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dimanche 7 février 2021

Homélie du 07/02/2021 : L'aveugle de Jéricho...



                                                                                

L’aveugle de Jéricho

(LUC : 18, 35 à 45).

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

Aujourd’hui, l’Eglise nous rends témoins du passage qui va des ténèbres vers la lumière, et ce miracle s’accomplit pour un homme aveugle assis au bord du chemin et qui mendiait. L’Eglise est une icône de ce chemin sur lequel se trouve la foule des croyants, parmi lesquels sont assis des aveugles, des sourds, et d’autres encore, la Divine Liturgie est-elle autre chose que de crier comme l’aveugle : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ». Le Seigneur emprunte ce chemin qu’est l’Eglise, à chaque fois qu’IL vient se donner comme Médecine divine à chacun d’entre nous par Son Corps et Son Sang. 


L’Eglise est donc ce chemin par lequel peuvent aller vers le Christ, ceux qui cherchent la guérison spirituelle, il nous faut donc déblayer en nous et autour de nous, ce qui pourrait faire obstacle à notre salut et refuser d’écouter la foule qui nous ordonne de nous taire. Ainsi l’Evangile de ce jour, nous dévoile l’espérance que partage ensemble, le Seigneur Jésus et cet homme aveugle, de quoi s’agit-il ? Eh bien, en vérité, l’espérance de Jésus est que quelqu’un sur le chemin l’interpelle et lui demande d’exaucer sa prière, par exemple la vue pour cet aveugle, et moi, que voudrais-je demander à Dieu ? L’espérance de l’aveugle, est que quelqu’un entende son cri de solitude et de souffrance, et ce quelqu’un pour lui aujourd’hui, c’est le Seigneur qui passe et qui s ‘arrête à sa hauteur, car en vérité, Dieu seul peut accomplir le miracle de lui rendre la vue et la vision intérieure. L’aveugle est donc pour nous comme un guide, ne sommes-nous pas plus ou moins aveugle et même sourd, pour ne pas se laisser réduire au silence par cette foule extérieure agitée, l’aveugle a commencé par pacifier ses foules intérieures que sont les pensées, en faisant cela tout au long de son existence, il a reçu ces oreilles dont le Seigneur dit « que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ». Il a fini par entendre en lui, la voix du Seigneur qui lui a fait cette promesse « Je viens pour te guérir », n’est-ce pas ce qui en vérité lui est arrivé !


Cet homme aveugle, comme toute personne souffrante, désirait la guérison, il la voulait de toute son âme, c’est pourquoi cette foule menaçante ne pouvait l’obliger à se taire. Devant une telle foi intérieure, L’Esprit Saint lui-même a mis dans son cœur et sur ses lèvres, les paroles qu’il a crié vers le Prophète Jésus qui passait par là. Dieu seul, peut donner la « vie, le mouvement et l’être », alors si nous voulons nous aussi guérir, que devons-nous accomplir ? C’est simple, prions et demandons à Dieu, de nous accorder la grâce de laisser agir en nous la sagesse de l’Eglise, des Prières et de la Divine Liturgie, la célébration liturgique est l’alpha et l’oméga qui engendre l’être orthodoxe, avec la même espérance que l’aveugle de « voir et d’entendre Dieu ». 


Comment ? En apprenant avec la grâce de l’Esprit Saint, à « être un et uni » avec la célébration liturgique, sans nous inquiéter de la multitude des pensées qui nous parasite au-dedans et au-dehors. L’aveugle est là  depuis de nombreuses années à espérer justement qu’un miracle soit possible pour lui aussi. Pourquoi a t-il cette espérance en lui déjà comme une lumière ? Parce que l’espérance de la guérison spirituelle est connaturelle à l’être humain, Dieu habite et vit au cœur de l’homme, c’est pourquoi, il est toujours possible à tout homme et à toute femme de bonne volonté, de dialoguer avec Dieu, comme le faisaient Adam et Eve dans le Jardin d’Eden. L’aveugle connaissait Jésus, il en avait entendu parler, Il espérait et croyait comme tout Juif pieux de son époque, à la venue du saint Messie annoncé par les Prophètes, ce Messie qui devait s’incarner pour délivrer Israël et sauver l’humanité perdue. Ce Jésus dont la réputation était venue à ses oreilles, et qui aujourd’hui, s’arrête auprès de lui, son cœur brûlant lui murmure, c’est lui, le Messie. C’est lui, ce rabbin charismatique qui fait des miracles, l’aveugle s’est dit en lui-même, du fond de son cœur, que lui aussi, pourrait bénéficier aujourd’hui de la grâce que ce prophète thaumaturge sème avec une divine générosité en Israël.


Que signifie, l’aveugle mendiait ? Cela signifie ici « bienheureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés ». Celui qui mendie manque souvent de tout, survit avec à peine le nécessaire, mais lui, ce n’est pas de nourriture ou de boisson qu’il était en manque, non, il voulait que justice lui soit rendue afin de « voir », être clairvoyant pour contempler la vie et l’existence dans toute sa plénitude. Jésus est cette plénitude divino-humaine incarnée parmi nous, Jésus est le véritable et l’unique bien-aimé, que l’âme religieuse désire et espère. Ainsi cet aveugle, est une icône du mendiant authentique qui est celui des saintes Béatitudes et en particulier de celle qui promet : « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Il était aveugle selon le corps et dans une pensée faussée par les bruits stériles du monde, et le voilà devant nous « voyant » selon la lumière divine. 


Le Christ n’est-il pas Dieu, cet aveugle a donc bien vu Dieu face à face en Jésus, il se voit maintenant lui-même, l’humanité et la création avec la sagesse et la beauté du regard divin. Mais nous le savons, il existe des cécités bien plus douloureuses que la cécité physique, et dont la guérison plénière ne peut commencer que par une véritable conversion intérieure, un retournement spirituel dont les étapes « me » sont transmises par la grâce et la sagesse de l’Eglise, afin de discerner ce qui « me » rend aveugle et donc m’empêche de voir Jésus face à face. 


L’Ecriture dit : « entendant marcher la foule, l’aveugle demanda ce que cela signifiait. On lui annonça que c’était Jésus de Nazareth qui passait par là. Alors il s’écria : Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». Que signifie, entendant marcher la foule ? Cela signifie que lui l’aveugle, a entendu qu’au cœur de cette marche était une présence singulière, son cœur devenait brûlant, quelque chose d’inouïe et d’essentiel se passait à côté de lui et ne concernait que lui, car en vérité, le Seigneur amour est passé là pour rendre la vue à cet homme seul et aveugle, oui, le Dieu-Homme très saint avait rendez-vous avec sa créature souffrante. 


L’Evangile poursuit : « ceux qui marchaient en tête le menaçaient pour qu’il fasse silence, mais il criait d’autant plus fort : Fils de David, aie pitié de moi » ! Que signifie il criait d’autant plus fort ? Cela signifie que l’Esprit Saint est venu vivifier sa prière, et que celle-ci après avoir rempli son cœur, déborde sur ses lèvres et s’élève de toute sa force intérieure vers le Sauveur. Cet aveugle s’enracine et expérimente cette réalité de l’esprit des Béatitudes : « bienheureux serez-vous, lorsqu’on vous persécutera, qu’on vous maltraitera… ». L’aveugle ne se laisse pas impressionner, il a perdu la vue et le voilà prêt à perdre la vie, devant cette marée humaine qui telle une vague menace de l’engloutir. Car dans son cœur sa prière s’élève vers Jésus et le tourne tout entier vers « Celui » dont il sait maintenant avec certitude qu’il peut lui rendre la vue. De même, ne nous laissons pas éconduire et diriger vers les chemins de la perdition, que les foules voraces qui nous habitent voudraient nous imposer, cette multitude de pensées, paroles et actes qui sous les ordres du vieil homme, veulent nous empêcher de crier vers le Seigneur Jésus : « Fils de David, aie pitié de moi ». 


Alors dit l’Ecriture : « Jésus s’arrêta et ordonna de le conduire vers lui. Quand il fût près de lui, il lui demanda : que veux-tu que je fasse pour toi » ? O l’immense humilité du Dieu-Homme, l’amour infini du Dieu vivant et compatissant envers sa créature, Lui, l’un de la Sainte Trinité, se met au service de l’aveugle et lui demande quelle est ta volonté, que désires-tu et moi que tu appelles « Seigneur », je t’exaucerais ! Bénissons et prions, rendons gloire à Dieu, qui nous fais don de la vision intérieure, notre être entier ne s’ouvre t-il pas devant Jésus doux et humble de cœur ? Là où est l’humilité, là où est notre prière, là où réside notre espérance, là est aussi la route sur laquelle Jésus vient à notre rencontre. Là où est notre sainte et véritable hospitalité religieuse et fraternelle les uns envers les autres, là est possible le miracle de toute guérison spirituelle. Cherchons à cultiver notre foi comme  cet homme aveugle, pour nous réunir en esprit et en vérité dans les églises et les monastères, ayons de la compassion comme Jésus, envers l’humanité souffrante, ne jugeons rien ni personne, alors Dieu s’arrêtera auprès de nous aussi pour « me » demander : « que veux-tu que Je fasse pour toi ? » 



L’aveugle répondit : « Seigneur, fais que je recouvre la vue ! Jésus lui dit : que la vue te soit rendue ! Ta foi t’a sauvé ! ». Que signifie : « que la vue te soit rendue » ? Où donc, l’homme a t-il perdu la vue, où a t-il perdu la grâce de voir Dieu ? N’est ce pas dans le Jardin Céleste avec la chute adamique? Dieu dira à Moïse : « cache toi derrière ce rocher, Je passerais et tu me verras de dos, car nul ne peut voir Dieu et vivre » ! O la miséricorde insondable de notre Père Céleste, ne voyons-nous pas que cette vue perdue dans l’Eden, est redonnée aujourd’hui à cet aveugle dans l’Eglise, il voit Dieu en Jésus non de dos comme Moïse, mais « face à face ». 


L’expérience de la cécité a tourné vers l’essentiel cet homme aveugle, il a supporté sa condition si difficile, et son cœur s’est tourné progressivement vers l’unique nécessaire, et c’est celui qu’il appelle « Seigneur », là au milieu de nous, qui va lui faire don de la plus désirable des Béatitudes, en lui rendant la vue, le Seigneur lui donne de le voir et de le reconnaître comme Dieu. Il n’est plus dans le regard extérieur sur les êtres et les choses, il est dans la lumière divine, dans le véritable discernement spirituel, c’est à dire que cet homme sait qui il est et il sait aussi qui il suit : Jésus son Seigneur. 


C’est pourquoi, il est écrit : « à l’instant même il recouvra la vue, et il suivit Jésus en rendant gloire à Dieu ; et tout le peuple, voyant cela, célébra les louanges de Dieu ». Suivre Dieu, rendre gloire et louange à Dieu est le signe manifeste que l’être est devenu une personne spirituelle, et que l’expression première de cette nouvelle créature est la célébration sainte et lumineuse de la Divine Liturgie. Alors peut s’ouvrir le « chemin de la sainteté personnelle », et comme nous l’avons dit dans une autre homélie: « que de joie dans le ciel parmi les anges pour une seule âme sauvée », mais plus encore « que de joie au sein de la Divine Trinité pour un seul homme qui devient : un saint ». 


Au Père qui a compassion de notre aveuglement, au Fils qui est venu pour nous rendre la vue, à l’Esprit Saint qui nous donne la vision spirituelle, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.  


+ Syméon 

                                                                                                                

 

 

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