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jeudi 20 août 2026

La Transfiguration : homélie de Père Francis

  

Matthieu 17, 1-9. (Année 2026 )

Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques, et Jean, son frère, et il les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici, Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection : écoutez-le ! » Lorsqu'ils entendirent cette voix, les disciples tombèrent la face contre terre, saisis d'une grande frayeur. Mais Jésus, s'approchant, les toucha, et dit : « Levez-vous, n'ayez pas peur ! » Ils levèrent les yeux, et ne virent que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts. »

 

Jusqu’au XVIIIe siècle, la morale provenait de la sphère supérieure de la société. On y respectait des principes sacrés et intangibles, choisis et dictés par la religion. En somme, les valeurs et les modèles étaient en quelque sorte imposés à l’homme de l’extérieur. Cependant, avec l’avènement de la laïcité, la plupart de ces obligations austères ont été remises en question puis évaluées. Aujourd’hui, l’homme s’est affranchi de sa soumission béate aux forces éternelles, et il a acquis la puissante liberté de déterminer seul ses valeurs et son mode de vie, et de rejeter les injonctions extérieures. Cependant, devant lui s’étend un abîme effrayant. Il n’a jamais connu une telle liberté. Mais, libre de quoi ? Tout autour de lui est libre, ouvert, mais dépourvu d’âme. Pourquoi la dévotion et la pratique spirituelle semblent-elles en déclin et ne semblent-elles plus représenter la pierre angulaire de la vie pour la plupart des gens ? Pourquoi ressentons-nous de l’ennui, de la fatigue ou de la lassitude lorsque nous accomplissons nos devoirs en tant que croyants ? Pourquoi la plupart des jeunes ne ressentent-ils pas d’attrait pour ces pratiques ? En fin de compte, pourquoi cette grisaille et ce manque de joie chez les chrétiens ? L’épisode de la Transfiguration que nous venons d’entendre peut nous éclairer sur ces interrogations. //

Les trois disciples qui ont assisté à la Transfiguration avaient jusqu’alors connu Jésus sous son apparence terrestre. C’était un homme semblable aux autres, dont ils connaissaient la provenance, les habitudes et le timbre de la voix. Désormais, ils découvraient un autre Jésus, le véritable Jésus, celui qui n’est pas perçu avec les yeux du quotidien, à la lumière du soleil ordinaire, mais qui est le fruit d’une révélation soudaine, d’un changement, d’un don. //

 

Pour que les choses changent pour nous, à l’instar des trois disciples sur le mont Thabor, il faut qu’un événement similaire à une rencontre amoureuse se produise dans notre vie. Lorsqu’on tombe amoureux, l’être aimé, qui était auparavant perçu comme n’importe qui d’autre ou même comme un étranger, devient soudainement l’être le plus important, le seul au monde qui compte.

Tout le reste devient secondaire et se fond dans un décor impersonnel. On ne peut plus penser à autre chose. Un véritable changement s’opère : la personne aimée semble entourée d’une auréole de lumière, et tout ce qu’elle fait devient magnifique, même ses petits défauts. On se sent indigne d’elle, mais c’est l’amour véritable qui procure cette humilité. Il y a aussi un changement concret dans les habitudes quotidiennes. //

 

J’ai rencontré des jeunes qui avaient du mal à se lever le matin pour aller à l’école, que leurs parents devaient presque forcer à sortir du lit. Si on leur trouvait un emploi, ils l’abandonnaient rapidement ou traînaient en classe sans jamais obtenir de diplôme. Mais une fois qu’ils étaient amoureux et fiancés, ils se réveillaient volontiers le matin, impatients de terminer leurs études. S’ils avaient un travail, ils le gardaient jalousement. Qu’est-ce qui a changé ? Rien du tout. Autrefois, ils agissaient sous « obligation », mais maintenant, c’est « attraction » qui les motive. L’attraction a le pouvoir de faire accomplir des actions que l’obligation n’arrive pas à réaliser ; elle confère des ailes. « Chacun, disait le poète Ovide, est attiré par l'objet de son plaisir ». //

 

Une chose semblable devrait se produire dans notre vie une seule fois, afin que nous devenions des chrétiens véritables, convaincus et heureux de croire.

Vous pourriez m’interroger : « Mais l’amie ou l’ami, on le voit, on le touche ! » Je vous répondrais alors que Jésus aussi, on le voit et on le touche, mais avec des yeux et des mains différents : ceux du cœur et de la foi. Il est ressuscité et vit encore, concret et vivant pour celui qui fait l’expérience de sa présence et le rencontre. En effet, les rencontres avec Jésus sont souvent empreintes d’une profondeur et d’une authenticité uniques. Lorsqu’on tombe amoureux d’une personne humaine, on a tendance à surestimer ses capacités et à s’illusionner sur ses qualités. Avec le temps, on finit souvent par se rendre compte que notre perception était erronée. Plus on connait Jésus et plus on passe du temps avec lui, plus on découvre des motifs d’être amoureux de lui et plus on est convaincu par notre choix. //

 

Cela ne signifie pas qu’il faut simplement attendre patiemment, même en présence du Christ, un éclair de cupidité soudain, appelé « coup de foudre ». Si un garçon ou une fille reste cloîtré chez soi sans rencontrer personne, rien ne se passera jamais dans sa vie. Pour tomber amoureux, il faut se rencontrer ! Quelqu’un qui se laisse convaincre, ou simplement qui commence à percevoir la beauté et l’importance de découvrir Jésus-Christ sous un nouveau jour doit s’engager à le « fréquenter », à lire ses écrits. Ses lettres d’amour, ce sont les Évangiles ! C'est là qu'il se révèle, qu'il se « transfigure ». Sa demeure, c’est l’église : c’est là qu’on le rencontre. //

 

Amen.