisser rayonner dans notre existence concrète tout comme il illumine de sa présence la vie liturgique de notre Église.

 

En saint Jean 8,12 le Christ dit « Je suis la lumière du monde » et ailleurs « marchez, tant que vous avez la lumière », tant que vous existez dans ce monde, ne le quittez pas en état de ténèbres que n’éclaire plus aucune espérance d’une vie possible après la mort. Nous pouvons ici comprendre, c’est à dire « prendre avec nous », cette parole divine comme le signe qui montre que la voie des Béatitudes est celle qui révèle dans l’homme la lumière qui l’habite et peut faire de lui et avec lui un bienheureux selon la grâce divine, le bienheureux selon l’Esprit de Dieu est devenu « sel de la terre et lumière du monde ».

 

Le malheureux individualiste autant révolté contre Dieu que contre l’homme, troublé en lui-même et plongé dans les ténèbres du manque de discernement spirituel, aveuglé par les pseudo lueurs d’un monde replié sur lui-même, se meurt dans une solitude aride et devient réfractaire à toute spiritualité religieuse.

 

C’est pourquoi, saint Paul en 2 Cor 6, 14 dit « quoi de commun entre la lumière et les ténèbres » ? La lumière et les ténèbres étaient incompatibles jusqu’à l’incarnation parmi nous du Christ qui est la « véritable lumière qui peut éclairer tout homme dans ce monde », à condition que l’homme de ténèbres désire accueillir la vie lumineuse divino-humaine. Si donc, nous voulons émerger hors de nos ténèbres intérieures et nous engendrer à la lumière de la vie, nous pouvons nous tourner résolument vers Dieu, selon la parole de saint Jean en 1, 5 « Dieu est Lumière, il n’y a aucune ténèbres en Lui », car nous savons que si un « aveugle guide d’autres aveugles, ils finissent tous par tomber dans l’abîme ».

 

La lumière dont il est témoigné ici est celle de l’esprit d’intelligence, dont nous parle saint Paul, en 1 Cor 2, 11 « car qui connaît les choses dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui...et qui connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu ». L’apôtre Paul souligne ici avec réalisme ce double mouvement unissant Dieu et l’homme, celui de se connaître par l’esprit qui sonde les profondeurs de l’être et donne la connaissance divino-humaine par la grâce de Dieu.

 

« Vous êtes la lumière du monde », si donc je désire m’éclairer par cette lumière, il me faut aller la chercher à la source intarissable qui est le Christ qui nous dit lui-même « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et donc croire que même dans nos ténèbres, le salut de Dieu est possible. Dieu est la lumière qui illumine l’Église dans laquelle nous pouvons expérimenter la vie en Dieu proposée à tout baptisé.

 

La méditation du mystère de l’Église comme lumière divine est vitale pour nous orthodoxes, car elle est aussi notre propre mystère et la lumière enfouie au fond de notre être, l’Église de Dieu est une icône de l’économie divine dans le monde et un miroir lumineux où chacun et chacune peut recevoir la grâce de voir le Dieu vivant face à face sans mourir.

 

« Vous êtes la lumière du monde », c’est là tout simplement notre vocation depuis notre création originelle, sinon comment pourrions-nous en vivre, cette lumière que nous sommes et qui nous habite, doit commencer par se révéler ici dans notre réalité terrestre, non, il ne s’agit pas de faire des choses extraordinaires ou de jouer les originaux, mais d’apprendre à mettre jour après jour en œuvre l’enseignement évangélique, de venir à l’Église avec fidélité et persévérance pour concélébrer ensemble dans la lumière liturgique les mystères du Christ, dont la finalité ultime est le salut éternel de l’homme.  

 

« Vous êtes la lumière du monde », du monde pas du « Royaume de Dieu », la lumière du saint Royaume dans toute sa plénitude sera révélée lorsque selon la promesse divine « Dieu sera tout en tous », c’est pourquoi le Psalmiste peut annoncer en toute vérité que « Dieu s’est revêtu de lumière comme d’un manteau », c’est de ce même manteau glorieux que Dieu désire nous vêtir pour l’éternité, alors réveillons-nous pour accueillir ce « Don divino-humain », écoutons et pratiquons la sagesse de l’Église et bénissons Dieu pour toutes ses grâces.

 

Au Père source de la lumière, au Fils incarnation de la lumière et à l’Esprit illuminateur, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

dimanche 6 septembre 2026

Le Festin nuptial

 (Math. 22, 1 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.
 
Aujourd’hui, l’Église nous invite à méditer avec l’intelligence du cœur sur le sens spirituel du « Festin nuptial » auquel Dieu lui-même nous invite à chaque célébration de la Divine Liturgie pour nous donner non la « Manne céleste » reçue par les Hébreux dans le désert aride, mais la véritable nourriture pour nous préparer à la « Vie éternelle » à venir.
Ce banquet Evangélique dont nous parle « L’Écriture sainte » c’est le Don par la communion eucharistique inestimable du « Corps et du Sang du Seigneur », qui peut penser qu’une personne de confession orthodoxe puisse s’abstenir de venir à L’Église icône du Royaume de Dieu pour donner la priorité à des choses certes nécessaires dans l’existence quotidienne mais pas indispensables au point de ne pas venir au festin liturgique divino-humain.
Si nous donnons la priorité aux œuvres du monde sur notre vie religieuse et spirituelle, alors tout comme nous le voyons dans la lecture évangélique de ce jour, nous nous rendons nous-mêmes indignes de participer à la communion eucharistique et le Roi des rois qui nous invite sera libre de nous dire « mon ami, comment es-tu entré ici dans la salle des noces sans t’être préparé à Me rencontrer avant de manger et de boire mon Corps et mon Sang ?
Jésus nous dit « IL en va du Royaume des Cieux comme d’un roi qui fit un festin de noces pour son fils », l’Église orthodoxe est le visage divino-humain de ce Royaume qui contemple l’humanité à travers le regard d’amour du Père envers tout homme et toute femme de bonne volonté qui décide de se libérer des contraintes du monde pour venir festoyer avec « Dieu et toute la Cour Céleste ».
Beaucoup pensent qu’il leur suffit de poster sur le « Net » pas si net que çà, des articles et encore des articles, toujours plus d’articles, y compris sur la « vie spirituelle orthodoxe », de poster de belles photos de monastères, de soleils couchants ou levants, de beaux paysages, s’extasiant jusqu’aux larmes devant toutes ces splendeurs créées par Dieu, mais de là à franchir les « portes saintes de l’Église du Christ », pas le temps, trop occupé Seigneur, les années passent ainsi dans beaucoup d’agitation et hélas l’essentiel et l’éternel s’oublie au profit de l’éphémère et du mortel comme nous le démontre l’Évangile de ce jour.
Le Roi dit : « La noce est prête mais les invités n’en étaient pas dignes », car ils ont oublié qu’ils ont été créés à « l’image et à la ressemblance de Dieu », ils ont fini par occulter leur noblesse originelle pour devenir les serviteurs fervents de leurs intérets liés au monde matériel et aux désirs insatiables qui hantent leurs esprits et épuisent leurs âmes vides d’une vraie vie spirituelle.
Le Roi entra pour examiner les convives et vit là un homme qui n’avait pas la tenue de noces et il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces » ? L’homme resta muet. Nous comprenons que la salle des noces est une métaphore du Royaume des Cieux mais aussi une image de l’Église, c’est dans l’Église que nous pouvons apprendre à parler et à répondre de manière spirituelle au Roi qui nous interroge et ceci à travers la célébration liturgique et l’enseignement de nos saints Pères.
C’est dans l’Église que nous avons été revêtu du vêtement des noces, à savoir le « saint Baptême » qui nous donne l’onction de l’Esprit Saint qui prie en nous et nous inspire les paroles qui conviennent pour répondre à notre Roi céleste.
Mais même si nous venons dans l’Église nous pouvons être « muets » comme l’homme dont nous parle l’Évangile aujourd’hui, être muet démontre alors notre manque de présence liturgique consciente, nous écoutons sans entendre, nous regardons sans voir, nous errons de pensées en pensées. Le langage de l’être orthodoxe trouve sa racine et sa source vivifiante dans la « prière » non seulement liturgique mais aussi personnelle, l’homme qui accomplit l’ascèse de la prière avec persévérance recevra la grâce de dialoguer avec le Seigneur et Roi qui l’invite aux noces de son Fils le Christ, époux de l’Église et de notre cœur.
Chaque parole du saint Évangile de vie est un abîme de sagesse divino-humain, alors chaque jour faisons comme Marie, Mère du Seigneur « méditons dans notre cœur unit à notre intelligence » la parole créatrice de Dieu car « l’homme ne se nourrit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Au Père du Verbe éternel, au Fils Verbe incarné et à l’Esprit Saint théologien du Verbe, soit la gloire maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

jeudi 20 août 2026

La Transfiguration : homélie de Père Francis

  

Matthieu 17, 1-9. (Année 2026 )

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! » Lorsqu'ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d'une grande frayeur. Mais Jésus, s'approchant, les toucha, et dit : « Levez-vous, n'ayez pas peur ! » Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. »

 

Jusqu’au XVIIIe siècle, la morale provenait de la sphère supérieure de la société. On y respectait des principes sacrés et intangibles, choisis et dictés par la religion. En somme, les valeurs et les modèles étaient en quelque sorte imposés à l’homme de l’extérieur. Cependant, avec l’avènement de la laïcité, la plupart de ces obligations austères ont été remises en question puis évaluées. Aujourd’hui, l’homme s’est affranchi de sa soumission béate aux forces éternelles, et il a acquis la puissante liberté de déterminer seul ses valeurs et son mode de vie, et de rejeter les injonctions extérieures. Cependant, devant lui s’étend un abîme effrayant. Il n’a jamais connu une telle liberté. Mais, libre de quoi ? Tout autour de lui est libre, ouvert, mais dépourvu d’âme. Pourquoi la dévotion et la pratique spirituelle semblent-elles en déclin et ne semblent-elles plus représenter la pierre angulaire de la vie pour la plupart des gens ? Pourquoi ressentons-nous de l’ennui, de la fatigue ou de la lassitude lorsque nous accomplissons nos devoirs en tant que croyants ? Pourquoi la plupart des jeunes ne ressentent-ils pas d’attrait pour ces pratiques ? En fin de compte, pourquoi cette grisaille et ce manque de joie chez les chrétiens ? L’épisode de la Transfiguration que nous venons d’entendre peut nous éclairer sur ces interrogations. //

Les trois disciples qui ont assisté à la Transfiguration avaient jusqu’alors connu Jésus sous son apparence terrestre. C’était un homme semblable aux autres, dont ils connaissaient la provenance, les habitudes et le timbre de la voix. Désormais, ils découvraient un autre Jésus, le véritable Jésus, celui qui n’est pas perçu avec les yeux du quotidien, à la lumière du soleil ordinaire, mais qui est le fruit d’une révélation soudaine, d’un changement, d’un don. //

 

Pour que les choses changent pour nous, à l’instar des trois disciples sur le mont Thabor, il faut qu’un événement similaire à une rencontre amoureuse se produise dans notre vie. Lorsqu’on tombe amoureux, l’être aimé, qui était auparavant perçu comme n’importe qui d’autre ou même comme un étranger, devient soudainement l’être le plus important, le seul au monde qui compte.

Tout le reste devient secondaire et se fond dans un décor impersonnel. On ne peut plus penser à autre chose. Un véritable changement s’opère : la personne aimée semble entourée d’une auréole de lumière, et tout ce qu’elle fait devient magnifique, même ses petits défauts. On se sent indigne d’elle, mais c’est l’amour véritable qui procure cette humilité. Il y a aussi un changement concret dans les habitudes quotidiennes. //

 

J’ai rencontré des jeunes qui avaient du mal à se lever le matin pour aller à l’école, que leurs parents devaient presque forcer à sortir du lit. Si on leur trouvait un emploi, ils l’abandonnaient rapidement ou traînaient en classe sans jamais obtenir de diplôme. Mais une fois qu’ils étaient amoureux et fiancés, ils se réveillaient volontiers le matin, impatients de terminer leurs études. S’ils avaient un travail, ils le gardaient jalousement. Qu’est-ce qui a changé ? Rien du tout. Autrefois, ils agissaient sous « obligation », mais maintenant, c’est « attraction » qui les motive. L’attraction a le pouvoir de faire accomplir des actions que l’obligation n’arrive pas à réaliser ; elle confère des ailes. « Chacun, disait le poète Ovide, est attiré par l'objet de son plaisir ». //

 

Une chose semblable devrait se produire dans notre vie une seule fois, afin que nous devenions des chrétiens véritables, convaincus et heureux de croire.

Vous pourriez m’interroger : « Mais l’amie ou l’ami, on le voit, on le touche ! » Je vous répondrais alors que Jésus aussi, on le voit et on le touche, mais avec des yeux et des mains différents : ceux du cœur et de la foi. Il est ressuscité et vit encore, concret et vivant pour celui qui fait l’expérience de sa présence et le rencontre. En effet, les rencontres avec Jésus sont souvent empreintes d’une profondeur et d’une authenticité uniques. Lorsqu’on tombe amoureux d’une personne humaine, on a tendance à surestimer ses capacités et à s’illusionner sur ses qualités. Avec le temps, on finit souvent par se rendre compte que notre perception était erronée. Plus on connait Jésus et plus on passe du temps avec lui, plus on découvre des motifs d’être amoureux de lui et plus on est convaincu par notre choix. //

 

Cela ne signifie pas qu’il faut simplement attendre patiemment, même en présence du Christ, un éclair de cupidité soudain, appelé « coup de foudre ». Si un garçon ou une fille reste cloîtré chez soi sans rencontrer personne, rien ne se passera jamais dans sa vie. Pour tomber amoureux, il faut se rencontrer ! Quelqu’un qui se laisse convaincre, ou simplement qui commence à percevoir la beauté et l’importance de découvrir Jésus-Christ sous un nouveau jour doit s’engager à le « fréquenter », à lire ses écrits. Ses lettres d’amour, ce sont les Évangiles ! C'est là qu'il se révèle, qu'il se « transfigure ». Sa demeure, c’est l’église : c’est là qu’on le rencontre. //

 

Amen.