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samedi 25 mai 2024

Dimanche du Paralytique

 

(Jean 5, 1 – 15)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, notre sainte et humble Eglise Orthodoxe est la piscine miraculeuse, dans laquelle le Dieu Vivant, notre Seigneur Ressuscité est présent au milieu de l’humaine condition, pour guérir un paralytique. Cette piscine nous le savons de manière prophétique, est la préfigure de ce qui deviendra le « très saint Baptême par immersion » et qui contient en promesse toutes les grâces que la Divine Trinité a déposé dans l’eau, cette si humble et merveilleuse créature. L’eau, sanctifiée par la prière, l’huile sainte et le saint Chrême à travers l’œuvre liturgique du prêtre et de l’assemblée des Croyants, devient icône céleste et porteuse du don de guérir.

 

Notre Seigneur doux et humble de cœur, ne cesse de tout mettre en œuvre pour nous donner la guérison parfaite de l’âme et du corps, mais nous, dans notre enfance religieuse et dans notre ignorance de l’essentiel, nous sommes souvent attachés à des acquis amassés dans le monde. Ce faisant, nous répétons comme des automates le péché des incrédules qui ne savent que murmurer des interdits à l’image des Juifs dont nous parle l’Evangile de ce jour. Au lieu de s’émerveiller du miracle accompli là sous leurs yeux, par le Rabbin Jésus, les Juifs ne savent que réprimander le malade, en lui disant : « c’est le Shabbat, tu n’as pas le droit de porter ton propre grabat ».

 

Nous le savons, le Christ ne s’impose pas et ne nous impose absolument rien aussi longtemps que nous ne Lui demandons rien ; mais si nous venons dans la piscine, c'est-à-dire dans la « sainte Eglise orthodoxe », alors nous sommes responsables de notre présence en ce haut lieu saint et sacré. Dès lors, nous pouvons nous attendre à entendre, le Seigneur nous demander : « veux-tu guérir ?» non pas ‘voulez-vous guérir’, mais : veux-tu guérir, toi ? ». Le Médecin céleste s’adresse à moi personnellement, car le salut est une œuvre spirituelle qui est proposée à chaque « personne unique », cette guérison n’est pas le fruit d’un état de transe mentale, ni le résultat d’un marchandage intellectuel, mais le don d’une grâce spirituelle, donnée par l’amour de Dieu à l’homme son bien-aimé.

 

Cette question du « Maître Eternel » et notre réponse à celle-ci sont nécessaires pour que nous puissions espérer sortir peu à peu des limbes de notre paralysie intérieure et existentielle. Si je veux guérir, alors je peux répondre : « Seigneur, à qui irai-je, Tu as les paroles de la vie éternelle, que Ta volonté soit faite pour moi ». Je m’en remets à Toi seul, à Toi tout entier, car Tu es mon Ami éternel et Toi seul Tu connais ce que je suis et ce que Tu veux réaliser avec moi. N’est-il pas écrit, la « folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes », alors revêtons-nous de la « folie divine » comme d’un vêtement spirituel, afin de devenir un « christ » rempli de l’Esprit-Saint et soumis librement à la volonté de notre Père céleste.

 

Voici donc un homme, notre semblable qui est infirme depuis trente-huit ans, le Seigneur son Créateur lui rend la parfaite santé et cela devant tous les Juifs présents ; ils sont témoins de la puissance extraordinaire du mystère de la grâce divine qui s’accomplit devant leurs yeux, et que font-ils ? Ils se détournent de « Celui » qui vient d’accomplir ce miracle, c’est à dire du Seigneur Dieu, pour se tourner et se concentrer sur l’homme qui vient d’être guéri, dans le seul but de lui reprocher d’oser porter son grabat un jour de Shabbat. Ils oublient, que le Shabbat et même toute la Création est faite pour l’homme et non le contraire, cette attitude est celle « d’individus », pour qui la religion doit rester sous le joug intransigeant de la « loi mosaïque », alors que le Christ a placé toute l’humanité sous le « signe de la liberté et de la grâce ».

 

Permettez-moi de nous supplier de cesser de cultiver des attitudes opposées à la miséricorde divine, de cesser de nous focaliser sur des « choses » inutiles devant la « Sainteté de Dieu, devant la sainte Eglise orthodoxe et devant ce qu’est en esprit et en vérité la personne, l’hypostase selon la théologie vivifiante de nos saints Pères ». Demandons humblement au Seigneur de Gloire éternelle, la grâce de ne pas répéter dans nos pensées, nos paroles et nos actes, des œuvres qui font de nous des religieux infirmes, des individus paralysés et isolés par les tentations du vieil homme en nous et qui nous rendent incapables de « vivre comme des personnes en communion au Nom de Dieu ».

 

Nous sommes comme cette piscine, porteurs par grâce des miracles de la bonté divine, parce que nous sommes baptisés au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et nous sommes les enfants lumineux de l’Eglise, si réellement nous vivons selon l’Evangile de vie du Christ. Saint Jean nous rappelle dans son Prologue qu’en Lui, le Verbe éternel est « la vie, et que la vie est la lumière des hommes ». Nous pouvons par la grâce divine et l’Eglise, nous immerger dans les eaux vives de notre cœur pour y recevoir la « vie, la lumière et la guérison spirituelle par une vie selon l’évangile du Seigneur ».

 

Pour guérir, ne recherchons pas les choses compliquées où je ne sais quelle ascèse impossible, mais laissons-nous plonger au fond de nous-mêmes jusqu’en Dieu par la célébration de la Divine Liturgie de tout notre être. Immergeons-nous dans les très saints Mystères du Ressuscité, revêtons-nous de prières et de louanges, de chants spirituels et de la lumière des icônes, du parfum d’encens et d’agréable odeur pour Dieu et surtout « soyons présents » dans l’Eglise pour  « une véritable communion fraternelle ».

 

Si nous faisons cela d’un seul « cœur et d’un seul esprit », alors j’ose témoigner avec toute la puissance que Dieu donne dans la grâce sacerdotale et ecclésiale, que nous recevrons peu à peu la guérison de nos infirmités religieuses et si Dieu veut, nous danserons devant Lui comme le fit la « sagesse créatrice au principe de la Création », nous connaîtrons la « sainte et sobre ivresse de l’Esprit de Dieu ».

 

Soyons vigilants et surtout soyons modestes devant la Divine Trinité dans l’espérance d’entendre un jour nous aussi cette parole du Seigneur : « te voilà bien portant : ne pêche plus… ». Alors prions-Le avec encore plus d’ardeur et de ferveur de nous garder de retomber dans le péché, car nous le savons, le « temps est court et le Royaume de Dieu est déjà là », nous dit saint Paul.

 

La guérison du paralytique n’est pas une « vieille histoire arrivée autrefois », non ce miracle dont nous sommes les témoins, se réalise ici et maintenant au milieu de nous dans l’Eglise, notre vocation n’est pas d’être des voyeurs, mais des « voyants » qui par leur foi en Jésus-Christ, reçoivent le don de « l’intelligence du cœur pour s’émerveiller des œuvres de Dieu parmi nous ».

 

Si nous ne croyons pas que l’Eglise célèbre par la présence très sainte et très sacrée du Christ, le seul et unique « Grand Prêtre », le Mystère de la vie divino-humaine qui unit spirituellement et religieusement en un seul « corps, cœur et esprit la Communauté ecclésiale avec la Divine Trinité », alors notre présence dans l’Eglise devient insensée, inutile et stérile. Saint Paul nous rappelle cette parole de feu spirituel que : « L’Eglise est le Corps du Christ dont IL est aussi la Tête », nous sommes donc bien en communion dans l’Eglise avec Dieu notre Père et L’Esprit Saint à travers notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Que l’Ange du Seigneur descende en nous comme il descend dans la piscine de Bethesda, pour y agiter l’eau spirituelle de nos âmes, c’est à dire les énergies incréées, afin de nous restaurer dans la « beauté des saints » pour nous nourrir des promesses divines et devenir ainsi des christ pour l’éternité.

 

Que l’Ange de Dieu nous rappelle à temps et a contre temps que la place naturelle d’une personne  « orthodoxe », est dans sa communion avec son corps religieux et spirituel qui est l’Eglise, pour célébrer la Divine Liturgie le plus souvent possible et ainsi rendre grâce du fond de l’âme pour tous les biens  inestimables que Dieu nous accorde sans cesse.

 

Que l’Ange du Seigneur nous inspire à l’esprit et au cœur cette parole du Seigneur lui-même « laissez venir à Moi les enfants, ne les en empêchez pas », les enfants peuvent-ils venir par eux-mêmes dans la sainte  Eglise, comment nos enfants apprendront-ils ce qu’est la splendeur de l’Eglise orthodoxe s’ils ne sont pas présents, venons avec nos enfants afin qu’ils reçoivent la connaissance progressive de la vie et de la voie de l’expérience existentielle de l’orthodoxie.

A Dieu notre Père qui espère toujours notre présence liturgique, par notre véritable Médecin de l’âme et du corps, le Christ notre Dieu, soit la Gloire avec l’Esprit très Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

samedi 18 mai 2024

Dimanche des Myrophores et de Joseph d’Arimathie.

 


Marc, (15- 43 à 16 – 8)

 

 

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise orthodoxe de notre saint Christ ressuscité, célèbre les Myrophores, ces femmes saintes qui ont suivi le Seigneur durant sa vie, et qui partageaient par leur foi avec Joseph, Nicodème et d’autres Israélites, l’espérance de la venue du Messie pour instaurer le Royaume de Dieu. Mais malgré toute leur foi, le Mystère de la Résurrection leur demeurait encore scellé, Jésus restait à leurs yeux encore voilés, le charismatique Prophète de Nazareth, que la folie de Juifs et de Romains avait mis à mort et cloué sur une Croix.

 

Joseph le Juste, lui non plus ne pouvait pénétrer spirituellement le Mystère de la sainte Résurrection, mais il avait à cœur de donner une sépulture digne à ce Jésus, pour lequel il ressentait de la compassion, et dont l’enseignement avait bouleversé en profondeur sa vision religieuse en Israël. Vous avez sans doute déjà entendu dans l’Ancienne Alliance ces paroles : « vanité, vanité, tout est vanité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil », mais les femmes Myrophores, Joseph et Nicodème inspirées par l’Esprit Saint ont ressenti chacun et chacune selon sa sensibilité spirituelle, que ce Jésus Prophète miraculeux, était le Messie attendu par Israël. Que ce Jésus envoyé par Dieu, EST la nouveauté absolue et éternelle, et que l’icône de cette présence réelle de Dieu parmi nous est la sainte Eglise du Ressuscité.

 

Joseph, descend le Crucifié de la Croix, l’enveloppe d’un linceul immaculé et le dépose dans un tombeau neuf, et enfin roule une grande pierre pour fermer hermétiquement la sépulture. Cette œuvre de Joseph est une préfigure extérieure de ce que sera l’Eglise du Christ, Joseph descend de la Croix le saint Corps du Seigneur, ce Corps qui est nous dit saint Paul, « l’Eglise dont le Christ est la Tête ». L’Eglise orthodoxe est donc un corps spirituel divino-humain et une icône lumineuse, humble et fidèle du Christ, Eglise dont chacun d’entre nous est comme le cœur dans lequel ce n’est plus Joseph, mais l’Esprit de Dieu qui dépose avec amour, spirituellement et sacramentellement le « Christ Crucifié et Ressuscité ».

 

Dans l’Eglise, le Seigneur ne descend plus de la Croix du Golgotha, mais du Royaume de Dieu, Il vient librement se déposer sur son Autel Saint et accomplir spirituellement tous ses saints mystères liturgiques. IL nous invite comme personne et comme communauté, non à l’embaumer Lui qui est la Vie par une myrrhe matérielle, mais à lui offrir de tout cœur et de manière spirituelle le nard pur de notre prière à travers la célébration de la Divine Liturgie, qui est la réalisation parfaite de ce que désiraient ardemment les femmes Myrophores, Joseph et Nicodème, la « venue du Royaume de Dieu sur terre ».

 

Vous savez que la véritable et très sainte Myrophore, c’est la Mère de Dieu, qui « méditait toutes ces choses dans son cœur », elle n’avait pas comme vocation d’embaumer le corps d’un mort, elle qui a porté le Dieu Vivant dans ses entrailles. Elle qui l’a enveloppé du parfum de sa sainteté personnelle, elle qui l’a nourri d’amour, de prière et d’adoration. Nous aussi, nous sommes venus aujourd’hui dans la sainte Eglise pour y concélébrer ensemble la Divine Liturgie, pour envelopper le Ressuscité non d’un linceul, mais de notre présence aimante, humble et douce. Alors fermons notre corps, notre âme et notre esprit aux soucis de ce monde et tournons-nous vers Dieu seul pour Le recevoir en nous par la sainte Eucharistie. Entrer dans l’Eglise, c’est pénétrer dans l’éternité au cœur du temps et de l’espace, cela mérite que nous nous y préparions avec « crainte de Dieu, foi et amour », le mystère de l’Eglise est indicible et restera voilé dans sa vérité divino-humaine à tout homme psychique endurci qui se laisse encore et encore parasiter par l’agitation vaine et pathologique du monde. 

 

Aller dans la sainte Eglise, qui est le lieu du renouvellement de notre être, nous demande de sortir de nous-mêmes, d’abandonner nos pensées, paroles et actes du quotidien, au moins pour le temps sacré de la célébration liturgique. Nous ne pouvons pas quitter le monde, si notre écoute, notre vision, notre odorat, notre toucher, notre goût, restent imprégnés de ce même monde étranger à la sainteté divine. Nous ne pouvons pas vivre spirituellement le mystère de l’Eglise, comme le dit le Père Aimilianos, « si nous restons encombrés dans notre cœur et dans notre esprit par les cacophonies bruyantes des crises  qui perturbent l’équilibre de l’humanité et de la création », notre vie spirituelle pour être en harmonie avec la grâce divine exige que nous renoncions aux illusions du vieil homme, pour œuvrer à notre conversion véritable.

 

L’Eglise de Dieu nous apprendra à déposer le Crucifié dans notre cœur, d’où il nous donnera d’entrer dans la vraie vie qui est notre résurrection au Nom de la Divine Trinité. Mais pourquoi déposer le Seigneur de gloire dans notre être le plus profond ? Afin qu’il puisse descendre au cœur profond de notre enfer intérieur envahi par les passions depuis notre Chute en Adam. L’enfer est là où nous nous laissons crucifier par nos états d’âme, là où nous ouvrons la porte aux pensées des ténèbres dont les œuvres constituent notre mort spirituelle, là où Satan veut nous emprisonner dans sa haine de Dieu et de l’homme avec la complicité du vieil homme en nous. Qui nous roulera la pierre de nos péchés pour que nous puissions nous aussi accéder à notre cœur profond et sortir vers la vie, où nous verrons non seulement l’ange du Seigneur nous annoncer la Résurrection du Christ, mais : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme », mais que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment !

 

Alors l’ange du Seigneur nous dira « ne vous effrayez plus, vous cherchez le Seigneur, le Crucifié, il est Ressuscité », il n’est plus ici, car Dieu ne peut demeurer prisonnier de la mort,  du temps ou de l’espace, et nous aussi Fidèles orthodoxes, nous devons nous tourner vers Dieu selon « l’homme intérieur caché avec le Christ en Dieu ». Alors nous aussi comme des icônes vivantes et des disciples du Ressuscité, nous pourrons annoncer dans l’Eglise universelle qui est le cœur du monde, la Bonne Nouvelle entendue par les Myrophores : « Christ est Ressuscité, en vérité Il est Ressuscité ». Prions Marie la grande Myrophore, de nous accompagner sur la voie étroite mais seule désirable de la « foi, de l’espérance et de la charité », qui seule peut nous donner, la rencontre personnelle et ecclésiale avec le Seigneur Ressuscité.

 

Rendons grâce à la Divine Trinité qui nous engendre à la vie éternelle dans notre sainte Eglise orthodoxe, où nous apprenons à édifier peu à peu, notre véritable personne par la grâce des saints mystères et sacrements du Christ, en vue du Royaume de Dieu. La voie de la spiritualité orthodoxe est d’une divine simplicité, et nos épreuves et souffrances sur ce chemin, proviennent en grande partie du fait, que nous sommes des « êtres tourmentés et compliqués ». Nous sommes la cible des attaques du vieil homme dans notre cœur, la cible de toutes sortes de désirs qui nous éloignent de l’essentiel, qui est notre vie en Dieu, avec Dieu et pour Dieu.

 

Que le Ressuscité nous donne par grâce et selon sa Promesse, l’Esprit Saint, qui seul peut réaliser avec nous, déjà ici et maintenant, si nous le désirons vraiment, notre sainte et éternelle vocation qui est de devenir ce que nous sommes par la volonté de notre Père Céleste, des « personnes divino-humaines », dont la seule et unique raison d’être est la « vie éternelle dans le Royaume de Dieu ». Bénissons les Myrophores et tous les Disciples du Seigneur qui nous ont transmis leur témoignage de la Résurrection du Christ, et transmettons nous aussi à notre tour, autour de nous, ce cri du cœur : « Christ est Ressuscité, en vérité IL est Ressuscité ».

 

Au Père qui nous aime, au Fils qui se donne par amour et à l’Esprit d’amour, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.  + Syméon

 

 

 

dimanche 12 mai 2024

Dimanche de Thomas

 

(Jean 20, 19 à 31)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise Orthodoxe est le cénacle de Jérusalem dont parle l’Evangile que nous venons d’entendre, le Ressuscité apparaît à ses disciples en transcendant les lois naturelles, puisque nous le voyons traverser la porte close. Le Seigneur Ressuscité en tant que Verbe créateur à l’origine du crée, est libre du temps et de l’espace, du matériel et de l’immatériel et peut donc selon sa divine volonté providentielle refonder sa relation à l’homme et au monde.

 

A l’opposé, Saint Paul dans son épître nous montre la hargne du grand prêtre et son entourage, à savoir les sadducéens, qui liés par leur interprétation littérale de la Loi, sont incapables de penser que la Résurrection soit possible, ils sont pleins de fureur, c’est-à-dire à l’opposé même de Celui qui est la Paix absolue et qui vient la donner à ses disciples, et à nous à travers eux.

 

Le Ressuscité peut selon Sa volonté, traverser ce qui est parfaitement scellé, parce qu’Il a acquis par la Résurrection, la liberté absolue qui rend l’homme accompli, maître de la Création de Dieu, Il peut ainsi descendre dans notre profondeur la plus profonde, et la plus inaccessible pour nous dire : La Paix soit avec vous.

 

Tout comme les disciples étaient enfermés par peur des Juifs, nous aussi nous sommes trop souvent, fragilisés par la crainte du monde, liés par nos peurs existentielles, peurs parfois irrationnelles et dues à notre immaturité spirituelle. Alors nous cherchons de tous côtés à nous protéger, et ce faisant nous mettons en œuvre des actes irréfléchis et non inspirés par l’Esprit de Dieu, et c’est ainsi que naît la division dans le Corps du Christ, car nous nous ne sommes plus comme il est écrit dans les Actes des Apôtres « un seul cœur et un seul esprit ».

 

Le Seigneur Jésus durant le temps pascal désire se révéler à notre esprit et nous visiter, alors même que tout est verrouillé en nous, il nous faut donc apprendre à ouvrir les « portes closes en nous » qui empêchent la communion avec le Christ qui est comme le confesse Thomas : notre Seigneur et notre Dieu. De quelle manière et par quelle voie le Seigneur nous visite t-il ? Par la voie de l’Eglise orthodoxe, alors ne nous privons pas nous-mêmes d’une telle rencontre inestimable et écoutons l’Esprit qui nous transmet cette parole du Christ « venez et voyez ». Si donc nous sommes venus pour voir, commençons par écouter pour entendre vraiment et ainsi devenir capable de vivre la Divine Liturgie, afin de récolter en esprit et en vérité, les fruits spirituels donnés par Dieu. Pourquoi craindre et qui craindre, lorsque le Tout Puissant nous dit : « La Paix soit avec vous » ? Dieu bénissant, accueillons et vivons ce Don comme un trésor inestimable, fruit saint et béni, engendré par la très sainte Passion du Christ et donné à l’âme orthodoxe qui croit que Jésus est vraiment ce qu’Il dit être.

 

Contemplons dans la très sainte Présence du Ressuscité, le présent et l’avenir salutaire qu’Il promet à ceux qui le confessent librement comme leur Seigneur et Dieu, Lui encore qui nous dit : « ne craignez pas » et « là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je Suis au milieu d’eux ». C’est exactement ce que les disciples expérimentent aujourd’hui dans leur solitude, face à l’incrédulité du monde religieux, qui aurait dû les bénir et être les premiers à croire et à transmettre l’annonce la Résurrection du Sauveur.

 

Le Ressuscité visite ses disciples avec l’Amour de Celui qui a traversé tous les mondes et toutes les épreuves, depuis le Ciel en passant par la terre et même l’enfer et qui en est sorti victorieux avec l’humanité rachetée, symbolisée par la splendide icône de la Résurrection où notre Seigneur tire hors des enfers Adam et Eve. Nous avons traversé la Semaine Sainte et chacun d’entre nous a vécu la Passion du Christ et sa propre passion selon la mesure voulue par le Père Céleste pour chacun.

 

Notre âme a été brisée comme celle de Marie en voyant son Agneau immolé, notre corps a été rompu par l’ascèse et plus ou moins épuisé par le passage qui mène de la mort à la vie. Tout entier nous avons essayé de réaliser la pâque qui fait passer du péché vers la sainteté, nos cœurs ont répandu les larmes de l’amour crucifié et nos yeux les ont offerts à notre unique  Seigneur Jésus Ressuscité.

 

Nous avons expérimenté les saintes souffrances qui nous font passer peu à peu du vieil homme à l’homme nouveau, c’est-à-dire à l’homme ressuscité. L’Eglise notre mère spirituelle nous a porté avec une infinie douceur durant la Semaine Sainte, car elle sait ô combien nous pouvons être blessés sur les routes de notre cheminement vers Dieu et dans notre existence personnelle et ecclésiale.

 

Notre Père Céleste nous a béni de Ses deux mains à travers la célébration de la Divine Liturgie depuis la résurrection de Lazare, en passant par le dimanche des Rameaux et la sainte Cène et enfin le grand et lumineux Dimanche de Pâque, par les saints Offices priants et de grande richesse spirituelle de la Semaine Sainte. Il a lui-même veillé sur chacun d’entre nous pour que nous puissions vraiment vivre la Pâque du Seigneur et notre propre pâque.

 

Contemplons la sainte Eglise du Ressuscité. Tout est lumière, les portes sont ouvertes y compris celles du Saint des saints, ceci pour nous faire connaître que nous devons nous aussi, nous ouvrir pleinement à la puissance de renouvellement que donne la Résurrection.

 

Vous savez que le temps Pascal est celui où le Ressuscité visite ici et là, certains de ses disciples, comme il l’a fait pour les pèlerins d’Emmaüs, afin de leur donner une parole personnelle à incarner dans leur vie, veillons donc. Prions-Le avec toute la force et la confiance que donne la Résurrection de nous rendre capable de l’accueillir, pour éclairer notre cheminement existentiel. Que le Ressuscité, révèle ou confirme pour chacun et chacune d’entre nous l’ascèse spirituelle qui convient pour réaliser sa vocation, au sein de l’Eglise et du monde.

 

Nous portons notre propre mystère dans notre cœur profond, là où l’homme nouveau caché, aspire ardemment à la résurrection, et ce qui veut nous empêcher d’accéder à la lumière du Ressuscité, ce sont les nuées des pensées inutiles que cherchent sans cesse à nous emmurer dans les taudis insalubres du monde. Mais, ne sommes-nous pas venu aujourd’hui dans l’Eglise divino-humaine, pour recevoir par grâce « ce que  l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » ? Alors courage nous dit le Ressuscité « J’ai vaincu le monde ».

 

Le Christ est Ressuscité et à lui soit la Gloire avec le Père et l’Esprit dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

mercredi 24 avril 2024

LA SEMAINE SAINTE

 

Dieu bénissant, voici la petite méditation sur la Semaine Sainte, que je propose comme chaque année à notre lecture priante pour nous accompagner nous-mêmes et le Christ durant sa Passion. 
cordialement en Christ.

LA SEMAINE SAINTE

 

Cheminements dans la Pâque du Seigneur.

 

A un fidèle qui lui demandait un conseil spirituel, le Père Cléopas répondit «surtout ne diminues pas la croix », ce qui correspond exactement à la parole du Christ que « celui qui veut me suivre prenne sa croix », c’est-à-dire, que  nous  diminuons la croix si nous refusons l’existence que Dieu veut ou permet pour chacun d’entre nous, et en la refusant, non seulement nous alourdissons celle de nos frères et sœurs, mais nous rendons en quelque sorte vaine, celle du Christ lui-même, car Dieu dans son amour respecte la liberté humaine, et ne sauve pas l’homme contre sa propre volonté.

L’Église orthodoxe est par vocation l’Eglise de la Résurrection, l’Eglise des ressuscités, on lui reproche parfois de ne pas méditer suffisamment sur le mystère de la Croix, de n’être déjà plus de ce monde, la longue lignée des martyrs du Christ témoigne pourtant avec puissance, que nos saints Pères non seulement ont médité sur ce mystère mais ont été crucifiés par lui et pour lui. La croix dont se signe tout chrétien orthodoxe, contient de nombreux enseignements. Nous proposons la méditation suivante pour pénétrer avec l'aide de Dieu un peu dans son saint mystère. Le Christ sur la Croix est entouré du bon larron à sa droite et du mauvais larron à sa gauche, le Seigneur lui-même nous apprend que les brebis seront à sa droite et les boucs à sa gauche. Le Chrétien orthodoxe se signe de la droite vers la gauche, autrement dit du bon larron vers le mauvais larron, un premier enseignement nous est donné ici, nous ne devons pas prier seulement pour le bon larron en nous signant, mais aller par toute notre prière aussi jusqu'au mauvais larron. Avec le signe de la croix nous sommes déjà dans l'accomplissement du commandement du Christ: « aime ton prochain comme toi-même ».Dans le bon larron, c'est encore et déjà  l'Adam-humanité qui prie le Christ : « souviens-toi de moi dans ton Royaume », et dans le mauvais larron, c'est encore et toujours Satan qui insulte Dieu et continue de tenter l'homme jusque sur la croix. Ici se manifeste le mystère de l'iniquité, et nos saints Pères enseignent de prier, même pour les démons, mais seule la Croix du Christ peut donner aux saints une telle puissance de prière. Tant que la « métanoïa » n'est pas parfaitement réalisée en nous, nous restons soumis à toutes sortes de tentations, à commencer par le refus de notre propre croix.

Faire le signe de la croix, revient pour le Chrétien orthodoxe à accomplir cette parole du Notre Père : « que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Nous invoquons dans L'Esprit Saint, la descente du Christ dans notre cœur qui est la porte du Royaume de Dieu. En nous signant, nous invoquons la grâce divine sur toute l'humanité, la nature humaine étant consubstantielle à tous les hommes. Les Pères enseignent : « un s'élève tous s'élèvent, un tombe tous tombent » voilà une des raisons pour laquelle le chrétien orthodoxe se signe de la droite vers la gauche, car il a comme vocation en Dieu d'intercéder pour tout homme et tout particulièrement pour le mauvais larron. La Divine Trinité a confié dans l'Amour à l'Eglise Orthodoxe de ne pas s'arrêter au bon larron qui est déjà sauvé, le Christ ne lui dit-il pas: « aujourd'hui même tu seras avec moi dans le Royaume ». Ainsi chaque Orthodoxe est appelé par Dieu lui-même a donné son sang pour son prochain, c'est à dire, la prière d'intercession et de supplication et en particulier pour le « mauvais larron »dont personne ne veut. L'amour du prochain dans "l'Etre Orthodoxe" est donc divino-humain, et jusqu'à la fin des temps, la personne orthodoxe se signera de droite à gauche, afin d'élever le mauvais larron jusqu'au pardon du Père Céleste. Le mystère de la Croix et de son signe représentent les portes saintes par lesquelles, l'humanité désorientée par les fausses sagesses du monde, dont saint Jean nous rappelle: « n'aimez pas le monde et tout ce qu'il contient », le signe de la croix donc, réunit tout en Dieu, par Dieu et pour Dieu…avec l’homme.

L’Église orthodoxe connaît par expérience combien l’ascèse et l’épreuve sont utiles pour convertir le vieil homme à l’homme nouveau, elle sait aussi que ni l’ascèse ni l’épreuve en soi ne suffisent pour sauver l’homme, car, comme le chante le Psalmiste: « en vain te lèves-tu tôt et te couches-tu tard, en vain manges-tu le pain des douleurs, le Seigneur comble son bien-aimé pendant qu’il dort ». Lazare nous dit le saint Evangile, était le frère de Marthe et de Marie, ses sœurs qui selon la Tradition symbolisent aussi la contemplation et l’action, si Lazare était mort au monde, il ne l’était pas à Dieu, Lazare était certainement un homme selon le cœur de Dieu, qui par sa bonne ascèse de vie a plu au Seigneur.

L’Écriture nous dit que Jésus aimait Lazare, et Lazare est l’icône même de ce bien-aimé chanté dans le Psaume 126 (127) précité, endormi dans la mort, mais l’amour est plus fort que la mort nous dit le Cantique des Cantiques, nous savons aussi que tout passera sauf l’Amour. La Semaine Sainte va nous faire expérimenter cette prophétie du Psalmiste, et nous montrer qu’au sein même de la mort, la vie est à l’œuvre, que la Croix n’est pas la fin définitive de l’existence, mais la porte du Ciel. Jésus aimait Lazare, Marthe et Marie. Lazare n’est pas du tout étranger à l’ascèse représentée par l’action et la contemplation, mais la véritable Résurrection de l’homme n’est possible qu’à sa mort totale, non seulement au monde mais surtout à lui-même. L’homme ressuscité est l’homme du monde à venir dont les saints sont les premières icônes et les prémisses transfigurées à l’image de Dieu. Pour autant il ne s’agit pas de mépriser le monde en tant que crée par Dieu, mais de l’évangéliser selon la vocation donnée à chacun par le Seigneur.

Voici que Marie a enfanté Dieu à la vie humaine, et la Croix engendre l’homme à la vie divine. La Croix est l’arbre de vie du Paradis, celle que notre Saint Christ a apportée lui-même de l’Eden dans le monde déchu pour en faire ici-bas l’échelle du retour dans le Royaume de Dieu. Nous vénérons le bois de la Croix du Seigneur, mais la véritable Croix, c’est le « Christ Lui-Même ». C’est lui la Croix vivifiante, et c’est parce que nous sommes faits à l’image de Dieu, que nous aussi, si nous mettons toute notre foi et notre espérance en lui seul, comme nous le dit notre Saint Christ : « nous ferons les mêmes choses que lui, et même de plus grandes ».

 Notre Seigneur, en créant l’homme a semé en lui le germe spirituel de la résurrection à venir, et rendu ainsi possible que toute la Création redevienne spirituelle: « que les cieux se réjouissent, que la terre soit dans l’allégresse, que le monde visible et invisible soit en fête, car il est Ressuscité, le Christ notre Dieu, Lui l’éternelle joie ». (Matines de Pâque)

La Semaine Sainte commence avec la résurrection de Lazare, l’ami de Dieu, mais elle présuppose aussi la mort au péché réalisée durant le saint Carême. Cette mort au péché et au monde nous rend semblable à Lazare, c’est-à-dire que nous pouvons-nous aussi espérer entendre le Christ nous appeler à voix forte  « sors dehors » du tombeau des passions. Le Seigneur nous dit l’Évangile, ordonne avec une voix forte à Lazare de sortir du tombeau. En vérité, Lazare, mort et enterré depuis quatre jours déjà, entendait-il mieux parce que Jésus parlait fort? Où bien cette voix puissante s’adressait-elle aussi à quelqu’un d’autre? « tout pouvoir m’a été donné au ciel, sur terre et en enfer », dit le Seigneur, c’est pourquoi cette voix forte s’adresse aussi à Adam pour le fortifier et lui prophétiser que son Seigneur arrive pour sa libération des chaînes de l’enfer, et Satan lui-même entendra cette voix mais n’en aura pas l’intelligence, et là où il croira rencontrer un homme, il verra le « Dieu vivant.  

Lazare est chacun de nous et le dimanche des Rameaux est la fête où chacun est appelé à répondre à l’appel de Dieu pour monter à Jérusalem, y vivre sa propre résurrection selon sa foi et son espérance, avec l’aide du Saint-Esprit. Pourquoi le Christ pleure t-il son ami Lazare? Est-ce bien sur Lazare seul qu’il pleure? L’Église orthodoxe souligne que l’Écriture sainte est un tout indissociable. Par exemple, il y a une relation qui existe entre la Création décrite au début de la Genèse et la Semaine Sainte. La mort est introduite dans l’existence à la suite du péché d’Adam, Adam bien que sollicité par Dieu à se repentir ne sait que rejeter la faute sur Ève, là ou Dieu attendait les larmes du repentir qui auraient effacées le péché. C’est pourquoi notre Christ saint et humble de cœur, offre au Père Céleste les larmes à la place d’Adam et pour Adam, c’est-à-dire, pour toute l’humanité.

Ainsi le « Christ pleure », larmes très saintes et douloureuses  qui résonnent  avec celles de Rachel qui ne se console pas du massacre des Innocents dans Jérusalem, avec celles de Job le saint et juste, avec nos propres larmes lorsque nous voyons l’œuvre maudite du péché dans notre vie. Le Seigneur voit la vie pétrifiée, inanimée, retourner à l’état chaotique, et qui fait écho à la terre adamique de laquelle Adam fut tiré et formé. Adam vivant laisse pénétrer en lui la mort. Lazare mort laisse pénétrer en lui le Verbe créateur, qui parmi nous, connaît comment Lazare mort, déjà en état de décomposition avancée, a pu entendre la voix du Christ? De même que saint Jean-Baptiste a vocation d’être le précurseur de la venue du Messie dans le monde, de même Lazare devient un signe précurseur du retour de l’homme dans le Royaume de Dieu, par la Pâque du Seigneur. La résurrection de Lazare est la prémisse de la résurrection de l’Adam-humanité, prémisse parfaitement réalisée par Celui qui sur la Croix a dit à voix forte « tout est accompli ».

 

DIMANCHE DES RAMEAUX.

« Voici que ton Roi vient à toi, humble et monté sur un ânon, le petit d’une ânesse ». La véritable royauté est la sainte humilité du Christ, qui de tout-puissant qu’il est dans l’éternité, se rend semblable à la créature humiliée et écrasée par le péché. Jérusalem est l’icône du Royaume à venir, et Jésus nous invite à le suivre pour renouer le dialogue avec le Père Céleste en acceptant de passer par la Croix, par la Pâque du Seigneur dans la foi, l’espérance et le vrai repentir du cœur. Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, voit dans la Passion du Christ la gloire du Christ, il vit sa propre passion et sa propre gloire, il entend dans l’hosanna du peuple qui acclame et suit Jésus, les chants d’allégresse spirituelle des saints anges et des saints dans le Royaume de Dieu, car en Christ tout est récapitulé et réconcilié, cet homme-là peut vraiment expérimenter le Mystère de Pâque, et entrer avec Marie dans le silence contemplatif du cœur.

Le Dimanche des Rameaux, inaugure le cheminement ascétique proposé à chaque chrétien orthodoxe pour se préparer à vivre avec le Christ sa propre pâque, sa résurrection et sa vie dans l’intimité de la Divine Trinité. Cette liturgie du salut présidée par le Christ lui-même est, ce que l’Eglise orthodoxe appelle « l’ascèse de l’amour », seule indispensable pour entrer dans la « métanoïa pascale » qui fait passer de la mort au monde et aux modes, à la Résurrection pour la vie éternelle.

Comment Lazare a t -il vécu après sa résurrection, au milieu de cette foule normale selon les critères religieux et sociaux de l’époque du Christ, cette même foule  qui bientôt allait insulter, frapper, cracher sur le Christ, pour finalement le crucifier. Comment nous-mêmes sommes-nous après notre Semaine Sainte?

Ne craignez pas, dit le Seigneur, car J’ai vaincu le monde, ne soyons pas étonné si le monde ne nous comprend pas. Le monde ne peut pénétrer dans le mystère de la Résurrection, ce n’est pas le regard du monde sur nous qui doit changer, c’est nous qui devons regarder le monde avec l’Esprit du Seigneur, Lui seul, peut nous libérer de l’aliénation de ce monde. Dans (Mat. 21, 10-11), quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fût en émoi: « qui est-ce ? », disait-on; et les foules répondaient: « c’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ». La foule anonyme ne peut confesser la divinité du Christ, seule la foi de ceux dont le Christ dit « bienheureux ceux qui auront cru sans voir », peuvent le reconnaître intérieurement en esprit et en vérité. Sommes-nous comme la foule, sommes-nous comme les Grecs qui s’adressent à Philippe pour voir Jésus, qui suis-je moi qui accompagne  Jésus durant la Semaine Sainte?  Le Chrétien ne peut suivre le Christ durant la Semaine Sainte que de manière personnelle, même s’il est aussi en communion de foi et d’espérance avec ses frères, dans l’attente de la Résurrection.

 

LUNDI SAINT, MARDI SAINT, MERCREDI SAINT, mettent en relief  le sens eschatologique de Pâque, c’est-à-dire, qu’il est impossible de retourner après la Semaine Sainte à l’existence quotidienne, comme si la vie éternelle ne s’était pas incarnée dans notre monde. Pâque accomplie toute l’œuvre salvifique du Christ, Pâque nous rappelle que si nous vivons dans le monde, nous ne sommes pas du monde, que notre véritable Patrie est le Royaume de Dieu. Ces trois jours appartiennent encore à l’aspect pénitentiel du grand Carême, à la vigilance et à la prière dans l’attente et l’espérance de la résurrection du Christ.

 

LUNDI SAINT: (Matthieu 21, 33-43)

Dans cette parabole évangélique, le Vigneron est le Père Céleste et ceux à qui Il a confié sa vigne, ce sont les prêtres qui devaient préparer l’humanité à accueillir le Messie ; cette vigne sainte était Israël, et le lieu où devait être enseigné  comment cultiver la vigne était la Synagogue. Israël, c’est aussi chacun d’entre nous, ne savez-vous pas que vous  êtes le Temple du Saint-Esprit ? Cette vigne que nous devons  faire fructifier et offrir au temps voulu par Dieu, au nom du Christ dans L’Esprit Saint, c’est nous-même, les raisins étant les talents reçus de Dieu, pour réaliser notre Pâque en Christ. 

Mais au lieu de cultiver notre vigne, nous sommes envahis par les ronces et les mauvaises herbes, par toutes nos pensées psychiques et charnelles qui se dressent non seulement contre nous mais aussi contre le Christ, et veulent nous empêcher de suivre Le Sauveur, non seulement à Jérusalem, mais réduire à néant notre désir du Royaume de Dieu.

Soyons donc vigilants et accueillons les Serviteurs que Dieu ne cesse de nous envoyer pour reconnaître notre Seigneur et pour vivre dans la voie que Dieu veut pour chacun d’entre nous.

Nous sommes cohéritiers du Royaume de Dieu et de toutes ses richesses avec le Christ, c’est pourquoi nous aussi sommes menacés par les mauvais serviteurs en nous, à savoir nos pensées et nos actions psychiques et charnelles opposées à la volonté divine.

Dieu nous a envoyé les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Saints Pères, et finalement le Fils Unique. Aujourd'hui, Dieu nous donne la Sainte Eglise  dans laquelle il a mis toutes ses grâces, elle est la vigne du Seigneur, les offices liturgiques, les lectures des prophètes, les prières, les chants, tout  dans l’Église nous est donné pour traverser la Pâque. Bénissons la longanimité et la patience de notre Père Céleste, malgré l’interpellation du Seigneur qui nous dit: « jusque à quand dois-je encore vous supporter ?». 

 

 

 

MARDI SAINT: (Matthieu 25, 1-13)

La parabole des vierges sages et des vierges folles, nous invite après avoir cultivé comme il se doit notre vigne pour le Seigneur, à être dans la vigilance intérieure, dans la certitude que l’Époux va venir, qu’en vérité, il n’a jamais été aussi proche.

Cette vigne est aussi le symbole de la chambre nuptiale, d’ailleurs c’est pourquoi nous célébrons le merveilleux office du « Fiancé » durant les trois premiers jours de la Semaine Sainte. La virginité en soi et pour soi, n’a aucune valeur spirituelle. Dans le monde une multitude de gens sont vierges par une nécessité imposée de l’extérieur. La virginité des vierges folles, fait écho au figuier stérile, au talent enterré, ces vierges folles sont stériles selon la chair et selon l’esprit ; c’est comme si elles n’existaient pas, comme si elles n’avaient pas la vie en elles, et peut -il exister une douleur plus grande en ce monde que de s’entendre dire par le Seigneur lui-même : « Je ne vous ai jamais connu », non pas, Je ne vous connais pas, mais Je ne vous ai « jamais » connu ; que Dieu nous garde à jamais d’une telle parole. L’Œuvre demandée ici au disciple du Christ est de réaliser la parole de l’Écriture, « Veillez et priez ». Le fruit de la vigne est le désir de Dieu seul en tout et en tous, le fruit de la parabole des vierges est la prière qui espère l’Époux de tout son être, qui accomplit le plus grand et le premier parmi les Commandements donnés par le Christ: « tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces », et le deuxième qui lui est semblable « et ton prochain comme toi-même ».

MERCREDI SAINT : (Matthieu  26, 6-16)

Après l’attente de l’héritier, de l’époux, voici que Dieu en Christ se fait  proche au point de se laisser toucher, voici que le Christ reçoit comme une onction de la main d’une femme, et tous les disciples s’indignèrent et se préoccupèrent des pauvres comme si ceux-là allaient s’échapper. De quoi nous indignons-nous en ce mercredi saint, est-ce là le plus urgent, pourquoi s’il faut vraiment s’indigner, ne le faisons-nous pas de nous-mêmes? Le Christ nous invite ici non à nous indigner sur ce que fait l’autre, mais sur ce qui nous rend indigne de participer pleinement à la Semaine Sainte. Le Seigneur plein de grâce et de vérité, Homme et Dieu parfait, après avoir en Lazare parlé à Adam et en celui-ci à toute l’humanité, se tourne vers Ève non à travers  les vierges sages ou folles, car la sagesse sans véritable métanoïa du cœur, n’est que folie et fait que même « les prostituées vous précèderons dans le Royaume de Dieu », Lui, le Saint, en se laissant toucher et oindre par une femme, bénit toutes les femmes.

 

JEUDI SAINT : (Luc  22, 7-36)

Le grand thème ici, est celui de la fidélité au Seigneur quoiqu’il puisse nous arriver dans les épreuves que Dieu permet pour notre résurrection à la vie éternelle dans le  Royaume de Dieu. Cette promesse faite par le Christ aux Apôtres, nous la vivons déjà dans ce monde, l’icône parfaite de ce festin céleste est évidemment : L’Eucharistie.

Avons-nous conscience de cette immense grâce? Avons-nous conscience de ce que représente en vérité la Communion Eucharistique? La Sainte Église Orthodoxe est le lieu béni par Dieu dans lequel, nous pouvons  commencer à expérimenter, ce que signifie vivre en présence de Dieu, au milieu de la Cour céleste là où, vivent déjà Marie la reine du Ciel, les Saints et les Saints Anges. Deux grandes expériences  traversent ici l’âme des fidèles qui contemplent la Passion du Seigneur : la Sainte CENE et son opposé absolu la trahison de Judas. La Sainte Cène se résume à Dieu est AMOUR. La Divine Liturgie est imprégnée de lumière et de ténèbres, de joie et de douleur. Dieu se donne tout entier à Judas, et qui peut imaginer l’état dans lequel se trouve Judas à ce moment-là ? Adam s’est détourné de Dieu, Judas le trahit et le vend. Certains  disciples vont le renier, l’humanité entière est ébranlée, la création est frappée de stupeur, le monde angélique frémit et ne comprends pas ce qui se prépare, et chacun d’entre nous traverse comme il peut, cette grande et terrible épreuve. Marie est là, elle suit son Fils et son Seigneur, elle veille auprès de lui. Demandons humblement son aide, prions-là de nous fortifier, afin de demeurer nous aussi avec le Seigneur durant la Pâque du Christ mais aussi de la nôtre.

 

VENDREDI SAINT : (Marc  15-39)

Mon Dieu! Mon Dieu! Pourquoi m’as-tu abandonné? Jésus cria d’une voix forte à Lazare de sortir du tombeau. Là il crie d’une voix forte vers son Père, ce cri est celui de toute l’humanité passée, présente et à venir. Ce cri est celui de la détresse absolue de tous les hommes. Les Saints connaissent dans leur cœur, cette souffrance de l’âme humaine défigurée par le péché, mais encore de manière relative. Le Christ, LUI,  connaît de manière absolue les œuvres de l’Ennemi de Dieu et du genre humain, son cri est à la hauteur du désespoir

inconscient de l’humanité. Ce cri du Christ continue de traverser l’histoire de l’humanité, et ne cessera qu’à la fin des Temps, à la porte du Royaume de Dieu, dans lequel nous disent les saints Pères, le silence qui n’est pas de ce monde, sera le langage de l’éternelle louange à la Divine Trinité.

Le Seigneur ne crie pas vers le Père pour lui-même, mais pour l’homme son bien-aimé, car comme Marie gardait et méditait toutes ces choses dans son cœur, la Divine Trinité garde l’homme dans son cœur. Le Christ aurait aussi pu crier, ô homme pourquoi m’as-tu abandonné, pourquoi t’es-tu abandonné toi-même, tant l’œuvre de Dieu semble anéantie, au moment de la Crucifixion? Le vendredi saint dans ses plus profondes ténèbres, prépare l'avènement non seulement du Ressuscité, mais à travers Lui, réalise cette autre parole qui concerne directement chacun d'entre nous «  il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas », c'est-à-dire l'homme intérieur caché avec le Christ en Dieu, l'homme spirituel qui est en chacun d'entre nous, comme emmuré dans nos enfers existentiels. Cet homme intérieur qui passe lui aussi par la croix, la sépulture et la résurrection, cet homme-là connaît son Seigneur et son Seigneur le connaît, œuvre  liturgique, ineffable et indicible, qui unit Dieu et sa créature aimée.

 

SAMEDI SAINT

Le Saint Shabbat qui suit la mise au tombeau du Christ, contient dans le silence de Dieu, l’annonce proche de la Bonne Nouvelle de la Résurrection du Seigneur. Certes Marie et les proches de Jésus se lamentent encore, mais le JOUR lumineux apparaît et rempli de Paix le croyant orthodoxe. La nuit sainte de la Résurrection, nous fait passer du tombeau à la chambre nuptiale, la  Divine Liturgie témoigne par toute sa splendeur du Royaume de Dieu. Dans le Ressuscité se réalise la Promesse de Dieu : « Je ne t’abandonnerai jamais », et la belle prophétie de saint Syméon le nouveau théologien que « l’homme renouvelé, redevienne spirituel, incorruptible et éternel, et que toutes les créatures se renouvellent avec lui et, comme lui, deviennent incorruptibles et spirituelles».

L’Église orthodoxe témoigne que par la Résurrection, la mort et le néant même, peuvent servir le plan de Dieu qui en a fait des serviteurs de l’Économie divine et des médiateurs de la vie et de la lumière, à condition de les configurer à la Croix du Christ. Ainsi, la lumière de Pâque est celle de la Parousie, c’est pour l’Eglise Orthodoxe le « Jour du Seigneur », unique et très saint, la Fête des Fêtes, les prophéties sont réalisées, la « Nouvelle Jérusalem » est là spirituellement.

 

 

 

La Divine Liturgie qui suit la Résurrection est vraiment communion au Banquet Eschatologique. Les portes de l’iconostase sont ouvertes, l’Église est remplie de lumière, les Fidèles communient avec le Ressuscité, et ne se lassent pas, de se saluer par un saint baiser, en se disant « Christ est Ressuscité », et en se répondant « En vérité, il est vraiment Ressuscité ».

Que Dieu nous accorde de Ressusciter dans le Seigneur au temps fixé par Sa Divine Providence pour chacun et chacune d’entre nous, et que nous puissions proclamer avec saint Séraphim de Sarov : « Christ est Ressuscité, ma joie ».

 

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant, toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

 

vendredi 19 avril 2024

Sainte Marie L’Egyptienne.

 

(Luc 7, 36 à 50)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Église nous invite à suivre le Christ chez Simon le Pharisien, pour y découvrir à travers la femme pécheresse, que la grâce divine ne fait pas la discrimination des personnes, là où les hommes inféodés à la dureté de la Loi religieuse sont prompts à juger, lui notre Seigneur ne juge pas, mais élève la personne et le pardon au-dessus du péché. La trame de ce passage évangélique est fondée sur la manière de regarder, d’écouter et de parler ou non avec l’autre. Ce récit nous met en relation directe avec le regard et la parole de Dieu notre Créateur dans le livre de la Genèse où nous lisons : « Dieu vit et dit que cela était bon » en parlant de la création et « Dieu vit et dit que cela était très bon »en parlant de la création de l’homme. 

 

Simon le Pharisien fin connaisseur de la Thora, enferme cette femme dans ses actes contraires à la morale religieuse de son temps, il ne voit pas en elle une personne et donc ne lui adresse aucune parole. Mais pour comprendre l’attitude de Simon, et éviter nous-mêmes de le juger, nous devons nous souvenir que la Loi est accueillie par Israël comme l’expression absolue de la volonté divine, elle est vécue comme « parole et alliance qui vient de Dieu et mène à Lui, elle est sa voix et la voie ». Mais le Seigneur éclaire le sens de la Loi en soulignant « qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir », il déclare donc la Loi bonne mais inachevée, elle dit la vérité divine mais elle doit aussi donner l’amour divin, l’œuvre du Messie par l’incarnation est de réaliser « l’union de la vérité et de l’amour ». Simon le Pharisien n’invite pas le Rabbin Jésus parce qu’il l’aime, mais parce qu’il a entendu parler de lui et que cela a suscité chez lui une sorte de stupeur mentale devant les œuvres accomplies par ce Rabbin au milieu d’Israël.

 

Et nous les enfants de l’Église orthodoxe, invités non par des hommes fussent-ils des religieux, mais par Dieu lui-même, pourquoi n’imiterions-nous pas avec simplicité et confiance cette femme pécheresse, en déposant aux pieds du Seigneur, notre demande de pardon pour nos péchés ? A chaque fois que nous osons juger un homme ou une femme, nous devenons des pharisiens durs de cœur et sans esprit, nous rendant indignes de communier à la table spirituelle qui nous propose de goûter combien le « Seigneur est bon et doux ».

 

Ainsi Simon le Pharisien juge t-il cette pécheresse comme perdue et indigne de pardon, car pour lui, la Loi mosaïque est au-dessus de tout et de tous, elle est pour lui la sagesse spirituelle absolue, à laquelle ce Rabbin Jésus devrait lui aussi se plier, c’est pourquoi prisonnier de la Loi, il est sans compassion envers la femme pécheresse et sans justesse envers Jésus et ose se dire en lui-même « si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche ». Là où la femme pécheresse reconnaît Jésus comme un Prophète de Dieu, Simon lui doute de Jésus, et le rabaisse au niveau d’un individu sans discernement. Malheur donc à nous, si sous prétexte que nous sommes « orthodoxes », nous jugeons le monde comme corrompu, en nous autorisant à mépriser les autres, sur la seule foi de notre ressenti non purifié par l’amour et la vérité divines. L’Ecriture sainte nous invite au contraire à imiter cette femme, et à venir nous prosterner aux pieds du Christ, pour y verser les larmes d’un repentir sincère.

 

Que nos prières liturgiques et personnelles soient comme une huile parfumée et sainte répandue sur la tête du Christ, que notre attitude entière soit une louange à la Divine Trinité, que notre présence dans l’Église soit une icône fidèle et un témoignage véridique de notre désir d’aimer le Seigneur. Si avec la grâce divine nous essayons vraiment avec modestie d’imiter cette femme, en nous prosternant aux pieds du Christ de manière orthodoxe, c’est à dire, avec la dignité que nous devons à notre Seigneur, alors nous aussi, nous entendrons le Seigneur nous dire « tes péchés te sont remis, ta foi t’a sauvée, va en paix ».

 

Ni l’Église ni le croyant ne doivent se laisser impressionner par les illusions du monde déchu ou par les minuscules pouvoirs des soit disant « maîtres du monde », que ceux-ci soient des religieux ou des non religieux. Si le Christ libère cette femme, est-ce pour qu’elle se retrouve aliénée, sous de nouveaux commandements élaborés par telle ou telle communauté religieuse.

 

Notre sainte Église orthodoxe a reçu en plénitude le trésor inaliénable de la sagesse divine, afin que tout homme et toute femme de bonne volonté puisse se libérer de l’esclavage du péché, et se restaurer à nouveau dans la beauté et la vérité divines. Avez-vous remarqué que ni Simon ni le Christ n’invite cette femme à la table pour partager le repas ? Le Seigneur accomplit ce que lui-même enseigne dans le saint Évangile, lorsqu’Il appelle à « ne scandaliser personne ». C’est pourquoi pour ne pas scandaliser cette femme qui vient vers lui, il la laisse exprimer son amour et son désir de conversion en se laissant « toucher » par elle, selon le reproche de Simon le Pharisien. Mais le Seigneur discerne aussi « l’état spirituel de Simon » et il sait que celui-ci n’aurait pu supporter que cette femme soit invitée pour partager le repas avec eux, ainsi le Seigneur ne s’impose ni à l’un ni à l’autre.

 

Cette parabole fait écho à cette autre rencontre du Seigneur avec une femme adultère, ici, Simon le Pharisien toise et juge durement cette femme, là où le Christ baisse les yeux devant la femme adultère et écrit avec son doigt dans le sable, ce que faisant, le Seigneur rappelle à tous ceux qui étaient présents et prêts à lapider la femme, qu’ils « sont tous tirés de la terre et qu’ils retourneront à la terre ». Qui sommes-nous donc pour asséner un jugement à partir d’un simple ressenti, « poussière et cendre », éphémère au sein d’un univers qui survit à des nuées d’êtres humains, prions notre Seigneur de nous accorder la grâce d’unir en nous la vérité avec l‘amour, pour la seule gloire de Dieu, notre Père et Créateur.

 

Voici donc que cette femme pécheresse a reçu le pardon divin parce que comme le dit notre  Seigneur « elle a beaucoup aimé », alors que Simon malgré son respect obsessionnel de la Loi, reste prisonnier de la lettre qui étouffe son esprit, l’enferme et l’empêche en vérité de connaitre le retournement intérieur et d’engendrer des fruits pour la vie éternelle. Le Christ ne juge ni Simon ni la pécheresse, il donne à l’un et à l’autre la possibilité d’accéder à la grâce qui peut ouvrir leur être à la vie en Dieu, dans l’Eglise et dans le monde. Le charismatique, saint et divin Rabbin Jésus ne bénit ni le péché de la femme ni le jugement de Simon, mais les invite à le suivre en Dieu pour aller vers leur seule véritable vocation qui est spirituelle et divino-humaine.

 

Dieu ne bénit jamais le péché mais il accueille toujours le pécheur selon cette parole que le prêtre dit après la confession au moment de l’absolution « Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ». C’est pourquoi, nous croyons avec une pleine confiance que « Dieu aimera toujours infiniment plus le plus grand des pécheurs, que le plus grand des saint ne pourra aimer Dieu », méditons cette parole de profonde consolation.

 

Au Père donateur du Festin divin, au Fils notre nourriture éternelle, à l’Esprit Saint qui nous

guide vers la table divino-humaine, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.  

 

+Syméon