INTRODUCTION A LA TRADITION
ORTHODOXE :
L’EGLISE
« Je
crois en l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique. »
La contemplation du Mystère
de l’Eglise de Dieu est vitale pour le Chrétien parce qu’elle est aussi son
propre « mystère », lieu de
sa libération de tout esclavage en Jésus-Christ. Nul ne peut confesser que
Jésus est Seigneur sans l’Esprit-Saint, de même, nul ne peut méditer le Mystère
de l’Eglise et le vivre réellement sans ce même Esprit-Saint.
L’Eglise est au cœur du
monde, elle est le cœur du monde, elle contient le monde et transcende le
monde, qualités que nous reconnaissons à Dieu lui-même, ce faisant, nous
confessons la grandeur de l’Eglise. L’Eglise de Dieu est Icône de l’économie
divine dans le monde, miroir où chacun
peut acquérir la grâce de voir la Face de Dieu sans mourir. Ce don nous
est accessible d’abord en Christ, par la médiation de Marie Mère de Dieu, des
Apôtres et de tous les Saints à travers l’œuvre liturgique qui engage tout
l’homme. L’Eglise est le lieu vivant où avec Moïse, nous devons nous
déchausser, Terre Sainte où tout l’univers retrouve son unité. Elle est
l’Epouse du Christ et notre épouse, Corps du Christ et notre corps, et nul ne
hait son propre corps.
Rien ne peut s’incarner
sans exister d’abord en Dieu, ne disons-nous pas que « Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »,
ainsi l’Eglise terrestre est dans sa nature spirituelle semblable à l’Eglise
céleste, construite non selon une vision humaine limitée, mais selon le modèle révélé
par Dieu dans le Christ et l’Esprit. Tout ce qui a vie reçoit son être de Dieu
et l’existence est d’amener cette vie divino-humaine à sa perfection dans le
respect et la vocation reçue à incarner à en vue de sa déification ultime par la grâce
de Dieu.
Il est inscrit dans l’homme
créé par Dieu une économie spirituelle qui lui permet d’aller librement vers la
réalisation parfaite de sa vocation qui est d’être déifié et de s’unir à la
Divine Trinité. De même, le cosmos est appelé à être transfiguré et
spiritualisé mais non déifié. Autrement dit, chaque créature créée par Dieu a
une vocation spécifique selon son essence, sa semence et son espèce qui
consiste en ce que cette « tout ce qui existe loue le Seigneur »
car vivre c’est louer la Divine Trinité. (Ps. 103)..
Je crois en l’Eglise :
Cet acte de foi que nous confessons concernant l’Eglise
procède du même Esprit avec lequel nous confessons au début du Credo : Je
crois en Dieu le Père, en Jésus-Christ, en l’Esprit -Saint… Il est donc aussi
essentiel de croire en l’Eglise qu’en Dieu lui-même, car nous ne pouvons pas
vivre l’un sans l’autre. Certes, il y a une hiérarchie dans notre confession
puisque nous commençons par le Père, le Fils et l’Esprit Saint ...mais le Credo
est un tout indissociable.
La première attitude qui
nous est demandée est de croire en l’Eglise. Nous ne disons pas « nous
croyons », mais « je crois ». Il s’agit là d’une
responsabilité personnelle à assumer, dans un même esprit que celui dans lequel
nous nous donnons le baiser de paix et disons « paix à toi et à
l’Eglise », mais en ayant toujours présent à l’esprit l’inséparabilité
de l’homme et de la communauté.
Nous confessons par
l’Eglise une réalité qui est d’abord spirituelle mais qui désire s’incarner
selon la bénédiction du Christ dans l’histoire du monde et dans l’humanité.
L’Eglise d’invisible est devenue visible, elle est créée, là et à venir dans le
devenir liturgique divino-humain. L’Eglise est le Corps du Christ mais ce corps
contient la plénitude de la divinité en Lui. C’est pourquoi nous affirmons que
l’Eglise peut être contemplée comme incréée selon la divinité du Christ et
créée selon l’humanité du Christ.
Ce « Je
crois » pour confesser véritablement doit être l’Icône du « Je
Suis » par lequel le Christ affirme son antériorité et sa supériorité par
rapport à Abraham devant les Pharisiens et les Juifs. Est-il nécessaire de
confesser et de croire en une réalité qui serait déjà pleinement
présente ? Nous croyons donc en une réalité certes palpable et
expérimentable dans l’Eglise incarnée, puisque nous chantons « goûtez
combien le Seigneur est doux », signe réel et précurseur du monde à
venir.
Une
La première qualité que
nous reconnaissons à cette Eglise que nous confessons est qu’elle est « Une », ce qui est tout simplement
un des noms attribués à Dieu. Concernant l’Eglise historique, nous voyons bien
qu’elle est non pas Une mais multiple, non pas unie mais désunie.
Dans l’unique Eglise du
Christ, sont contenues des églises particulières qui ne reçoivent pas leur
unité d’elles-mêmes mais de leur
confession orthodoxe fixée au sein de la Tradition et des Conciles et proclamée
dans les Actes des Apôtres sous la forme de : « L’Esprit- Saint et
nous… », elle est donc Une dans l’unité de la Foi. Toute Eglise
locale, quelle que soit son importance, qui ne confesse pas la Foi de l’Eglise « Une
et Universelle » s’exclue elle-même du Corps du Christ ce qui
est vrai aussi pour tout Chrétien.
Nous devons confesser
l’Eglise par la foi et les œuvres, « en
vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi fera, lui
aussi, les œuvres que je fais et même de plus grandes ». La Vérité qui
est le Christ lui-même nous enseigne ici que la foi et les œuvres doivent êtres
unies et présentes dans la vie de l’homme comme un témoignage à la Vérité et à
la Lumière et comme étant faites en Dieu.
Sainte :
L’Ecriture témoigne tout
particulièrement de la Sainteté de Dieu et l’Eglise incarnée est appelée à
témoigner de celle-ci par le Christ dans l’Esprit -Saint et au sein des
chrétiens. Lorsque nous pénétrons dans l’Eglise de Dieu, Corps du Christ, nous
entrons dans la Vie en Dieu, nous sommes en contact de manière immédiate avec
Sa Sainteté que nous le voulions ou non, que nous en soyons conscients ou non.
Dans la confession de la
Sainteté de Dieu, nous ne pouvons trouver de meilleur témoignage que celui de
l’Eglise lorsque nous chantons en son sein : «
Saint, Saint , Saint est le Seigneur Tout – Puissant, le ciel et la terre sont
remplis de Ta gloire, Hosanna au plus haut des cieux. Béni soit celui qui vient
au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux ».
A ce chant magnifique répond
en unisson celui des chœurs célestes qui proclament : « Saint,
saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout- Puissant, celui qui était, qui est
et qui vient ! », de la terre au ciel et du ciel à la terre, de
ce monde au monde à venir est proclamée la Sainteté de Dieu.
Catholique :
L’Eglise est catholique
c’est à dire universelle au sein de
laquelle naissent toutes les Eglises historiques en leur temps et lieu par
l’œuvre de l’Esprit-Saint et des hommes. L’universalité de l’Eglise réside et
prend sa source dans la réalité spirituelle qui est le Christ lui-même, ce qui
s’exprime premièrement dans l’unité de la Foi de laquelle découlent les
pratiques rituelles particulières.
La catholicité répond à la
parole du Christ que les vrais adorateurs du Père, voulus par Lui, L’adorent en
esprit et en vérité fondement de
l’incarnation de la Foi. Dans cette optique, le mono ritualisme que parfois on
entend exiger pour toute la chrétienté, apparaît non seulement utopique mais
encore comme une déformation hérétique de l’esprit des Conciles œcuméniques.
L’Eglise n’est pas
catholique parce qu’elle serait prêchée dans le monde entier, mais elle le
devient dans l’unité de la Foi, reçue et transmise par le Christ et dans
l’Esprit-Saint au sein de la Tradition apostolique.
L’Eglise est
catholique-universelle également dans le sens où le Corps du Christ qui
comprend premièrement tous les Chrétiens, contient aussi en lui toute
l’humanité. La catholicité du salut est proposée à tout homme, bien que non
imposée, car en Christ nous sommes affranchis de toute servitude et appelés à
lui répondre en homme libre.
Ainsi, au sein même du
Corps du Christ, le Chrétien est co-responsable du devenir de toute l’humanité
et de toute la création, ce qui est
souligné tout particulièrement par la parole du Christ : « vous
êtes le sel de la terre et la lumière du monde »
Apostolique.
L’Eglise possède toutes les
qualités divines précitées, mais il est indispensable qu’elle soit reconnue et
reçue à travers la Tradition Apostolique, ces hommes qui ont confessé et
témoigné par leur vie et leur mort que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Depuis
vingt siècles, les Chrétiens confessent la Foi reçue par le Christ à travers les Apôtres, les Pères de l’Eglise,
la succession ininterrompue des Evêques. C’est pourquoi notre Credo commence
par : « Je crois ».
Cette Tradition Apostolique
est indispensable et incontournable au point où Saint Paul nous prévient que
même si un ange nous apparaissait pour nous annoncer un autre Evangile, nous
devrions le refuser. La Tradition Apostolique par son enseignement nous rend
conforme si nous la vivons à la réalité spirituelle dont elle est issue
elle-même et qui remonte toujours au Christ.
Les douze Apôtres
représentent douze voies de réalisation spirituelle par lesquelles le Chrétien
peut expérimenter concrètement, ici et maintenant le Royaume des cieux. Marie,
Mère de Dieu, peut-être appelée Apôtre des Apôtres car elle représente la
synthèse en plénitude des Douze.
Il n’existe pas d’autre Nom
sous le ciel… Tout nom reçu dans une tradition religieuse est une icône de ce
Nom unique qui nous sauve et nous fait participer à Lui. Citons simplement sans
les développer deux exemples concernant le don d’un nouveau nom en vue d’une
réalisation spirituelle : 1 : Celui que l’on reçoit ou demande lors
de la confession de la Foi orthodoxe. 2 : Celui que l’on reçoit lors de
l’engagement monastique ou de la prêtrise. Pour conclure brièvement, citons le
Christ qui dit : « et, sur
le caillou, un nouveau nom écrit, que nul ne connaît sinon celui qui le
reçoit. »
Pour terminer cette très
sommaire étude sur le Mystère de
l’Eglise, nous pouvons contempler l’Eglise comme au cœur du monde. En elle
l’homme comme son cœur et au cœur de l’homme la Divine Trinité par Qui tout a
été fait, par Qui tout subsiste et en Qui tout s’accomplit.
LA TRADITION
La Tradition authentique
est une et vivante et porte en elle toutes les traditions particulières. Nous
nommons la nôtre chrétienne parce qu’elle est spécifique et par excellence le
lieu où tout s’accomplit selon le Christ qui est la Tradition en chair et en
os.
La Tradition chrétienne
s’enracine dans la Divine Trinité et c’est de
là qu’elle nous est transmise à travers la Révélation dans l’Eglise de
Dieu. Certainement, le Christianisme ne peut d’aucune manière récuser ce qu’il
reçoit du Judaïsme en tant que celui-ci est le précurseur qui annonce la
venue et l’œuvre du Messie.
En remontant toujours plus
vers la source de toute vie et par là de toute tradition, nous nous retrouvons
en Adam qui est le Prototype créé de la Tradition originelle. Et par le Nouveau
Adam, nous sommes tournés vers la Face de Dieu.
Ainsi la Tradition ne se
limite pas au peuple chrétien, mais contient la totalité principielle des
existences passées, présentes et à venir. Autrement dit, il n’existe de
Tradition qu’en Dieu et toute tradition
dont le principe serait ailleurs est fausse et limitée.
Nous devons contempler et
vivre la Tradition, l’Eglise et la Révélation
comme un être unique. On peut dire qu’il y a là une Icône de la Divine Trinité
où chacune est tournée vers l’autre tout en gardant sa totale valeur
personnelle. La Tradition est le Christ lui-même, l e Verbe créateur qui se
prononce sans cesse avec l’Esprit au sein de l’Eglise, de la Création et de
l’homme.
L’Eglise reçoit sa
légitimité par le témoignage de la Tradition mais aussi par tous ceux qui la
confessent et la vivent en Elle au Nom de la Divine Trinité.
Dans ce sens, ce qui est
dit hors de l’Eglise est également dit hors du Christ, c’est à dire hors de la
Tradition. En réalité, on peut nuancer un peu, car si le Corps du Christ
comprend toute l’humanité, celle-ci par là-même se trouve au sein de l’unique
Tradition. La seule question qui se pose alors est au fond celle de la
confession et de la reconnaissance de l’identité entre le Christ et la
Tradition.
La Tradition n’est pas
seulement pour les hommes mais elle est aussi le lieu de vie du monde
angélique, de la communauté des Saints, la synthèse du monde visible et
invisible, des morts et des vivants et même de toute la création.
Mais il ne suffit pas que
tout ce qui existe soit inclus dans le corps vivant de la Tradition de manière
passive, il est indispensable que l’homme vive celle-ci consciemment en y
accomplissant ce qui y est donné par la Révélation du Seigneur.
Cette nécessité de vivre en
conformité avec l’enseignement de la Tradition n’enlève ni n’infirme la liberté
de l’homme. Au contraire, il reçoit là tous les moyens pour acquérir la liberté
authentique en esprit et en vérité.
Ainsi à chaque instant nous
recevons au sein de la Tradition, dans l’Eglise et dans la vie, la révélation
qui nous est personnellement proposée pour réaliser notre vocation de fils de
Dieu. Cela ne doit pas nous isoler mais au contraire fortifier et cimenter
notre communion avec les hommes et la création en Dieu.
La Tradition ne justifie en
rien l’existence individuelle mais elle pousse vers l’universalisme des
personnes qui est l’union de tous en Dieu. La Tradition n’est pas un passé mort
ou devenu inopérant mais un passé-présent qui nous actualise dans notre vie en
Christ, dans l’Eglise et dans le monde.
La Tradition chrétienne est
comme le cri de Dieu : Souviens-toi qui tu es et ce à quoi tu es appelé, ô
homme ! Au fond, ce cri que chaque homme entend dans la profondeur de ses
entrailles et qu’il cherche à apaiser, même par la fuite.
Dans son fond et sa réalité
ontologique, la Tradition échappe à tout rationalisme analytique ou
synthétique, elle est du domaine du Mystère, pas du mystérieux. Mais le Mystère
est ce qui paradoxalement veut le plus se donner à connaître et de fait est
connaissable et reconnu en le vivant.
Ainsi, dans la mesure où
nous sommes unis au Christ, nous pouvons dire avec confiance que la Tradition
témoigne de nous et annonce notre devenir d’homme par la grâce surabondante
vers l’homme déifié.
C’est pourquoi le Chrétien
orthodoxe ne peut absolument pas accepter le moindre compromis concernant sa
foi avec une autre tradition, mais son attitude doit être véritable,
fraternelle et respectueuse.
La Tradition primordiale
dans son principe n’est ni orale ni écrite, elle est vivante et s’enseigne ou
mieux « s’enseigne » comme vie. Par suite du péché adamique, cette
première réalité ne disparaît pas mais se voile sous la Parole et sous
l’Ecriture. Mais la Parole n’est pas faite pour être écrite et l’Ecriture n’a
de sens que parlée. Ces deux
possibilités sont plus pauvres dans leur
forme que la révélation originelle.
La Tradition et l’Ecriture
sont l’endroit et l’envers d’une seule et même réalité, l’Eglise du Christ. La
Tradition et l’Ecriture n’ont pas pour but de se vérifier l’une l’autre, mais
de s’unir pour témoigner de l’amour du Christ pour l’homme.
La Tradition n’est pas
vécue dans l’Eglise comme une série de dogmes pétrifiés et pétrifiants, mais
comme levain de renouvellement du Chrétien en Christ par l’Esprit – Saint.
La Tradition s’adresse dans
ce sens à l’homme qui est un être vivant appelé à s’épanouir en elle et à
l’élargir de génération en génération vers toujours plus de plénitude. La
Tradition est ce qui se maintient dans les générations successives de Chrétiens
en Christ et dans l’Eglise, par une épiclèse permanente à l’Esprit Saint.
Dans son sens plénier, la
Tradition est le patrimoine spirituel de toute l’humanité où celle-ci puise
toute son évolution réelle.
Dans la Tradition se révèle
la richesse infinie des bienfaits divins, ce qui contribue à l’enrichissement
permanent du Chrétien et à travers lui du monde entier.
Nous arrêtons là notre
réflexion sur la Tradition, malgré ses
lacunes inévitables. Nous proposons simplement de la spécifier un peu plus à
travers la Tradition Apostolique et Patristique ce qui nous permettra de renforcer
notre structure de travail tout en nous situant au sein de la Tradition
ininterrompue.