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samedi 24 janvier 2026

Retour en Galilée.

    

(Mat. 4, 12 à 17)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

  

 

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous propose une méditation d’un passage de l’Ecriture sainte qui se situe entre les trois tentations contre Jésus après son baptême et l’appel des premiers disciples. Ceci pour nous montrer que le saint baptême est porteur de la grâce divine, par le « don du sceau de l’Esprit Saint » qui nous permet de résister aux tentations auxquelles Jésus lui-même a été confronté, et d’acquérir cette grande lumière dont nous témoigne l’Evangile de ce jour pour répondre amen à l’appel de Jésus et devenir son disciple.

 

Le passage scripturaire qui est donné met en opposition apparente les « ténèbres et l’ombre de la mort, avec une grande lumière qui se révèle à l’humanité », mais là où le tentateur avance de manière masquée afin de tromper l’homme, saint Jean témoigne qu’au « commencement était le Verbe qui est la Vie et que la Vie était la Lumière des hommes ». Cette grande lumière se révèle dans la Galilée des nations païennes et non comme nous pourrions l’espérer dans les lieux saints, qui devraient rayonner cette lumière dans le monde habité. Ce qui est insupportable au tentateur, c’est de voir que l’homme est dépositaire de cette lumière divine dont lui s’est exclu suite à sa révolte insensée envers Dieu. Voici donc que le Christ Jésus accepte d’être tenté, afin de vaincre le mal à sa racine et nous transmettre ensuite par notre baptême la grâce de résister à notre tour aux diverses tentations qui nous assaillent dans l’humaine condition propre à l’existence dans ce monde.

 

L’Evangile de ce jour, nous révèle que la voie et la vie orthodoxes ne peuvent se réaliser que dans le refus des diverses tentations opposées à la vocation divino-humaine de l’homme, mais que résister à la tentation ne peut se faire que selon cette parole du Seigneur qui nous dit  « sans Moi, vous ne pouvez rien faire » et « repentez-vous, car le Royaume des cieux est proche ». Se repentir signifie ici, ne pas se laisser dérober la grâce divine, qui seule peut donner à l’homme la sagesse et la pratique spirituelle, en vue de résister et même de vaincre les tentations malignes et inhumaines qui désirent la mort de notre vie orthodoxe. 

 

Et pour que nous puissions accéder à cette conversion intérieure avec certitude, la divine providence a déposé au sein de l’humanité désorientée qui est ce « peuple qui demeurait dans les ténèbres et l’ombre de la mort, une grande lumière ». Cette grande lumière est notre splendide et humble Eglise orthodoxe très aimée de Dieu, qui telle une Mère très sage et très belle, guide ses enfants des ténèbres morbides du tentateur vers la lumière éternelle de la Divine Trinité. L’Eglise est le resplendissement de la sainte lumière de Dieu, parce que nous dit saint Paul, elle est « le Corps du Christ dont Il est la Tête », et cette lumière divine rayonne sur nous et le monde entier, par la grâce de la célébration liturgique et par la prière ascétique, aimante et humble de nos Pères et Mères saints.

 

Ainsi à travers l’ascèse des tentations jusqu’à l’état de disciples appelés par le Seigneur, le seul et sûr chemin passe par notre présence réelle et fidèle dans l’Eglise, car au milieu de nos tribulations, seule l’Eglise bénie par l’Esprit Saint peut nous donner « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme mais que Dieu révèle à ceux qui l’aiment ». L’Eglise est le lieu que Jésus le Messie continue de traverser avec nous comme il traversait la Galilée, pour nous enseigner et nous guérir. Pour le rencontrer en esprit et en vérité dans l’Eglise, revenons sans cesse à nous mêmes et en nous-mêmes, tournons-nous vers Dieu qui a crée l’homme à son image et à sa ressemblance, alors pourra commencer l’œuvre du vrai repentir en vue du Royaume des cieux.

 

Aux tentations insensées du Malin, Jésus donne une réponse divino-humaine qui glorifie Dieu tout en bénissant l’homme, Dieu a expulsé le tentateur du Paradis et le Christ l’a expulsé hors de l’homme, et depuis, le Malin rôde dans la Création et sa seule obsession est de séduire l’homme pour le détruire. Il ne nous suffira pas de prier Dieu de ne pas nous laisser « succomber à la tentation » ou bien de nous    contenter de crier « Seigneur, Seigneur » pour être sauvé, mais nous devons cultiver par la pratique religieuse notre vie orthodoxe, en recherchant sans cesse la « grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu notre Père et la communion du Saint-Esprit », pour espérer réaliser notre vocation  orthodoxe et divino-humaine de disciple du Seigneur.

 

La conversion spirituelle est le don de la grâce divine qui nous permettra d’apprendre à discerner la  volonté du Seigneur, afin d’acquérir peu à peu une plénitude de vie et d’être au cœur même de notre existence réelle, et cette sagesse pratique ne s’oppose en rien à notre présence concrète, éclairée et pragmatique dans la réalité de ce monde. Soyons attentifs et veillons sur nous avec simplicité et avec l’intelligence du cœur, pour nous aider, méditons le conseil de saint Paul « ne vous fiez pas à tout esprit, mais discernez d’où il vient », nombreux sont les électrons libres et autres prophètes auto-proclamés qui tout en n’appartenant à aucune Eglise orthodoxe, se permettent pourtant de les juger toutes, de ceux-là, l’Ecriture sainte et inspirée dit « vanité rien que vanité, rien de nouveau sous le soleil » et « leur gosier est un sépulcre béant ».

 

Au Père qui nous a envoyé son Fils Unique, au Fils qui nous enseigne le repentir qui sauve, au Saint Esprit qui nous sanctifie, soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

dimanche 18 janvier 2026

Saint Jean-Baptiste, le Précurseur.


(Marc 1, 1 à 8)

AU NOM DU PÈRE, DU FILS ET DU SAINT-ESPRIT, AMEN.

  

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous emmène à la rencontre de saint Jean Baptiste le Précurseur, il est celui qui a reconnu en Jésus le Messie annoncé par les prophètes. En honorant le Précurseur, nous rendons gloire à Dieu, car le Christ lui-même l’appelle : « Le plus grand des hommes né d’une femme » nos saints Pères l’appellent « homme céleste et ange terrestre », mais précise le Seigneur, en parlant de Jean le « plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui », parole de feu, de puissance et de lumière divines que le Verbe créateur donne à méditer à l’humanité. Voici que là devant nous, le Seigneur Jésus honore non seulement le prophète Jean, mais l’humanité afin qu’elle aussi puisse annoncer par ses œuvres spirituelles, l’Envoyé de Dieu. Naître dans notre monde est une réalité universelle, mais la naissance spirituelle est toujours unique pour chaque personne, et elle ne peut s’engendrer que par la seule grâce divine, à travers ce que nous pouvons nommer l’ascèse orthodoxe.

 

L’Ecriture nous dit : « Alors apparut à Zacharie l’Ange du Seigneur debout à la droite de l’autel de l’encens…Zacharie à cette vue fût troublé… » Mais l’Ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée ; ta femme Elisabeth t’enfantera un fils, et tu l’appelleras Jean ». Tout comme pour Marie, c’est dans le Saint des saints du Temple de Jérusalem, que l’Ange du Seigneur vient proposer à l’humanité le salut de Dieu. Si nous croyons que nous sommes comme le dit l’apôtre Paul « temple de l’Esprit Saint », alors la prophétie divine portée par l’Ange devrait résonner en nous comme en Zacharie et émouvoir nos entrailles. Alors peut commencer à s’accomplir cette autre parole prophétique du Seigneur lui-même : « Celui qui croit en Moi, des fleuves d’eaux vives couleront de son sein », ces eaux vives sont toutes les énergies divines répandues par l’Esprit Saint dans l’Eglise, dans l’homme et sur toute la création.

 

Que signifie Zacharie fût troublé ? N’avait-il jamais vu d’ange dans son service sacerdotal ? Oui, il a vu et connaît le monde angélique, mais ce qui le trouble, tout comme était troublée Marie, c’est le contenu du message que l’Ange lui apporte au Nom de Dieu, à savoir que Jean sera « joie et allégresse…grand devant le Seigneur…rempli de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère…il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Elie ». Ce que deviendra Jean est aussi notre vocation, devenir un prophète et un précurseur pour transmettre au monde à travers l’Eglise et dans notre existence orthodoxe que le Christ est le Dieu vivant et l’unique Sauveur de l’humanité.

 

De quelle joie, Jean était-il habité ? De celle dont le Seigneur a dit : « Je vous donnerais la Joie que nul ne pourra vous ravir », Jean que le monde extérieur se représente souvent comme un ermite sauvage et solitaire, n’était que danse et allégresse spirituelles au-dedans de lui. N’est-il pas écrit, que lorsque Marie vint visiter Elisabeth, Jean entendit la voix de Marie dans le sein de sa mère, « ce qui le fit tressaillir d’allégresse » Et cette joie resta si présente en lui, qu’il en témoignera adulte en parlant de lui-même par ces mots : « L’ami de l’époux qui est là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux, telle est ma joie et elle est parfaite ». De quoi se nourrissait la joie de Jean ? D’amour envers Dieu, dans l’obéissance, l’humilité et le service jusqu’à donner lui aussi sa vie pour le salut d’Israël, Jean préfigurait ainsi l’œuvre du Christ Jésus, et en cela, il deviendra véritablement le précurseur du Seigneur.

 

N’est-il pas écrit pour Jean : « Toi aussi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer ses voies ». Mais que signifie pour nous, ici et maintenant préparer les voies du Seigneur ? Quelles sont ces voies par lesquelles Dieu vient vers nous ? Ces voies sont nos pensées, nos paroles et nos actions que nous devons purifier, convertir et offrir à la Divine Trinité pour que Dieu vienne tout entier dans l’homme tout entier. Et par quelle ascèse allons-nous préparer ces voies ? En écoutant à nouveau Jean qui nous dit : « Il faut qu’IL croisse et que je diminue », pour que Dieu puisse croître en nous, nous devons à l’image du Précurseur Jean, diminuer en cultivant l’humilité et refuser l’inhumain en nous, veiller pour ne pas nous laisser égarer par nos propres pensées contraires à la volonté divine, être à l’écoute de l’Esprit-Saint et obéir à la sagesse de l’Eglise en tournant le dos à tous les faux prophètes de ce monde.

 

L’Ecriture dit encore de Jean : « Cependant l’enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Et il demeurait dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël ». Jean homme de Dieu immense parce que humble, était la voix de Celui qui crie dans le désert, Jean n’a pas crié lui-même, c’est le Verbe éternel qui dans l’Esprit éternel, a crié à travers Jean de toute la puissance de Sa divino-humanité. Et ce cri divin continue toujours à traverser l’Eglise orthodoxe pour qu’elle le transmette à l’univers, ce cri traverse le cœur de l’homme, ce cri inaudible pour l’homme psychique et charnel, que Jean le prophète a entendu et reçu de Dieu pour nous, contient toute la plénitude des dons et des promesses de la Divine Trinité.

 

Aujourd’hui, cet appel divin nous est accessible par la Divine Liturgie, par les psaumes, les chants et toutes les prières de l’Eglise, toutes ces précieuses « théophanies » qui nous sont données pour préparer en nous et autour de nous les voies du Seigneur. Si le monde errant connaissait et apprenait à vivre en esprit et en vérité le mystère saint et sacré de L’Eglise, il serait à la porte de sa transfiguration. C’est pourquoi le cri d’amour divin de notre Seigneur Jésus-Christ, est donné une dernière fois pour la vie et le salut du monde, lorsque suspendu sur la montagne spirituelle de la Croix, l’Homme-Dieu crie : « tout est accompli » et « Père Je remets mon esprit entre tes mains ».

 

Au Très-Haut qui nous a envoyé les prophètes, au Fils qui a réalisé toutes les prophéties et à l’Esprit prophétique, soient la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 


mercredi 7 janvier 2026

La Nativité du Seigneur.

 


(Matthieu 2, 1 à 12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 


 

Aujourd’hui, l’Eglise nous montre comment la Lumière Divine qui s’incarne dans un petit enfant, est refusée par ceux qui préfèrent trafiquer dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Saint Jean dans son prologue ne dit-il pas : « la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue ». Hérode est Juif, il n’ignore rien de l’espérance messianique du peuple d’Israël. Mais Hérode le sanguinaire est possédé par le goût du pouvoir, et cette obsession le vide de toute humanité et de toute compassion, rien alors ne le retiendra plus pour ordonner après le départ des rois mages, le massacre des « saints innocents ».

 

L’Evangile nous dit : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem en disant : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Le Royaume de Dieu est le véritable et unique « Orient spirituel », qui aujourd’hui devant nos yeux, s’incarne pleinement dans l’orient de notre monde, par l’Enfant divin, Jésus le Fils béni de Marie.  

 

N’est-il pas étrange que Dieu nous envoie les rois mages, alors que les synagogues étaient les îlots lumineux qui avaient pour mission d’annoncer et d’accueillir la lumière éternelle, c’est à dire le « Messie » espéré? L’étoile qui guide les rois mages depuis l’Orient, symbolise dans l’homme la « lumière de l’intelligence » qui a pour vocation d’illuminer l’être humain afin de le guider vers le saint des saints qui est son propre cœur pour s’y prosterner et y adorer, l’Enfant Jésus. Offrir notre cœur à Dieu comme une grotte spirituelle, pour que l’Esprit Saint en fasse un sanctuaire, un lieu de vie aimant, vivant et liturgique, pour que notre personne entière puisse recevoir la grâce divine et accueillir l’Enfant Divin incarné. La Nativité est le commencement de notre salut selon cette parole de notre saint Père Athanase « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne dieu », l’univers entier ne peut être comparé à cette immense vocation humaine, « naître au ciel et devenir dieu ».

 

L’Ecriture poursuit : « le roi Hérode, ayant appris la naissance de Jésus, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui ; il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple et s’enquit auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ ». Etre un roi mage, c’est être une lumière sur le chemin de l’humanité, qui a pour vocation de transmettre la grâce divine, c’est à dire la bonne nouvelle de la naissance du Roi des rois, l’humble Enfant divin, pour le salut de l’humanité.

 

Hérode lui, est un roi de pacotille et de comédie, une caricature misérable de la véritable royauté qui est spirituelle, un bouffon ridicule et insensé, affamé et assoiffé non de justice mais de pouvoir, en vérité il ne représente rien ni personne, car son royaume est celui des vaines apparences, du néant. Mais si Hérode n’est rien, qui alors lui donne un tel pouvoir sur nous et en nous? Hérode par analogie, c’est le vieil homme en nous, qui se trouble lui aussi, à chaque fois qu’il est visité par un envoyé de Dieu. Hérode, c’est sa majesté l’égo, qui hurle moi, moi et encore moi, qui ne connait d’autre dieu que lui même, d’autre œuvre que de faire sa volonté partout, toujours, en tout et avec tous. Il est l’homme entêté jusqu’à l’absurde, emmuré dans ses petites certitudes ridicules et stériles, et qui refuse de se convertir à la seule nouveauté absolue que représente l’Enfant qui vient de naître à Bethléem. Hérode, homme imbu de lui-même devient esclave et complice de Satan, le séducteur et prince des ténèbres, dont l’unique désir est la destruction totale de l’humanité. C’est pourquoi les hordes sataniques, se griment volontiers de masques qui caricaturent le visage de l’humanité, et s’associent avec tous les Hérode impies de ce monde, pour persécuter l’Eglise et massacrer celui qui est le Sauveur unique de l’humanité, « l’Enfant Dieu ».  

Les scribes et les prêtres en réponse à Hérode dirent : « l’enfant est né à Bethléem de Judée, car voici ce que le prophète a écrit : « et toi, Bethléem, pays de Juda, tu n’es certes pas le moindre parmi les clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera le pasteur de mon peuple Israël ». Voici donc que les prêtres et les scribes savent dire où naitra le Messie attendu, quant à y aller eux-mêmes, hélas, trois fois hélas, leur vanité et leur soumission aveugle à la lettre de la Loi, les empêche d’accéder à la vie en plénitude, à l’Enfant Divin annoncé, qui naît aujourd’hui ici parmi nous, et que pourtant ils prophétisent, espèrent et attendent tous. Mais nous savons que la soit disant sagesse de ce monde, incapable de reconnaître le « Sauveur incarné dans un nouveau-né », reste incrédule et incapable de s’émerveiller devant l’espérance que représente l’Enfant Jésus, cette non sagesse que saint Paul dénonce comme une folie aux yeux de Dieu.

 

Que signifient ici, les « clans de Juda » ? Seule la vie spirituelle inspirée par l’Esprit de Dieu peut emmener l’homme vers « Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie », c’est à dire, l’Enfant Jésus qui vient de naître pour illuminer justement tous les clans dont parle le saint Evangile ? Les clans sont toutes les tribus d’Israël et les Synagogues où est annoncée la parole divine et prophétique du Très-Haut. Parole qui ne cesse d’annoncer la naissance du Divin Rédempteur espéré par Israël, et que l’Israël de Dieu devait donner à l’humanité. C’est pourquoi plus tard, l’enfant Jésus devenu le « Serviteur Souffrant » contemplé par le prophète Isaïe, dira dans l’angoisse de son âme : « ô mon peuple que t’ai-je fait » et « qui a connu la pensée du Seigneur en esprit et en vérité » ?

 

Mais voici l’humble merveille, la bonne nouvelle, voici que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a élu parmi tous ces clans fiers et prestigieux, l’humble « Bethléem », qui deviendra l’Eglise très sainte et très aimée de Dieu. Bethléem la maison du Pain, qui annonce que cet Enfant qui vient de naître n’est plus la simple « manne céleste » reçue par les Israélites dans le désert, mais le « Pain Vivant descendu lui-même du Ciel », pour se donner comme nourriture à l’humanité affamée et assoiffée à cause du néant spirituel qui recouvre le monde de ténèbres. Bethléem, la maison du Pain, est le signe divin et prophétique de l’Eucharistie, du Corps et du Sang que l’Enfant Divin versera librement lorsque devenu adulte, IL accomplira pleinement le mystère de la Nativité, en donnant Sa vie pour le salut du monde.

 

L’Ecriture poursuit « Hérode alors appela les mages en secret et se fit préciser par eux la date de l’apparition de l’étoile, puis ils les dirigea sur Bethléem en disant : Allez prendre des informations précises sur cet enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui ».

 

De nouveau, l’Evangile nous montre l’ambiguïté du fonctionnement mental de Hérode, qui tout comme le tentateur maudit dit des choses qui semblent bonnes et justes, mais comment agit-il ? Il agit en secret, en faisant semblant de bénir le voyage des rois mages, en leur faisant croire qu’il a le même projet qu’eux, qu’il veut le meilleur pour l’Enfant, qu’il a les moyens de combler tous leurs désirs, y compris spirituels. Et pour arriver à ses fins, il ne veut surtout pas d’autres témoins que des grands-prêtres et des scribes, ses complices incapables de discerner le saint et véritable sens prophétique et spirituel de l’Ecriture Sainte.

 

En vérité, c’est le Temple de Jérusalem qui devait accueillir l’Enfant Divin, il était par vocation la Grotte mystique que Dieu désirait illuminer par sa naissance. Mais Hérode va se détruire lui-même parce que son mensonge est pathétique, dans sa folie comme tant d’autres hommes, il pense pouvoir tromper Dieu lui-même, mais en réalité, son marchandage hypocrite avec les saints rois mages, ne lui rapportera rien, sinon faire de lui le « bourreau des innocents » et son propre bourreau.

 

L’Evangile poursuit : « sur ces paroles du roi, les mages  se mirent en chemin. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient se mit à les précéder jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant ». Les mages se mettent donc en route sur les ordres du roi Hérode, et l’étoile qui ne pouvait briller en présence d’Hérode qui représente les ténèbres du monde sans Dieu, peut à nouveau resplendir de toute sa luminosité divine, pour accompagner et guider le saint voyage non seulement des rois mages, mais de toute personne qui décide de dire « amen », à l’appel providentiel de Dieu et de se prosterner devant Jésus, l’Enfant Dieu.

 

L’Ecriture poursuit : « la vue de l’étoile remplit les mages d’une grande joie ; ils entrèrent dans la grotte, trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, et, le front contre terre, ils se prosternèrent devant lui ; puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Que signifie : « la vue de l’étoile les remplit d’une grande joie ? Cela signifie leur communion réelle  à la lumière incréée dont cette étoile est le signe manifeste dans la création, cela signifie que la lumière est le fruit de la vie en Dieu et que cette vie lumineuse engendre cette grande Joie dont le Seigneur dit : « Je vous donnerais la Joie que nul ne pourra vous ravir ». Seule la joie divine est la joie véritable, joie qui nous donne de danser intérieurement devant la Divine Trinité, joie vécue par les rois mages, joie que celui à qui le Seigneur donne de la goûter, même une seule fois, ne pourra plus jamais oublier ni dans ce monde ni dans l’autre.

 

Que signifie, « ils entrèrent dans la grotte et la suite »…cette grotte est l’Eglise intérieure, spirituelle et mystique, icône de la grotte de Bethléem, c’est le lieu de Dieu dans l’homme, la rencontre personnelle de l’homme avec Dieu, là où tout naturellement, l’homme se prosterne au cœur de son cœur, dans l’adoration en esprit et en vérité de la Divine Trinité. Que signifie encore, ils Lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ? Cela signifie que l’homme, roi, prêtre et prophète, a retrouvé par la grâce de Dieu sa vocation divino-humaine, et peut réaliser le grand œuvre d’amour, les signes de cet état spirituel retrouvé sont ceux de la nature divine elle-même, offrir l’or c’est confesser que la nature de Dieu est Lumière, offrir l’encens c’est confesser que la nature de Dieu est la Sainteté, offrir la myrrhe c’est confesser que la nature de Dieu est en vérité l’Immortalité. Alors Dieu, le Roi Mage Divin, à son tour offre à l’homme non l’or, l’encens ou la myrrhe, mais la « déification », l’adoption filiale, la communion sans confusion ni aucune séparation avec la Divine Trinité, qui est la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

 

L’Ecriture dit : « ensuite, avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, les rois mages  regagnèrent leur pays par un autre chemin ». L’Evangile de ce jour nous révèle ainsi le pèlerinage religieux et spirituel proposé à l’être orthodoxe, cette ascèse de vie qui doit transformer peu à peu l’homme, et faire de lui un être liturgique qui célèbre son Seigneur à travers toute son existence quotidienne. Cette vie en Dieu est d’abord une vie en soi avec Dieu, parce que la relation à Dieu est toujours personnelle, mais aussi une vie avec l’autre, c’est-à-dire une vie en Eglise. Alors nous aussi, nous « regagnerons notre pays par un autre chemin », c’est à dire, non plus par les sentiers de perdition du monde hérodien ou ceux chaotiques du vieil homme, mais par le « chemin unique qui est le Christ », pour arriver par grâce dans notre pays réel qui est le Royaume de Dieu.

 

Au Père Roi de l’Univers, au Fils qui nous veut cohéritiers de Son Royaume et à l’Esprit Saint qui nous intronise dans le Royaume, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon