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dimanche 18 septembre 2022

Banquet et robe nuptiale.

                                                                                                                             

(Matthieu 22, 2 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à venir vers elle, afin de recevoir le don de notre robe nuptiale, pour participer aux noces spirituelles et au banquet mystique, autour de l’Autel qui est la table royale où trône la Divine Trinité, pour célébrer ensemble la Divine Liturgie. La robe nuptiale symbolise ici, toutes les conditions personnelles, ecclésiales et spirituelles à mettre en œuvre pour rencontrer le Roi des rois, Son Fils Jésus, le Saint-Esprit…et notre prochain. 

 

Nous avons déjà entendu parlé, des vêtements spirituels que doivent revêtir ceux qui désirent vivre selon l’Evangile, ces habits bénis que sont les Dons de l’Esprit de Dieu énumérés par saint Paul et qui sont « l’amour, la paix, la joie » ainsi que les autres dons que Dieu donne à qui les Lui demande. Ces dons nous sont proposés en vue de créer avec Dieu la robe nuptiale vivifiante qui nous est personnellement destinée, la qualité de notre robe nuptiale sera aussi une icône, un témoin fidèle de toutes nos œuvres existentielles.    

 

Mais dirons-nous peut-être, de quoi est donc faite cette fameuse robe nuptiale si désirable et si nécessaire pour être reçu comme un convive à la table divine ? Elle est tissée de lumière et de vie… la robe nuptiale est faite de la lumière incréée, de cette lumière plus que lumineuse qui irradiait de la splendeur du Dieu vivant, au sommet du Mont Thabor, où le Seigneur Christ s’est transfiguré devant Jean, Pierre, Jacques, et devant les prophètes Moïse et Elie. Cette belle robe nuptiale lumineuse, ne peut être tissée par nos seules œuvres humaines, bien qu’elle soit faite avec nous et pour nous, elle est le premier vêtement spirituel originel fait pour l’homme sorti des mains créatrices de notre Père du Ciel, ces mains saintes, pures et divines que sont le « Verbe et l’Esprit ». Mais l’ultime et véritable robe nuptiale donnée par la grâce de Dieu, sera le « corps de gloire », c’est à dire notre « corps transfiguré et déifié » semblable par grâce à celui de notre Seigneur, le Saint Ressuscité. 

 

Le Seigneur dit : « le Royaume des Cieux est semblable à un roi qui fît un festin de noces pour son fils. Il envoya ses serviteurs convier les invités à la noce, mais ils ne voulurent pas venir ». Nous connaissons tous, les serviteurs de Dieu qui nous ont été envoyé à travers le temps et l’espace dans l’histoire de l’humanité, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Anges, et de nos jours, l’Eglise dans laquelle les prêtres ne se lassent pas d’inviter les hommes, à venir tous se rassasier des nourritures spirituelles et en premier, du « Corps et du Sang de notre Seigneur ». 

 

Saint Paul dit à son disciple Tite : « toi, enseigne à temps et à contre temps, tout ce que je t’ai enseigné », de même, les prêtres ne cessent de nous rappeler l’enseignement évangélique et de nous prier de venir avec assiduité à l’Eglise, au banquet royal divino-humain, car c’est là et seulement là, que nous pouvons espérer recevoir toutes les grâces et bénédictions utiles pour façonner peu à peu notre robe nuptiale et nous préparer à festoyer spirituellement dans l’éternité du très saint Royaume de Dieu. 

 

L’Evangile nous dit encore : « de nouveau, il envoya d’autres serviteurs…tout est prêt, venez aux noces ! Mais ils ne voulurent pas venir ». Cette parole, renvoie chacun et chacune d’entre nous à lui-même, certes nous sommes venus aujourd’hui et nous avons dit « amen » à l’invitation divine. Mais notre présence, dans l’Eglise-Royaume, de quoi est-elle en « esprit et en vérité le signe » et quel en est le sens réel et le fruit dans notre vie? Le saint Evangile nous est donné comme une source de méditation pour vivifier notre existence, et non comme un discours basé sur l’infantilisation et des interdits qui relèvent d’une psychologie de pacotille. 

Nous pouvons être là, dans l’Eglise, et pourtant toutes sortes de résistances intérieures peuvent se réveiller et nous travailler, les pensées alors ne nous lâchent pas, la concentration semble impossible, la liturgie paraît interminable. L’Evangile de ce jour témoigne de toutes ces choses dans notre âme qui peuvent nous parasiter, mais cette épreuve de l’âme peut devenir pour nous libératrice, si nous acceptons de l’accueillir et d’agir avec l’intelligence du cœur.    

 

L’Evangile poursuit : « mais ils ne tinrent pas compte de cette invitation et s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce, et les autres s’emparèrent des serviteurs, les maltraitèrent et même les tuèrent ». L’Evangile nous montre ainsi des invités dont l’âme est instable, ils oscillent entre ignorance, indifférence et folie meurtrière, individus désorientés par les pensées insensées de leurs cœurs, possédés par leurs possessions, ballotés au gré de leurs états d’âme, orphelins de leur précieuse humanité, perdus en eux-mêmes au point d’être devenus comme insensibles à la rencontre possible avec le Roi et son Fils. 

 

Alors, le roi dit à ses serviteurs : « le festin est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes ; allez dans les carrefours et conviez aux noces tous ceux que vous pourrez trouver » ! Pourquoi donc, les invités se sont-ils eux-mêmes rendus indignes du festin ? Le Seigneur nous éclaire : « parce qu’ils calculent chacun pour soi et en soi, si au fond çà vaut vraiment la peine de se déplacer à l’Eglise, pourquoi sont-ils ainsi? Pour toutes sortes de raisons, par désintérêt, manque de foi, d’espérance et d’amour envers Dieu, leur prochain et la sainte Eglise du Christ. La conversion de leur cœur a beaucoup de mal à se réaliser, l’esprit résiste à la grâce, la vie religieuse se limite au minimum et ne permet pas un enracinement réel dans la vie spirituelle et dans l’Eglise. C’est pourquoi, l’humanité se revêt de ténèbres qui engendrent dans les âmes incrédules et non converties, les malheurs éprouvants de ce monde qui ont pour nom générique la « dépression » avec son cortège d’illusions pathologiques. 

 

Alors dit l’Ecriture : « les serviteurs du roi s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle des noces fût remplie de convives ». Cette multitude d’individus appelés au festin céleste, est celle qui était encore en dehors de l’Eglise, elle ignore tout ou presque de ce roi qui les invite, mais cette sorte d’innocence par ignorance ne peut suffire à justifier leur refus de connaître qui est en vérité ce roi. 

 

C’est pourquoi, nous ne pouvons pas venir dans l’Eglise par habitude et sans conversion véritable de notre cœur, sans désir de Dieu librement choisi, sinon nous nous privons nous-mêmes de l’héritage divin. « Etre orthodoxe, c’est le devenir, » c’est tout faire pour ressembler au Christ notre Dieu, le Christ est allé à la Synagogue, nous sommes donc invités à l’imiter et à aller à l’Eglise. La vie selon Dieu ne se résume pas à des pensées sur Dieu, mais à agir de manière digne d’un chrétien orthodoxe, sinon nous risquons de nous voir mettre à la porte et de nous entendre dire par le Seigneur la parole qu’Il a dite aux vierges folles : « Je ne vous ai jamais connu ». Nous pouvons venir à l’Eglise quelques soient nos états d’âmes, car nous savons que « le Seigneur témoigne lui-même qu’Il est venu pour les malades et non pour les biens portants », mais le roi ne peut nous donner audience ni nous guérir en notre absence.  

 

Ensuite dit l’Evangile : « le roi entra pour voir les convives, et il aperçut un homme qui ne portait pas l’habit nuptial. Il lui dit : « mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir l’habit nuptial ? Mais l’homme resta muetqui est l’homme muet, c’est celui qui ne parle ni avec Dieu ni avec l’homme, c’est celui, dont la présence au banquet n’est motivé que par le voyeurisme et l’intérêt pour les nourritures matérielles du banquet. Il n’entre pas en lui-même et n’entend pas le roi lui dire « mon ami », parole qui aurait pu le sauver de sa solitude tragique et provoquer une ouverture dans son esprit, alors le roi dit aux serviteurs : Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres extérieures ». Gardons-nous de porter un jugement sur l’attitude du roi ou sur l’homme muet, rentrons en nous-mêmes et voyons d’abord dans quel état est notre propre robe nuptiale.

Ainsi, il est absolument illusoire de penser qu’il suffit d’être là dans l’Eglise pour être sauvé, de faire acte de présence sans s’engager vraiment dans la conversion du cœur et dans la vie spirituelle. L’Eglise est l’œuvre de tous, c’est notre plus beau chantier commun, c’est le trésor des trésors que nous devons transmettre à nos enfants, et à tout homme et toute femme de bonne volonté. La robe nuptiale se tisse dès le plus jeune âge, sur le métier liturgique et sur la conversion de notre esprit, dans le désir simple et réel qui consiste à suivre et à vivre avec Celui qui nous dit : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

 

La prière liturgique est pour nous le temps privilégié et favorable, pour demander à la Divine Trinité tous les biens précieux et nécessaires pour notre salut, ces biens qui sont tous contenus dans l’expression générique de « robe nuptiale ». C’est pourquoi, les saints et les anges nous recouvrent de leur robe glorieuse et de leur sainte prière, afin que notre Dieu, Ami de l’homme, nous comble de bénédictions pour notre salut. 

 

L’Eglise tout en étant la plus belle icône du Royaume de Dieu ne s’impose pas, elle respecte la « liberté glorieuse des enfants de Dieu », elle attend donc comme une mère spirituelle très sage, humble et patiente, que viennent les véritables invités du Seigneur. L’Eglise a comme vocation de transformer les « appelés » que nous sommes tous en « élus et amis de Dieu », et cette sainte vocation divino-humaine et ascétique se réalise de manière privilégiée, au cours du banquet mystique qui est la célébration ensemble de la Divine Liturgie. 

 

Saint Jean nous enseigne dans son Prologue : « que tout a été fait par le Verbe, que celui-ci est la vie et que la vie est la lumière des hommes », la robe nuptiale qui est faite de cette lumière du Verbe éternel, s’engendre donc pour nous chrétiens orthodoxes à partir de la vie divine en Christ et dans son Eglise et nulle part ailleurs. Si donc, nous voulons que Dieu lui-même nous revête de Sa lumière, venons communier au Corps et au Sang du Christ, car « l’Eucharistie est la matrice spirituelle » de cette robe nuptiale. Ne soyons pas « muets » comme cet homme qui n’avait pas la robe nuptiale, mais parlons à Dieu, parlons avec Dieu, parlons entre nous, par la louange à travers la Divine Liturgie et ce faisant, nous donnons à Dieu l’occasion de répondre à notre prière liturgique et à notre prière personnelle. 

 

Au Père et Roi qui bénit les noces spirituelles de Son Fils avec l’humanité, à l’Esprit Saint qui nous invite sans cesse au festin divino-humain, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon

 

dimanche 11 septembre 2022

Sel de la terre et lumière du monde

(Math. 5, 14 à 19)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, l’Eglise nous remémore cette parole éblouissante du Seigneur « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde », saint Jean nous dit que « qu’en lui, le Verbe divin, était la vie et que la vie était la lumière deshommes », là le Seigneur de gloire glorifie l’homme en lui disant « tu es la lumière du monde », divine humilité du Christ qui montre à quelle hauteur il situe la personne humaine. 

 

Que penser, que dire, que faire devant une telle parole, peut-être juste commencer à y croire vraiment et ne plus s’embourber dans les pensées stériles habituelles du style « je ne suis rien, je ne vaux rien, je ne suis pas digne et autres mises à mort de notre âme ». Ce qui est demandé, c’est de ne plus laisser notre sel de l’esprit s’affadir et de témoigner par notre lumière devant les hommes, pourquoi ? Afin que « les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est aux cieux ». 

 

En Genèse 19, 26 il est écrit « elle devint une statue de sel », une telle statue n’est qu’une idole sans vie et momifiée, alors que le sel dont parle le Seigneur est celui de la sagesse créatrice qui est une grâce divine qui permet de se façonner avec Dieu, une vie et une existence qui vaille la peine d’être vécue. Saint Marc, 9, 50 commente le sel dont parle le Seigneur en disant « ayez du sel en vous-mêmes pour vivre en paix, les uns avec les autres », nous pouvons en conclure que la paix est la véritable saveur du sel spirituel. Mais de quelle paix s’agit-il ? De celle dont le Christ nous dit « Je vous donnerais la paix qui surpasse toute intelligence », c’est pourquoi saint Paul enseigne à la suite de saint Marc que « votre parole soit toujours aimante, et de plus assaisonnée de ce précieux sel qui est l’art de répondre à chacun avec intelligence ». 

 

« Vous êtes la lumière du monde », là aussi comme pour le sel, nous pouvons méditer sur Genèse 1, 4 « Dieu sépare la lumière d’avec les ténèbres », la lumière est singulière et unique, alors que les ténèbres sont aussi nombreuses que nos pensées non purifiées par l’Esprit Saint, toutes ces pensées humaines trop humaines qui ne cessent d’essayer de nous limiter à la sphère psycho- somatique et matérielle. 

 

Si donc nous voulons nous séparer des ténèbres, il sera nécessaire de prier Celui qui est non seulement la Lumière absolue, mais aussi le créateur et donateur de la lumière spirituelle qui peut illuminer les ténèbres les plus ténébreuses ce dont témoigne saint Jean 1,5 « la lumière luit dans les ténèbres ». Peut-être quelqu’un dira que tout cela est bien beau, mais comment sortir réellement de nos ténèbres, la création divine est bien faite et ce sont les « tournesols » qui vont nous donner la solution, nous pourrions peut-être comme eux nous tourner vers notre beau soleil spirituel le Christ, qui rayonne au sein de la vie liturgique de notre Eglise. 

 

En saint Jean 8,12 le Christ dit « Je suis la lumière du monde » et ailleurs « marchez, tant que vous avez la lumière », tant que vous existez dans ce monde, ne le quittez pas en état de ténèbres que n’éclaire plus aucune espérance d’une vie possible après la mort. Nous pouvons ici comprendre, c’est à dire « prendre avec nous », cette parole divine comme le signe qui montre que la voie des béatitudes est celle qui révèle dans l’homme la lumière qui l’habite et peut faire de lui et avec lui un bienheureux selon la grâce divine, le bienheureux est vraiment « sel de la terre et lumière du monde ».

 

Le malheureux individualiste autant révolté contre Dieu que contre l’homme, plongé dans les ténèbres du manque de discernement spirituel, aveuglé pas les pseudo lueurs d’un monde replié sur lui-même, se meurt de solitude aride et réfractaire à toute spiritualité religieuse.

C’est pourquoi, saint Paul en 2 Cor 6, 14 dit « quoi de commun entre la lumière et les ténèbres » ? La lumière et les ténèbres étaient incompatibles jusqu’à l’incarnation parmi nous du Christ qui est la « véritable lumière qui peut éclairer tout homme dans ce monde », à condition que l’homme de ténèbres désire accueillir la vie lumineuse divino-humaine. Si donc, nous voulons émerger hors de nos ténèbres intérieures et nous engendrer à la lumière de la vie, nous pouvons nous tourner résolument vers Dieu, selon la parole de saint Jean en 1, 5 « Dieu est Lumière, il n’y a aucune ténèbres en Lui », car nous savons que si un « aveugle guide d’autres aveugles, ils finissent tous par tomber dans l’abîme ». 

 

La lumière dont il est témoigné ici est celle de l’esprit d’intelligence, dont nous parle saint Paul, en 1 Cor 2, 11 « car qui connaît les choses dans l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui...et qui connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu ». L’apôtre Paul souligne ici avec réalisme ce double mouvement unissant Dieu et l’homme, celui de se connaître par l’esprit qui sonde les profondeurs de l’être et donne la connaissance divino-humaine par la grâce de Dieu.

 

« Vous êtes la lumière du monde », si donc je désire m’éclairer par cette lumière, il me faut aller la chercher à la source intarissable qui est le Christ qui nous dit lui-même « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie », et donc croire que même dans nos ténèbres, le salut de Dieu est possible. Dieu est vivant et lumière, l’Eglise est notre Mère lumineuse, spirituelle et religieuse auprès de laquelle nous pouvons expérimenter la vie en Dieu proposée à tout baptisé au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans l’Eglise corps du Christ se trouve toute l’œuvre divino-humaine du Seigneur, c’est pourquoi, Dieu l’a déposée au cœur du monde comme un phare lumineux, avec comme vocation d’illuminer les ténèbres de ce monde et éveiller l’humanité endormie. 

 

La méditation du mystère de l’Eglise comme lumière divine est vitale pour nous orthodoxes, car elle aussi notre propre mystère et la lumière enfouie au fond de notre être, l’Eglise de Dieu est une icône de l’économie divine dans le monde et un miroir lumineux où chacun et chacune peut recevoir la grâce de voir le Dieu vivant face à face sans mourir.

 

« Vous êtes la lumière du monde », l’Eglise, lumière divine incarnée, n’est-elle pas « le Corps du Christ dont IL est la tête ? » Elle nous transmet toute la lumière spirituelle que nous pouvons espérer, dont nous pouvons nous nourrir et nous désaltérer pour pratiquer l’ascèse qui convient à notre désir de vie orthodoxe. 

 

« Vous êtes la lumière du monde », c’est là tout simplement notre vocation depuis notre création originelle, sinon comment pourrions-nous en vivre, cette lumière que nous sommes et qui nous habite, doit commencer par se révéler ici dans notre réalité terrestre, non, il ne s’agit pas de faire des choses extraordinaires ou de jouer les originaux, mais d’apprendre à mettre jour après jour de manière modeste mais régulière en œuvre l’enseignement évangélique, de venir à l’Eglise régulièrement pour concélébrer ensemble dans la lumière liturgique les mystères du Christ, dont la finalité ultime est le salut éternel de l’homme.  

 

« Vous êtes la lumière du monde », du monde pas du « Royaume de Dieu », la lumière plénière sera là lorsque selon la promesse divine « Dieu sera tout en tous », avec espérance, écoutons et pratiquons la sagesse de l’Eglise et bénissons Dieu pour toutes ses grâces.

 

Au Père source de la lumière, au Fils incarnation de la lumière et à l’Esprit illuminateur, soit la gloire et la louange, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

dimanche 4 septembre 2022

Le jeune homme riche

 


(Math. 19, 16 à 26)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous transmet cette parole vivifiante du Seigneur « si tu veux la vie, observe les commandements divins », puisque ces commandements nous sont donnés par Dieu, rencontrer Dieu à travers eux devrait devenir notre priorité existentielle, selon cette autre parole du Christ « vends tout ce que tu possèdes et suis-moi », entendant cela, le jeune homme riche s’en alla attristé, car il avait de grands biens, cette attitude est à l’opposé de celle qui est utile pour suivre le Christ, à savoir « le renoncement », renoncer n’ayant rien à voir avec se renier ou se dépouiller de manière irréfléchie, mais à instaurer une relation d’humanité à travers les biens, tant matériels que spirituels. 

 

L’attitude du jeune homme riche est un témoignage qui confirme la parole du Seigneur disant « que sert-il à un homme de posséder le monde entier, s’il y perd son âme », même si, ce jeune homme dit lui-même que depuis son enfance, il met en œuvre la loi mosaïque, qu’il est un Juif pieux et pratiquant, oui, nous pouvons nous aussi comme lui, nous illusionner totalement si nous pensons que la seule pratique extérieure des rites et des savoirs purement intellectuels suffisent pour vivre selon l’évangile de vie et être sauvé. 

 

L’Evangile de ce jour, souligne qu’en vérité ce n’est pas la seule « quantité des biens » qui nous freine ou nous empêche de suivre le Christ, mais la qualité de notre relation au Christ et à nous-mêmes, on peut être attaché très fortement et parfois plus à peu qu’à beaucoup de biens. La majorité des humains ne roule pas sur l’or, comme dit le dicton populaire, et pour autant ne suivent pas le Christ, ni la grande richesse, ni la petite richesse, ni même la pauvreté matérielle, ne sont un obstacle pour celui ou celle qui désire et qui décide de suivre avec ténacité notre Seigneur. En réalité, le mur de séparation entre Dieu et l’homme, n’est autre que l’homme lui-même, selon le désir profond et le sens qu’il veut donner à son existence, si par exemple, une voie religieuse claire est choisie, il sera possible de se donner les moyens matériels et spirituels de la réaliser. 

 

L’Eglise a reçu de Dieu cette vocation à donner au croyant l’aide spirituelle sans laquelle, il est impossible de cheminer avec le Christ, cette aide fondamentale est basée en premier sur la célébration liturgique qui donne la communion au très saint Corps et Sang du Seigneur. Cette communion essentielle et substantielle est accompagnée par l’enseignement évangélique nécessaire à la compréhension des saints mystères que célèbre l’Eglise orthodoxe, compréhension qui demande l’union de la lettre et de l’esprit. Saint Paul dans 2 Cor, 3-6 rappelle que la « lettre tue, mais l’esprit vivifie », il ne dit pas que la lettre est meurtrière par nature, mais elle peut le devenir à chaque fois que l’homme se radicalise dans une attitude non purifiée par la lumière de l’esprit. 

Pour proposer au jeune homme riche des outils de discernement, le Seigneur lui ouvre un chemin spirituel possible en nommant les causes principales à la source des conflits intérieurs et extérieurs, que dit-il ? « tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de témoignages mensongers, aime ton père et ta mère et ton prochain comme toi-même ». 

 

« Tu ne tueras pas » est le premier commandement cité, tuer est la négation de la vie, c’est une aberration et une perversion de la nature humaine, c’est une réalité irréversible qui ne peut trouver de pardon qu’en Dieu le créateur de la vie, par une conversion intérieure profonde à l’image du fils prodigue, car ce que l’homme a tué comment pourrait-il le restaurer ? Ce drame presque absolu au sein de l’humaine condition, trouve un écho dans le meurtre d’Abel par son frère Caïn, tragédie indicible qui marque comme au fer rouge l’âme et s’incarne au cœur même de la mémoire collective et inconsciente de l’humanité, car l’homme oublie que Dieu ne demande « ni holocauste ni sacrifice humain ».

 

Unir la lettre avec l’esprit, c’est apprendre à unir l’intelligence avec le cœur, et construire ainsi l’harmonie de l’être vivant selon la sagesse divino-humaine, cette quête de l’équilibre est inaccessible à la seule pensée ou aux paroles non suivies d’actes spirituels. L’apôtre Jacques en son épître 5, 6 écrit « vous avez tué le Juste, qui ne vous a pas résisté », ce juste est le Christ, victime innocente de la désunion quasi totale entre la lettre et l’esprit, de la rupture entre le cœur et l’intelligence, qui amplifie les ténèbres de l’homme sans foi ni loi.  

 

Arrêtons-nous un peu sur le dernier commandement que le Christ recommande au jeune homme riche « tu aimeras ton prochain comme toi-même », cette parole est le début, le milieu et la fin de toute l’ascèse orthodoxe, seule la culture de l’amour divino-humain du Seigneur, peut empêcher de tuer, voler, mentir, il ne  s’agit pas ici d’un amour philosophique, pétri par l’argile périssable des sentiments émotifs, des belles paroles superficielles et sans avenir, dont nous savons qu’il ne peuvent pas survivre dans la réalité de la vie concrète. 

 

L’amour dont le Seigneur parle trouve son expression qualitative dans le chant du Cantique des cantiques, chant des fiançailles entre l’âme et Dieu, entre l’homme et la femme, écoutons-le qui chante « où es-tu ma bien-aimée, ma colombe, mon unique beauté » ou encore « où es-tu mon bien-aimé, mets-moi comme un sceau sur ton cœur, mets-moi comme un sceau sur ton bras, car l’amour est plus fort que la mort ».

 

En vérité, un tel amour est celui que nos saints pères et saintes mères ont vécu dans leur relation aimante avec Dieu, un tel amour est proposé à tout homme ou femme dans l’Eglise qui est par vocation d’essence nuptiale. N’est-ce pas cet amour divino-humain qui seul est en mesure d’éradiquer le mur de séparation de l’homme avec Dieu, de l’homme avec la femme, de l’homme avec l’homme, de l’homme avec la création divine. 

Dieu proposerait-il un amour qui serait incompatible et hors de portée de la nature humaine, lui qui nous dit « aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimé » ?  Nous voici à la croisée du chemin de l’existence, qui choisirons-nous de suivre, le Christ amour absolu qui peut et veut vivifier notre vie entière ou les chemins hasardeux de l’errance entre la multitude des tentations incapables de nourrir notre désir d’une vie qui vaille la peine d’être vécue.

 

Nous n’ignorons pas que le Seigneur nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », certainement l’acquisition de l’état de christ aimant, saint, humble et sage, est hors de portée par nos seules forces humaines, mais nous croyons qu’il est tout à fait possible d’y travailler et de trouver pour une telle ascèse toutes les grâces et aides utiles au sein de l’Eglise orthodoxe. 

 

Au Père, source de l’Amour, au Fils amour incarné et à l’Esprit d’amour, soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

dimanche 28 août 2022

Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu

 

    

 (Luc 10, 38 à 42 et 11, 27 à 28)

                                          Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, l’Eglise nous propose de méditer sur la Dormition de la très sainte Mère de Dieu, Dieu bénissant nous espérons pouvoir en dire quelques modestes paroles dans une homélie à venir. Nous proposons de nous limiter en ce jour, à quelques réflexions sur l’attitude de Marthe et Marie, les saints Pères, y voient une représentation de l’action et aussi de la contemplation.

 

Marthe et Marie sont sœurs, elles sont donc unies par une alliance parentale indissoluble, de même, nous pouvons considérer que l’action et la contemplation sont unies ensembles pour une alliance au service de la vie religieuse et spirituelle. Le Seigneur dit « Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses…pourtant, une seule chose est nécessaire », que signifie cela pour nous et surtout à quoi doit aboutir notre vie spirituelle ? Nous devons nous aussi veiller comme Marthe de manière à pouvoir accueillir le Seigneur et ensuite comme Marie nous asseoir à ses pieds et apprendre à l’écouter dans une rencontre personnelle avec Lui.

 

Comment et où ferons-nous cela de manière concrète ? Dans l’Eglise, c’est là que nous sommes en présence de Dieu, et comment Dieu se révèle t’il, par la médiation de la célébration de la Divine Liturgie, comment nous parle t’il, à travers les lectures et en particulier dans l’écoute attentive du saint Evangile de vie. Accueillir Dieu demande notre présence par la prière liturgique qui doit être sans agitation, car l’agitation de Marthe nous renvoie par métaphore à celle de nos pensées, qui ne cessent de nous parasiter et finissent par rendre impossible de nous asseoir aux pieds du Christ, nous privant alors de l’unique nécessaire, la communion ici et maintenant avec notre Seigneur. 

 

Le Seigneur dit « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée », le Christ souligne ici, qu’il nous appartient de faire le bon choix dans notre existence afin que notre part ne nous soit pas enlevée. Le Seigneur ne dit pas que Marie l’aime plus que Marthe, il ne dit pas non plus qu’il est lui-même la meilleure part. Ce que le Seigneur souligne, c’est que Marie a choisi la meilleure part pour elle, elle a choisi ce qu’elle a ressenti intérieurement comme le plus désirable dans la venue de Jésus le Prophète. Le Seigneur ne dit pas que Marie est meilleure que Marthe ou  que la contemplation est meilleure que l’action, non, IL loue simplement le discernement de Marie, pourquoi ? Parce qu’elle sait se libérer du monde extérieur en se centrant sur le Christ, elle ressent de l’intérieur que rien d’autre n’a plus d’importance que la présence de ce prophète venu dans leur maison. Elle sait aussi que c’est lui seul qui décide de toute rencontre avec lui, ceci souligne qu’il faut rester humble, car en vérité, l’action et la contemplation sont nécessaires, mais insuffisants par eux-mêmes pour nous faire rencontrer le Christ en esprit et en vérité. Dieu reste libre souverainement dans toutes ses œuvres divino-humaines.

 

Le don de la meilleure part, ne dépend ni de Marthe ni de Marie, ni de l’action ou de la contemplation, même si les deux sont nécessaires, mais de la seule grâce divine. C’est pour cela que l’Evangile souligne que « Jésus entra dans un village et une femme le reçut dans sa maison », Dieu garde l’initiative de visiter qui il veut, quand il veut et comme il veut. Dieu reste l’initiateur de toutes ses œuvres, que ce soit dans l’Eglise, chez nous ou en nous. Il est écrit qu’une « femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison », celle-là même à qui le Christ dit « de ne pas se soucier ni de s’agiter », pourquoi ? Parce que lorsque Dieu est là, l’action et la contemplation deviennent secondaires, seule l’expérience de la rencontre divino-humaine avec Dieu devrait être notre unique nécessaire. 

Cette narration évangélique est en réalité un des signes précurseur et prophétique de cette autre parole merveilleuse du Seigneur « voici je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un m’entend et ouvre, Nous entrerons moi et mon Père pour dîner avec lui », c’est aussi pour cela que saint Paul nous rappelle que nous sommes « temple de l’Esprit Saint » pour y accomplir notre vocation véritable « accueillir Dieu ». La Bonne Nouvelle évangélique nous est transmise de génération en génération, par l’action et la contemplation liturgique, pour cette seule et unique raison, nous préparer à la rencontre personnelle avec le Seigneur.

 

Marie ne reste pas inerte dans sa contemplation, elle voit le Seigneur qui entre, elle se lève et va vers lui pour s’asseoir à ses pieds et l’écouter de tout son être, ce qui est une véritable action sainte et sacrée. De même, le Christ bénit Marthe, mais lui montre que son action est utile pour autant qu’elle la rapproche de Dieu. Que ferons-nous alors nous-mêmes pour vivre l’expérience spirituelle de Marthe et de Marie ? La réponse nous est donnée à la fin de l’Evangile par le Seigneur lui-même qui dit « heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ».

 

Cette parole révèle exactement le sens de l’expérience de Marthe et de Marie, qui nous est proposée. Quelle sera ici, notre ascèse de vie et l’action la plus nécessaire, n’est-ce pas la célébration régulière de la Divine Liturgie qui sera préparée et soutenue par notre prière personnelle dans un esprit de service et de contemplation envers notre Seigneur. Nos saints Pères et saintes Mères, ont pris cette parole du Seigneur à la lettre et l’ont vivifiée par leur esprit, et aujourd’hui nous aussi avec eux, nous essayons d’écouter et de mettre en pratique l’enseignement que le Seigneur a déposé comme un trésor spirituel dans l’Eglise.

 

Marie, Mère de Dieu et notre Mère spirituelle, nous donne la clé de l’action bénie par l’Esprit Saint par cette parole qu’elle nous adresse à travers sa présence aux noces de Cana, que dit-elle ? « faites tout ce qu’IL vous dira », faire ce que le Seigneur nous dit, signifie ici pour nous apprendre à vivre de manière orthodoxe, voilà l’action qui porte en elle la véritable ascèse contemplative. 

 

« Tout Don parfait, vient de toi Père des lumières, et nous te rendons gloire ainsi qu’à ton Fils unique et à ton Esprit Saint, amen », nous pouvons comprendre que la contemplation selon Dieu ne peut être qu’un don de Dieu, aussi tout comme nous apprenons l’action selon Dieu à travers la célébration liturgique, nous pouvons aussi en Dieu et dans l’Eglise apprendre à contempler de manière éveillée, la présence divine à travers la Divine Liturgie. Ainsi, agir pourra être pour nous concélébrer et contempler sera pour nous être attentif aux paroles et aux actes liturgiques, puisque nous confessons la présence de Dieu dans la Divine Liturgie et les saints Offices de l’Eglise, et Dieu bénissant, nous apprendrons peu à peu, par les prières de nos saints Pères, à veiller et à nous tourner vers l’unique nécessaire, notre Seigneur Jésus-Christ. 

 

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire », nous dit le Seigneur, qu’il nous accorde la grâce de vivre   avec simplicité, modestie et de manière liturgique notre relation avec Lui, avec l’Eglise, avec   l’humanité et  avec la création, selon notre vocation et notre réalité existentielle.

 

Béni soit notre Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

vendredi 19 août 2022

Homélie du 19 Août 2022 

                                                                     La Transfiguration

(Mat. 17, 1 à 13)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

Aujourd’hui, la sainte montagne du Thabor, c’est à dire, notre sainte Eglise orthodoxe nous donne de contempler prophétiquement la gloire divine et notre propre gloire sur la Montagne spirituelle à venir qui est le Royaume de Dieu. L’Eglise témoigne de la vie divino-humaine, selon cette parole du Notre Père « sur la terre comme au ciel », et non le contraire. Moïse et Élie partagent avec le Seigneur la lumière de la Transfiguration, c’est pourquoi, ils peuvent s’entretenir en toute sérénité avec lui, sans peur d’être plus ou moins renversé, comme le sont Pierre, Jacques et Jean, renversé signifie ici « être retourné de l’intérieur ». Ailleurs, le Seigneur dit que « Jean est le plus grand des hommes né d’une femme, mais le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus grand que lui ». Le Royaume est l’Eglise des « saints transfigurés », en route vers leur « déification » là où Dieu lui-même leur donnera un « nom nouveau personnel », sceau royal de leur vocation pour l’éternité.

 

Cette expérience mystique -la transfiguration- est le fruit promis ailleurs par le Christ, lorsqu’il affirme, six jours avant : « En vérité, je vous le dis, il en est ici présents, qui ne goûterons pas la mort, avant d’avoir vu le Fils de l’Homme venant avec son Royaume ». Qui sont ceux qui sont ici « présents et qui ne goûteront pas la mort » ? Ce sont ceux qui sont présents aux Divines Liturgies et qui ont foi en la promesse du Seigneur. Le Seigneur ne dit pas « avant d’avoir vu le Fils de Dieu venant avec son Royaume, mais le Fils de l’Homme ». Le Royaume de Dieu appartient depuis toujours et pour toujours au Fils de Dieu, le Fils est lui-même le « Corps spirituel » de ce Royaume, tout comme il est le  « Corps spirituel » de l’Eglise. Pourquoi Dieu, voudrait-il ce qu’Il possède déjà ? Le Royaume est donc proposé au fils de l’homme, c’est à dire, à tout homme et à toute femme de bonne volonté qui par la grâce de la vie orthodoxe devient  «fils et fille de Dieu, cohéritiers avec le Seigneur ».

 

Le Seigneur dit « avant d’avoir vu le Royaume », il ne dit pas avant « d’entrer » dans le Royaume, aujourd’hui, voir le Royaume comme de loin est donné à Pierre, Jacques et Jean, mais être dans le Royaume est la grâce donnée à Moïse et à Elie et aux bienheureux du Seigneur. N’est-il pas écrit « bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux », que ferons-nous alors pour devenir de tels pauvres et hériter le Royaume ? Le Seigneur dit « demandez et vous recevrez », nous pouvons donc prier Dieu de nous donner par grâce « l’unique nécessaire » dont il parle à Marthe et Marie, c’est à dire, « l’Esprit Saint ». Non pas pour dresser trois tentes, pour le Seigneur, Moïse et Élie, mais pour construire notre sainte, humble et très aimée montagne de Dieu… l’Eglise, dont nous sommes par vocation les pierres vivantes. Mais pour engendrer l’Eglise selon Dieu et avec Dieu, nous devons devenir, peu à peu, des christs par la grâce divine, car nous rappelle saint Irénée de Lyon « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » et cette gloire commence justement avec « la transfiguration de l’homme » que l’Eglise divino-humaine célèbre aujourd’hui.

 

Existe-t-il ici bas, un lieu plus saint, spirituel et sacré, que notre sainte Eglise orthodoxe ? 

Existe-t-il ici bas, un lieu autre que l’Eglise dans laquelle vit avec nous la cour céleste, à savoir, la Divine Trinité, la Mère de Dieu, les Saints et les saints Anges ? « L’Eglise n’est-elle pas le Corps du Christ dont il est la Tête » ? N’est-ce pas dans l’Eglise que nous accomplissons ensembles, les mystères divins dans leur plénitude, par la Divine Liturgie et la communion de la Cour céleste avec la cour terrestre représentée par la communauté des croyants ? Saint Paul, nous enseigne que Dieu nous a donné « la vie, le mouvement et l’être », et le mouvement spirituel indispensable pour unir la vie avec l’être, c’est ce qui nous réunit ici aujourd’hui, la « célébration liturgique ».La Divine Liturgie ne met-elle pas en œuvre, là devant nous, avec nous et pour nous, le saint et vrai « mouvement vivifiant » qui unit l’homme à Dieu, l’homme à l’homme, l’homme avec la création ?

Le Seigneur dit ailleurs « viens et vois » en réponse à une demande qui lui est adressée en ces termes « où habites-tu Seigneur », le Seigneur est partout présent et Il remplit tout, mais il n’est pas encore « tout en tous ». Si l’Eglise est le Corps du Seigneur, alors le Seigneur habite l’Eglise comme il habite Son corps, et si chacun d’entre nous est « temple de l’Esprit Saint » comme l’affirme l’apôtre Paul, alors notre seule et unique vocation est de cohabiter avec notre saint Dieu, c’est à dire « être un seul Esprit avec lui ».

 

Le Seigneur dit encore « le temps vient, et il est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité », ce qui signifie non sur telle ou telle montagne, mais là où est Dieu, c’est à dire d’abord en  nous. Où en nous ? Ne sommes-nous pas tout entier « temple de l’Esprit Saint » ? Créés à son Image qui nous habite, notre ressemblance à cette image, sera fidèle autant que  notre personne deviendra orthodoxe. Avec Marie, l’humble servante du Seigneur « méditons toutes ces choses dans notre cœur », ressentons dans le silence intérieur, la parole prophétique de l’Apôtre Paul « Il est grand le mystère du Christ et de l’Eglise ».

 

Voici donc devant nous, avec nous et en nous, L’Eglise enceinte de toutes les saintes grâces, bénédictions et dons divins déposés en elle par l’Amour de Dieu pour l’humanité. Ne serait-ce pas folie que de croire qu’il est possible de trouver en-dehors de l’Eglise, ce qu’elle est depuis toujours et pour toujours. L’Eglise est la chambre haute qu’illumine la sagesse de Dieu, la source d’où coule l’eau vive sur les croyants, le royaume d’amour dans lequel le Père serre dans ses bras que sont le Verbe et l’Esprit, l’humanité errante dans le désert aride de ce monde.

 

Il est grand le mystère du Christ et de l’Eglise, et saint Matthieu nous dit « à vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu, tandis qu’à ces gens là, cela n’a pas été donné », qui sont ces « gens-là » ce sont ceux qui restent en-dehors de l’Eglise, bien qu’ils soient eux aussi les « appelés » du Père. Existe t’il un malheur plus grand, pour un Chrétien orthodoxe, d’être dans l’Eglise et de ne pas recevoir l’intelligence des mystères du Royaume de Dieu ? Toute la sainte révélation divine est déposée dans l’Eglise-Royaume, et sa connaissance est accessible par la participation à la vie liturgique, il nous faut donc « être présent et veiller sur nous-mêmes et sur l’autre avec humilité et bienveillance » et cela au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. 

 

Le Seigneur est là « humble et doux, lui, le plus beau des fils de l’homme avec la grâce répandue sur ses lèvres », il vient au milieu de nous dans l’Eglise, pour accomplir librement sa mission, le salut de l’homme. IL est là devant nos yeux, le voyons-nous, dans nos oreilles, l’entendons-nous, dans nos mains, le touchons-nous, dans notre bouche, le goûtons-nous, dans l’odorat, le sentons-nous ? Pourtant, par grâce et en vérité, nous communions à son « saint Corps et à son saint Sang », nous « tout entier à Lui tout entier », frémissement et mystère indicible de l’Amour de Dieu pour l’homme.

 

Voir Jésus seul dans les saints Dons qui sont élevés, entendre Jésus seul dans l’écoute attentive du saint Evangile, goûter Jésus seul dans la communion, sentir et toucher Jésus seul dans la vie liturgique. Apprendre à veiller avec bienveillance et simplicité sur l’enfant spirituel en nous, afin que par la grâce de Dieu, il puisse  « grandir en taille, en sagesse, en grâce et en beauté, devant  Dieu » dans l’Eglise et parmi les hommes. 

 

A chaque Divine Liturgie, le prêtre élève vers le Père Céleste dans l’Esprit Saint, le char non pas du prophète Élie, mais du Seigneur d’Élie, ce char de feu spirituel que sont la « patène et le calice » sur lequel monte et descend notre Dieu et Homme parfait. Ce n’est ni Élie, ni un patriarche, ni un saint ou un ange qui trône sur la patène et le calice, non, c’est notre « grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ » et lui seul. IL bénit et accepte d’être ainsi élevé et descendu sur l’Autel divin, pour l’amour de l’Eglise, c’est à dire de l’homme son bien-aimé. 

La Divine Liturgie est le Sinaï spirituel où, dans le Saint des saints, notre Grand Prêtre, le Christ préside avec nous et pour nous, l’union du ciel et de la terre, des vivants et des morts, des saints et des pécheurs, « notre cœur ne devient-il pas tout brûlant devant la compassion divine » ! 

 

L’Evangile poursuit « comme il parlait encore, voici qu’une nuée lumineuse les prit sous son ombre, et une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le ». Que peut signifier tout cela pour nous ? Il est écrit à la fin de l’Evangile « Ils ne virent plus personne que lui, Jésus seul », voilà le sens et ce à quoi doit aboutir avec l’aide de Dieu dans l’Eglise, et dans le monde notre vie orthodoxe, « ne voir que Jésus seul ». Il est illusoire de croire qu’il existe un lieu privilégié quelque part pour la contemplation de  « Jésus seul » ou plutôt, ce lieu saint et sacré existe, c’est l’homme lui-même. Dieu se révèle à l’homme et dans l’homme qui devient alors le « lieu d’une théophanie » toujours unique, la « personne humaine seule » unit à la « Personne divine seule ». N’est-ce pas ce que nous vivons dans l’Eglise par la Communion, le Seigneur ne se donne-t-il pas « tout entier et tout seul à moi tout entier et à moi tout  seul » !

 

« Seul avec le Seul », selon notre condition réelle, dans la solitude ou au milieu du monde, telle est la voie évangélique que propose notre sainte Eglise orthodoxe, la bonne nouvelle est que notre Dieu se laisse trouver partout par celui ou celle « qui le cherche ». La question est, comment le chercher ou mieux, comment se laisser trouver par Lui ? Se laisser trouver, signifie ici « renoncer à « ma » volonté » devant Dieu. N’est-il pas écrit « que celui qui veut me suivre, renonce à lui-même et prenne sa croix » ?  Renoncer à soi-même rapproche de Dieu, avoir et faire notre volonté, nous éloigne non seulement de Dieu mais aussi de nous-mêmes, ce qui signifie que jamais, je ne saurais qui je suis. 

 

Pour recevoir une telle grâce, être « seul avec Jésus seul », l’Eglise nous invite à nous approcher de Lui avec « crainte de Dieu, foi et amour » et de notre prochain surtout par « l’amour », selon la parole du Seigneur « aimez-vous comme je vous ai aimé ».  Cette ascèse, nous demandera de traverser « la nuée lumineuse et d’entendre la voix du Père et pour cela, nous devons apprendre à écouter ». Ecouter qui ? Jésus n’est-il pas le Verbe du Père, ne parle t-il pas depuis des siècles dans L’Eglise, en nous et dans le monde ? Cette nuée lumineuse qui nous recouvre, contient tous les mystères spirituels déposés dans l’Eglise, qui se révèlent à travers l’œuvre liturgique et les saints sacrements, elle est une métaphore de la révélation divine. 

 

La crainte ici signifie « adorer », la crainte vécue dans la justesse spirituelle engendre l’adoration de Dieu et peut donc commencer à nous rendre sage par l’Esprit Saint, la foi signifie ici « la certitude intérieure d’être écouté par notre Père Céleste » et l’amour signifie ici  « s’émerveiller de pouvoir devenir par grâce ce que Dieu est par nature », car l’amour divin seul se donne tout entier à l’homme tout entier. C’est pourquoi, Dieu a déposé notre très sainte, splendide et humble Eglise orthodoxe au cœur du monde, l’homme au cœur de l’Eglise, puis Dieu est venu couronner son œuvre en se posant « doux et humble » au cœur de l’homme, pourquoi ? Pour que nous devenions « Un », avec le Christ et l’Esprit en Dieu notre Père, pour la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

 

La voie orthodoxe bien qu’étroite, « voie du juste milieu », renonce à tout extrême, voie sainte et sacrée de l’Eglise pour « apprendre à écouter » la voix du Père, c’est à dire le Fils et Verbe divin et pour recevoir l’Esprit.  Notre Eglise, très aimée de Dieu est si simple dans sa splendeur,  mais reste inaccessible aux cœurs endurcis et aux agités, ses fruits sont ceux de  « l’arbre de vie » et pour les cueillir et s’en nourrir, il faut cette œuvre si nécessaire, selon nos saints Pères, « garder et pratiquer les commandements du Christ », par la prière personnelle et ecclésiale en priant l’Esprit Saint de nous guider. 

 

Au Père du Verbe, au Fils Verbe créateur et au Saint Esprit qui nous donne l’intelligence de la parole divine, soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen. + Syméon

dimanche 10 juillet 2022

                                                     Homélie  du  Dimanche 10 juillet  2022.   

La Foi du Centurion.  



        

(Matthieu 8 : 5 à 13)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, notre sainte Eglise s’émerveille avec le Seigneur de la Foi extraordinaire, dont témoigne non un religieux comme on aurait pu le supposer ou l’espérer, mais un simple centurion hétérodoxe et païen, un soldat de la Rome impériale qui occupait la Palestine. Le Seigneur permet ainsi que ce centurion devienne pour chacun et chacune d’entre nous, un « exemple spirituel » qui ne se contente pas de désirer la guérison de son serviteur, mais qui nous montre de manière concrète et efficace comment mettre en œuvre le commandement d’aimer son prochain comme soi-même. 

 

Un centurion, c’est qui ? Un officier, un guerrier qui tire sa légitimité de César, un homme qui lutte contre des ennemis extérieurs, pour protéger son peuple et son pays. Voici que là, devant nous, la providence divine, permet que ce même centurion se retrouve en situation de lutte intérieure, qui consiste à chercher à sauver son serviteur paralysé. L’Evangile de ce jour, témoigne qu’un centurion au service de César, peut être appelé au service du Roi Céleste, et cette rencontre divino-humaine, est en vérité, le signe que le salut est proposé à toute personne de bonne volonté, qui se tourne vers le Seigneur Jésus. 

 

Nous pouvons aussi voir dans ce serviteur malade, une sorte de métaphore de notre propre paralysie spirituelle, paralysie qui est engendrée par le «vieil homme » en nous, et tout comme ce centurion nous savons que sans la grâce divine, il nous est impossible de convertir notre cœur blessé par nos épreuves existentielles. Le vieil homme en nous est né avec la chute d’Adam dans le Paradis, il est en nous la cristallisation du péché, qui s’oppose à la vie et à l’être en plénitude. Le vieil homme est pétrifié dans ses habitudes et ne supporte aucune nouveauté, il reste bloqué dans son inertie et s’interdit ainsi à lui-même de faire l’expérience véritable du « mouvement, de la vie et de l’être » proposée par Dieu dans l’Eglise et dans la vie personnelle.

 

L’Ecriture sainte nous dit que le centurion est allé vers le Christ pour lui dire : « Seigneur, j’ai à la maison mon serviteur atteint de paralysie, et qui souffre beaucoup ». Le Seigneur l’accueille, le regarde et l’écoute, mais reste libre du poids de l’émotivité psychique qui empêche habituellement les hommes d’agir de manière juste et avec discernement. Le Seigneur est pleinement présent et ressent de l’intérieur la compassion du centurion pour son serviteur et la souffrance silencieuse du serviteur paralysé. Le Seigneur s’émerveille simplement de la foi du centurion et décide d’y répondre, en disant : « Je vais aller  guérir ton serviteur ». 

 

Le Seigneur n’est mû que par l’amour pour l’humanité, il ne cherche pas à savoir pourquoi ce serviteur est paralysé. Simplement, « Jésus aime le centurion et ce serviteur paralysé, tout comme il aime chacun et chacune d’entre nous ». Aimer est pour le Seigneur, le cœur de toute son œuvre, pour sauver l’homme. Le Christ est dans « l’intelligence du cœur », à l’écoute du centurion et de sa prière, comme il est à l’écoute de chacun d’entre nous, si nous décidons dans notre liberté personnelle de faire appel à Lui. Le Seigneur ne se livre pas à une discussion philosophico-théologique au sens universitaire qui se limite à une approche ratio-intellectuelle, il laisse se dire la « foi » du centurion qui permet d’engendrer le processus et le miracle de la guérison. 

 

L’Eglise devrait s’inspirer de l’exemple vivant de ce centurion, car sa raison d’être est justement d’intercéder auprès de Dieu avec « foi, espérance et amour » pour que l’humanité puisse se libérer de ce qui la paralyse dans son « corps, son âme et son esprit ». Les malheurs du monde, le chaos des dictatures, les failles et blessures provoquées par les attitudes inhumaines, ne peuvent trouver leur guérison véritable, sans vie spirituelle personnelle et ecclésiale, pour irriguer et vivifier le cœur des hommes à travers la prière et l’intercession des uns pour les autres.

 

Devant la proposition du Christ de venir guérir le paralytique chez lui, le centurion répond : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ». Pourquoi se dit-il indigne d’accueillir le Seigneur sous son toit ? Parce que en tant que « païen », il ignore qu’il a été crée à l’image et à la ressemblance d’un Dieu, qui est Créateur et Père de l’humanité, mais sa foi en Jésus ce prophète charismatique va lui permettre d’entrer peu à peu en lui-même, pour accueillir la avec confiance la grâce divine. 

 

Ce centurion avant de rencontrer celui qu’il appelle « Seigneur », avait entendu parler de lui, il a « cherché et il a trouvé, il a demandé et il a reçu, il a frappé et Dieu lui-même lui a ouvert ». Il a ainsi pu expérimenter en esprit et en vérité que « prier, c’est ne plus être seul », ce centurion a été béni et guidé par la divine providence. La réputation de Jésus, comme prophète-guérisseur était arrivée jusqu’à lui. Le centurion savait, que celui qu’il appelle là devant nous « Seigneur », peut accomplir l’impossible et d’une seule parole guérir son serviteur, qui gît-là paralysé, sous nos yeux. 

 

L’Evangile nous dit encore : « A ces mots, du centurion, Jésus fut dans l’admiration et il dit à ceux qui étaient là : en vérité, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé pareille foi », et IL ajoute : « c’est pourquoi, beaucoup prendront place au festin du Royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob, alors que ceux qui étaient les fils naturels du Royaume des cieux seront jetés dehors ». Cette affirmation du Christ devrait nous faire méditer, comme Marie « toutes ces choses dans notre cœur », nous, qui sommes d’après saint Paul, « les enfants lumineux de l’Eglise ».

 

L’Eglise est la maison divino-humaine, dans laquelle se rencontrent la Cour Céleste, c’est à dire la Divine Trinité, la Mère de Dieu, les Saints et les Anges, et la cour terrestre, c’est-à-dire chacun et chacune d’entre nous. L’Eglise est ce lieu béni par Dieu et par les croyants, dans lequel à travers la célébration de la Divine Liturgie et des saints Offices religieux, nous pouvons acquérir l’expérience concrète, de la « foi, de l’espérance et de l’amour », envers Dieu et au service de l’homme. 

 

Qui parmi nous, n’a pas à eu à un moment ou un autre besoin dans son existence, de la présence aimante et de la prière d’un « centurion spirituel », lorsque les épreuves de la vie sont trop fortes pour s’en sortir tout seul ? Seuls les vaniteux imbus d’eux-mêmes, pensent qu’ils n’ont besoin de rien ni de personne, mais l’homme humble sait qu’il ne peut rien pour se sauver lui-même. C’est pourquoi en tant que   « chrétien orthodoxe » je suis par vocation un « intercesseur » pour toute l’humanité, et l’apôtre Paul nous rappelle « que la foi est agissante par l’amour et la compassion ». Dans l’esprit de Paull’amour parfait, c’est de ne rien exiger pour soi-même, ceci devrait être le véritable visage de l’Eglise. C’est pourquoi, la prière liturgique commune, qui nous réunit ici aujourd’hui, ne peut être qu’un don spirituel libre des uns pour les autres, des uns avec les autres, afin que nous puissions bénir ensemble, l’humanité et toute la création. 

 

Alors que veut donc nous enseigner le Christ, en magnifiant et en louant ainsi la foi du centurion ? Sinon nous encourager à cultiver en nous avec une audacieuse humilité, la confiance absolue en Lui, le médecin de nos âmes et de nos corps. Il désire transformer nos doutes, nos peurs en foi inébranlable en Lui, en foi capable de déplacer les montagnes psychiques, intérieures ou extérieures qui paralysent notre quotidien. La « foi comme Don de Dieu est universelle », ce qui la différencie d’une personne à l’autre, ce sont les moyens que chacun se donne et donne à Dieu pour qu’elle puisse se révéler avec le maximum de plénitude. 

 

Acquérir la « foi qui peut transporter et transformer nos montagnes intérieures », peut être reçue comme un don dans l’Eglise, par la participation liturgique régulière, à travers laquelle, nous pouvons apprendre à contempler, notre Seigneur à l’œuvre au service de l’homme, son bien-aimé. La « foi » est un Don de l’Esprit Saint et l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans l’Eglise du Christ, la foi ne se donne pas au monde des apparences où règne la corruption, elle ne peut être reçue que par celui qui désire vraiment vivre le mystère spirituel de l’Eglise et qui croit en Dieu.

 

Le mystère de la foi et de la guérison spirituelles, ont tous deux comme source, l’Amour de Dieu envers l’humanité, nous croyons que la guérison essentielle est premièrement spirituelle, mais rien n’empêche le Seigneur de donner aussi la guérison corporelle, comme en témoigne l’évangile de ce jour. C’est pourquoi L’Eglise, qui est le corps du Christ et le temple de l’Esprit Saint, devrait être d’abord « l’humble servante » de l’humanité. Le chrétien orthodoxe est donc celui qui intercède dans l’Eglise, afin que Dieu accueille toute personne qui crie vers Lui et lui dise : « Je vais te guérir ».

 

Puis le Seigneur dit au centurion : « va, et qu’il t’advienne selon ta foi ! Et à l’instant même le serviteur fût guéri ». La foi du centurion est telle qu’il n’y a pas de distance entre sa demande de guérison pour son serviteur et l’accomplissement de cette guérison. Que Dieu nous accorde une telle « foi » par sa divine grâce et la prière de « notre ami », le centurion évangélique.

 

Le fou juge, punit et détruit et cela sans réfléchir vraiment, le fou est celui qui se croit sage à ses propres yeux, mais le sage accueille, regarde et écoute dans le silence et l’intelligence du cœur avant d’agir selon Dieu et avec Dieu pour restaurer l’homme dans sa dimension divino-humaine. Qui est ici le fou ? C’est l’homme sans Dieu et sans l’Eglise, et l’homme sans Dieu sage à ses propres yeux, n’est qu’une caricature pathétique à côté de l’homme de Dieu. Et qui est l’homme de Dieu me direz-vous peut-être ? C’est le Saint dont la vie a été pleinement orthodoxe, prenons-nous conscience de ce que signifie « être orthodoxe » ? Pour nous, orthodoxes, il « n’existe qu’un seul et unique Sage qui est notre Seigneur Jésus-Christ ». Si donc, nous désirons la sagesse en « esprit et en vérité », nous devons rechercher la vraie communion permanente avec l’Esprit Saint qui seul nous donnera comme nous l’enseigne le Christ « la connaissance de la vérité qui nous rendra libre » dans ce monde et dans l’éternité.

 

L’Evangile n’est pas un manifeste en faveur du chaos des esprits, ni un roman à l’eau de rose dans lequel se noient les discussions de comptoirs ou une émission téléguidée pour tirer l’humanité vers le bas. La vie et la voie orthodoxe ne béniront jamais les faux-prophètes qui agissent dans les ténèbres de leurs âmes, et cela au sein même de notre très sainte Eglise. L’Evangile est le livre de la « vie divino-humaine qui peut et veut engendrer l’homme dans l’amour spirituel, dans la beauté lumineuse qui transfigure et dans la sainteté qui sont l’accomplissement et le couronnement de notre vocation orthodoxe ».

 

Au Père qui nous fait Don de la Foi, au Fils qui nous guérit par Amour et à l’Esprit Saint qui nous garde dans l’Espérance, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. 

 

+ Syméon 

 

 

 



 

 

dimanche 3 juillet 2022

 Homélie du 3 Juillet.  3ème dimanche de la Pentecôte 

3ème Dimanche après la Pentecôte 1991


 

Homélie du père Boris Bobrinskoy 

 

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

 

Aujourd'hui les premières paroles de l'Évangile que nous venons d'entendre ont particulièrement retenu mon attention et je voudrais m'y arrêter avec vous. 

Le Seigneur dit ceci : « L'œil est la lampe du corps, si ton œil est en bon état tout ton corps sera éclairé, si ton œil est malade tout ton corps sera dans les ténèbres ». De quoi s'agit-il ici ? De l'œil, de la lampe du corps, de cet organe, le plus précieux peut-être, ou l'un des plus précieux, par lequel la lumière du monde et la réalité du monde extérieur nous pénètrent, nous atteignent, par lequel nous communiquons avec le monde. L'œil, je pense, a une double fonction : de refléter et d'informer l'homme intérieur de ce qui se passe en dehors de lui dans ce qui est finalement l'extension de son être, le monde entier, mais aussi peut-être pour refléter vers l'extérieur, ce que j'appellerais la lumière ou le regard du cœur. D'une part l'œil, le regard absorbe et assimile les choses, les renvoie vers l'intelligence du cœur, les objets, les êtres, les personnes humaines.

Si l'œil est pur, il voit la pureté autour de lui, si l'œil est capable de voir le meilleur, et bien ce meilleur se transmet comme le plus précieux. Il voit alors en amour, en beauté, en justice, il discerne ce qu'il y a de beau et de vrai dans le cœur humain au-delà des apparences. Si l'œil est impur et malade, il voit de manière morcelée, brisée, sombre, triste, il voit le pire.

Rappelez-vous dans l'histoire de Job, Satan qui s'approche de Dieu avec les Anges.

Lorsque Dieu l'interroge sur Job son fidèle serviteur, il ne voit que le pire, il dit que Job est fidèle par intérêt, parce qu'il est béni de Dieu dans ses enfants, dans ses biens. Il ne sait pas, il ne veut pas savoir que la piété de Job est authentique et qu'il aime Dieu de tout son cœur malgré tout ce qui peut arriver.

Mais l'œil reflète aussi le mystère de la présence intérieure de Dieu, aussi l'absence de Dieu, le vide intérieur de nos cœurs, il reflète la grâce ou la pesanteur. Si l'œil est sain, le corps entier s'illumine, mais le corps entier ce n'est pas seulement la chair, c'est notre être naturel, l'intelligence, l'affectivité, l'imagination, la volonté, tout s'illumine dans la grâce de l'Esprit Saint, si l'œil est sain, c’est-à-dire si le cœur humain est lui-même purifié. L'œil est la lampe du corps, mais l'œil est surtout la lampe du cœur, et c'est ce cœur qui est le lieu le plus intime, le plus sacré, le plus mystérieux aussi, le sanctuaire de notre corps. « Votre corps, dit saint Paul, c'est le temple de l'Esprit Saint. Et ce temple c'est vous ». Vous tout entier corps et âme. Aucune partie, aucun aspect, aucune dimension de notre existence ne doivent être étrangers à cette présence du Christ, à cette grâce, à cette lumière de l'Esprit Saint qui doit nous illuminer tout entier. Pour cela il faut atteindre le cœur par un long cheminement, par une longue descente, par une plongée, une immersion à l'intérieur, comme dans le baptême qui est aussi une immersion. Nous devons atteindre l'homme intérieur et l'ouvrir à la grâce de l'Esprit Saint. Si l'œil est sain, le cœur lui-même se sanctifie, se purifie, est exorcisé de toutes les forces de mal et alors l'être entier devient bon. Nous pouvons dire, le corps tout entier, notre existence tout entière s'illumine, l'homme devient lumière, comme l'homme devient parole, comme l'homme devient amour, l'homme devient vie, vie dans l'Esprit Saint, vie du Christ qui nous est donnée. L'homme devient lumière, on dit des saints que tel ou tel était devenu tout œil, tout entier œil, tout entier regard, et son regard qui est tourné vers le Christ absorbait son existence, polarisait son être entier.

À cela aussi nous sommes tous appelés sans exception, à devenir œil, ouïe bien sûr, à devenir sensibilité, à devenir amour. Tout cela s'englobe, tous ces sens les plus naturels, les plus variés doivent se spiritualiser, se sanctifier, se vivifier dans la foi, dans l'espérance et dans l'amour de Dieu.

L'Évangile d'aujourd'hui se termine par les mots suivants : « Cherchez le Royaume de Dieu et toute sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît. » C'est la conclusion de tout ce que je viens de dire : cherchez le Royaume de Dieu, cherchez à vivre dans l'Esprit Saint, cherchez à accueillir l'Esprit du Christ en vous par une longue et nécessaire purification de toute notre existence. Purification cela signifie qu'il faut déblayer, élaguer, retrancher, laisser la place, enlever tout ce qui est inutile, tout ce qui est lourd, pesant, tout ce qui est secondaire dans notre vie pour garder l'essentiel, pour s'en aller à la recherche de la perle précieuse, c'est-à-dire de la Parole de Dieu, et alors nous devenons temple de l'Esprit, et le Royaume de Dieu s'incarne dans nos cœurs.

Il semblerait qu'il y ait contradiction, le Seigneur le dit : le Royaume de Dieu est proche, le Royaume de Dieu est à l'intérieur de vous, au plus intime de nous, mais le plus intime est tellement caché que le Seigneur nous dit : "Cherchez le Royaume de Dieu". Il ne faut pas aller très loin pour le chercher, il ne faut pas faire des milliers de kilomètres.

Le Royaume de Dieu est proche, il est là, mais il est caché et il faut le découvrir et ouvrir la porte pour pénétrer à l'intérieur de soi-même et devenir alors lieu du Royaume, car le Royaume doit s'incarner.

« Cherchez le Royaume de Dieu ». Il faut donner à ce mot "cherchez" toute sa force, tout son dynamisme, tout son élan. C'est une recherche douloureuse, une recherche aimante dans laquelle nous cherchons la perle précieuse en une quête ardente, incessante, quotidienne. C'est aussi la quête de celui ou de celle qui aime, qui cherche à s'unir à l'objet de son amour. Cherchez la perle précieuse qui est cachée dans un champ, dégagez cette perle précieuse qui est au fond de nous-mêmes, de toute cette écorce qui la cache et qui l'empêche de s'illuminer, et quand cette perle sera purifiée, sera manifestée, alors elle éclairera notre existence entière. Le Christ alors qui est caché dans nos cœurs se manifestera à l'extérieur. Alors nous n'aurons plus aucune peine à regarder le monde, les êtres avec le regard du Christ, alors vraiment nous deviendrons tout œil, tout regard, tout amour, mais non pas notre œil, notre regard, mais à travers nous et nous en Lui, c'est le regard, c'est l'amour, c'est la parole du Christ qui s'incarne dans notre vie. Mais alors nous ne pourrons plus faire rien d'autre que de crier au monde et de répercuter au monde ce que nous venons d'entendre aujourd'hui « Cherchez avant tout le Royaume de Dieu et sa justice » 


et tout le reste, tout sans exception, tout ce dont nous avons besoin pour notre vie quotidienne la plus courante, la plus ordinaire, tout le reste nous sera donné par surcroît parce que nous sommes les enfants du Père.

Amen.