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dimanche 2 octobre 2022

L’Exaltation de la Croix Vivifiante.

                                                                        (Marc, 8, 34 à 9,1)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



 

Aujourd’hui, l’Eglise célèbre dans la joie spirituelle, l’Exaltation de la Croix vivifiante, selon cette parole « je ferai de toi le sujet de ma joie », nous ferons donc de la croix du Seigneur le sujet de notre joie par notre foi que sa croix est pour nous l’arbre de vie déposée par Dieu dans l’Eglise et dans notre vie. 

 

Le Seigneur nous dit « si quelqu’un veut me suivre, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive ». Suivre le Christ est donc une décision personnelle, qui demande un

engagement sans faille dans la fidélité envers Dieu, malgré les épreuves qui peuvent plus ou moins nous crucifier dans notre existence quotidienne. Ailleurs le Christ nous dit que « son joug est doux et son fardeau est léger », n’est-ce pas contradictoire ? A quel moment, notre croix devient-elle un fardeau brutal et lourd, la croix devient insupportable dès que nous prétendons la porter tout seul, c’est à dire, sans le Christ et sans l’Eglise.

 

Pour nous chrétiens orthodoxes, la source de notre être et de notre vie est la Divine Trinité et la croix nous a redonné la grâce de renouer cette communion avec Dieu selon cette parole du Christ à Marie sa Mère et à Jean le bien-aimé « femme voici ton fils, et à Jean, voici ta mère », ce qui signifie que Jésus nous remet à sa Mère icône de l’Eglise comme des fils et des filles, et nous invite à prendre, à notre tour l’Eglise comme notre Mère très aimante à l’image de Jean, qui prend Marie chez lui.

 

Que celui qui veut me suivre renonce à lui-même, prenne sa croix et me suive, n’est-ce pas le Seigneur qui le premier à renoncer en quelque sorte à rester dans l’immuable sérénité au sein de la Divine Trinité ? Ce renoncement originel est la source même de notre salut, le Fils est resté Dieu tout en devenant homme, de même, sommes-nous appelés à renoncer au vieil homme pour devenir par grâce dieu et d’abord véritablement homme. C’est ce grand don et mystère spirituel qui nous est proposé, et que l’Eglise fête aujourd’hui par l’Exaltation de la précieuse croix du Seigneur.

 

Nous comprenons que la très sainte Croix que nous exaltons et vénérons dans l’Eglise, est le signe parfait de l’accomplissement par le Fils de Dieu de son propre enseignement, à savoir « tu aimeras le Seigneur ton Dieu…et ton prochain comme toi-même ». La croix est identique à l’amour absolu de Dieu pour son prochain qui est l’humanité rachetée par le Christ. Mais cette croix est aussi le fruit inhumain des passions humaines, qui ont fini par crucifier le Seigneur des seigneurs, notre saint Christ.

 

Le renoncement à soi-même, que Dieu propose à la liberté de l’homme, c’est de renoncer à ce qu’il n’est pas et qui le rend étranger à lui-même, à savoir une caricature de l’humanité dans laquelle ne rayonne plus la beauté divino-humaine sur le visage de l’homme. La croix comme visage de l’amour divin est une réalité impossible à contempler sans la foi en un Dieu qui aime et qui souffre en Christ de l’éloignement et de l’exil douloureux de l’homme crée à l’image et à la ressemblance de Dieu. 

 

Nous savons que Dieu seul aime parfaitement puisque l’Amour est sa nature même, comment ferons-nous pour aimer et Dieu et notre prochain ? Beaucoup parmi nous se demandent et se tourmentent même avec cette pensée « comment savoir si j’aime Dieu, puisque je ne ressens en moi aucune preuve ni sentiment particulier qui pourrait enfin me rassurer » ?  

Le Seigneur répond lui-même, que dit-il en Jean, 14, 23 « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, nous viendrons et nous ferons une demeure chez lui », aimer Dieu signifie donc pour nous, accomplir les commandements évangéliques, sans rechercher et encore moins attendre des états spirituels particuliers ou privilégiés, devenir un christ est notre vocation, la grâce du comment appartient à la volonté divine.

 

C’est dans notre Eglise orthodoxe, que nous apprenons et recevons la grâce de garder le grand trésor de la parole divine, qui est notre témoignage personnel d’amour envers Dieu, c’est dans l’Eglise que nous est révélée quelle est « la longueur, la largeur, la hauteur, et la profondeur de l’amour de Dieu » et la croix en est la réalité dans toute sa plénitude. La croix comme arbre de la vie, est plantée en même temps au centre de l’autel du sacrifice non sanglant et au centre de l’autel du cœur de chacun d’entre nous, c’est pourquoi, nous pouvons en goûter les fruits spirituels par la communion au Corps et au Sang de notre Dieu. 

 

Le Christ nous dit : « qui veut sauver sa vie la perdra », y aurait-il plusieurs sauveurs, l’homme peut-il se sauver lui-même, pour ne pas perdre notre vie nous sommes encouragés à la vivre pleinement, et cette plénitude ne peut être donnée que par le Créateur de la vie, quant à nous, pour accueillir une telle vitalité divine, il est de notre responsabilité de garder la « parole de Dieu et de la vivre ». 

 

Le Seigneur ajoute : « que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie » ? Et que peut donner l’homme en échange de sa propre vie » ? La croix est pour nous, le signe de la victoire de la vie et de la lumière divine sur les ténèbres infernales et les œuvres impies de l’homme séparé et de Dieu et de lui-même, l’homme sans Dieu est un homme sans avenir dans ce monde ni dans le monde à venir. 

 

Certes, par notre croix nous expérimentons aussi la « douloureuse joie », nous savons combien parfois, aimer peut paradoxalement faire souffrir avec l’impression d’en mourir, mais le Seigneur nous a donné l’Eglise qui est aussi notre corps spirituel divino-humain, dans laquelle, il a envoyé « L’Esprit de toute consolation », afin qu’IL nous descende lui-même avec douceur de la croix de nos épreuves existentielles. 

 

Saint Paul nous dit « le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est puissance de Dieu », la croix est donc un langage, une voix qui s’adresse à moi et pour entendre le sens de ce langage, il nous faut apprendre à nous laisser aimer de Dieu plutôt que de croire que nous pouvons par notre seule volonté, aimer Dieu. Aimer à la « folie » selon l’expression populaire, c’est en vérité ne pas aimer du tout, car une telle manière de vouloir aimer ne laisse aucune place à l’autre et lui ôte toute possibilité de trouver sa liberté personnelle, n’est pas « fol en Christ qui veut ». 

 

En Proverbe 3,18 nous lisons « la sagesse est un arbre de vie », dont les racines plongent depuis l’arbre de la croix dans les profondeurs insondables et indicibles du cœur de l’homme, nous chantons durant les Matines dominicales « voici que par la Croix, la joie a pénétré le monde entier », c’est pourquoi, peut s’unir en nous le chant religieux qui relie le ciel et la terre par une communion qui nous élève vers Dieu et nous tourne aussi vers l’humanité, à travers la célébration de la sainte et Divine Liturgie. 

 

Dans Gal. 6, 14 saint Paul nous dit « pour moi, je ne me glorifie de rien si ce n’est de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ », Paul n’était-il pas apôtre et colonne de l’Eglise naissante, un martyr spirituel pour la gloire de Dieu, n’a t-il pas vu le Seigneur se révéler à lui sur le chemin de Damas, n’est-il pas monté au troisième ciel où il a entendu des paroles ineffables ? 

Pourtant la gloire personnelle que Paul revendique avec puissance, c’est celle de la croix du Christ, cette même croix devant laquelle nous nous prosternons et que nous exaltons tous d’un seul cœur et d’une seule âme aujourd’hui dans l’Eglise, pourquoi ? Parce que le Seigneur sur la croix, porte l’humanité et désire la déposer sauvée au sein de la Divine Trinité, selon cette parole « tout est accompli » et « sois sans crainte petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume », encore faut-il que l’homme désire vraiment faire partie de ce saint « petit troupeau », c’est à dire de l’Eglise du Seigneur Jésus.  

 

Le Seigneur par sa croix veut réconcilier tous les hommes, mais pas sans l’amen de l’homme, réunir ce qui était séparé, faire un homme nouveau en unissant le juif et le païen, c’est pourquoi Paul nous dit cette parole si forte «…pour créer en lui le Christ, un homme nouveau, faire la paix et les réconcilier avec Dieu, tous deux, juifs et païens en un seul corps, par la croix ». 

 

Si à priori la croix du Christ devait réconcilier juifs et païens, à fortiori ne devrait-elle pas nous réconcilier entre nous chrétiens orthodoxes, l’Eglise et toute Paroisse orthodoxe est le Corps du Christ dont nous sommes les membres, nous qui confessons la même « foi envers la Croix du Seigneur», notre foi dans la croix salvatrice à l’œuvre en nous est nous le croyons, la grande lumière de grâce répandue pour la vie du monde.

 

« Sauve ton peuple, Seigneur et bénis ton héritage, accorde à tes fidèles victoire sur les ennemis et sauvegarde par ta croix les nations qui t’appartiennent », voici le merveilleux tropaire que chante l’Eglise de ceux qui sont fidèles par leur foi et leur vie orthodoxe envers le Seigneur. Le salut n’est pas le fruit d’un hasard, mais celui d’un engagement réel qui nous demande de porter notre croix en communion avec la Croix du Christ, afin de convertir par la voie et la vie orthodoxe tous nos ennemis intérieurs opposés à notre salut en Dieu.

 

Que la grâce du Seigneur nous bénisse et nous fortifie afin que nous puissions accomplir notre vocation orthodoxe et avec toute l’Eglise chanter d’un seul cœur et d’un seul esprit « devant ta Croix, nous nous prosternons ô Maitre, et ta sainte Résurrection nous la chantons ». 

 

Au Père qui a planté l’Arbre de Vie dans le Paradis, au Fils qui l’a planté par la Croix dans l’Eglise et à l’Esprit Saint qui l’a planté dans le Royaume de Dieu, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon 

 

 

 

dimanche 25 septembre 2022

Le plus grand commandement

                                                                     (Math. 22, 35 à 46)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.


 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à persévérer dans l’ascèse qui consiste à engendrer l’amour de Dieu et de notre prochain, cette œuvre vitale nous est demandée afin de restaurer en nous la dignité inaliénable de la nature humaine créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Cette œuvre qui engage l’homme tout entier, trouve sa vocation au cœur de l’Eglise qui transmet au croyant le goût de la beauté, de la sagesse spirituelle, de la vérité éternelle qui est le Christ et de la possibilité divino-humaine d’apprendre à aimer.

 

Le Seigneur nous donne le commandement d’aimer Dieu « de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit et notre prochain comme nous-mêmes », aimer se limiterait à un commandement ? Le commandement renvoie ici à « obéir librement et être volontaire », c’est un acte de foi en Dieu et de confiance en soi, car nous croyons que le commandement divin est porteur de grandes grâces. Etre volontaire comme le centurion qui disait au Seigneur « j’ai des serviteurs sous mes ordres, je dis à l’un fais ceci et il le fait, à l‘autre fais cela et il le fait », le Christ était émerveillé par la foi de cet homme, c’est le centurion qui commande, ce n’est pas sa seule pensée ou un état d’âme, c’est lui tout entier qui agit, de même pour nous, nous devons apprendre à commander et à ordonner le chaos de nos pensées, paroles ou actions pour aimer en communion avec la volonté divine. 

 

Le commandement d’aimer demande d’autant plus de force de conviction, que nous vivons dans un monde qui se désacralise, au profit d’une multitude d’idoles élaborées pour nous séduire et nous asservir de gré ou de force à la volonté dominatrice des fanatismes religieux, scientifiques ou politiques. Les gourous pullulent et dénoncent les religions établies pour mieux instaurer leurs fantasmes psycho ésotérico quelque chose, des scientifiques veulent fabriquer l’homme-androïde du futur qui bien sûr leur serait soumis, des politiques nous promettent des lendemains qui chantent à condition que nous leur laissions les pleins pouvoirs pour nous rendre heureux, il n’est pourtant pas besoin d’être un grand prophète pour ressentir l’intranquillité dans laquelle se noie l’humanité et le monde. 

 

L’humanité comme un funambule en déséquilibre sur le fil de l’existence se balance au-dessus des abîmes et essaye comme elle peut de ne pas rester suspendue dans le vide de la survie au quotidien. Ainsi l’homme, entre guerres réelles et fausses paix, harnaché et tiré à hue et à dia par l’hypocrisie et la volonté pathologique des soit disant puissants de ce monde, finit par osciller comme un pendule entre euphorie et dépression. 

 

L’Eglise est là infiniment patiente, oasis et havre où les caravaniers des routes sans issue peuvent s’arrêter pour accepter l’invitation divine à se restaurer corps, âme et esprit dans leur libre volonté personnelle.

 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur », comment aimer ainsi, si mon cœur est rempli par les pensées agitées du monde, par les pensées relatives au passé impossible à modifier, tourmenté par les désirs inassouvis, troublé par des pulsions contraires à la dignité humaine. C’est par un commandement divin que nous sommes appelés à aimer, cette œuvre d’aimer nous devrons l’acquérir par notre labeur spirituel qui exige notre volonté libre pour  réaliser en Dieu l’ascèse évangélique de la conversion intérieure sans laquelle aimer reste impossible. Ce commandement d’aimer de tout son cœur est justement la base dans laquelle s’enracine toute la tradition hésychaste et qui consiste à apprendre à aimer Dieu et son prochain de « tout notre cœur ».

 

En Mathieu 6, 21 nous lisons « ton trésor sera là où est ton cœur profond », c’est pourquoi, saint Théophane le Reclus nous dit que « toute pensée ou sentiment qui ne passe pas par un cœur purifié par la grâce divine, reste sujet au doute ». Pour l’être orthodoxe, nous comprenons alors, que l’amour et le salut sont une seule et même réalité ultime, puisque d’après saint Paul « l’amour est ce qui reste et que le salut est le fruit de l’amour ». La voie du cœur et son fruit spirituel atteignent leur plénitude dans la parole mémorable du Christ « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ».

 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme », de même que pour le cœur, il s’agit d’aimer de toute « mon » âme, je ne peux déléguer à personne mon désir d’aimer ou d’être aimé, je dois être celui ou celle qui décide d’aimer malgré les épreuves de mon existence, je dois apprendre à me solliciter en premier et tout entier dans mon désir de Dieu, si mon désir est personnel, il ne doit pas être solitaire ou pire isolé, c’est pourquoi, l’Eglise a vocation d’accueillir ceux et celles qui cherchent Dieu. Nos saints Pères et saintes Mères, nous encouragent à prier et à méditer les « Psaumes », parce qu’ils mettent à nus tous les faux sentiments qui nous habitent et nous donnent les réponses et attitudes justes que ce soit  pour nous libérer de toute emprise pathologique ou pour célébrer la louange de Dieu. 

 

L’âme est créée et vivifiée par le « souffle divin », l’homme peut tuer le corps et corrompre l’âme, mais il ne peut la détruire parce qu’il n’en est pas le créateur, c’est pourquoi, quelque soit notre situation existentielle, l’homme peut toujours prier Dieu pour le salut de son âme. L’âme, tout comme le corps, l’esprit ou le cœur a vocation à aimer Dieu et le prochain, l’amour ne meurt pas, sinon comment pourrions-nous aimer encore à nouveau après chaque nouvelle 

désillusion qui ébranle plus ou moins notre être et notre existence. 

 

« Tu aimeras le Seigneur de tout ton esprit », c’est quoi mon esprit, comment connaître de l’intérieur la réalité de l’esprit qui nous habite, si je ne connais rien de lui, c’est comme si j’étais envahi par une réalité étrangère dont j’ignore tout ou presque. La vocation de l’esprit est d’incarner en nous ce qu’il peut contempler de la présence divine, la nourriture naturelle de l’esprit est l’accomplissement dans l’homme de la sagesse contenue dans l’Eglise, cette sagesse est vécue sur un mode liturgique et transmet à l’homme la connaissance de la volonté divine qui consiste encore et toujours à apprendre à aimer Dieu et l’homme. Saint Mathieu en 26, 41 nous rappelle que « l’esprit de l’homme est par nature bien disposé », mais a besoin d’être gardé et purifié du trouble que peut provoquer en lui l’âme tourmentée et tout son cortège de désirs incessants et passionnés. Les Béatitudes comme voies du salut, nous enseignent que « bienheureux sont les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux », cette pauvreté de l’esprit semble contredire l’affirmation de saint Paul qui dit « que l’esprit connaît tout ce qui est dans l’homme », il n’en est rien, car la connaissance parfaite réside en Dieu et ne peut rien contenir de partiel ni de partial, le pauvre en esprit est donc celui qui se purifie de tout savoir mondain qui l’isole et empêche toute véritable empathie humaine, pour se nourrir du désir de vie éternelle illuminée par la présence divine.  

 

Le Seigneur parle d’aimer de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, le corps serait-il inutile voire exclu dans l’œuvre d’aimer ? Le corps ne peut exprimer sa nature spirituelle qui si nous le vivons pour ce qu’il est fondamentalement, à savoir temple de l’Esprit Saint. Le corps est le médiateur de la grâce divine, il est l’humble serviteur de l’esprit et de l’âme de l’homme, il ne demande rien pour lui-même et pourtant il reçoit toutes les bénédictions divines. N’est-ce pas le corps qui par la bouche accueille le Corps et le Sang du Christ et le transmet ainsi à la personne toute entière ? N’est-ce pas le corps qui est marqué par le Saint Esprit dans le signe du saint Chrême et qui transmet cette grâce à la personne toute entière au moment du saint baptême ?  

Si le corps était un corps mort ou un poids qui plombe l’être, comment pourrait-il transmettre la beauté, la douceur et la tendresse de ceux qui désirent aimer Dieu de toute leur âme, cœur et esprit. 

 

A l’opposé, si notre corps est utilisé et sollicité en permanence pour satisfaire toutes nos convoitises, alors nous en faisons un objet et le rendons infirme et incapable de transmettre la grâce divine, étant crée par Dieu, le corps est saint et sacré et si nous le bénissons comme tel, alors le corps participe pleinement dans notre désir d’aimer Dieu et notre prochain.  

 

Saint Jean en 1, 17-18 dit : il est donné à notre esprit de comprendre qu’en vérité la parole du Christ procède du « Père des Lumières », la parole du Seigneur contient donc la lumière de la vie divine et celui ou celle qui lui ouvrira son cœur sera visité par la grâce qui révèlera dans l’être en esprit et en vérité, la « personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu », telle est la divine promesse du Seigneur donnée à l’homme son bien-aimé.

 

Au Père inengendré, au Fils engendré et à l’Esprit qui nous engendre spirituellement, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

dimanche 18 septembre 2022

Banquet et robe nuptiale.

                                                                                                                             

(Matthieu 22, 2 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à venir vers elle, afin de recevoir le don de notre robe nuptiale, pour participer aux noces spirituelles et au banquet mystique, autour de l’Autel qui est la table royale où trône la Divine Trinité, pour célébrer ensemble la Divine Liturgie. La robe nuptiale symbolise ici, toutes les conditions personnelles, ecclésiales et spirituelles à mettre en œuvre pour rencontrer le Roi des rois, Son Fils Jésus, le Saint-Esprit…et notre prochain. 

 

Nous avons déjà entendu parlé, des vêtements spirituels que doivent revêtir ceux qui désirent vivre selon l’Evangile, ces habits bénis que sont les Dons de l’Esprit de Dieu énumérés par saint Paul et qui sont « l’amour, la paix, la joie » ainsi que les autres dons que Dieu donne à qui les Lui demande. Ces dons nous sont proposés en vue de créer avec Dieu la robe nuptiale vivifiante qui nous est personnellement destinée, la qualité de notre robe nuptiale sera aussi une icône, un témoin fidèle de toutes nos œuvres existentielles.    

 

Mais dirons-nous peut-être, de quoi est donc faite cette fameuse robe nuptiale si désirable et si nécessaire pour être reçu comme un convive à la table divine ? Elle est tissée de lumière et de vie… la robe nuptiale est faite de la lumière incréée, de cette lumière plus que lumineuse qui irradiait de la splendeur du Dieu vivant, au sommet du Mont Thabor, où le Seigneur Christ s’est transfiguré devant Jean, Pierre, Jacques, et devant les prophètes Moïse et Elie. Cette belle robe nuptiale lumineuse, ne peut être tissée par nos seules œuvres humaines, bien qu’elle soit faite avec nous et pour nous, elle est le premier vêtement spirituel originel fait pour l’homme sorti des mains créatrices de notre Père du Ciel, ces mains saintes, pures et divines que sont le « Verbe et l’Esprit ». Mais l’ultime et véritable robe nuptiale donnée par la grâce de Dieu, sera le « corps de gloire », c’est à dire notre « corps transfiguré et déifié » semblable par grâce à celui de notre Seigneur, le Saint Ressuscité. 

 

Le Seigneur dit : « le Royaume des Cieux est semblable à un roi qui fît un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités à la noce, mais ils ne voulurent pas venir ». Nous connaissons tous, les serviteurs de Dieu qui nous ont été envoyé à travers le temps et l’espace dans l’histoire de l’humanité, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Anges, et de nos jours, l’Eglise dans laquelle les prêtres ne se lassent pas d’inviter les hommes, à venir tous se rassasier des nourritures spirituelles et en premier, du « Corps et du Sang de notre Seigneur ». 

 

Saint Paul dit à son disciple Tite : « toi, enseigne à temps et à contre temps, tout ce que je t’ai enseigné », de même, les prêtres ne cessent de nous rappeler l’enseignement évangélique et de nous prier de venir avec assiduité à l’Eglise, au banquet royal divino-humain, car c’est là et seulement là, que nous pouvons espérer recevoir toutes les grâces et bénédictions utiles pour façonner peu à peu notre robe nuptiale et nous préparer à festoyer spirituellement dans l’éternité du très saint Royaume de Dieu. 

 

L’Evangile nous dit encore : « de nouveau, il envoya d’autres serviteurs…tout est prêt, venez aux noces ! Mais ils ne voulurent pas venir ». Cette parole, renvoie chacun et chacune d’entre nous à lui-même, certes nous sommes venus aujourd’hui et nous avons dit « amen » à l’invitation divine. Mais notre présence, dans l’Eglise-Royaume, de quoi est-elle en « esprit et en vérité le signe » et quel en est le sens réel et le fruit dans notre vie? Le saint Evangile nous est donné comme une source de méditation pour vivifier notre existence, et non comme un discours basé sur l’infantilisation et des interdits qui relèvent d’une psychologie de pacotille. 

Nous pouvons être là, dans l’Eglise, et pourtant toutes sortes de résistances intérieures peuvent se réveiller et nous travailler, les pensées alors ne nous lâchent pas, la concentration semble impossible, la liturgie paraît interminable. L’Evangile de ce jour témoigne de toutes ces choses dans notre âme qui peuvent nous parasiter, mais cette épreuve de l’âme peut devenir pour nous libératrice, si nous acceptons de l’accueillir et d’agir avec l’intelligence du cœur.    

 

L’Evangile poursuit : « mais ils ne tinrent pas compte de cette invitation et s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce, et les autres s’emparèrent des serviteurs, les maltraitèrent et même les tuèrent ». L’Evangile nous montre ainsi des invités dont l’âme est instable, ils oscillent entre ignorance, indifférence et folie meurtrière, individus désorientés par les pensées insensées de leurs cœurs, possédés par leurs possessions, ballotés au gré de leurs états d’âme, orphelins de leur précieuse humanité, perdus en eux-mêmes au point d’être devenus comme insensibles à la rencontre possible avec le Roi et son Fils. 

 

Alors, le roi dit à ses serviteurs : « le festin est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes ; allez dans les carrefours et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver » ! Pourquoi donc, les invités se sont-ils eux-mêmes rendus indignes du festin ? Le Seigneur nous éclaire : « parce qu’ils calculent chacun pour soi et en soi, si au fond çà vaut vraiment la peine de se déplacer à l’Eglise, pourquoi sont-ils ainsi? Pour toutes sortes de raisons, par désintérêt, manque de foi, d’espérance et d’amour envers Dieu, leur prochain et la sainte Eglise du Christ. La conversion de leur cœur a beaucoup de mal à se réaliser, l’esprit résiste à la grâce, la vie religieuse se limite au minimum et ne permet pas un enracinement réel dans la vie spirituelle et dans l’Eglise. C’est pourquoi, l’humanité se revêt de ténèbres qui engendrent dans les âmes incrédules et non converties, les malheurs éprouvants de ce monde qui ont pour nom générique la « dépression » avec son cortège d’illusions pathologiques. 

 

Alors dit l’Ecriture : « les serviteurs du roi s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle des noces fût remplie de convives ». Cette multitude d’individus appelés au festin céleste, est celle qui était encore en dehors de l’Eglise, elle ignore tout ou presque de ce roi qui les invite, mais cette sorte d’innocence par ignorance ne peut suffire à justifier leur refus de connaître qui est en vérité ce roi. 

 

C’est pourquoi, nous ne pouvons pas venir dans l’Eglise par habitude et sans conversion véritable de notre cœur, sans désir de Dieu librement choisi, sinon nous nous privons nous-mêmes de l’héritage divin. « Etre orthodoxe, c’est le devenir, » c’est tout faire pour ressembler au Christ notre Dieu, le Christ est allé à la Synagogue, nous sommes donc invités à l’imiter et à aller à l’Eglise. La vie selon Dieu ne se résume pas à des pensées sur Dieu, mais à agir de manière digne d’un chrétien orthodoxe, sinon nous risquons de nous voir mettre à la porte et de nous entendre dire par le Seigneur la parole qu’Il a dite aux vierges folles : « Je ne vous ai jamais connu ». Nous pouvons venir à l’Eglise quelques soient nos états d’âmes, car nous savons que « le Seigneur témoigne lui-même qu’Il est venu pour les malades et non pour les biens portants », mais le roi ne peut nous donner audience ni nous guérir en notre absence.  

 

Ensuite dit l’Evangile : « le roi entra pour voir les convives, et il aperçut un homme qui ne portait pas l’habit nuptial. Il lui dit : « mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit nuptial ? Mais l’homme resta muetqui est l’homme muet, c’est celui qui ne parle ni avec Dieu ni avec l’homme, c’est celui, dont la présence au banquet n’est motivé que par le voyeurisme et l’intérêt pour les nourritures matérielles du banquet. Il n’entre pas en lui-même et n’entend pas le roi lui dire « mon ami », parole qui aurait pu le sauver de sa solitude tragique et provoquer une ouverture dans son esprit, alors le roi dit aux serviteurs : Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres extérieures ». Gardons-nous de porter un jugement sur l’attitude du roi ou sur l’homme muet, rentrons en nous-mêmes et voyons d’abord dans quel état est notre propre robe nuptiale.

Ainsi, il est absolument illusoire de penser qu’il suffit d’être là dans l’Eglise pour être sauvé, de faire acte de présence sans s’engager vraiment dans la conversion du cœur et dans la vie spirituelle. L’Eglise est l’œuvre de tous, c’est notre plus beau chantier commun, c’est le trésor des trésors que nous devons transmettre à nos enfants, et à tout homme et toute femme de bonne volonté. La robe nuptiale se tisse dès le plus jeune âge, sur le métier liturgique et sur la conversion de notre esprit, dans le désir simple et réel qui consiste à suivre et à vivre avec Celui qui nous dit : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

 

La prière liturgique est pour nous le temps privilégié et favorable, pour demander à la Divine Trinité tous les biens précieux et nécessaires pour notre salut, ces biens qui sont tous contenus dans l’expression générique de « robe nuptiale ». C’est pourquoi, les saints et les anges nous recouvrent de leur robe glorieuse et de leur sainte prière, afin que notre Dieu, Ami de l’homme, nous comble de bénédictions pour notre salut. 

 

L’Eglise tout en étant la plus belle icône du Royaume de Dieu ne s’impose pas, elle respecte la « liberté glorieuse des enfants de Dieu », elle attend donc comme une mère spirituelle très sage, humble et patiente, que viennent les véritables invités du Seigneur. L’Eglise a comme vocation de transformer les « appelés » que nous sommes tous en « élus et amis de Dieu », et cette sainte vocation divino-humaine et ascétique se réalise de manière privilégiée, au cours du banquet mystique qui est la célébration ensemble de la Divine Liturgie. 

 

Saint Jean nous enseigne dans son Prologue : « que tout a été fait par le Verbe, que celui-ci est la vie et que la vie est la lumière des hommes », la robe nuptiale qui est faite de cette lumière du Verbe éternel, s’engendre donc pour nous chrétiens orthodoxes à partir de la vie divine en Christ et dans son Eglise et nulle part ailleurs. Si donc, nous voulons que Dieu lui-même nous revête de Sa lumière, venons communier au Corps et au Sang du Christ, car « l’Eucharistie est la matrice spirituelle » de cette robe nuptiale. Ne soyons pas « muets » comme cet homme qui n’avait pas la robe nuptiale, mais parlons à Dieu, parlons avec Dieu, parlons entre nous, par la louange à travers la Divine Liturgie et ce faisant, nous donnons à Dieu l’occasion de répondre à notre prière liturgique et à notre prière personnelle. 

 

Au Père et Roi qui bénit les noces spirituelles de Son Fils avec l’humanité, à l’Esprit Saint qui nous invite sans cesse au festin divino-humain, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon

 

dimanche 11 septembre 2022

Sel de la terre et lumière du monde

(Math. 5, 14 à 19)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, l’Eglise nous remémore cette parole éblouissante du Seigneur « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », saint Jean nous dit que « qu’en lui, le Verbe divin, était la vie et que la vie était la lumière deshommes », là le Seigneur de gloire glorifie l’homme en lui disant « tu es la lumière du monde », divine humilité du Christ qui montre à quelle hauteur il situe la personne humaine. 

 

Que penser, que dire, que faire devant une telle parole, peut-être juste commencer à y croire vraiment et ne plus s’embourber dans les pensées stériles habituelles du style « je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne suis pas digne et autres mises à mort de notre âme ». Ce qui est demandé, c’est de ne plus laisser notre sel de l’esprit s’affadir et de témoigner par notre lumière devant les hommes, pourquoi ? Afin que « les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est aux cieux ». 

 

En Genèse 19, 26 il est écrit « elle devint une statue de sel », une telle statue n’est qu’une idole sans vie et momifiée, alors que le sel dont parle le Seigneur est celui de la sagesse créatrice qui est une grâce divine qui permet de se façonner avec Dieu, une vie et une existence qui vaille la peine d’être vécue. Saint Marc, 9, 50 commente le sel dont parle le Seigneur en disant « ayez du sel en vous-mêmes pour vivre en paix, les uns avec les autres », nous pouvons en conclure que la paix est la véritable saveur du sel spirituel. Mais de quelle paix s’agit-il ? De celle dont le Christ nous dit « Je vous donnerais la paix qui surpasse toute intelligence », c’est pourquoi saint Paul enseigne à la suite de saint Marc que « votre parole soit toujours aimante, et de plus assaisonnée de ce précieux sel qui est l’art de répondre à chacun avec intelligence ». 

 

« Vous êtes la lumière du monde », là aussi comme pour le sel, nous pouvons méditer sur Genèse 1, 4 « Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres », la lumière est singulière et unique, alors que les ténèbres sont aussi nombreuses que nos pensées non purifiées par l’Esprit Saint, toutes ces pensées humaines trop humaines qui ne cessent d’essayer de nous limiter à la sphère psycho- somatique et matérielle. 

 

Si donc nous voulons nous séparer des ténèbres, il sera nécessaire de prier Celui qui est non seulement la Lumière absolue, mais aussi le créateur et donateur de la lumière spirituelle qui peut illuminer les ténèbres les plus ténébreuses ce dont témoigne saint Jean 1,5 « la lumière luit dans les ténèbres ». Peut-être quelqu’un dira que tout cela est bien beau, mais comment sortir réellement de nos ténèbres, la création divine est bien faite et ce sont les « tournesols » qui vont nous donner la solution, nous pourrions peut-être comme eux nous tourner vers notre beau soleil spirituel le Christ, qui rayonne au sein de la vie liturgique de notre Eglise. 

 

En saint Jean 8,12 le Christ dit « Je suis la lumière du monde » et ailleurs « marchez, tant que vous avez la lumière », tant que vous existez dans ce monde, ne le quittez pas en état de ténèbres que n’éclaire plus aucune espérance d’une vie possible après la mort. Nous pouvons ici comprendre, c’est à dire « prendre avec nous », cette parole divine comme le signe qui montre que la voie des béatitudes est celle qui révèle dans l’homme la lumière qui l’habite et peut faire de lui et avec lui un bienheureux selon la grâce divine, le bienheureux est vraiment « sel de la terre et lumière du monde ».

 

Le malheureux individualiste autant révolté contre Dieu que contre l’homme, plongé dans les ténèbres du manque de discernement spirituel, aveuglé pas les pseudo lueurs d’un monde replié sur lui-même, se meurt de solitude aride et réfractaire à toute spiritualité religieuse.

C’est pourquoi, saint Paul en 2 Cor 6, 14 dit « quoi de commun entre la lumière et les ténèbres » ? La lumière et les ténèbres étaient incompatibles jusqu’à l’incarnation parmi nous du Christ qui est la « véritable lumière qui peut éclairer tout homme dans ce monde », à condition que l’homme de ténèbres désire accueillir la vie lumineuse divino-humaine. Si donc, nous voulons émerger hors de nos ténèbres intérieures et nous engendrer à la lumière de la vie, nous pouvons nous tourner résolument vers Dieu, selon la parole de saint Jean en 1, 5 « Dieu est Lumière, il n’y a aucune ténèbres en Lui », car nous savons que si un « aveugle guide d’autres aveugles, ils finissent tous par tomber dans l’abîme ». 

 

La lumière dont il est témoigné ici est celle de l’esprit d’intelligence, dont nous parle saint Paul, en 1 Cor 2, 11 « car qui connaît les choses dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui...et qui connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu ». L’apôtre Paul souligne ici avec réalisme ce double mouvement unissant Dieu et l’homme, celui de se connaître par l’esprit qui sonde les profondeurs de l’être et donne la connaissance divino-humaine par la grâce de Dieu.

 

« Vous êtes la lumière du monde », si donc je désire m’éclairer par cette lumière, il me faut aller la chercher à la source intarissable qui est le Christ qui nous dit lui-même « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et donc croire que même dans nos ténèbres, le salut de Dieu est possible. Dieu est vivant et lumière, l’Eglise est notre Mère lumineuse, spirituelle et religieuse auprès de laquelle nous pouvons expérimenter la vie en Dieu proposée à tout baptisé au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans l’Eglise corps du Christ se trouve toute l’œuvre divino-humaine du Seigneur, c’est pourquoi, Dieu l’a déposée au cœur du monde comme un phare lumineux, avec comme vocation d’illuminer les ténèbres de ce monde et éveiller l’humanité endormie. 

 

La méditation du mystère de l’Eglise comme lumière divine est vitale pour nous orthodoxes, car elle aussi notre propre mystère et la lumière enfouie au fond de notre être, l’Eglise de Dieu est une icône de l’économie divine dans le monde et un miroir lumineux où chacun et chacune peut recevoir la grâce de voir le Dieu vivant face à face sans mourir.

 

« Vous êtes la lumière du monde », l’Eglise, lumière divine incarnée, n’est-elle pas « le Corps du Christ dont IL est la tête ? » Elle nous transmet toute la lumière spirituelle que nous pouvons espérer, dont nous pouvons nous nourrir et nous désaltérer pour pratiquer l’ascèse qui convient à notre désir de vie orthodoxe. 

 

« Vous êtes la lumière du monde », c’est là tout simplement notre vocation depuis notre création originelle, sinon comment pourrions-nous en vivre, cette lumière que nous sommes et qui nous habite, doit commencer par se révéler ici dans notre réalité terrestre, non, il ne s’agit pas de faire des choses extraordinaires ou de jouer les originaux, mais d’apprendre à mettre jour après jour de manière modeste mais régulière en œuvre l’enseignement évangélique, de venir à l’Eglise régulièrement pour concélébrer ensemble dans la lumière liturgique les mystères du Christ, dont la finalité ultime est le salut éternel de l’homme.  

 

« Vous êtes la lumière du monde », du monde pas du « Royaume de Dieu », la lumière plénière sera là lorsque selon la promesse divine « Dieu sera tout en tous », avec espérance, écoutons et pratiquons la sagesse de l’Eglise et bénissons Dieu pour toutes ses grâces.

 

Au Père source de la lumière, au Fils incarnation de la lumière et à l’Esprit illuminateur, soit la gloire et la louange, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

dimanche 4 septembre 2022

Le jeune homme riche

 


(Math. 19, 16 à 26)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous transmet cette parole vivifiante du Seigneur « si tu veux la vie, observe les commandements divins », puisque ces commandements nous sont donnés par Dieu, rencontrer Dieu à travers eux devrait devenir notre priorité existentielle, selon cette autre parole du Christ « vends tout ce que tu possèdes et suis-moi », entendant cela, le jeune homme riche s’en alla attristé, car il avait de grands biens, cette attitude est à l’opposé de celle qui est utile pour suivre le Christ, à savoir « le renoncement », renoncer n’ayant rien à voir avec se renier ou se dépouiller de manière irréfléchie, mais à instaurer une relation d’humanité à travers les biens, tant matériels que spirituels. 

 

L’attitude du jeune homme riche est un témoignage qui confirme la parole du Seigneur disant « que sert-il à un homme de posséder le monde entier, s’il y perd son âme », même si, ce jeune homme dit lui-même que depuis son enfance, il met en œuvre la loi mosaïque, qu’il est un Juif pieux et pratiquant, oui, nous pouvons nous aussi comme lui, nous illusionner totalement si nous pensons que la seule pratique extérieure des rites et des savoirs purement intellectuels suffisent pour vivre selon l’évangile de vie et être sauvé. 

 

L’Evangile de ce jour, souligne qu’en vérité ce n’est pas la seule « quantité des biens » qui nous freine ou nous empêche de suivre le Christ, mais la qualité de notre relation au Christ et à nous-mêmes, on peut être attaché très fortement et parfois plus à peu qu’à beaucoup de biens. La majorité des humains ne roule pas sur l’or, comme dit le dicton populaire, et pour autant ne suivent pas le Christ, ni la grande richesse, ni la petite richesse, ni même la pauvreté matérielle, ne sont un obstacle pour celui ou celle qui désire et qui décide de suivre avec ténacité notre Seigneur. En réalité, le mur de séparation entre Dieu et l’homme, n’est autre que l’homme lui-même, selon le désir profond et le sens qu’il veut donner à son existence, si par exemple, une voie religieuse claire est choisie, il sera possible de se donner les moyens matériels et spirituels de la réaliser. 

 

L’Eglise a reçu de Dieu cette vocation à donner au croyant l’aide spirituelle sans laquelle, il est impossible de cheminer avec le Christ, cette aide fondamentale est basée en premier sur la célébration liturgique qui donne la communion au très saint Corps et Sang du Seigneur. Cette communion essentielle et substantielle est accompagnée par l’enseignement évangélique nécessaire à la compréhension des saints mystères que célèbre l’Eglise orthodoxe, compréhension qui demande l’union de la lettre et de l’esprit. Saint Paul dans 2 Cor, 3-6 rappelle que la « lettre tue, mais l’esprit vivifie », il ne dit pas que la lettre est meurtrière par nature, mais elle peut le devenir à chaque fois que l’homme se radicalise dans une attitude non purifiée par la lumière de l’esprit. 

Pour proposer au jeune homme riche des outils de discernement, le Seigneur lui ouvre un chemin spirituel possible en nommant les causes principales à la source des conflits intérieurs et extérieurs, que dit-il ? « tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de témoignages mensongers, aime ton père et ta mère et ton prochain comme toi-même ». 

 

« Tu ne tueras pas » est le premier commandement cité, tuer est la négation de la vie, c’est une aberration et une perversion de la nature humaine, c’est une réalité irréversible qui ne peut trouver de pardon qu’en Dieu le créateur de la vie, par une conversion intérieure profonde à l’image du fils prodigue, car ce que l’homme a tué comment pourrait-il le restaurer ? Ce drame presque absolu au sein de l’humaine condition, trouve un écho dans le meurtre d’Abel par son frère Caïn, tragédie indicible qui marque comme au fer rouge l’âme et s’incarne au cœur même de la mémoire collective et inconsciente de l’humanité, car l’homme oublie que Dieu ne demande « ni holocauste ni sacrifice humain ».

 

Unir la lettre avec l’esprit, c’est apprendre à unir l’intelligence avec le cœur, et construire ainsi l’harmonie de l’être vivant selon la sagesse divino-humaine, cette quête de l’équilibre est inaccessible à la seule pensée ou aux paroles non suivies d’actes spirituels. L’apôtre Jacques en son épître 5, 6 écrit « vous avez tué le Juste, qui ne vous a pas résisté », ce juste est le Christ, victime innocente de la désunion quasi totale entre la lettre et l’esprit, de la rupture entre le cœur et l’intelligence, qui amplifie les ténèbres de l’homme sans foi ni loi.  

 

Arrêtons-nous un peu sur le dernier commandement que le Christ recommande au jeune homme riche « tu aimeras ton prochain comme toi-même », cette parole est le début, le milieu et la fin de toute l’ascèse orthodoxe, seule la culture de l’amour divino-humain du Seigneur, peut empêcher de tuer, voler, mentir, il ne  s’agit pas ici d’un amour philosophique, pétri par l’argile périssable des sentiments émotifs, des belles paroles superficielles et sans avenir, dont nous savons qu’il ne peuvent pas survivre dans la réalité de la vie concrète. 

 

L’amour dont le Seigneur parle trouve son expression qualitative dans le chant du Cantique des cantiques, chant des fiançailles entre l’âme et Dieu, entre l’homme et la femme, écoutons-le qui chante « où es-tu ma bien-aimée, ma colombe, mon unique beauté » ou encore « où es-tu mon bien-aimé, mets-moi comme un sceau sur ton cœur, mets-moi comme un sceau sur ton bras, car l’amour est plus fort que la mort ».

 

En vérité, un tel amour est celui que nos saints pères et saintes mères ont vécu dans leur relation aimante avec Dieu, un tel amour est proposé à tout homme ou femme dans l’Eglise qui est par vocation d’essence nuptiale. N’est-ce pas cet amour divino-humain qui seul est en mesure d’éradiquer le mur de séparation de l’homme avec Dieu, de l’homme avec la femme, de l’homme avec l’homme, de l’homme avec la création divine. 

Dieu proposerait-il un amour qui serait incompatible et hors de portée de la nature humaine, lui qui nous dit « aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimé » ?  Nous voici à la croisée du chemin de l’existence, qui choisirons-nous de suivre, le Christ amour absolu qui peut et veut vivifier notre vie entière ou les chemins hasardeux de l’errance entre la multitude des tentations incapables de nourrir notre désir d’une vie qui vaille la peine d’être vécue.

 

Nous n’ignorons pas que le Seigneur nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », certainement l’acquisition de l’état de christ aimant, saint, humble et sage, est hors de portée par nos seules forces humaines, mais nous croyons qu’il est tout à fait possible d’y travailler et de trouver pour une telle ascèse toutes les grâces et aides utiles au sein de l’Eglise orthodoxe. 

 

Au Père, source de l’Amour, au Fils amour incarné et à l’Esprit d’amour, soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

dimanche 28 août 2022

Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu

 

    

 (Luc 10, 38 à 42 et 11, 27 à 28)

                                          Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, l’Eglise nous propose de méditer sur la Dormition de la très sainte Mère de Dieu, Dieu bénissant nous espérons pouvoir en dire quelques modestes paroles dans une homélie à venir. Nous proposons de nous limiter en ce jour, à quelques réflexions sur l’attitude de Marthe et Marie, les saints Pères, y voient une représentation de l’action et aussi de la contemplation.

 

Marthe et Marie sont sœurs, elles sont donc unies par une alliance parentale indissoluble, de même, nous pouvons considérer que l’action et la contemplation sont unies ensembles pour une alliance au service de la vie religieuse et spirituelle. Le Seigneur dit « Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses…pourtant, une seule chose est nécessaire », que signifie cela pour nous et surtout à quoi doit aboutir notre vie spirituelle ? Nous devons nous aussi veiller comme Marthe de manière à pouvoir accueillir le Seigneur et ensuite comme Marie nous asseoir à ses pieds et apprendre à l’écouter dans une rencontre personnelle avec Lui.

 

Comment et où ferons-nous cela de manière concrète ? Dans l’Eglise, c’est là que nous sommes en présence de Dieu, et comment Dieu se révèle t’il, par la médiation de la célébration de la Divine Liturgie, comment nous parle t’il, à travers les lectures et en particulier dans l’écoute attentive du saint Evangile de vie. Accueillir Dieu demande notre présence par la prière liturgique qui doit être sans agitation, car l’agitation de Marthe nous renvoie par métaphore à celle de nos pensées, qui ne cessent de nous parasiter et finissent par rendre impossible de nous asseoir aux pieds du Christ, nous privant alors de l’unique nécessaire, la communion ici et maintenant avec notre Seigneur. 

 

Le Seigneur dit « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée », le Christ souligne ici, qu’il nous appartient de faire le bon choix dans notre existence afin que notre part ne nous soit pas enlevée. Le Seigneur ne dit pas que Marie l’aime plus que Marthe, il ne dit pas non plus qu’il est lui-même la meilleure part. Ce que le Seigneur souligne, c’est que Marie a choisi la meilleure part pour elle, elle a choisi ce qu’elle a ressenti intérieurement comme le plus désirable dans la venue de Jésus le Prophète. Le Seigneur ne dit pas que Marie est meilleure que Marthe ou  que la contemplation est meilleure que l’action, non, IL loue simplement le discernement de Marie, pourquoi ? Parce qu’elle sait se libérer du monde extérieur en se centrant sur le Christ, elle ressent de l’intérieur que rien d’autre n’a plus d’importance que la présence de ce prophète venu dans leur maison. Elle sait aussi que c’est lui seul qui décide de toute rencontre avec lui, ceci souligne qu’il faut rester humble, car en vérité, l’action et la contemplation sont nécessaires, mais insuffisants par eux-mêmes pour nous faire rencontrer le Christ en esprit et en vérité. Dieu reste libre souverainement dans toutes ses œuvres divino-humaines.

 

Le don de la meilleure part, ne dépend ni de Marthe ni de Marie, ni de l’action ou de la contemplation, même si les deux sont nécessaires, mais de la seule grâce divine. C’est pour cela que l’Evangile souligne que « Jésus entra dans un village et une femme le reçut dans sa maison », Dieu garde l’initiative de visiter qui il veut, quand il veut et comme il veut. Dieu reste l’initiateur de toutes ses œuvres, que ce soit dans l’Eglise, chez nous ou en nous. Il est écrit qu’une « femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison », celle-là même à qui le Christ dit « de ne pas se soucier ni de s’agiter », pourquoi ? Parce que lorsque Dieu est là, l’action et la contemplation deviennent secondaires, seule l’expérience de la rencontre divino-humaine avec Dieu devrait être notre unique nécessaire. 

Cette narration évangélique est en réalité un des signes précurseur et prophétique de cette autre parole merveilleuse du Seigneur « voici je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un m’entend et ouvre, Nous entrerons moi et mon Père pour dîner avec lui », c’est aussi pour cela que saint Paul nous rappelle que nous sommes « temple de l’Esprit Saint » pour y accomplir notre vocation véritable « accueillir Dieu ». La Bonne Nouvelle évangélique nous est transmise de génération en génération, par l’action et la contemplation liturgique, pour cette seule et unique raison, nous préparer à la rencontre personnelle avec le Seigneur.

 

Marie ne reste pas inerte dans sa contemplation, elle voit le Seigneur qui entre, elle se lève et va vers lui pour s’asseoir à ses pieds et l’écouter de tout son être, ce qui est une véritable action sainte et sacrée. De même, le Christ bénit Marthe, mais lui montre que son action est utile pour autant qu’elle la rapproche de Dieu. Que ferons-nous alors nous-mêmes pour vivre l’expérience spirituelle de Marthe et de Marie ? La réponse nous est donnée à la fin de l’Evangile par le Seigneur lui-même qui dit « heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ».

 

Cette parole révèle exactement le sens de l’expérience de Marthe et de Marie, qui nous est proposée. Quelle sera ici, notre ascèse de vie et l’action la plus nécessaire, n’est-ce pas la célébration régulière de la Divine Liturgie qui sera préparée et soutenue par notre prière personnelle dans un esprit de service et de contemplation envers notre Seigneur. Nos saints Pères et saintes Mères, ont pris cette parole du Seigneur à la lettre et l’ont vivifiée par leur esprit, et aujourd’hui nous aussi avec eux, nous essayons d’écouter et de mettre en pratique l’enseignement que le Seigneur a déposé comme un trésor spirituel dans l’Eglise.

 

Marie, Mère de Dieu et notre Mère spirituelle, nous donne la clé de l’action bénie par l’Esprit Saint par cette parole qu’elle nous adresse à travers sa présence aux noces de Cana, que dit-elle ? « faites tout ce qu’IL vous dira », faire ce que le Seigneur nous dit, signifie ici pour nous apprendre à vivre de manière orthodoxe, voilà l’action qui porte en elle la véritable ascèse contemplative. 

 

« Tout Don parfait, vient de toi Père des lumières, et nous te rendons gloire ainsi qu’à ton Fils unique et à ton Esprit Saint, amen », nous pouvons comprendre que la contemplation selon Dieu ne peut être qu’un don de Dieu, aussi tout comme nous apprenons l’action selon Dieu à travers la célébration liturgique, nous pouvons aussi en Dieu et dans l’Eglise apprendre à contempler de manière éveillée, la présence divine à travers la Divine Liturgie. Ainsi, agir pourra être pour nous concélébrer et contempler sera pour nous être attentif aux paroles et aux actes liturgiques, puisque nous confessons la présence de Dieu dans la Divine Liturgie et les saints Offices de l’Eglise, et Dieu bénissant, nous apprendrons peu à peu, par les prières de nos saints Pères, à veiller et à nous tourner vers l’unique nécessaire, notre Seigneur Jésus-Christ. 

 

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire », nous dit le Seigneur, qu’il nous accorde la grâce de vivre   avec simplicité, modestie et de manière liturgique notre relation avec Lui, avec l’Eglise, avec   l’humanité et  avec la création, selon notre vocation et notre réalité existentielle.

 

Béni soit notre Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

vendredi 19 août 2022

Homélie du 19 Août 2022 

                                                                     La Transfiguration

(Mat. 17, 1 à 13)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

Aujourd’hui, la sainte montagne du Thabor, c’est à dire, notre sainte Eglise orthodoxe nous donne de contempler prophétiquement la gloire divine et notre propre gloire sur la Montagne spirituelle à venir qui est le Royaume de Dieu. L’Eglise témoigne de la vie divino-humaine, selon cette parole du Notre Père « sur la terre comme au ciel », et non le contraire. Moïse et Élie partagent avec le Seigneur la lumière de la Transfiguration, c’est pourquoi, ils peuvent s’entretenir en toute sérénité avec lui, sans peur d’être plus ou moins renversé, comme le sont Pierre, Jacques et Jean, renversé signifie ici « être retourné de l’intérieur ». Ailleurs, le Seigneur dit que « Jean est le plus grand des hommes né d’une femme, mais le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui ». Le Royaume est l’Eglise des « saints transfigurés », en route vers leur « déification » là où Dieu lui-même leur donnera un « nom nouveau personnel », sceau royal de leur vocation pour l’éternité.

 

Cette expérience mystique -la transfiguration- est le fruit promis ailleurs par le Christ, lorsqu’il affirme, six jours avant : « En vérité, je vous le dis, il en est ici présents, qui ne goûterons pas la mort, avant d’avoir vu le Fils de l’Homme venant avec son Royaume ». Qui sont ceux qui sont ici « présents et qui ne goûteront pas la mort » ? Ce sont ceux qui sont présents aux Divines Liturgies et qui ont foi en la promesse du Seigneur. Le Seigneur ne dit pas « avant d’avoir vu le Fils de Dieu venant avec son Royaume, mais le Fils de l’Homme ». Le Royaume de Dieu appartient depuis toujours et pour toujours au Fils de Dieu, le Fils est lui-même le « Corps spirituel » de ce Royaume, tout comme il est le  « Corps spirituel » de l’Eglise. Pourquoi Dieu, voudrait-il ce qu’Il possède déjà ? Le Royaume est donc proposé au fils de l’homme, c’est à dire, à tout homme et à toute femme de bonne volonté qui par la grâce de la vie orthodoxe devient  «fils et fille de Dieu, cohéritiers avec le Seigneur ».

 

Le Seigneur dit « avant d’avoir vu le Royaume », il ne dit pas avant « d’entrer » dans le Royaume, aujourd’hui, voir le Royaume comme de loin est donné à Pierre, Jacques et Jean, mais être dans le Royaume est la grâce donnée à Moïse et à Elie et aux bienheureux du Seigneur. N’est-il pas écrit « bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux », que ferons-nous alors pour devenir de tels pauvres et hériter le Royaume ? Le Seigneur dit « demandez et vous recevrez », nous pouvons donc prier Dieu de nous donner par grâce « l’unique nécessaire » dont il parle à Marthe et Marie, c’est à dire, « l’Esprit Saint ». Non pas pour dresser trois tentes, pour le Seigneur, Moïse et Élie, mais pour construire notre sainte, humble et très aimée montagne de Dieu… l’Eglise, dont nous sommes par vocation les pierres vivantes. Mais pour engendrer l’Eglise selon Dieu et avec Dieu, nous devons devenir, peu à peu, des christs par la grâce divine, car nous rappelle saint Irénée de Lyon « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » et cette gloire commence justement avec « la transfiguration de l’homme » que l’Eglise divino-humaine célèbre aujourd’hui.

 

Existe-t-il ici bas, un lieu plus saint, spirituel et sacré, que notre sainte Eglise orthodoxe ? 

Existe-t-il ici bas, un lieu autre que l’Eglise dans laquelle vit avec nous la cour céleste, à savoir, la Divine Trinité, la Mère de Dieu, les Saints et les saints Anges ? « L’Eglise n’est-elle pas le Corps du Christ dont il est la Tête » ? N’est-ce pas dans l’Eglise que nous accomplissons ensembles, les mystères divins dans leur plénitude, par la Divine Liturgie et la communion de la Cour céleste avec la cour terrestre représentée par la communauté des croyants ? Saint Paul, nous enseigne que Dieu nous a donné « la vie, le mouvement et l’être », et le mouvement spirituel indispensable pour unir la vie avec l’être, c’est ce qui nous réunit ici aujourd’hui, la « célébration liturgique ».La Divine Liturgie ne met-elle pas en œuvre, là devant nous, avec nous et pour nous, le saint et vrai « mouvement vivifiant » qui unit l’homme à Dieu, l’homme à l’homme, l’homme avec la création ?

Le Seigneur dit ailleurs « viens et vois » en réponse à une demande qui lui est adressée en ces termes « où habites-tu Seigneur », le Seigneur est partout présent et Il remplit tout, mais il n’est pas encore « tout en tous ». Si l’Eglise est le Corps du Seigneur, alors le Seigneur habite l’Eglise comme il habite Son corps, et si chacun d’entre nous est « temple de l’Esprit Saint » comme l’affirme l’apôtre Paul, alors notre seule et unique vocation est de cohabiter avec notre saint Dieu, c’est à dire « être un seul Esprit avec lui ».

 

Le Seigneur dit encore « le temps vient, et il est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité », ce qui signifie non sur telle ou telle montagne, mais là où est Dieu, c’est à dire d’abord en  nous. Où en nous ? Ne sommes-nous pas tout entier « temple de l’Esprit Saint » ? Créés à son Image qui nous habite, notre ressemblance à cette image, sera fidèle autant que  notre personne deviendra orthodoxe. Avec Marie, l’humble servante du Seigneur « méditons toutes ces choses dans notre cœur », ressentons dans le silence intérieur, la parole prophétique de l’Apôtre Paul « Il est grand le mystère du Christ et de l’Eglise ».

 

Voici donc devant nous, avec nous et en nous, L’Eglise enceinte de toutes les saintes grâces, bénédictions et dons divins déposés en elle par l’Amour de Dieu pour l’humanité. Ne serait-ce pas folie que de croire qu’il est possible de trouver en-dehors de l’Eglise, ce qu’elle est depuis toujours et pour toujours. L’Eglise est la chambre haute qu’illumine la sagesse de Dieu, la source d’où coule l’eau vive sur les croyants, le royaume d’amour dans lequel le Père serre dans ses bras que sont le Verbe et l’Esprit, l’humanité errante dans le désert aride de ce monde.

 

Il est grand le mystère du Christ et de l’Eglise, et saint Matthieu nous dit « à vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu, tandis qu’à ces gens là, cela n’a pas été donné », qui sont ces « gens-là » ce sont ceux qui restent en-dehors de l’Eglise, bien qu’ils soient eux aussi les « appelés » du Père. Existe t’il un malheur plus grand, pour un Chrétien orthodoxe, d’être dans l’Eglise et de ne pas recevoir l’intelligence des mystères du Royaume de Dieu ? Toute la sainte révélation divine est déposée dans l’Eglise-Royaume, et sa connaissance est accessible par la participation à la vie liturgique, il nous faut donc « être présent et veiller sur nous-mêmes et sur l’autre avec humilité et bienveillance » et cela au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 

 

Le Seigneur est là « humble et doux, lui, le plus beau des fils de l’homme avec la grâce répandue sur ses lèvres », il vient au milieu de nous dans l’Eglise, pour accomplir librement sa mission, le salut de l’homme. IL est là devant nos yeux, le voyons-nous, dans nos oreilles, l’entendons-nous, dans nos mains, le touchons-nous, dans notre bouche, le goûtons-nous, dans l’odorat, le sentons-nous ? Pourtant, par grâce et en vérité, nous communions à son « saint Corps et à son saint Sang », nous « tout entier à Lui tout entier », frémissement et mystère indicible de l’Amour de Dieu pour l’homme.

 

Voir Jésus seul dans les saints Dons qui sont élevés, entendre Jésus seul dans l’écoute attentive du saint Evangile, goûter Jésus seul dans la communion, sentir et toucher Jésus seul dans la vie liturgique. Apprendre à veiller avec bienveillance et simplicité sur l’enfant spirituel en nous, afin que par la grâce de Dieu, il puisse  « grandir en taille, en sagesse, en grâce et en beauté, devant  Dieu » dans l’Eglise et parmi les hommes. 

 

A chaque Divine Liturgie, le prêtre élève vers le Père Céleste dans l’Esprit Saint, le char non pas du prophète Élie, mais du Seigneur d’Élie, ce char de feu spirituel que sont la « patène et le calice » sur lequel monte et descend notre Dieu et Homme parfait. Ce n’est ni Élie, ni un patriarche, ni un saint ou un ange qui trône sur la patène et le calice, non, c’est notre « grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » et lui seul. IL bénit et accepte d’être ainsi élevé et descendu sur l’Autel divin, pour l’amour de l’Eglise, c’est à dire de l’homme son bien-aimé. 

La Divine Liturgie est le Sinaï spirituel où, dans le Saint des saints, notre Grand Prêtre, le Christ préside avec nous et pour nous, l’union du ciel et de la terre, des vivants et des morts, des saints et des pécheurs, « notre cœur ne devient-il pas tout brûlant devant la compassion divine » ! 

 

L’Evangile poursuit « comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le ». Que peut signifier tout cela pour nous ? Il est écrit à la fin de l’Evangile « Ils ne virent plus personne que lui, Jésus seul », voilà le sens et ce à quoi doit aboutir avec l’aide de Dieu dans l’Eglise, et dans le monde notre vie orthodoxe, « ne voir que Jésus seul ». Il est illusoire de croire qu’il existe un lieu privilégié quelque part pour la contemplation de  « Jésus seul » ou plutôt, ce lieu saint et sacré existe, c’est l’homme lui-même. Dieu se révèle à l’homme et dans l’homme qui devient alors le « lieu d’une théophanie » toujours unique, la « personne humaine seule » unit à la « Personne divine seule ». N’est-ce pas ce que nous vivons dans l’Eglise par la Communion, le Seigneur ne se donne-t-il pas « tout entier et tout seul à moi tout entier et à moi tout  seul » !

 

« Seul avec le Seul », selon notre condition réelle, dans la solitude ou au milieu du monde, telle est la voie évangélique que propose notre sainte Eglise orthodoxe, la bonne nouvelle est que notre Dieu se laisse trouver partout par celui ou celle « qui le cherche ». La question est, comment le chercher ou mieux, comment se laisser trouver par Lui ? Se laisser trouver, signifie ici « renoncer à « ma » volonté » devant Dieu. N’est-il pas écrit « que celui qui veut me suivre, renonce à lui-même et prenne sa croix » ?  Renoncer à soi-même rapproche de Dieu, avoir et faire notre volonté, nous éloigne non seulement de Dieu mais aussi de nous-mêmes, ce qui signifie que jamais, je ne saurais qui je suis. 

 

Pour recevoir une telle grâce, être « seul avec Jésus seul », l’Eglise nous invite à nous approcher de Lui avec « crainte de Dieu, foi et amour » et de notre prochain surtout par « l’amour », selon la parole du Seigneur « aimez-vous comme je vous ai aimé ».  Cette ascèse, nous demandera de traverser « la nuée lumineuse et d’entendre la voix du Père et pour cela, nous devons apprendre à écouter ». Ecouter qui ? Jésus n’est-il pas le Verbe du Père, ne parle t-il pas depuis des siècles dans L’Eglise, en nous et dans le monde ? Cette nuée lumineuse qui nous recouvre, contient tous les mystères spirituels déposés dans l’Eglise, qui se révèlent à travers l’œuvre liturgique et les saints sacrements, elle est une métaphore de la révélation divine. 

 

La crainte ici signifie « adorer », la crainte vécue dans la justesse spirituelle engendre l’adoration de Dieu et peut donc commencer à nous rendre sage par l’Esprit Saint, la foi signifie ici « la certitude intérieure d’être écouté par notre Père Céleste » et l’amour signifie ici  « s’émerveiller de pouvoir devenir par grâce ce que Dieu est par nature », car l’amour divin seul se donne tout entier à l’homme tout entier. C’est pourquoi, Dieu a déposé notre très sainte, splendide et humble Eglise orthodoxe au cœur du monde, l’homme au cœur de l’Eglise, puis Dieu est venu couronner son œuvre en se posant « doux et humble » au cœur de l’homme, pourquoi ? Pour que nous devenions « Un », avec le Christ et l’Esprit en Dieu notre Père, pour la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

 

La voie orthodoxe bien qu’étroite, « voie du juste milieu », renonce à tout extrême, voie sainte et sacrée de l’Eglise pour « apprendre à écouter » la voix du Père, c’est à dire le Fils et Verbe divin et pour recevoir l’Esprit.  Notre Eglise, très aimée de Dieu est si simple dans sa splendeur,  mais reste inaccessible aux cœurs endurcis et aux agités, ses fruits sont ceux de  « l’arbre de vie » et pour les cueillir et s’en nourrir, il faut cette œuvre si nécessaire, selon nos saints Pères, « garder et pratiquer les commandements du Christ », par la prière personnelle et ecclésiale en priant l’Esprit Saint de nous guider. 

 

Au Père du Verbe, au Fils Verbe créateur et au Saint Esprit qui nous donne l’intelligence de la parole divine, soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen. + Syméon