Dieu bénissant, voici la petite méditation sur la Semaine Sainte, que je propose comme chaque année à notre lecture priante pour nous accompagner nous-mêmes et le Christ durant sa Passion.
cordialement en Christ.
LA SEMAINE SAINTE
Cheminements dans la
Pâque du Seigneur.
A un fidèle
qui lui demandait un conseil spirituel, le Père Cléopas répondit «surtout
ne diminues pas la croix », ce qui correspond exactement à la
parole du Christ que « celui
qui veut me suivre prenne sa croix », c’est-à-dire, que nous
diminuons la croix si nous refusons l’existence que Dieu veut ou permet
pour chacun d’entre nous, et en la refusant, non seulement nous alourdissons celle
de nos frères et sœurs, mais nous rendons en quelque sorte vaine, celle du
Christ lui-même, car Dieu dans son amour respecte la liberté humaine, et ne
sauve pas l’homme contre sa propre volonté.
L’Église
orthodoxe est par vocation l’Eglise de la Résurrection, l’Eglise des
ressuscités, on lui reproche parfois de ne pas méditer suffisamment sur le
mystère de la Croix, de n’être déjà plus de ce monde, la longue lignée des
martyrs du Christ témoigne pourtant avec puissance, que nos saints Pères non
seulement ont médité sur ce mystère mais ont été crucifiés par lui et pour lui.
La croix dont se signe tout chrétien orthodoxe, contient de nombreux
enseignements. Nous proposons la méditation suivante pour pénétrer avec l'aide
de Dieu un peu dans son saint mystère. Le Christ sur la Croix est entouré du
bon larron à sa droite et du mauvais larron à sa gauche, le Seigneur lui-même
nous apprend que les brebis seront à sa droite et les boucs à sa gauche. Le
Chrétien orthodoxe se signe de la droite vers la gauche, autrement dit du bon
larron vers le mauvais larron, un premier enseignement nous est donné ici, nous
ne devons pas prier seulement pour le bon larron en nous signant, mais aller
par toute notre prière aussi jusqu'au mauvais larron. Avec le signe de la croix
nous sommes déjà dans l'accomplissement du commandement du Christ: « aime
ton prochain comme toi-même ».Dans le bon larron, c'est encore
et déjà l'Adam-humanité qui prie le
Christ : « souviens-toi de moi dans ton Royaume », et
dans le mauvais larron, c'est encore et toujours Satan qui insulte Dieu et
continue de tenter l'homme jusque sur la croix. Ici se manifeste le mystère de
l'iniquité, et nos saints Pères enseignent de prier, même pour les démons, mais
seule la Croix du Christ peut donner aux saints une telle puissance de prière. Tant
que la « métanoïa » n'est
pas parfaitement réalisée en nous, nous restons soumis à toutes sortes de
tentations, à commencer par le refus de notre propre croix.
Faire le
signe de la croix, revient pour le Chrétien orthodoxe à accomplir cette parole
du Notre Père : « que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au
ciel ». Nous invoquons dans L'Esprit Saint, la descente du Christ dans
notre cœur qui est la porte du Royaume de Dieu. En nous signant, nous invoquons
la grâce divine sur toute l'humanité, la nature humaine étant consubstantielle
à tous les hommes. Les Pères enseignent : « un s'élève tous
s'élèvent, un tombe tous tombent » voilà une des raisons pour
laquelle le chrétien orthodoxe se signe de la droite vers la gauche, car il a
comme vocation en Dieu d'intercéder pour tout homme et tout particulièrement
pour le mauvais larron. La Divine Trinité a confié dans l'Amour à l'Eglise
Orthodoxe de ne pas s'arrêter au bon larron qui est déjà sauvé, le Christ ne
lui dit-il pas: « aujourd'hui même
tu seras avec moi dans le Royaume ». Ainsi chaque Orthodoxe est appelé
par Dieu lui-même a donné son sang pour son prochain, c'est à dire, la prière
d'intercession et de supplication et en particulier pour le « mauvais larron »dont personne ne
veut. L'amour du prochain dans "l'Etre
Orthodoxe" est donc divino-humain, et jusqu'à la fin des temps, la
personne orthodoxe se signera de droite à gauche, afin d'élever le mauvais
larron jusqu'au pardon du Père Céleste. Le mystère de la Croix et de son signe
représentent les portes saintes par lesquelles, l'humanité désorientée par les
fausses sagesses du monde, dont saint Jean nous rappelle: « n'aimez pas le monde et tout ce qu'il contient », le signe de la croix donc,
réunit tout en Dieu, par Dieu et pour Dieu…avec l’homme.
L’Église orthodoxe connaît par expérience
combien l’ascèse et l’épreuve sont utiles pour convertir le vieil homme à
l’homme nouveau, elle sait aussi que ni l’ascèse ni l’épreuve en soi ne
suffisent pour sauver l’homme, car, comme le chante le Psalmiste: « en
vain te lèves-tu tôt et te couches-tu tard, en vain manges-tu le pain
des douleurs, le Seigneur comble son bien-aimé pendant qu’il
dort ». Lazare nous dit le saint Evangile, était le frère de Marthe et
de Marie, ses sœurs qui selon la Tradition symbolisent aussi la contemplation
et l’action, si Lazare était mort au monde, il ne l’était pas à Dieu, Lazare
était certainement un homme selon le cœur de Dieu, qui par sa bonne ascèse de
vie a plu au Seigneur.
L’Écriture
nous dit que Jésus aimait Lazare, et Lazare est l’icône même de ce bien-aimé
chanté dans le Psaume 126 (127) précité, endormi dans la mort, mais l’amour est
plus fort que la mort nous dit le Cantique des Cantiques, nous savons aussi que
tout passera sauf l’Amour. La Semaine Sainte va nous faire expérimenter cette
prophétie du Psalmiste, et nous montrer qu’au sein même de la mort, la vie est
à l’œuvre, que la Croix n’est pas la fin définitive de l’existence, mais la
porte du Ciel. Jésus aimait Lazare, Marthe et Marie. Lazare n’est pas du tout
étranger à l’ascèse représentée par l’action et la contemplation, mais la
véritable Résurrection de l’homme n’est possible qu’à sa mort totale, non
seulement au monde mais surtout à lui-même. L’homme ressuscité est l’homme du
monde à venir dont les saints sont les premières icônes et les prémisses
transfigurées à l’image de Dieu. Pour autant il ne s’agit pas de mépriser le
monde en tant que crée par Dieu, mais de l’évangéliser selon la vocation donnée
à chacun par le Seigneur.
Voici que
Marie a enfanté Dieu à la vie humaine, et la Croix engendre l’homme à la vie
divine. La Croix est l’arbre de vie du Paradis, celle que notre Saint Christ a
apportée lui-même de l’Eden dans le monde déchu pour en faire ici-bas l’échelle
du retour dans le Royaume de Dieu. Nous vénérons le bois de la Croix du
Seigneur, mais la véritable Croix, c’est le « Christ
Lui-Même ». C’est lui la Croix vivifiante, et c’est parce que nous
sommes faits à l’image de Dieu, que nous aussi, si nous mettons toute notre foi
et notre espérance en lui seul, comme nous le dit notre Saint
Christ : « nous ferons les mêmes choses que lui, et même de
plus grandes ».
Notre Seigneur, en créant l’homme a semé en
lui le germe spirituel de la résurrection à venir, et rendu ainsi possible que
toute la Création redevienne spirituelle: « que les cieux se réjouissent, que la terre soit dans l’allégresse, que
le monde visible et invisible soit en fête, car il est Ressuscité, le Christ
notre Dieu, Lui l’éternelle joie ». (Matines de Pâque)
La Semaine
Sainte commence avec la résurrection de Lazare, l’ami de Dieu, mais elle
présuppose aussi la mort au péché réalisée durant le saint Carême. Cette mort
au péché et au monde nous rend semblable à Lazare, c’est-à-dire que nous
pouvons-nous aussi espérer entendre le Christ nous appeler à voix forte « sors
dehors » du tombeau des passions. Le Seigneur nous dit l’Évangile,
ordonne avec une voix forte à Lazare de sortir du tombeau. En vérité, Lazare,
mort et enterré depuis quatre jours déjà, entendait-il mieux parce que Jésus
parlait fort? Où bien cette voix puissante s’adressait-elle aussi à quelqu’un
d’autre? « tout pouvoir m’a été donné au ciel, sur terre et en
enfer », dit le Seigneur, c’est pourquoi cette voix forte s’adresse
aussi à Adam pour le fortifier et lui prophétiser que son Seigneur arrive pour
sa libération des chaînes de l’enfer, et Satan lui-même entendra cette voix
mais n’en aura pas l’intelligence, et là où il croira rencontrer un homme, il
verra le « Dieu vivant.
Lazare est
chacun de nous et le dimanche des Rameaux est la fête où chacun est appelé à
répondre à l’appel de Dieu pour monter à Jérusalem, y vivre sa propre
résurrection selon sa foi et son espérance, avec l’aide du Saint-Esprit.
Pourquoi le Christ pleure t-il son ami Lazare? Est-ce bien sur Lazare seul
qu’il pleure? L’Église orthodoxe souligne que l’Écriture sainte est un tout
indissociable. Par exemple, il y a une relation qui existe entre la Création
décrite au début de la Genèse et la Semaine Sainte. La mort est introduite dans
l’existence à la suite du péché d’Adam, Adam bien que sollicité par Dieu à se
repentir ne sait que rejeter la faute sur Ève, là ou Dieu attendait les larmes
du repentir qui auraient effacées le péché. C’est pourquoi notre Christ saint
et humble de cœur, offre au Père Céleste les larmes à la place d’Adam et pour
Adam, c’est-à-dire, pour toute l’humanité.
Ainsi le « Christ pleure », larmes très
saintes et douloureuses qui
résonnent avec celles de Rachel qui ne
se console pas du massacre des Innocents dans Jérusalem, avec celles de Job le
saint et juste, avec nos propres larmes lorsque nous voyons l’œuvre maudite du
péché dans notre vie. Le Seigneur voit la vie pétrifiée, inanimée, retourner à
l’état chaotique, et qui fait écho à la terre adamique de laquelle Adam fut
tiré et formé. Adam vivant laisse pénétrer en lui la mort. Lazare mort laisse
pénétrer en lui le Verbe créateur, qui parmi nous, connaît comment Lazare mort,
déjà en état de décomposition avancée, a pu entendre la voix du Christ? De même
que saint Jean-Baptiste a vocation d’être le précurseur de la venue du Messie
dans le monde, de même Lazare devient un signe précurseur du retour de l’homme
dans le Royaume de Dieu, par la Pâque du Seigneur. La résurrection de Lazare
est la prémisse de la résurrection de l’Adam-humanité, prémisse parfaitement
réalisée par Celui qui sur la Croix a dit à voix forte « tout est
accompli ».
DIMANCHE DES RAMEAUX.
« Voici
que ton Roi vient à toi, humble et monté sur un ânon, le petit d’une
ânesse ».
La véritable royauté est la sainte humilité du Christ, qui de tout-puissant
qu’il est dans l’éternité, se rend semblable à la créature humiliée et écrasée
par le péché. Jérusalem est l’icône du Royaume à venir, et Jésus nous invite à
le suivre pour renouer le dialogue avec le Père Céleste en acceptant de passer
par la Croix, par la Pâque du Seigneur dans la foi, l’espérance et le vrai
repentir du cœur. Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre,
voit dans la Passion du Christ la gloire du Christ, il vit sa propre passion et
sa propre gloire, il entend dans l’hosanna du peuple qui acclame et suit Jésus,
les chants d’allégresse spirituelle des saints anges et des saints dans le
Royaume de Dieu, car en Christ tout est récapitulé et réconcilié, cet homme-là
peut vraiment expérimenter le Mystère de Pâque, et entrer avec Marie dans le
silence contemplatif du cœur.
Le Dimanche
des Rameaux, inaugure le cheminement ascétique proposé à chaque chrétien
orthodoxe pour se préparer à vivre avec le Christ sa propre pâque, sa
résurrection et sa vie dans l’intimité de la Divine Trinité. Cette liturgie du
salut présidée par le Christ lui-même est, ce que l’Eglise orthodoxe appelle
« l’ascèse de l’amour », seule indispensable pour entrer dans la « métanoïa pascale » qui fait passer
de la mort au monde et aux modes, à la Résurrection pour la vie éternelle.
Comment
Lazare a t -il vécu après sa résurrection, au milieu de cette foule normale
selon les critères religieux et sociaux de l’époque du Christ, cette même
foule qui bientôt allait insulter,
frapper, cracher sur le Christ, pour finalement le crucifier. Comment
nous-mêmes sommes-nous après notre Semaine Sainte?
Ne
craignez pas, dit le Seigneur, car J’ai vaincu le monde, ne soyons pas étonné
si le monde ne nous comprend pas. Le monde ne peut pénétrer dans le mystère de
la Résurrection, ce n’est pas le regard du monde sur nous qui doit changer,
c’est nous qui devons regarder le monde avec l’Esprit du Seigneur, Lui seul,
peut nous libérer de l’aliénation de ce monde. Dans (Mat. 21, 10-11), quand
Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fût en émoi: « qui est-ce
? », disait-on; et les foules répondaient: « c’est le
prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ». La foule anonyme ne peut
confesser la divinité du Christ, seule la foi de ceux dont le Christ dit «
bienheureux ceux qui auront cru sans voir », peuvent le reconnaître
intérieurement en esprit et en vérité. Sommes-nous comme la foule, sommes-nous
comme les Grecs qui s’adressent à Philippe pour voir Jésus, qui suis-je moi qui
accompagne Jésus durant la Semaine
Sainte? Le Chrétien ne peut suivre le
Christ durant la Semaine Sainte que de manière personnelle, même s’il est aussi
en communion de foi et d’espérance avec ses frères, dans l’attente de la
Résurrection.
LUNDI
SAINT, MARDI SAINT, MERCREDI SAINT, mettent en relief le sens eschatologique de Pâque,
c’est-à-dire, qu’il est impossible de retourner après la Semaine Sainte à
l’existence quotidienne, comme si la vie éternelle ne s’était pas incarnée dans
notre monde. Pâque accomplie toute l’œuvre salvifique du Christ, Pâque nous
rappelle que si nous vivons dans le monde, nous ne sommes pas du monde, que
notre véritable Patrie est le Royaume de Dieu. Ces trois jours appartiennent
encore à l’aspect pénitentiel du grand Carême, à la vigilance et à la prière
dans l’attente et l’espérance de la résurrection du Christ.
LUNDI SAINT: (Matthieu
21, 33-43)
Dans cette
parabole évangélique, le Vigneron est le Père Céleste et ceux à qui Il a confié
sa vigne, ce sont les prêtres qui devaient préparer l’humanité à accueillir le
Messie ; cette vigne sainte était Israël, et le lieu où devait être
enseigné comment cultiver la vigne était
la Synagogue. Israël, c’est aussi chacun d’entre nous, ne savez-vous pas que
vous êtes le Temple du
Saint-Esprit ? Cette vigne que nous devons
faire fructifier et offrir au temps voulu par Dieu, au nom du Christ
dans L’Esprit Saint, c’est nous-même, les raisins étant les talents reçus de
Dieu, pour réaliser notre Pâque en Christ.
Mais au lieu
de cultiver notre vigne, nous sommes envahis par les ronces et les mauvaises
herbes, par toutes nos pensées psychiques et charnelles qui se dressent non
seulement contre nous mais aussi contre le Christ, et veulent nous empêcher de
suivre Le Sauveur, non seulement à Jérusalem, mais réduire à néant notre désir
du Royaume de Dieu.
Soyons donc
vigilants et accueillons les Serviteurs que Dieu ne cesse de nous envoyer pour
reconnaître notre Seigneur et pour vivre dans la voie que Dieu veut pour chacun
d’entre nous.
Nous sommes
cohéritiers du Royaume de Dieu et de toutes ses richesses avec le Christ, c’est
pourquoi nous aussi sommes menacés par les mauvais serviteurs en nous, à savoir
nos pensées et nos actions psychiques et charnelles opposées à la volonté
divine.
Dieu nous a
envoyé les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Saints Pères, et
finalement le Fils Unique. Aujourd'hui, Dieu nous donne la Sainte Eglise dans laquelle il a mis toutes ses grâces,
elle est la vigne du Seigneur, les offices liturgiques, les lectures des prophètes,
les prières, les chants, tout dans
l’Église nous est donné pour traverser la Pâque. Bénissons la longanimité et la
patience de notre Père Céleste, malgré l’interpellation du Seigneur qui nous
dit: « jusque à quand dois-je
encore vous supporter ?».
MARDI SAINT: (Matthieu
25, 1-13)
La parabole
des vierges sages et des vierges folles, nous invite après avoir cultivé comme
il se doit notre vigne pour le Seigneur, à être dans la vigilance intérieure,
dans la certitude que l’Époux va venir, qu’en vérité, il n’a jamais été aussi
proche.
Cette vigne
est aussi le symbole de la chambre nuptiale, d’ailleurs c’est pourquoi nous
célébrons le merveilleux office du « Fiancé » durant les trois
premiers jours de la Semaine Sainte. La virginité en soi et pour soi, n’a
aucune valeur spirituelle. Dans le monde une multitude de gens sont vierges par
une nécessité imposée de l’extérieur. La virginité des vierges folles, fait
écho au figuier stérile, au talent enterré, ces vierges folles sont stériles
selon la chair et selon l’esprit ; c’est comme si elles n’existaient pas,
comme si elles n’avaient pas la vie en elles, et peut -il exister une douleur
plus grande en ce monde que de s’entendre dire par le Seigneur lui-même : «
Je ne vous ai jamais connu », non pas, Je ne vous connais pas, mais Je
ne vous ai « jamais » connu ; que Dieu nous garde à jamais d’une
telle parole. L’Œuvre demandée ici au disciple du Christ est de réaliser la
parole de l’Écriture, « Veillez et priez ». Le fruit de la
vigne est le désir de Dieu seul en tout et en tous, le fruit de la parabole des
vierges est la prière qui espère l’Époux de tout son être, qui accomplit le
plus grand et le premier parmi les Commandements donnés par le Christ: « tu
aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton
esprit, de toutes tes forces », et le deuxième qui lui est
semblable « et ton prochain comme toi-même ».
MERCREDI SAINT : (Matthieu 26, 6-16)
Après
l’attente de l’héritier, de l’époux, voici que Dieu en Christ se fait proche au point de se laisser toucher, voici
que le Christ reçoit comme une onction de la main d’une femme, et tous les
disciples s’indignèrent et se préoccupèrent des pauvres comme si ceux-là
allaient s’échapper. De quoi nous indignons-nous en ce mercredi saint, est-ce
là le plus urgent, pourquoi s’il faut vraiment s’indigner, ne le faisons-nous
pas de nous-mêmes? Le Christ nous invite ici non à nous indigner sur ce que
fait l’autre, mais sur ce qui nous rend indigne de participer pleinement à la Semaine
Sainte. Le Seigneur plein de grâce et de vérité, Homme et Dieu parfait, après
avoir en Lazare parlé à Adam et en celui-ci à toute l’humanité, se tourne vers
Ève non à travers les vierges sages ou
folles, car la sagesse sans véritable métanoïa du cœur, n’est que folie et fait
que même « les prostituées vous précèderons dans le Royaume de
Dieu », Lui, le Saint, en se laissant toucher et oindre par une femme,
bénit toutes les femmes.
JEUDI SAINT : (Luc 22, 7-36)
Le grand
thème ici, est celui de la fidélité au Seigneur quoiqu’il puisse nous arriver
dans les épreuves que Dieu permet pour notre résurrection à la vie éternelle
dans le Royaume de Dieu. Cette promesse
faite par le Christ aux Apôtres, nous la vivons déjà dans ce monde, l’icône
parfaite de ce festin céleste est évidemment : L’Eucharistie.
Avons-nous
conscience de cette immense grâce? Avons-nous conscience de ce que représente
en vérité la Communion Eucharistique? La Sainte Église Orthodoxe est le lieu
béni par Dieu dans lequel, nous pouvons
commencer à expérimenter, ce que signifie vivre en présence de Dieu, au
milieu de la Cour céleste là où, vivent déjà Marie la reine du Ciel, les Saints
et les Saints Anges. Deux grandes expériences
traversent ici l’âme des fidèles qui contemplent la Passion du
Seigneur : la Sainte CENE et son opposé absolu la trahison de Judas. La
Sainte Cène se résume à Dieu est AMOUR. La Divine Liturgie est imprégnée de
lumière et de ténèbres, de joie et de douleur. Dieu se donne tout entier à
Judas, et qui peut imaginer l’état dans lequel se trouve Judas à ce
moment-là ? Adam s’est détourné de Dieu, Judas le trahit et le vend.
Certains disciples vont le renier,
l’humanité entière est ébranlée, la création est frappée de stupeur, le monde
angélique frémit et ne comprends pas ce qui se prépare, et chacun d’entre nous
traverse comme il peut, cette grande et terrible épreuve. Marie est là, elle
suit son Fils et son Seigneur, elle veille auprès de lui. Demandons humblement
son aide, prions-là de nous fortifier, afin de demeurer nous aussi avec le
Seigneur durant la Pâque du Christ mais aussi de la nôtre.
VENDREDI SAINT : (Marc 15-39)
Mon Dieu! Mon Dieu! Pourquoi m’as-tu abandonné? Jésus cria d’une voix
forte à Lazare de sortir du tombeau. Là il crie d’une voix forte vers son Père,
ce cri est celui de toute l’humanité passée, présente et à venir. Ce cri est
celui de la détresse absolue de tous les hommes. Les Saints connaissent dans
leur cœur, cette souffrance de l’âme humaine défigurée par le péché, mais
encore de manière relative. Le Christ, LUI, connaît de manière absolue les œuvres de
l’Ennemi de Dieu et du genre humain, son cri est à la hauteur du désespoir
inconscient
de l’humanité. Ce cri du Christ continue de traverser l’histoire de l’humanité,
et ne cessera qu’à la fin des Temps, à la porte du Royaume de Dieu, dans lequel
nous disent les saints Pères, le silence qui n’est pas de ce monde, sera le
langage de l’éternelle louange à la Divine Trinité.
Le Seigneur
ne crie pas vers le Père pour lui-même, mais pour l’homme son bien-aimé, car
comme Marie gardait et méditait toutes ces choses dans son cœur, la Divine
Trinité garde l’homme dans son cœur. Le Christ aurait aussi pu crier, ô
homme pourquoi m’as-tu abandonné, pourquoi t’es-tu abandonné toi-même, tant
l’œuvre de Dieu semble anéantie, au moment de la Crucifixion? Le vendredi saint
dans ses plus profondes ténèbres, prépare l'avènement non seulement du
Ressuscité, mais à travers Lui, réalise cette autre parole qui concerne directement
chacun d'entre nous « il y a au milieu de vous quelqu'un que
vous ne connaissez pas », c'est-à-dire l'homme intérieur caché avec le
Christ en Dieu, l'homme spirituel qui est en chacun d'entre nous, comme emmuré
dans nos enfers existentiels. Cet homme intérieur qui passe lui aussi par la
croix, la sépulture et la résurrection, cet homme-là connaît son Seigneur et
son Seigneur le connaît, œuvre
liturgique, ineffable et indicible, qui unit Dieu et sa créature aimée.
SAMEDI SAINT
Le Saint Shabbat qui suit la mise au tombeau du
Christ, contient dans le silence de Dieu, l’annonce proche de la Bonne Nouvelle
de la Résurrection du Seigneur. Certes Marie et les proches de Jésus se
lamentent encore, mais le JOUR lumineux apparaît et rempli de Paix le croyant
orthodoxe. La nuit sainte de la Résurrection, nous fait passer du tombeau à la
chambre nuptiale, la Divine Liturgie
témoigne par toute sa splendeur du Royaume de Dieu. Dans le Ressuscité se
réalise la Promesse de Dieu : « Je ne t’abandonnerai jamais »,
et la belle prophétie de saint Syméon le nouveau théologien que « l’homme
renouvelé, redevienne spirituel, incorruptible et éternel, et que toutes les
créatures se renouvellent avec lui et, comme lui, deviennent incorruptibles et
spirituelles».
L’Église orthodoxe
témoigne que par la Résurrection, la mort et le néant même, peuvent servir le
plan de Dieu qui en a fait des serviteurs de l’Économie divine et des
médiateurs de la vie et de la lumière, à condition de les configurer à la Croix
du Christ. Ainsi, la lumière de Pâque est celle de la Parousie, c’est pour
l’Eglise Orthodoxe le « Jour du Seigneur », unique et très saint, la
Fête des Fêtes, les prophéties sont réalisées, la « Nouvelle Jérusalem » est là spirituellement.
La Divine
Liturgie qui suit la Résurrection est vraiment communion au Banquet
Eschatologique. Les portes de l’iconostase sont ouvertes, l’Église est remplie
de lumière, les Fidèles communient avec le Ressuscité, et ne se lassent pas, de
se saluer par un saint baiser, en se disant « Christ est Ressuscité »,
et en se répondant « En vérité, il est vraiment Ressuscité ».
Que Dieu
nous accorde de Ressusciter dans le Seigneur au temps fixé par Sa Divine
Providence pour chacun et chacune d’entre nous, et que nous puissions proclamer
avec saint Séraphim de Sarov : « Christ est Ressuscité, ma
joie ».
Gloire au
Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant, toujours et dans les siècles des
siècles, amen.
+
Syméon