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samedi 19 octobre 2024

La Cananéenne.

 

(Mat. 15, 21 à 28)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à travers l’exemple d’une femme païenne à ne pas nous laisser dépouiller de l’héritage spirituel et matériel que Dieu créateur a déposé dans l’être dès l’origine du monde. De quoi s’agit-il ? D’une histoire d’amour et de souffrance qui unit une mère à sa fille possédée par un démon qui rend son existence invivable, mais ne tombons pas dans le piège inhumain d’un jugement du genre, si elle est possédée, elle doit bien y être pour quelque chose, ce sont des païens donc quoi d’étonnant si leur vie est remplie de ténèbres.

 

Dieu aurait-il crée les uns bons et d’autres mauvais ? Qui peut vouloir adorer un tel Dieu ? Que lisons-nous dans le livre de la Genèse 1, 27 « Dieu créa l’homme à son image, homme et  femme IL

les créa » avec toute la sagesse, la beauté, la grâce et la liberté de devenir une personne divino-humaine accomplie par la pratique volontaire d’une ascèse spirituelle et religieuse, qui pour nous est la voie et la vie orthodoxe.  

 

Cette femme cananéenne créée à l’image divine, est appelée à devenir ressemblante à cette image originelle, elle porte en elle la grâce qui habite et accompagne toute l’humanité et qui la conduit aujourd’hui vers Jésus, qu’elle appelle « Seigneur et Fils de David », ces deux Noms désignent dans la théologie hébraïque, le « Messie » c’est à dire l’envoyé de Dieu prophétisé et qui a pour seule et unique vocation le salut de l’homme, car dit encore le Seigneur « Je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour le sauver ». 

 

Voici donc, cette femme qui interpelle Jésus le Messie et lui dit « aie pitié de moi, Seigneur Fils de David, ma fille est fort malmenée par un démon », mais Jésus ne lui répond pas un mot, au point que ses disciples le priaient « fais lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris », cette femme et mère crie vers le Seigneur par amour et compassion envers sa fille, elle n’est pas préoccupée de son confort personnel, non, elle vit le drame qu’éprouve son enfant, elle ressent la souffrance de sa fille, là où les disciples impatients demandent au Christ d’intervenir pour que cette femme cesse de les harceler par ses cris.

 

Jésus répond « Je n’ai été envoyé que vers les brebis perdues de la maison d’Israël », mais la femme prosternée devant lui insiste « Seigneur, viens à mon secours », elle vit dans son âme l’épreuve de la possession et de la souffrance de sa fille avec la même acuité que son enfant, Jésus lui répond à nouveau et dit « il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens », si nous ne voyons comme les disciples que les seules apparences de ce drame, la parole de Jésus nous apparaitra non seulement incompréhensible mais d’une grande dureté de cœur. Notre discernement partiel et partial ne peut sonder la profondeur de l’enjeu de la relation de Dieu et de cette femme, le Seigneur seul connait l’abîme du cœur de cette femme, il sait en esprit et en vérité que par son attitude d’apparente indifférence, il va renforcer le désir de cette mère d’être exaucée.

 

Alors, cette femme répond au Seigneur Jésus « oui, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres », et Jésus l’ayant amenée à exprimer sa pensée lui répond en retour « O femme, grande est ta foi, qu’il t’advienne maintenant selon ton désir et dès ce moment sa fille fût guérie ». La guérison que le Seigneur Jésus veut donner à celui ou celle qui la lui demande, n’est pas le fruit d’un acte magique, le don de la guérison demande d’être incarné par la personne en souffrance et cela suppose un dialogue vrai qui tient compte de l’état réel de la personne éprouvée.

 

Peut-être quelques uns penseront, pourquoi toute cette mise en scène, le Christ ne pouvait-il pas guérir cette fille, juste en lui disant, Je le veux soit guérie ? Bien sûr, qu’il le pouvait même sans lui prêter la moindre attention ! Mais le Seigneur privilégie toujours la rencontre personnelle et si possible un dialogue qui permet de faire émerger la pensée, l’espérance et le désir profond de la personne humaine.

 

Ce qui caractérise cette femme païenne, c’est l’amour et la compassion qu’elle ressent pour sa fille possédée et l’humilité audacieuse mais pleine de confiance envers celui qu’elle appelle « Seigneur et Fils de David », ce drame qui éprouve notre humanité et aussi le beau témoignage qui montre que le miracle peut faire irruption dans notre humaine condition, le miracle n’est pas un droit que Dieu me devrait, mais une œuvre spirituelle qui unit Dieu et l’être humain.

 

L’Evangile de ce jour montre que pour que la grâce vivifiante puisse s’incarner dans notre humble quotidien, elle demande notre participation qui ne consiste pas à vouloir réaliser des exploits ascétiques, mais à apprendre à mettre en œuvre de manière concrète ici et maintenant, la volonté divine qui nous est proposée dans l’Eglise et par l’Ecriture sainte.

 

C’est pourquoi, le Psalmiste nous met en garde contre les faux dieux qui rôdent comme des voleurs d’âme à la recherche d’une proie naïve et qui sont « des idoles faites d’argent et d’or, œuvres de la main des hommes, idoles qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas », menteurs sans scrupules et idoles déconnectées de toute expérience divino-humaine, de toute référence à Dieu, loups ravisseurs déguisés en moutons passés maitres pour envoûter les cœurs brisés.

 

Voici donc, cette païenne méprisée par certaines castes de prêtres hypocrites qui se voient volontiers comme des modèles à suivre, réprimandée en plus par les disciples du Christ sous prétexte qu’elle leur casse les oreilles, mais malgré toute cette antipathie agressive cette femme reste debout dans l’espérance, car elle sait par une certitude intérieure qu’elle sera finalement accueillie, écoutée et exaucée par celui que l’Eglise confesse comme le véritable et unique Grand-Prêtre, à savoir notre saint médecin des âmes et des corps, le Christ, elle a ressenti au fond de son être que ce Jésus pouvait et voulait sauver sa fille malade.

 

Jésus par l’image des petits chiens ne méprise pas cette femme ni aucun être, il désire éveiller celui ou celle qui le souhaite à l’existence d’une nourriture bien plus essentielle que des simples miettes, il se donne comme la véritable nourriture qui seule peut donner la vie éternelle. L’Eglise est le lieu où Dieu invite l’homme à sa table mystique afin de le nourrir à travers la sainte Cène par le Corps et le Sang du Seigneur et Sauveur et le préparer ainsi à accueillir dans le Royaume à venir son Dieu selon cette parole, alors « Dieu sera tout en tous ».

 

L’Eglise a vocation d’être à l’image de cette cananéenne, la voix qui prie et crie vers Dieu de libérer l’humanité de toutes les possessions qui oppriment l’homme et l’empêchent d’aller librement vers Dieu son Créateur. Dieu à travers l’épreuve de cette femme et de sa fille, nous invite à venir le rencontrer quelque soit notre situation individuelle, Dieu regarde notre cœur et notre désir et nous propose d’avancer dans la vie avec Lui. En Jean 14, 1, Jésus nous dit « que votre cœur ne se trouble pas » et en Jean 16, 22 « Je vous reverrai et votre cœur se réjouira », avec moi vous pouvez être plus grand que vos épreuves existentielles, car par ma grâce votre cœur ne sera jamais dans sa profondeur spirituelle soumis à une quelconque fatalité.

 

Au Père de l’humanité, au Fils devenu homme parmi nous et à l’Esprit-Saint qui nous humanise en esprit et en vérité, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

samedi 12 octobre 2024

La parabole des Talents.

 

(Math. 25, 14 à 31)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à méditer sur la parabole des talents, je nous propose de relever les versets 29 à 30 qui nous disent « car à tout homme qui a, on donnera encore plus et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il croyait avoir. Quant au serviteur inutile, jetez-le dehors dans les ténèbres, là seront les pleurs et les grincements de dents ».

 

Quel est donc l’homme qui est et qui a, à qui ressemble t’il ? Il commence à ressembler à une personne sainte, qui cultive le désir de devenir ressemblant à l’image de Dieu en lui. L’homme qui a, croit qu’il possède réellement par création divine et dès l’origine, comme l’enseigne le livre de la Genèse « l’image et la ressemblance à Dieu ». Et cette réalité spirituelle est ce que saint Paul souligne en disant : « vous avez reçu la vie, le mouvement et l’être », pour acquérir avec la grâce divine les véritables talents qui sont spirituels. Mais ce don divin n’a t-il pas été donné à l’humanité entière ? Bien sûr que si, pourquoi alors certains sont-ils ainsi désignés comme ceux à qui « on enlèvera ce qu’ils croyaient avoir et donc n’auront plus rien » ?  

 

Essayons de méditer un peu sur le « don de la vie » à partir de l’enseignement de l’Ecriture Sainte, de nombreux versets parlent de la vie pour l’homme selon Dieu, chacun pourra trouver par sa propre recherche dans l’Ecriture de quoi être éclairé concernant le « don de la vie ». Pour devenir vivant, il est bon de commencer par se tourner vers « Celui qui est Vivant  et Source de la Vie » et qui déclare « Je Suis la Résurrection et la Vie ».

 

Dieu nous a confié un merveilleux talent qui contient tous les autres, et ce talent, c’est l’homme lui-même crée à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est pourquoi le Seigneur dit « celui qui croit en moi, fera les mêmes choses que moi et même de plus grandes ». Et pour que ce talent puisse trouver tout ce dont il a besoin pour se réaliser et ainsi rendre gloire à Dieu, la providence divine nous a donné l’Eglise.

 

Les talents dont parle l’Évangile sont un don divin, nous comprenons qu’ils ne sont utiles et ne portent des fruits que dans la mesure où ils sont mis en œuvre au nom du Seigneur et au service de la vie spirituelle de l’homme. Les talents sont les outils divino-humains avec lesquels, nous apprenons peu à peu à nous humaniser pour aller vers notre transfiguration, dans l’espérance de notre déification à venir. Les talents peuvent nous aider à expérimenter la grâce divine, si nous cultivons la vie orthodoxe dans l’Eglise du Christ icône du Royaume, par la médiation de la prière personnelle et liturgique.

 

Dieu nous a donné les talents que sont la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût, pour les faire fructifier dans le temps et l’espace existentiels de ce monde comme une préparation sainte et sacrée pour le monde à venir et l’infini du Royaume de Dieu. Alors comment ferons-nous fructifier chacun de nos sens ? Les talents nous sont donnés comme une voie spirituelle qui doit avec la bénédiction divine, nous accompagner pour que nous devenions peu à peu, déjà dans ce monde, des « christs aimants, saints, humbles et sages ».

 

Comment à partir de nos sens psychosomatiques, allons-nous les enrichir et les convertir en sens spirituels, afin que nous devenions des êtres accomplis dans la mise en pratique de l’enseignement évangélique ? Deux ou trois outils seront nécessaires pour œuvrer à édifier l’être spirituel et nos guides seront d’abord l’Esprit-Saint au cœur de l’Eglise et de notre vie, avec la méditation de l’Ecriture sainte à travers la prière personnelle, liturgique et le silence. 

Voici donc le talent de la vue, dans les « Béatitudes », nous lisons « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », la vision de Dieu ne dépend pas de la vue physique, mais du cœur pur, ce qui est vrai de la vue ne le serait-il pas également de tous les autres sens ? La vue biologique doit nous permettre de discerner la réalité du monde physique afin d’y accomplir notre tache d’homme, mais surtout pour nous les croyants, la volonté divine. Pour l’aveugle qui suite à la demande de Jésus, que veux-tu que je fasse pour toi, lui répond « que je recouvre la vue », qui parmi nous peut penser, que Jésus ne lui rend la vue que pour voir le monde matériel ? C’est pourquoi le Seigneur dit aussi ailleurs « celui qui m’a vu a vu le Père », le talent de la vue trouve donc sa plénitude dans la contemplation du visible et de l’invisible, du monde et du royaume, du Père à travers le Fils unique par la grâce agissante de l’Esprit-Saint.

 

A « celui qui a, il sera donné encore plus, mais a celui qui n’a pas, il sera enlevé même ce qu’il croyait avoir », celui qui a, c’est celui qui croit en Dieu et qui croit que Dieu veut pour lui le meilleur, de quoi sera donc enrichi celui qui croit, il sera enrichi non seulement des promesses contenues dans les béatitudes, mais de la présence divine en lui pour la vie éternelle. Celui qui n’a pas, c’est celui qui reste indifférent à toute réalité religieuse, ce qui fait qu’il ne possède que des petits morceaux de ce monde dont saint Jean nous dit « n’aimez pas le monde ni ce qui vient de ce monde sans Dieu », et saint Paul confirme cet état de dépossession totale qui finira par ruiner celui qui n’a pas, en nous rappelant que « tout passera, sauf l’amour ». L’amour dont parle saint Paul étant Dieu lui-même, car Dieu seul ne passera jamais, Lui qui est éternel et immortel, ainsi l’homme qui cultive la vie orthodoxe recevra le « talent des talents », à savoir cultiver pour l’éternité sa communion avec le Dieu aimant et vivant.

 

Voici le talent de l’ouïe, qui pour trouver sa plénitude doit aboutir peu à peu, à réaliser ce qui nous est promis dans Hébreux « si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » et dans l’Apocalypse « si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte », mais où donc pouvons-nous entendre la voix divine ? N’est- ce pas dans l’Eglise, notre maison divino-humaine où résonne sans cesse et en communion la voix de Dieu et celle de l’homme. A quel moment, Dieu nous parle t’IL de manière directe à travers la célébration liturgique, n’est-ce pas à l’écoute du saint Evangile où Dieu nous parle face à face, et à quel moment frappe t’Il avec une divine douceur à la porte de notre cœur avant d’accepter notre invitation, n’est-ce pas au moment de la sainte communion à son Corps et à son Sang ? Qui peut penser, qu’il suffit de posséder les cinq sens fonctionnels, pour faire fructifier le talent de la vie divino-humaine en nous, alors que notre  Seigneur et Maitre nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire ».

 

 Ailleurs, le Seigneur dit en Mat. 13, 14, suite à la prophétie d’Isaïe « vous aurez beau entendre de vos oreilles, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas, l’esprit de ce peuple s’est épaissi, ils se sont bouchés les oreilles, ils ont fermés leurs yeux de peur que leurs yeux ne voient, de peur que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse », la conversion est donc absolument nécessaire pour que nous puissions faire fructifier nos talents selon la volonté divine.

 

Voici le talent du toucher ou être touché, comme nous pouvons le voir dans Actes, 2, 37 « d’entendre cela, ils eurent le cœur touché et ils dirent à Pierre et aux Apôtres : Frères, que devons-nous faire ? », ici le toucher intérieur comme la vision de Dieu concerne surtout « l’état du cœur », si donc la parole du Verbe créateur ne touche pas notre cœur, nous risquons d’être  incapables de cultiver notre esprit de manière créatrice et alors comment pourrons-nous espérer une véritable conversion intérieure.

 

 

Si nous nous contentons de cultiver les seuls talents sensoriels, nous faisons de nous un homme incomplet et il nous arrive ce que nous chantons dans le psaume 135 du Polyéléos des Matines du dimanche « les idoles des nations sont faites d’argent et d’or, ouvrages de la main des hommes, elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, elles ont des oreilles et n’entendent pas, il n’y a pas de souffle dans leur bouche, et ils leur ressemblent ceux qui les fabriquent et se confient en elles ».

 

Le psaume 135 indique à la suite ce que doit cultiver l’homme pour acquérir la plénitude d’être selon la grâce divine, en nous disant « maison d’Israël, bénissez le Seigneur, maison d’Aaron, bénissez le Seigneur, vous qui cherchez le Seigneur, bénissez le Seigneur », voici nommé le talent véritable, il consiste à « bénir le Seigneur et toutes ses œuvres », n’est ce pas ce que nous essayons d’accomplir dans la vigne du Seigneur, notre sainte Eglise orthodoxe.

 

La culture de nos talents donnera les fruits espérés par la grâce divine et la bonne ascèse de notre vie en Dieu, c’est dans l’Eglise que nous apprendrons à devenir des hommes et des femmes selon le cœur de notre Dieu, le terme d’ascèse ne doit pas nous effrayer, comment la célébration de la Divine Liturgie voulue par Dieu, pourrait-elle être considérée comme une épreuve insurmontable ? Certes, nous venons dans l’Eglise avec notre vécu individuel, certes nous sommes partie prenante de notre histoire personnelle, certes nous avons des états d’âmes multiples, mais comme nous le chantons au moment de l’hymne des Chérubins, nous pouvons « déposer maintenant tous les soucis de ce monde, pour accueillir le Roi de gloire, escorté par les chœurs des armées angéliques », voilà la bonne ascèse liturgique par laquelle, l’Esprit de toute consolation et bénédiction, fera de nous des êtres nourris de la bonne sève spirituelle de l’orthodoxie.

 

Dieu bénissant, nous parlerons une autre fois des talents précieux que représentent, l’âme, l’esprit, le cœur et le corps, qui pour se spiritualiser ont besoin d’une nourriture riche en grâce divine, par ex. les psaumes pour l’âme, la contemplation liturgique pour l’esprit, la prière pour le cœur et l’édification du corps comme temple de l’Esprit-Saint.

 

Si nous voulons avoir la certitude de recevoir les vrais talents pour nourrir et faire fructifier notre existence en Dieu, alors nous devons aller là où se trouve la source de toutes les grâces et bénédictions, là où Dieu vient lui-même nous rencontrer, c’est à-dire, dans la sainte Eglise du Seigneur, cultivons la vie liturgique comme notre bien spirituel le plus précieux dans ce monde, et par notre prière personnelle rendons gloire et grâce à notre Dieu.

 

Au Père, source des talents véritables, au Fils qui nous les transmet et à l’Esprit qui les fait fructifier avec nous, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

samedi 28 septembre 2024

Le Festin Nuptial.

 

(Matthieu 22, 2 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à venir festoyer à la table royale, sainte et sacrée du Royaume des Cieux pour nous nourrir non par des aliments périssables, mais de la nourriture essentielle qui est Dieu lui-même dans le « Don de son Corps et de son Sang ».

 

L’Evangile dit « un roi fît un festin de noces pour son fils », les noces signifient ici une invitation donnée par un père qui voulait témoigner de son amour pour son fils et partager cet amour avec tous ceux et celles qui étaient conviés au banquet nuptial...mais les invités ne voulurent pas venir.

 

Ce roi terrestre peut être vu comme une icône du Roi céleste qui nous invite sans cesse lui aussi à venir au festin nuptial et liturgique, et combien sommes-nous à décliner l’invitation pour des motifs futiles et si souvent mondains, le fameux « je n’ai pas le temps », j’ai tant de choses à faire comment pourrais-je être disponible et surtout le dimanche, le « seul jour où je ne travaille pas ».

 

A qui est donc promis le Royaume des Cieux ? Aux « pauvres en esprit et aux persécutés pour la justice », ceux dont l’esprit est riche des pensées et œuvres mondaines se ferment donc eux-mêmes le Royaume tout comme ceux qui cultivent l’injustice. De quelle injustice est-il question ici ? De celle qui consiste à persécuter et à laisser persécuter les « croyants qui viennent librement au festin liturgique », et de tous les actes contraires à la liberté religieuse.  

 

Comment ceux et celles qui refusent les invitations aux festins liturgiques et qui empêchent y compris par la force ceux qui veulent y aller, comment pourraient-ils être parmi ceux dont l’Apocalypse en 19,9 dit « heureux les invités au festin de l’Agneau », comment pourraient-ils se rallier à la parole de l’Ange du Seigneur qui en Apocalypse 19, 17 crie « venez, ralliez le grand festin de Dieu » ? Malheurs donc à tous les faux prophètes qui enseignent à se nourrir des hérésies indigestes véhiculées dans les savoirs partiels et partiaux du monde.

 

Mais Dieu a préparé un festin pré-réparateur qui peut restaurer tout homme ou femme dans sa dignité originelle, c’est ce que nous montre la parabole du « Fils prodigue », là aussi, c’est un « père » plein d’amour qui a toujours espéré le retour de son « fils » et que fait-il après la conversion intérieure de son fils, sinon un » grand festin » pour celui qui était en proie à la mort par le péché et qui aujourd’hui ressuscite dans les bras de son père, « mettez-lui une robe blanche et un anneau d’or au doigt, venez et festoyons, car mon fils qui était mort est vivant ».

 

Cette conversion indispensable et permanente de tout prodigue que nous sommes tous plus ou moins nous prépare à participer avec « crainte de Dieu, foi et amour » à la sainte Cène qui elle-même nous prépare à la communion spirituelle du banquet céleste dans le Royaume des Cieux où nous serons nourris d’Esprit à esprit, car alors « Dieu sera tout en tous », ce « tous » étant le « petit troupeau » qui aura suivi l’Agneau de Dieu tel que prophétisé en Luc 12, 32 qui dit avec force « sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume ».

 

L’Evangile poursuit « le roi entra...aperçut là un homme qui ne portait pas la tenue de noces et lui dit, mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir une tenue de noces ? L’homme resta muet », il existe un autre passage de l’Ecriture dans lequel le Christ lui-même interpelle un homme en l’appelant « mon ami, fais ce que tu as à faire », « mon ami » parole extraordinaire d’amour du Dieu-Homme adressée à Juda. Le Seigneur ne dit pas à Juda, va me trahir, non, il lui dit « « fais ce que tu as à faire », c’est à dire, fais en esprit de vérité ce qui est justice pour ton salut, Juda avait donc le choix de choisir entre la vie et la mort. Épreuve redoutable que celle du mystère de l’iniquité qui montre à quelle hauteur spirituelle de grâce l’homme uni à Dieu est appelé à s’élever pour ne pas succomber à la tentation.

L’Evangile poursuit « les serviteurs s’en allèrent par les chemins, ramassèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle des noces fut remplie de convives », voici donc là devant nous, « l’Eglise, salle des noces » dans laquelle sont invités les bons et les mauvais pour festoyer allègrement dans l’Eglise, nous y trouvons différentes sortes de nourritures, par exemple, l’enseignement du Seigneur « Chemin, Vérité et Vie », rien n’empêche un « mauvais » d’être touché par la grâce ou un « bon » d’être déchu de la même grâce, oui, l’ascèse est une nécessité, nous savons que le « Royaume appartient à ceux qui se font violence pour y entrer ».

 

La « tenue de noces » est en relation directe avec l’amour de l’homme pour Dieu et l’amour de l’homme pour son frère, car, il n‘est possible de vivre dans le Royaume que par ce qui dure éternellement, et saint Paul nous enseigne que « l’amour est ce qui reste », ni les savoirs, ni les langues ne resterons, ce qui passe est éphémère et ne peut prétendre à la qualité de « tenue de noces », le Royaume de Dieu n’est pas le royaume du monde des apparences passagères, c’est pourtant paradoxalement « dans le monde sans être du monde » que nous sommes invités à mener le bon combat de la vie spirituelle.

 

Voici que le Roi et Père céleste nous invite à travers les saints, les prophètes et les anges sans cesse au festin eucharistique, mais tout comme la prière personnelle est incomplète sans la prière liturgique, le Seigneur lui-même nous invite à nous rendre dans cette autre salle où nous pourrons participer au festin qui est la communion personnelle avec la Divine Trinité, que nous dit-il ? « si tu veux prier, retire-toi dans ta chambre, c’est à dire rentre en toi-même et reste uni avec toi-même et non désuni, ferme la porte, c’est à dire sois silencieux, veille, vois et écoute, alors prie ton Père dans le secret de ton cœur et dit Lui « notre Père ».

 

La prière du Notre Père donnée par le Seigneur est la réponse parfaite à notre désir de vivre en Dieu, avons-nous vraiment expérimenté que le Fils a sertie Marie sa Mère comme la pierre précieuse la plus désirable au cœur même du Notre Père, où donc ? Dans le verset « que Ta volonté soit faite », ne partage-t-elle pas ainsi avec son Fils Jésus l’obéissance parfaite au Père. Le Seigneur et Fils unique dit « non pas ma volonté, mais la tienne Père » et l’humble Marie dit à l’Archange Gabriel « qu’il me soit fait selon la volonté du Père », humilité indicible du Fils et de sa Mère. Si Marie est ainsi sertie au cœur du « notre Père », c’est pour que nous allions vers son Fils et notre Dieu et Père par sa médiation, elle qui unit le ciel et la terre dans ses saintes entrailles en la personne de Jésus.

 

Que dirons-nous maintenant devant le mystère des deux festins spirituels qui en vérité ne font qu’un ? Nous pouvons dire, « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur », non pas dans une sorte d’auto-flagellation morbide et masochiste dont Dieu ne veut pas, mais avec la prise de conscience de cette parole immense de saint Paul « il est grand, le mystère du Christ et de l’Eglise », nous pouvons même paraphraser cette parole et dire « il est grand, le mystère du Christ et de l’homme », la pleine révélation de ce mystère est le trésor de grâce déposé par l’Esprit Consolateur au cœur de l’Eglise, lieu saint et sacré du festin ecclésial et personnel.

 

Au Père qui nous invite au festin des noces spirituelles de son Fils unique, au Fils qui est la véritable Manne vivifiante et à l’Esprit qui gémit en nous de manière ineffable, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

samedi 21 septembre 2024

L’Entretien avec Nicodème.

 

(Jean 3, 13 à 17)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Église nous invite à participer à l’entretien de Nicodème et du saint Rabbi Jésus, ceci mérite que nous soyons attentifs et à l’écoute dans un esprit de prière et de communion avec le Christ, d’autant plus que nous sommes vivement encouragés à imiter Nicodème et à demander nous aussi audience à notre Seigneur et Maitre Jésus-Christ avec la bénédiction de lui poser les questions religieuses et spirituelles qui nous préoccupent avec insistance.

 

En amont du texte évangélique de ce jour, le Seigneur dit à Nicodème en 3, 11 «  en vérité, en vérité, Je te le dis, nous parlons de ce que nous connaissons et nous attestons ce que nous avons vu ; mais vous n’accueillez pas notre témoignage », cette incrédulité inhérente à l’homme déchu de sa beauté et grâce première, remonte à Adam et Eve qui se sont détournés de Dieu leur Créateur, pour se tourner vers Satan le faux dieu menteur et meurtrier de l’âme humaine en acceptant son faux témoignage que «  nous sommes comme Dieu ».

 

Cette vérité absolue qui est Jésus, le Fils unique de Dieu incarné parmi nous, les premiers disciples eux-mêmes ont eu des difficultés à le comprendre et à le croire, avant d’arriver à confesser pleinement que le Christ est Dieu et Homme parfait. De même, nous aussi de nos jours, nous pouvons avoir des difficultés à accueillir le témoignage que le Seigneur Christ a déposé dans l’Eglise en mémoire et témoignage de toute son œuvre salvatrice.

 

Saint Marc en 1, 15 nous donne une première ascèse nécessaire à accomplir pour pouvoir espérer accueillir pleinement le message de l’Evangile de vie, à savoir « le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez », ce Royaume spirituel et réel, c’est notre Seigneur incarné, pouvait-IL être plus proche de nous qu’il ne l’était par sa pleine  humanité ? Si donc, IL est le Royaume, il en possède aussi toutes les richesses et peut nous les transmettre si nous croyons en lui dans un repentir sincère avec la confiance de la foi.

 

Dans Jean 3, 12, le Seigneur nous dit encore à travers Nicodème « si vous ne croyez pas quand Je vous dis les choses de la terre, comment croirez-vous, quand Je vous dirai les choses du ciel ? »,

Quelles sont donc les choses de la terre ? Elles sont toutes contenues en plénitude de vie et d’être dans son humanité parfaite unie sans confusion ni séparation avec sa nature divine, dans cette vérité se trouve « l’unique nécessaire » dont nous avons besoin et que nous devons

chercher et demander sans cesse à Dieu, selon cette parole dans les Actes des Apôtres 16, 31 « crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé » !

 

L’Evangile de ce jour nous dit « nul n’est monté au ciel, sinon Celui qui en est descendu, le Fils de l’Homme », si donc nous désirons monter au « Ciel », la sagesse voudra que nous cherchions la communion avec Celui qui en est descendu et qui seul connaît parfaitement le chemin saint et sacré pour un tel voyage spirituel, puisqu’IL nous dit « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », nul autre guide ne pourra satisfaire pleinement notre désir d’union avec Dieu.

 

Le Seigneur dit « ainsi faut-il que le Fils de l’Homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle », cette élévation du Seigneur sur la Croix sera le « signe » qui va éprouver avec acuité notre foi en Dieu, croire en vérité que Celui qui est le Dieu vivant est le même que Celui qui est pendu sur le bois de l’infamie comme le pire des malfaiteurs, nous donnera le saint fruit spirituel de la vie éternelle.

Ainsi l’éternité se gagne par l’ascèse orthodoxe et la grâce divine dès notre incarnation, dans notre vie d’homme et de femme, si nous confessons le signe de la Croix comme l’annonce lumineuse de notre salut, malgré toutes les épreuves qui peuvent nous crucifier dans le monde.

 

Le Seigneur dit encore à Nicodème en Jean 3, 6 à 7 « ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit, ne t’étonne pas, si Je t’ai dit : il vous faut naître d’en-haut », c’est aussi pourquoi la naissance au monde trouve sa pleine réalisation dans la venue de l’Esprit de toute grâce afin d’accomplir la vocation véritable de l’humanité qui est de « devenir par grâce ce que Dieu est par nature ».

  

Nicodème dans ses questions à Jésus reste bloqué à une compréhension physique du mystère de l’homme créé par Dieu, c’est pourquoi, il dit « comment un homme peut-il naître étant déjà vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? ». Jésus lui répondit « en vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut  entrer dans le saint Royaume de Dieu ».

 

Mais l’homme a besoin d’une médiation spirituelle pour unir en lui la chair avec l’esprit et cette médiation est tout entière l’œuvre de notre Seigneur Jésus-Christ depuis son Incarnation jusqu’à sa Résurrection en passant par l’indispensable Passion salutaire. C’est aussi pourquoi, Jean écrit en 6, 63 « c’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien, les paroles que Je vous ai dites sont esprit et elles sont vie », ce qui signifie que l’homme dont l’esprit n’est pas nourri par l’Esprit de Dieu, ne pourra pas trouver la plénitude de la vie personnelle, pas plus qu’il ne pourra monter vers le Ciel et s’établir dans le Royaume de Dieu.

 

L’homme ou la femme sans l’esprit spirituel entendra le Christ dire « mais il en est parmi vous qui ne croient pas », à qui disait-il cela ? A ses propres disciples, car IL voyait dans le cœur et l’esprit de quelques uns le « doute » qui est un redoutable poison pour la vie intérieure, aussi demande t-il aux Douze « voulez-vous partir, vous aussi ? ». Alors Simon-Pierre au nom des Douze lui répond « Seigneur à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle » !

 

Voilà que le Seigneur tourne vers nous son visage, nous regarde et interpelle chacun et chacune d’entre nous, et nous pose la même question « veux-tu partir toi aussi » ? Que lui répondrons-nous à notre tour ? C’est notre présence fidèle et persévérante dans notre très sainte Eglise orthodoxe pour participer à la Divine Liturgie, qui sera notre manière de dire au Seigneur « vers qui irions-nous Seigneur, Toi qui nous donnes ton Corps et ton Sang justement en vue de la vie éternelle ».

 

A l’exemple de Nicodème qui désire la communion avec le Christ Jésus, nous pouvons nous nourrir de la parole divine et pour cela méditer sur le sens spirituel des saintes Béatitudes : 

« Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux et bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », qui nous invitent à désencombrer notre esprit et notre cœur des  pensées opposées à la volonté divine, et pour cela à cultiver la vie et la voie orthodoxe afin de nous délier Dieu bénissant, de toutes les pensées qui s’opposent à l’existence bienheureuse qui est la seule désirable et conforme à la dignité humaine originelle.

 

Au Père qui ne cesse de nous inviter au Banquet spirituel, au Fils qui se donne sans cesse comme nourriture spirituelle et à l’Esprit-Saint qui nous sanctifie pour communier avec crainte de Dieu, foi et amour au Banquet divino-humain, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

+ Syméon

dimanche 15 septembre 2024

Lumière du monde.

 

(Matthieu 5, 14 à 19)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à œuvrer comme sel de la terre et lumière du monde, ce qui nous invite à méditer d’une part sur la Béatitude « bienheureux les doux, car ils hériteront la terre » et d’autre part, sur la Béatitude « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Le sel de la terre doit être semé avec intelligence dans notre cœur afin que puissent fructifier les fruits selon l’homme intérieur, la lumière du monde demande de se tourner vers Celui qui est la Lumière créatrice du monde en qui il n’existe aucune ténèbre.

 

Nous serons donc sel de la terre et lumière du monde, autant que nous serons semblables au Christ qui est la Lumière et la Source de la Lumière selon cette parole en Jean 9, 5 « tant que Je suis dans le monde  Je suis la lumière du monde », voici que Dieu lui-même, nous invite en quelque sorte à prendre le relais et d’assumer en son Nom de devenir lumière du monde, afin d‘être unis par une communion spirituelle selon cette autre parole en 1 Jean 1, 7 « mais si nous marchons dans la lumière, comme IL est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres ».

 

Saint Paul en Romains 13, 12 nous dit « revêtons les armes de la lumière », ces armes sont purement spirituelles et ne peuvent avoir aucune complicité avec les ténèbres engendrées par les passions non purifiées et non converties en lumière. C’est dans la vie et la voie religieuse enseignée par l’Esprit de Sagesse dans l’Eglise que se trouve toutes les grâces divino-humaines qui ferons de nous et avec nous au Nom du Seigneur des porteurs de lumière « car, vous êtes des enfants de la lumière » (Paul en 1 Thessaloniciens 5,5).

 

Dans la Divine Liturgie, au moment de la Communion, le prêtre invite les Fidèles à s’approcher du « très Saint Corps et Sang du Seigneur avec crainte de Dieu, foi et amour », voici énumérées trois œuvres spirituelles à accomplir parce qu’elles portent en elles la grâce de nous unir à Dieu et à sa Lumière. Mais, elles ne seront « lumière du monde et sel de la sagesse divine », que si nous nous approchons avec cette même crainte de Dieu de l’homme « créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

 

La crainte de Dieu n’a rien à voir avec la peur et encore moins avec la terreur devant Dieu, non, mais elle est le signe qui éprouve notre attitude devant la toute sainteté divino-humaine du Seigneur Jésus, Lui, l’Un de la très sainte Trinité des Personnes divines. L’homme n’est-il pas invité à siéger auprès de Dieu dans le Royaume céleste ? N’est-ce pas ce que nous confessons ? L’homme est donc bien ce « petit dieu » infiniment aimé de Dieu et donc digne de par sa création originelle d’être entouré d’une sainte vénération voulue par Dieu.

 

En Galates 3, 26 Paul écrit « vous êtes tous fils de Dieu par la foi », la foi en qui ? N’est-ce pas en Jésus le Christ que nous croyons, c’est donc bien l’état spirituel de « fils de Dieu par grâce » qui peut par la foi nous donner d’hériter du sel de la sagesse divine et de la lumière qui irradiait de la Transfiguration.

Il nous faut donc crier sans cesse « je crois Seigneur, viens au secours de mon manque de foi », car tout comme la prière du cœur est le couronnement de la prière de Jésus, la foi est l’accomplissement de la croyance en Dieu. L’importance de la foi est soulignée par saint Luc en 18, 8 lorsqu’il dit en parlant du retour du Seigneur pour juger le monde « trouvera-t’IL la foi sur la terre » ? Ainsi, la crainte de Dieu bien vécue et unie à la foi en Dieu pourra illuminer l’esprit de l’homme et faire de lui une « humble mais véritable lumière du monde » pour la seule et unique gloire de Dieu.

 

Mais la lumière plénière se révèlera en l’homme lorsque la crainte de Dieu et la foi en Dieu seront converties en amour pour Dieu et en Dieu pour l’homme, c’est pourquoi saint Paul dans son hymne à

l’amour en 1 Corinthiens 13, 13 nous écrit « maintenant demeurent foi, espérance, amour, mais la plus grande d’entre-elles est l’amour », l’amour est ce qui restera éternellement, car comme l’écrit encore Paul, tout disparaîtra «  les prophéties disparaîtront, les langues se tairont, la science disparaîtra », et pourquoi tout cela disparaîtra ? Parce que le Christ dit lui-même sur la Croix « tout est accompli »,  ce qui signifie que le Seigneur amène à la perfection ultime dans l’homme mais aussi dans la Création, tout ce qui n’était que partiel et partial, « voici, Je fais toutes choses nouvelles » dit le Seigneur.

Voici donc, le bienheureux pauvre en esprit, qui est-il ? C’est celui dont l’esprit est théologien selon nos saints Pères, c’est à dire, qui s’exerce à la contemplation priante, ainsi il pourra Dieu bénissant ensemencer la terre que représente le Corps de l’humanité et s’approcher avec crainte de Dieu, foi et amour de « tout ce qui vie, loue et respire le Seigneur », il cultive la modestie en tout et avec tous et trouve sa joie à être assis au cœur même de la douceur de l’hésychia. N’a t-il pas hérité de la terre céleste qui contient en elle les saintes grâces de la vie spirituelle, c’est ici, le témoignage même dont nous nourrissent tous ceux et celles qui ont reçus l’Esprit de consolation et le répandent en rosée vivifiante sur l’homme et la Création divino-humaine.

 

Voici encore, le bienheureux cœur pur illuminé par la lumière incréée qui donne au bienheureux d’être  lumière du monde et phare spirituel pour celui ou celle qui veut bien y communier par la grâce de la sainte ascèse orthodoxe, cette grâce qui n’est répandue en abondance que dans notre Eglise très aimée de Dieu et que reçoivent tous ceux qui concélèbrent ensembles et qui communient  à l’essentiel qui est la recherche de la relation personnelle et ecclésiale avec la Divine Trinité.

 

Voici le bienheureux doux selon cette parole de saint Paul aux Philippiens en 4, 5 « que votre douceur soit connue de tous les hommes », comment tous les hommes peuvent-ils connaître notre douceur ? Par le mystère de la consubstantialité de la nature humaine, mais ce que Paul souligne ici, c’est que déjà notre douceur soit connue de tous les hommes et femmes que nous rencontrons dans notre existence quotidienne. Saint Jean en 3, 31 nous dit « celui qui est d’en-haut, est au-dessus de tous, celui qui est de la terre est terrestre et parle en terrestre », le bienheureux doux est déjà né d’en-haut, c’est pourquoi il est une icône fidèle de la douceur du Christ et cette terre dont il hérite, c’est lui-même devenu une nouvelle terre spirituelle qui peut produire les fruits de l’Esprit pour la vie éternelle.

 

Chez saint Mathieu, la parabole du « vous êtes sel de la terre et lumière du monde » est précédée du Sermon sur la Montagne dans lequel le Seigneur donne l’immense enseignement des Béatitudes qui peuvent nous façonner pour devenir porteurs de cette « lumière divino-humaine », nous éclairer et nous guider dans la pratique évangélique.

 

C’est dans l’Eglise que nous pouvons trouver tous les trésors vivifiants de la grâce, le goût suave du sel de l’esprit, la lumière qui illumine le monde, soyons sans illusion devant les mirages et les idoles du monde, si nous voulons vraiment nous nourrir spirituellement, il nous est vraiment indispensable d’être présents dans l’Eglise afin de participer tout entier à la célébration de la Divine Liturgie qui est l’expression même de la présence divine. Qui peut penser un seul instant, qu’il est possible pour un chrétien orthodoxe de devenir sel de la terre et lumière du monde en-dehors de l’Eglise « Corps du Christ dont il est la Tête », ce serait vanité, vanité et rien que vanité.

 

Saint Jean nous rappelle en 1, 4 à 5 que « la vie était la lumière des hommes, que la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie », cette lumière qui resplendit dans les ténèbres de nos cœurs  et de nos esprits est voilée par notre foi faible, l’incroyance et l’indifférence d’un monde gouverné par des idoles sans foi ni loi, pourtant cette lumière, c’est le Christ lui-même « doux et humble de cœur » qui nous laisse en héritage la si précieuse Eglise orthodoxe porteuse de la vie divino-humaine qui désire se répandre à profusion dans l’humanité. Allons-nous donner la préférence à César ou à Dieu, rendons à César ce qui lui revient et offrons l’essentiel, c’es à dire nous-mêmes à Dieu et le que signe de cette offrande soit notre « présence » fidèle, régulière et persévérante dans l’Eglise et non dans les fausses promesses du monde que saint Jean dénonce avec force.

 

Vous êtes sel de la terre et lumière du monde de par votre création originelle, Dieu nous a donné dès le principe la possibilité d’accomplir une telle œuvre spirituelle, est-ce difficile, c’est impossible selon cette parole « « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », c’est donc dans l’icône du Paradis, notre Eglise très aimée de Dieu, que nous serons offerts les « outils » religieux nécessaires en particulier par la médiation de la prière liturgique et personnelle.

 

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, notre Lumière éternelle, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

 

samedi 7 septembre 2024

Le Débiteur impitoyable.

 

(Matthieu 18, 23 à 35)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous transmet la manière juste à mettre en œuvre pour nous libérer du fardeau invalidant que représentent nos passions contraires à l’acquisition de la vie divino-humaine. L’Evangile de ce jour nous montre que le don du Royaume des Cieux est le véritable objet de cette indispensable remise réciproque de nos dettes non seulement envers notre prochain mais encore plus envers Dieu.

 

Dans Matthieu 22, 21 nous lisons que le Seigneur dit « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », si donc nous devons rendre à César tous les biens matériels sous formes d’impôts divers exigés par lui pour être autorisé à vivre dans le monde, combien plus devrons nous nous désendetter de nos passions envers Dieu pour hériter du Royaume des Cieux et y vivre en présence de toute la sainte Cour Céleste autour de la Divine Trinité. Et si César dans sa voracité impitoyable demande surtout le maximum de nos biens matériels, Dieu nous invite à nous soulager mutuellement de nos fardeaux psychiques et spirituels en nous pardonnant du fond du cœur nos mauvaises pensées et nos actes indignes de notre humanité créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.

 

Si donc, nous voulons que Dieu nous pardonne nos manquements envers Lui, il nous faudra commencer par pardonner à nos frères et sœurs en humanité leur manquements envers nous. La voie sûre pour acquérir le pardon divin et humain de nos passions pécheresses nous est accessible dans l’ Eglise de Dieu à travers la grâce de la confession de nos péchés, pardon que Dieu seul peut donner en plénitude par l’absolution reçue du prêtre intermédiaire et même intercesseur auprès de Dieu.

 

Nous savons combien nos dettes matérielles peuvent plomber notre existence dans le monde, que dirons-nous alors de nos dettes spirituelles qui peuvent nous priver de l’accès au saint Royaume des Cieux qui concerne la possibilité de la vie éternelle selon cette parole de notre Seigneur Jésus-Christ « bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux », qui seront donc ces bienheureux, sinon ceux qui auront libérés leur esprit de toute pensée contraires à l’Esprit de Dieu. Le péché est un usurier redoutable qui ne nous accordera nul apaisement ni remise, mais au contraire va ajouter le péché au péché au point de nous rendre toujours plus dépendant de nos passions.

 

L’Evangile nous montre l’attitude juste pour obtenir la remise  de nos dettes et le pardon de notre « cœur endurci et de notre nuque raide », si je n’adoucis pas l’entêtement de mon cœur à être impitoyable alors je ne pourrais pas me prosterner devant Dieu pour implorer de lui Sa miséricorde, je resterais inflexible dans mon aveuglement et inaccessible à la souffrance de mon prochain qui m’implore pour lui remettre sa dette envers moi. Pour sortir de cet état de torpeur dans lequel me maintient la dette de mes péchés, je dois apprendre à me prosterner devant Dieu et de le prier de m’accorder son pardon et ainsi retrouver le véritable visage de mon humanité.

 

Dans Matthieu 7, 12 nous lisons « tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faîtes-le vous-mêmes pour eux, voici la Loi et les Prophètes », ceci pour la remise des dettes entre hommes, mais voici encore plus, saint Paul en Colossiens 3, 23 nous enseigne « ce que vous faîtes, faîtes-le de bon cœur pour le Seigneur » et non pour vous-mêmes, afin d’échapper à la vaine gloriole qui voudrait nous faire penser et croire que nous sommes « vraiment quelqu’un d’extraordinaire » et nous faire oublier que le Seigneur lui-même nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire ».

Dans saint Jean 5, 19 nous lisons « le Fils ne peut rien faire de lui-même », lui Dieu et Homme parfait dit cette parole de feu spirituel, cette parole signifie en esprit et en vérité qu’il peut bien sûr faire tout ce qu’il veut, mais qu’IL ne fera rien sans la communion totale avec son Père et notre Père, ceci pour nous dire de ne rien faire sans Lui, car pardonner et remettre les dettes à quelqu’un est une œuvre inaccessible à la seule volonté humaine.

 

Saint Paul nous rappelle à l’humilité lorsqu’il s’agit de remettre leurs dettes à nos débiteurs, que ce soient des biens matériels ou des biens moraux, que dit-il en 2 Romains 2, 1 « toi qui juges l’autre, tu fais les mêmes choses », le langage populaire dirait « commence par balayer devant ta porte, avant de prétendre faire le ménage chez les autres », et dans l’épître aux Philippiens 2, 13 saint Paul ajoute « Dieu produit en vous le vouloir et le faire », non pas que nous soyons des demeurés incapables d’agir selon nos possibilités certes limitées, mais nous ne pouvons de nous-mêmes seuls, décider de « vouloir pardonner et de faire tout ce qui est utile pour remettre les dettes ».

 

Déjà le Psalmiste en 39, 7 proclame « tout le bruit que « l’homme » fait n’est que vanité », ce qui signifie ici, que la remise des dettes se fait au Nom de Dieu et avec Dieu et cela dans la douceur et la discrétion aimante.

 

L’Evangile poursuit «  c’est ainsi que vous traitera aussi mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur », et pourquoi Dieu lui-même est-il si tendre avec l’homme son bien-aimé malgré ses chutes et rechutes ? Parce que Dieu aime l’homme qu’il a fait à son image et à sa ressemblance, qu’il l’a fait pour un peu de temps inférieur aux anges, un peu de temps seulement, car l’homme par grâce divine devenu « un christ aimant, saint, humble et sage », sera élevé par l’Esprit de toute sainteté à vivre en présence de la Divine Trinité dans le Royaume de Dieu.

 

L’Apocalypse en 21, 1 et 5 nous confirme l’apparence spirituelle de l’homme devenu « un christ » par la divine parole absolument certaine «  je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle » et ainsi « voici, Je fais toutes choses nouvelles », qui peut penser que cette nouveauté divino-humaine puisse accueillir en son sein « le vieil homme pécheur », le temps est court ajoute ailleurs saint Paul d’où une certaine urgence à nous remettre nos manquements les uns envers les autres et à nous prosterner devant Dieu pour implorer sa miséricorde envers nos péchés individuels.

 

Dans la prière de l’absolution, nous entendons «  que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive », non pas qu’il se contente de vivoter pour un peu de temps dans l’espace de ce monde de l’errance désorientée qui oublie Celui qui est le « Chemin, la Vérité et la Vie ».

 

Au Père qui remet les dettes à qui le lui demande dans la prière de communion avec le Fils et l’Esprit, soient la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

dimanche 1 septembre 2024

Le démoniaque épileptique.

 

(Matthieu 17, 14 à 23)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous rend témoins de la guérison d’un démoniaque effectuée par le Christ lui-même suite à la supplication du père de l’enfant possédé et devant l’impuissance de ses disciples à guérir cet enfant démoniaque.

 

Le Seigneur s’adresse à ses disciples par des paroles sévères en leurs disant « engeance incrédule et pervertie, jusques à quand serai-je avec vous ? Jusques à quand ai-je à vous supporter ? Amenez-le moi ici ». Pourquoi les traitent-ils d’incrédule et de pervertis ? Ses disciples sont des Juifs connaisseurs avertis de la sainte Thora, mais ils le sont encore selon la lettre dont l’esprit est toujours voilé pour eux. Toutes les merveilles miraculeuses que notre charismatique et saint Rabbi Jésus accompli sans cesse devant eux et tout le Peuple présent ne leur ouvrent pas l’esprit ni le cœur, leur compréhension de l’œuvre salvifique du Seigneur leur reste étrangère dans la profondeur de leur être.

 

Ainsi eux comme nous, nous méritons le reproche de manquer de cette foi qui pourrait enfin déplacer les montagnes de nos cœurs endurcis et pervertis par les illusions du monde sans Dieu et nous faire expérimenter véritablement la vie et la voie spirituelle de l’orthodoxie. Ne sommes-nous pas nous aussi encore des « enfants possédés » par nos possessions éphémères que ce soit nos biens matériels ou immatériels au détriment de l’essentiel qui est cette « Foi »

porteuse de la sagesse divino-humaine.

 

Le Seigneur nous dit en Matthieu 17, 20 à 21 « Je vous le dis, si vous aviez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacerait, et rien ne vous serait impossible » et en Jean 3, 12 « si vous ne croyez pas aux choses terrestres dont je vous parle, comment croirez-vous aux choses célestes », combien de témoins contemporains du Christ ont cru après avoir vu ses œuvres salutaires, combien aujourd’hui croient à ces mêmes œuvres qui pourtant s’accomplissent toujours parmi nous ?

 

Nous voici faibles dans notre foi, nous croyons volontiers en Jésus le Fils unique de Dieu, mais de là à venir avec régularité à l’Eglise par exemple, çà reste un combat contre cette espèce d’inertie qui est une autre manière de désigner la faiblesse de notre foi pratique ? Mais Dieu  bénissant, nous ne sommes ni démunis ni abandonnés à nos états d’âme chaotiques et nous pouvons toujours crier vers notre Seigneur « je crois Seigneur, viens vite au secours de mon manque de foi » (Marc, 3, 24).

 

Nous comprenons que croire est une pratique indispensable pour commencer le chemin spirituel et religieux qui par la grâce divine et la participation fidèle à la Divine Liturgie et de la pratique de la prière personnelle, peut nous aider à édifier et à enraciner notre existence peu à peu sur le socle d’une foi conforme à celle que le Seigneur nous invite à cultiver en bon paysan spirituel.

 

Pourquoi le Seigneur termine-t-il cette péricope évangélique par l’annonce de sa Passion à venir en avertissant ces mêmes disciples que « que le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes, ils le tueront, et, le troisième jour IL ressuscitera. Les disciples en furent tous consternés ». Parce que seule une « grande foi » pourra supporter une telle épreuve indicible, c’est justement une telle foi que Jésus leur demande de nourrir en eux afin de traverser avec lui l’inhumain et l’innommable de la perversion humaine.

Nous voyons les disciples s’approcher de Jésus et lui demander « pourquoi n‘avons-nous pas pu expulser ce démon de l’enfant » ? Là, il s’agit de l’expulsion d’un démon, mais devant combien d’autres choses sommes-nous impuissants dans notre vie, incapables de discerner de manière juste et bénéfique la volonté divine, alors n’hésitons pas à nous tourner vers notre Seigneur pour lui demander pourquoi nous sommes plombés ou bloqués dans telle ou telle situation et selon notre foi, la lumière utile nous seras donnée.

 

Au Père infinie patience aimante, au Fils maitre unique de notre vie spirituelle et à l’Esprit de vérité et de consolation, soient la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon