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dimanche 26 février 2023

Expulsion d’Adam et Eve du Paradis.

                                                                         (Matthieu 6, 14 à 21)

                                              Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, notre Mère l’Eglise, sainte, humble et sage, nous tend à nouveau les bras, elle se penche sur notre cœur pour nous transmettre la céleste bénédiction spirituelle de l’Esprit Saint. L’Eglise nous fait goûter la prière de l’Esprit Saint qui en nous « gémit de manière ineffable », prière qui descend du saint Royaume de Dieu et dont chaque grain est composé d’amour et de lumière divines. L’Eglise, par la voix du Seigneur nous invite à prendre conscience de notre cœur et surtout de ce qu’il contient, est-il déjà porteur un peu du trésor spirituel divino-humain promis à qui vit selon l’Evangile de vie.

 

Pourquoi, l’Eglise met-elle ce dimanche sous le signe d’Adam ? Pour que nous nous souvenions d’où nous venons et pourquoi nous avons perdu notre terre originelle. Ne sommes-nous pas nés en Adam et Eve ? Et n’est ce pas ce même Adam avec Eve qui par immaturité nous ont valu l’expulsion du Jardin d’Eden, suite a leur refus de pratiquer le  « saint jeûne » demandé par Dieu. Ayant ainsi rompu leur sainte alliance avec Dieu, la conséquence immédiate en est que la grâce divine s’est voilée en eux. La preuve en est, qu’ils sont tombés dans  l’incapacité de confesser leur péché au Père Céleste, tout en se rejetant la « faute originelle ».

 

Cette nourriture édénique était pourtant et avant la chute, en vérité, la « première eucharistie spirituelle » offerte à l’homme, oui, Adam et Eve se nourrissait de Dieu, par son Verbe divin et créateur. N’est-il pas écrit, que « l’homme ne se nourrit pas de pain seulement, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu » ? Que signifie Dieu parlait avec Adam dans le Paradis à la brise du soir ? Le Seigneur Dieu enseignait le mystère de Son œuvre créatrice à Adam, pour que celui-ci puisse se l’approprier le moment venu dans toute sa plénitude, avec amour, humilité, sagesse et sainteté. Qui d’autre, dites-moi, que le Créateur pouvait enseigner à Sa créature à cultiver la création ?

 

Les textes liturgiques nous montrent Adam et Eve après leur expulsion du Jardin D’Eden assis en face des portes du Paradis avec l’âme inondée des larmes du repentir, ils prennent peu à peu conscience de  la souffrance de leur exil, ne sommes-nous pas comme eux en souffrance lorsque nous méditons notre

éloignement de l’Eglise. L’Eglise est pour nous l’unique et sûr moyen d’accéder à nouveau à la présence divine, Adam se lamente, gémit et pleure, car lui qui voyait Dieu face à face est devenu en se détournant de lui, un aveugle spirituel, de même pour nous si nous nous détournons de l’Eglise.

 

En Math. 13, 44  nous lisons que « le Royaume des cieux est semblable à un trésor caché » et cette parole fait écho avec cette autre en Col. 3, 3 « votre vie est cachée avec le Christ en Dieu », dans ce Royaume caché, le Seigneur pose une identité entre lui et celui ou celle qui cherche sans cesse à vivre avec lui selon la vérité évangélique qui est la source de la vie et de voie spirituelle de l’orthodoxie. Ce qui est caché est aussi ce qui est le plus précieux pour l’âme orthodoxe, car ce qui est caché va se révéler peu à peu au croyant qui désire sans cesse cultiver sa terre intérieure, qui est l’espérance de la rencontre en esprit et en vérité avec le Seigneur. Existe-t-il une œuvre ou une grâce qui serait supérieure à cette vie du cœur dont le fruit est celui de la Béatitude « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », ce trésor dont parle l’Ecriture est ce « Don de Dieu qui nous fait frères et sœurs du Christ et donc héritiers avec lui des biens célestes du Royaume de Dieu ». Dieu n’a rien créé par nécessité ou pour Lui-même, Il a tiré du néant la Création comme un don nuptial offert à l’homme, comme une dot divine donnée pour sceller les saintes fiançailles spirituelles entre la Divine Trinité et l’humanité.

 

Adam et Eve avaient accès à ce trésor dans le Jardin d’Eden, Dieu ne leur parlait-t-il pas face à face ? Si, mais leur désobéissance par impatience entraîna leur chute depuis leur intériorité cachée en Dieu vers la réalité extérieure avec toutes ses conséquences. Depuis, le Serpent diabolique et maudit ne cesse de harceler l’humanité, en essayant de corrompre par sa malignité vénéneuse le cœur de l’homme. Nous pouvons ainsi comprendre que dans notre vie spirituelle, jeûner signifie en vérité obéir à Dieu et à l’Eglise, ne pas jeûner signifie la désobéissance, qui peut nous mener dans l’abîme où nous dit l’Ecriture, seront « les pleurs et les grincements de dents », et ceci n’est pas une image virtuelle mais la réalité. Qui peut penser ou croire que le vieux monde déchu, peut donner à l’homme la nouveauté de l’esprit, quelle rencontre réelle peut-il y avoir entre les limites ratio-intellectuelles des savoirs humains avec la sainte illumination spirituelle déposée par l’Esprit de Dieu dans notre sainte Eglise orthodoxe.

En Math. 6, 20 le Seigneur nous dit « amassez-vous des trésors dans le ciel », il met cela en relation avec la nécessité de nous pardonner réciproquement nos manquements, alors, remettre comment, quoi à qui ? Leurs manquements, dit l’Evangile, à qui ? A notre prochain ! Comment ? En l’aimant ! Que nous enseigne saint Paul ? « l’amour pardonne tout, ne juge pas, ne demande rien pour lui-même, croit tout, espère tout… ». Mais le miracle de ce don de Dieu, qui est l’amour, c’est de nous rendre par la grâce semblable à notre Seigneur, de pouvoir agir comme Dieu, c’est à dire, aimer malgré nos rechutes, aimer malgré nos doutes, aimer malgré nos peurs, c’est l’ascèse de toute une vie. Nous voilà donc malgré nos limites invités par Dieu lui-même, à nous regarder face à face et à nous pardonner réciproquement nos manquements, l’essence spirituelle même de notre Eglise est toute entière comprise dans cette œuvre divino-humaine : « aimer, pardonner et bénir ». Que signifie encore : « mais amassez-vous des trésors dans le ciel » ? Le ciel ici est une métaphore de l’esprit de l’homme, cela signifie que les vrais trésors sont d’abord engendrés dans notre intelligence profonde, et cela n’est possible que si nous demandons à Dieu que notre esprit soit uni à l’Esprit Saint, afin qu’ils deviennent nous dit saint Paul, « un seul Esprit ».

 

Le Christ dit aussi : « ne vous amassez pas de trésors sur la terre » ? Cela signifie, ne nous réduisons pas à être simplement des morceaux d’existence, des individualités aliénés par leurs possessions matérielles, car plus nous posséderons et plus nous pouvons être divisés, rongés par l’angoisse de perdre…ce que de toute façon nous devrons abandonner un jour. Mais le plus tragique est ici que notre cœur d’humanité qui a vocation à être le lieu saint et sacré duquel émane la vie religieuse, risque de devenir un coffre-fort rempli d’ossements si le cœur est détourné de la voie divine qui seule peut engendrer à partir de lui, « l’homme spirituel ».

 

L’Evangile de vie poursuit : « quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme les hypocrites…pour toi, quand tu jeûnes, parfumes ta tête et lave ton visage…pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père, qui est là dans le secret, et ton Père, qui voit dans le secret te le rendra ». Que signifie, quand vous jeûnez ? Cela signifie se nourrir en premier, corps, âme et esprit de Dieu et non pas du monde déchu, de venir plus que jamais dans la sainte Eglise pour y recevoir la nourriture substantielle du Corps et du Sang du Seigneur. N’est-ce pas là, un jeûne admirable que d’être invité à se nourrir de Dieu, l’Eglise proclame «  bienheureux les invités au repas du Seigneur » !

 

Jeûner, signifie aussi se parfumer de la bonne odeur de la prière liturgique et personnelle, de se laver non seulement le visage de manière extérieure, mais l’être tout entier par la sainte confession. Dire comme le prodigue : « Père, j ‘ai péché contre le ciel et contre toi », et alors, je vous le dis avec toute la foi et la grâce que porte l’Eglise, notre jeûne sera accueilli avec une grande joie par notre Père, et tout le Royaume de Dieu sera dans l’allégresse.

 

Que signifie « mais… connu, de ton Père, qui est là et qui te voit dans le secret » ? « ton Père », dit le Christ, quelle parole, avec quels mots humains exprimer l’indicible ? Le Père est-il là et ne me voit-il seulement que durant les temps où je jeûne ? Non ! Le Père est là à chaque instant, proche de chacun de nous, et non seulement Lui, mais aussi le Fils unique et l’Esprit Saint ! Ne suis-je pas par vocation temple de l’Esprit Saint ? Et qui donc s’étonnera de voir que Dieu habite dans Son temple, c’est à dire dans  l’homme fait à son Image et à sa Ressemblance ! N’est-il pas écrit « voici que Je me tiens à la porte et Je frappe, si quelqu’un entend ma voix et ouvre,  Nous entrerons et  Nous  dînerons avec lui » ? Qui est ce « Nous » ? Sinon la Divine Trinité, Père, Fils et Saint Esprit !

 

Et où donc, se trouve cette porte à laquelle Dieu frappe, n’est-ce pas l’Eglise, et où pouvons-nous entendre la voix divine, n’est-ce pas dans la Divine Liturgie qui est toute entière parole de Dieu incarnée au milieu de nous. A quel dîner divin sommes-nous invités, n’est-ce pas au festin eucharistique, si nous ne croyons pas cela, alors nous resterons des sourds, des aveugles et des muets spirituels. L’Eglise est le grand mystère de la rencontre entre Dieu et l’homme, voici que notre Dieu frappe à la porte de l’Eglise pour y rencontrer l’homme, et l’homme aussi frappe à cette même porte de l’Eglise pour rencontrer Dieu.

 

 « Car là où est ton cœur, là sera aussi ton trésor » ? Ne serait-il pas dramatique, tragique même pour l’être orthodoxe, de désirer en-dehors du ciel, un trésor qui ne serait que terrestre, et peut-on vraiment appeler cela un trésor ? Se laisser aliéner par la voracité du monde déchu, voilà l’abîme dans lequel voudrait nous précipiter « celui » qui a tenté et fait succomber Adam et Eve dans le Jardin d’Eden. Pourquoi l’homme doit-il être caché avec le Christ en Dieu, caché ici signifie l’intimité aimante qui permet « d’être un seul cœur avec lui », car nous rappelle saint Paul en Col. 2, 3 « en Christ sont cachés les trésors de la sagesse divine », ces trésors ne sont pas éparpillés au hasard mais semés dans la « bonne terre de l’homme » selon la réalité de sa foi et de sa communion avec le Seigneur.

 

Ainsi, nous pouvons comprendre que le jeûne selon Dieu, est celui qui me propose de renoncer à ce que je ne suis pas, c’est à dire à une caricature qui me déforme et à la dictature du péché qui au lieu de laver mon visage le défigure, qui au lieu de parfumer ma tête, la remplit de la mauvaise odeur des pensées inhumaines. Le jeûne selon Dieu, est celui qui me propose de renoncer aux fausses richesses, aux vains mirages hypocrites du monde, aux théories fumeuses et stériles dénoncées par Dieu et qui concernent les « soit disant sages de ce monde », qui pullulent tout particulièrement sur les réseaux sociaux.

 

Au Père qui nous dit « Je ne t’abandonnerais jamais », au Fils qui a mis en œuvre la promesse du Père, et à l’Esprit Saint qui la réalise avec nous, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

                                                                               

 

dimanche 12 février 2023

Lumière du Monde.

 

(Mat, 5, 14 à 19)

Au Nom du père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, le Seigneur nous parle depuis l’Eglise qui est la sainte montagne lumineuse qui a pour vocation d’illuminer l’humanité et même la création afin de glorifier notre Père qui est dans les cieux à travers nos bonnes œuvres, qui pour être telles doivent rayonner la présence divine dans notre existence réelle.  

 

En Jean 8,12 nous entendons le Christ nous dire « Je suis la lumière du monde, qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie », et en Matthieu 5, 14 Le Christ nous identifie avec sa lumière en affirmant « vous êtes la lumière du monde », pas du Royaume ni de l’Eglise, car Dieu seul est la lumière originelle et créatrice du Royaume et l’Eglise est une incarnation de cette même lumière puisqu’elle est le Corps et la tête du Christ notre Dieu. Le Christ étant le rayonnement absolu de l’éternelle lumière, il la répand avec effusion non pas seulement dans tout le Royaume céleste à travers Marie, Mère de Dieu, les saints et les saints anges, mais par sa qualité divino-humaine elle est semée sur l’humanité et toute la création.

 

Si donc, nous sommes la lumière du monde, c’est que depuis la chute ce même monde s’est enténébré, mais grâce à l’incarnation de la lumière divine qui est le Christ, nous pouvons à nouveau accueillir cette lumière et la faire resplendir dans l’homme et dans le monde. Mais avant que de vouloir transmettre cette lumière spirituelle au monde, il nous faut imiter par l’intelligence du cœur l’œuvre de Dieu lui-même qui consiste comme nous le voyons dans Genèse 1,4 à « séparer la lumière des ténèbres », sous peine d’épaissir en nous nos propres ténèbres dues à la faiblesse de notre discernement concernant notre état spirituel.

 

C’est pourquoi, le Seigneur nous invite à accomplir les œuvres évangéliques de manière aimante, sainte, humble et sage, en-dehors de cette ascèse orthodoxe, il nous sera malaisé de glorifier notre Père céleste par nos bonnes œuvres comme le demande notre saint Christ dans l’Evangile de ce jour. Ce n’est donc pas par les fragiles clairs obscurs des voies mondaines qui retournent et agitent sans cesse nos âmes dans tous les sens, que nous pouvons acquérir l’esprit du Seigneur et recevoir la lumière qui éclaire tout homme et femme de bonne volonté.

 

En Jean 1, 1 à 4 nous voyons qu’au « commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu. IL était au commencement auprès de Dieu. Tout fut fait par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut fait en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes », nous voyons clairement que pour être éclairé et éclairer le monde, il nous faut commencer par rechercher la communion avec le Verbe qui est vie et lumière. Ainsi, nous pouvons comprendre que notre lumière sera spirituelle, autant que nous serons vivants, c’est à dire, enracinés dans le Verbe créateur qui dès l’origine nous transmet « la vie, le mouvement et l’être ». La source accessible qui contient cette lumière vivifiante sera pour nous la célébration de la Divine Liturgie, qui nous donnera peu à peu « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu révèle à ceux qui l’aiment », c’est à dire, précise le Christ, « que celui qui m’aime est celui qui pratique mes commandements ».

 

C’est donc avec certitude que nous pouvons rencontrer le Verbe afin d’apprendre directement de lui les mystères vivifiants seuls capables d’illuminer l’humanité et le monde, là où le Verbe se donne avec plénitude, c’est à dire dans la sainte Eglise. La vie est la lumière des hommes affirme saint Jean, c’est par la grâce indicible, très sainte et sacrée que sont le Corps et le Sang du Christ que cette vie nous est donnée afin que nous devenions véritable lumière du monde, à la gloire du Père et pour la joie et la paix du monde.

 

Mais nous rappelle avec force le Seigneur « n’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes, je ne suis pas venu abolir mais accomplir. Car je vous le dis en vérité...pas un iota ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé », ce serait une funeste illusion de penser que puisque nous sommes par vocation lumière du monde, nous serions affranchis comme par miracle d’accomplir ce que Dieu a prescrit jusqu’à la fin du monde. Le fruit d’une telle désobéissance serait d’être écrasé par la Loi au lieu de la transformer en grâce lumineuse et spirituelle, afin de ne pas errer encore et encore dans le désert aride et stérile de la vanité dans laquelle se drape le vieil homme psychique.

 

C’est pourquoi, le Seigneur ajoute que « celui qui violera l’un des moindres de ces préceptes divins, et pire enseignera à d’autres de le faire, sera tenu pour le moindre dans le Royaume des cieux », ici nous est donné une lumière sans concession concernant la « hiérarchie des appelés dans le Royaume », nos œuvres terrestres témoigneront de la justesse de notre existence et de la fidélité à la parole divine, car le Royaume ne sera pas une assemblée de « clones religieux », il y aura pour ainsi dire, des « premiers et des derniers », selon la qualité de l’accomplissement des préceptes évangéliques dans notre monde. Certains penseront peut-être, mais dans le Royaume « il n’y aura ni femme, ni homme, ni juif ni grec, mais nous serons tous comme des anges dans le ciel »,Lucifer l’ange porteur de la lumière n’était-il pas hautement placé dans la création originelle, divine et céleste, et pourtant il a été précipité du ciel plus bas que terre jusque dans le néant, selon la parole du Christ lui-même en Luc, 10, 18 « Je voyais Satan tomber du ciel ».

 

Ainsi, entre celui qui « sera tenu pour le moindre ou le plus grand » dans le Royaume des cieux, la juste mesure sera d’avoir ou non exécuté la volonté divine, d’avoir ou non enseigné avec justesse la volonté divine, mais surtout d’avoir essayé avec simplicité et persévérance sa mise en pratique dans l’état spirituel de « lumière du monde ». C’est aussi pourquoi, nous vénérons nos saints Pères et saintes Mères, qui par leur obéissance libre et volontaire ont pris à corps et à cœur chaque iota du saint Evangile et sont devenus des êtres incandescents dans notre monde par leur amour pour Dieu, ils sont à l’image de notre  Seigneur de gloire, des beaux luminaires qui après avoir été des phares qui nous guident dans l’Eglise et le monde, nous guident aujourd’hui encore tels des astres spirituels par leur communion avec la lumière du Royaume de Dieu.

 

Voici que nous voyons s’accomplir devant nos yeux un des versets du Notre Père qui dit « que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », cette lumière qui se manifeste sur la terre comme par exemple celle de l’étoile lumineuse qui a conduit les rois Mages auprès de l’Enfant Divin, est en vérité un signe spirituel du ciel et qui trouve sa source dans la création originelle avant la chute, là où la voix du Père a dit « voici tout est bon et même très bon ». Voici que l’Esprit Saint a sertie Marie Mère du Seigneur comme une pierre très précieuse au cœur même du notre Père, où direz-vous peut-être, elle est dans le « que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », n’est-elle pas celle qui a parfaitement accomplie la divine volonté.  

 

Si donc, nous désirons être sûrs de trouver le Seigneur de lumière, nous pouvons prier la toute sainte et triplement illuminée et signée par les trois étoiles de pureté du corps, de l’âme et de l’esprit. Pour le corps selon le Psaume 139, 14 « tu as fait de mon corps une œuvre si étonnante », pour l’âme selon saint Luc, 1,46 et 47 « mon âme magnifie le Seigneur » et pour l’esprit « mon esprit est ravi de joie en Dieu mon sauveur ». Marie féconde de la grâce spirituelle de l’Esprit de sainteté, a donc non seulement contemplée la lumière de la vie et réalisée la béatitude « bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu », mais elle a engendré celui qui est Dieu et dont l’Ecriture inspirée dit « Tu es le plus beau des fils de l’homme et la grâce est répandue sur tes lèvres », cette grâce est la bénédiction lumineuse que le Seigneur a laissé comme héritage à l’Eglise et à ceux et celles qui auront la simplicité de venir s’y illuminer.

En Jean, 1,9 nous lisons « IL était la lumière véritable, qui éclaire tout homme venant dans le monde » et l’apôtre Jacques, 1, 17 dit « tout don parfait descend du Père des lumières », l’Eglise confesse que ce Don parfait c’est Jésus le Fils unique du Dieu vivant, c’est donc en elle, l’Eglise que le Seigneur se laisse trouver pour mettre fin si nous le voulons, aux ténèbres de nos âmes recouvertes par les mensonges du monde sans Dieu.

 

Au Père de la Lumière incréée, au Fils Lumière incarnée et à l’Esprit lumière de l’intelligence, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.   

+ Syméon

 

 

dimanche 5 février 2023

Le Pharisien et le Publicain.

 

(Luc, 18, 10 à 14)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen. 



Aujourd’hui, le Seigneur nous enseigne au sein de l’Eglise, l’attitude bénie par l’Esprit de toute grâce pour sanctifier celui ou celle qui « monte » dans la maison de Dieu et des hommes, pour y faire l’offrande de la prière liturgique ou même personnelle, avec l’espérance d’y récolter abondance de fruits spirituels, selon cette parole « demandez et vous recevrez ».

 

Le Seigneur dit « quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé », cette parole de feu spirituel est adressée à chacun et chacune d’entre nous qui « montons » dans l’Eglise pour rechercher la  communion personnelle avec Dieu et une relation bénie avec la communauté des croyants.

 

Quel sera donc, celui ou celle qui s’abaisse avec intelligence du cœur, sagesse et simplicité ? N’est-ce pas celui qui se souvient de cette autre parole du Seigneur, « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », l’Ecriture sainte et sacrée donnée par la divine providence à l’humanité, ne fait pas acception de personnes, le Pharisien comme le Publicain sont invités à se nourrir de l’étude et de la méditation de la Torah. Ce que le Christ souligne ici, c’est l’appel à faire œuvre spirituelle dont la base pratique et sanctifiante est la prière, la religion est une œuvre commune dont le témoignage est celui d’une rencontre réelle entre Dieu et l’homme.

 

Le nom des Pharisiens, en hébreu sont des Péruchim ce qui signifie « séparés » non pas du reste des hommes fussent-ils des Publicains considérés comme des «  gens de mauvaise vie », mais appelés à se séparer de l’esprit du monde dans ce qu’il a de superficiel par ses idoles et ses apparences trompeuses, pour rechercher sans cesse la communion en esprit et en vérité avec Dieu et avec les hommes sans porter de jugements extérieurs et souvent faux. Ce qui frappe ici dans l’attitude du Pharisien, c’est qu’il est bien monté au Temple, mais en vérité, il ne parle pas à Dieu, il prend Dieu à témoin de son auto satisfaction, il est dans un monologue à travers lequel, il énumère ses qualités religieuses tout en méprisant tous les hommes qui ne sont pas comme lui.  

 

La lignée des Pharisiens se rapprochent volontiers de celle des « Keduchim », ce qui signifie les « saints », ils ne peuvent donc pas envisager de prier avec ceux qui à leurs yeux ne sont que des « pécheurs » indignes du moindre intérêt et même vus comme des êtres inaccomplis et des hérétiques. Comment les Pharisiens qui d’ailleurs peuvent également exister dans l’Eglise, justifient-ils leur attitude de refus de l’autre qui est différent ? Ils invoquent le témoignage de Dieu lui-même en leur faveur par une interprétation erronée et restrictive de la sagesse de l’Ecriture sainte pour imposer leur vision religieuse, vision qui s’oppose à la conversion intérieure et vivante de l’homme, au profit d’une pratique figée dans une tradition humaine qui ne peut évoluer vers un renouveau spirituel.

 

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Pharisien qui se considère comme « saint » et qui s’autorise à juger le Publicain, trouve la justification de son esprit critique destructeur dans la parole que Dieu lui-même prononce, à savoir « vous serez saints car moi, Yahvé, votre Dieu, je suis saint », (2 Lev. 20, 26), s’identifiant ainsi à la sainteté divine, il ne ressent aucune compassion pour le Publicain. Il ne voit pas qu’il est non pas séparé au sens biblique pour Dieu, mais qu’il s’est isolé non seulement de la communauté humaine mais qu’il a élevé un mur infranchissable entre lui et ce Dieu qu’il prétend prier.

 

Ce pharisaïsme entraîne un formalisme religieux et une pensée insensée sur la vie spirituelle et la rétrécie à la seule lettre de la loi mosaïque qui finit par étouffer la grâce divine déposée dans la richesse infinie de l’esprit. La lettre seule résonne mais ne trouve aucun écho dans le cœur profond, l’esprit s’enténèbre et ne discerne plus la volonté divine, il s’égare et perd le sens de l’intelligence et de la véritable compréhension de l’Ecriture sainte, limitation qui rend quasi impossible l’accès fécond à la véritable profondeur de l’orthodoxie.

 

Le Publicain « monte » pourtant lui aussi au Temple de Jérusalem, le verbe monter est ici à entendre comme le désir qui habite tout homme et toute femme de bonne volonté et qui l’encourage à une élévation personnelle au sens d’une transfiguration existentielle. Cette montée est celle dont parle le Christ en Luc, en 14, 10 « mon ami, monte plus haut », c’est l’expérience de l’amitié divine qu’en vérité le Seigneur propose à ce Publicain en le disant justifié, et en l’appelant à s’approcher du ciel lui qui prie Dieu depuis la dernière place dans la Synagogue. C’est ce désir là que Jésus voit dans le cœur du Publicain, c’est dans ce sens qu’il le bénit et qu’il le proclame justifié, car ce désir est le premier pas humain indispensable sur le  chemin ascétique qui est celui de la conversion qui mène comme le rappelle saint Paul de  « l’homme psychique jusqu’à l’homme spirituel ».

 

Le Seigneur ne valorise pas l’accomplissement des commandements divins pour eux-mêmes, mais pour ce qu’ils portent comme grâces existentielles inestimables et qui sont ontologiques à la liberté, à la beauté et à la dignité de l’homme crée à l’origine par Dieu. Le Seigneur ne valorise pas plus l’attitude de peur qui étreint le Publicain, car « l’amour bannit la crainte », il souligne simplement sa qualité de modestie qui peut lui permettre de s’enrichir avec raison dans sa quête des biens spirituels réels qui lui manquent aujourd’hui, alors que le Pharisien ne peut pas évoluer puisqu’il est persuadé qu’il possède déjà la plénitude religieuse grâce à sa pratique zélée et pourtant inhumaine de tous les commandements divins.

 

Le Seigneur nous montre quelle est la véritable voie religieuse qui peut porter des fruits divins et en rassasier les affamés et assoiffés de Dieu, cette voie est celle qui unit toujours par la célébration liturgique la « lettre avec l’esprit », le croyant est invité à cultiver l’humilité au sens d’humus spirituel qui engraisse la terre intérieure de son intelligence, il est encouragé à oser s’engager dans une relation divino-humaine équilibrée tournée vers Dieu et aussi vers l’homme.

 

Le Pharisien a raison de ne pas s’identifier au Publicain ou à qui que ce soit d’autre, car Dieu n’est pas à court de créativité et il a créée chaque être humain comme une personne unique éternellement, c’est pourquoi, nous pouvons croire et dire avec conviction que notre « Dieu préfère chacun », il n’y a donc pas lieu de se comparer les uns aux autres, de se jalouser les uns les autres, mais réjouissons-nous là où nous sommes égaux pleinement, à savoir par notre « nature humaine commune » à tous les humains, tout comme la nature divine est commune à la Trinité des Personnes.

 

En Genèse, nous lisons que Dieu dit « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance », nous connaissons donc parfaitement à qui nous devrions avoir naturellement le désir profond de ressembler, cette quête est la vocation éternelle qui habite le cœur de l’homme et palpite dans tout son être, mais pour autant, elle ne s’impose jamais, c’est pourquoi saint Paul peut proclamer sa foi en la « liberté glorieuse des enfants de Dieu »,venons Pharisiens, Publicains ou autres « montons et gravissons la montagne de l’humanité, afin que Dieu couronne l’homme son bien-aimé du don de la déification ».

A notre Dieu Ami de l’homme, Père, Fils et Saint Esprit, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen. + Syméon

dimanche 29 janvier 2023

Zachée

 Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à l’image de Zachée dont le nom signifie « pur, juste » de grimper sur un Sycomore, pour nous élever au-dessus de nous-mêmes, c’est à dire à sortir de la cristallisation du vieil homme qui nous entraine sans cesse vers les bas-fonds d’un monde accablé par des désirs contraires à la liberté humaine. A la fin de l’Evangile, le Seigneur Jésus dit de Zachée qu’il est lui aussi un « fils d’Abraham, le père des croyants », car il avait foi dans une réalité spirituelle qu’il espérait recevoir et ce désir qui l’habite depuis longtemps, il sait qu’il peut commencer à le vivre par sa rencontre avec Jésus.

 

Voici donc que Dieu lui-même témoigne en faveur de celui que le monde bien-pensant traite de pécheur et de publicain, en soulignant sa pureté, sa justice et son désir tout entier tourné vers Dieu, malgré les pressions d’une foule hostile et sans discernement. Dans l’épitre de ce jour, saint Paul dit à Timothée « prends à cœur le don spirituel qui est en toi », c’est ce que fait Zachée, car il a toujours été à l’écoute de cette voix intérieure, qui est la sobre présence de Dieu en lui par son image dès la création de l’homme. Zachée était dans une dynamique de recherche et de conversion, travaillé de l’intérieur par la quête du sens de son existence, cette attitude engendre une veille et un état de prière qui concerne l’humanité, cette expérience est proposée à tout homme ou femme de bonne volonté qui la désire librement.

 

Dans les Béatitudes, nous avons l’enseignement qui peut nous permettre d’acquérir comme Zachée la pureté et la justice, n’est-il pas dit « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » et « bienheureux les persécutés pour la justice car ils seront consolés », aujourd’hui, Zachée voit Dieu en Jésus et reçoit sa consolation divino-humaine en partageant un repas avec Celui qui a dit « voici je frappe à la porte et celui qui m’ouvre, nous mangerons avec lui ». La foule qui entoure Zachée semble comme obsédée par la pensée que Jésus « accepte de manger chez un pécheur et un publicain », là où Zachée n’a comme seul désir que de voir Jésus, deux attitudes, celle de la foule et celle de Zachée, l’une qui empoisonne l’âme humaine, à savoir la curiosité malsaine et qui juge, l’autre, la volonté persévérante d’acquérir le sens profond de l’existence qui ne peut se trouver qu’en Dieu par l’ascèse de la vie religieuse et spirituelle.

 

De quelle justice le Seigneur parle t-Il ? De celle qui est mentionnée par le Christ en (Ma. 6, 33) : « cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». Et comment se traduira cette justice divine pour rassasier de manière absolue les affamés et assoiffés spirituels ? Par cette promesse que dans la Jérusalem Céleste : « Dieu sera tout en tous », ainsi seront pleinement rassasiés ceux qui seront devenus par la grâce toute puissante de Dieu, un temple vivant de la Divine Trinité. Le monde sans Dieu, est le chaos infernal où toutes les injustices et toutes les folies se sont données rendez-vous, et cet abîme de la désolation inhumaine et macabre trouve son aboutissement diabolique dans l’outrage, l’insulte et finalement la mise à mort sur la Croix de « Jésus, le seul Juste ».

 

Quel est donc le grand persécuteur, l’unique persécuteur de l’humanité, n’est-ce pas celui que le Seigneur lui-même appelle « le prince de ce monde » ? Voilà l’ange déchu qui est tout entier devenu mensonge et le père du mensonge, celui qui est tout entier haine de Dieu et haine de l’homme. Voilà, celui qui ne cesse d’inspirer le péché au cœur des hommes, qui les persécute jour et nuit, souvenons-nous de la persécution du patriarche Job. Job a supporté la dure persécution diabolique, celle de son épouse et en plus la persécution de ses soit disant amis, qui se prenant pour des justes et des sages inspirés, étaient venus pour lui donner des leçons de morale. Job a tout supporté pour l’amour de Dieu et sa foi inébranlable en Dieu, il avait tout perdu mais Dieu lui a tout rendu et même plus que ce qu’il possédait avant.

La béatitude « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », est une promesse de Dieu

« Ils verront Dieu », ne signifie pas une durée temporelle ou une situation spatiale, parce que le « cœur pur » est totalement spirituel et ne désire que le seul Royaume de Dieu et la vision du Roi de Gloire qui l’habite. Zachée fait l’expérience de cette vision divine, en la personne de Jésus, son ascèse existentielle cultivée dans une espérance sans faille, lui a donné de voir Dieu en face sans mourir. De même que l’or est l’état le plus parfait ou le règne minéral peut parvenir, mais ensuite ne peut rien faire de plus ou de mieux sans la main de l’homme. De même que la terre peut produire les fruits précieux que sont le blé et la vigne, mais là non plus, ne peut aller au-delà sans l’homme. Ainsi l’homme peut aller par la grâce du Verbe et de l’Esprit jusqu’à la pureté du cœur, mais ensuite « voir Dieu et être fils de Dieu », ne peuvent lui être donnés que par l’amour infini de la Divine Trinité.

 

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue » (Jean1ère ép., 1, 1 à 2.) N’est-ce pas là encore, une icône de ce que Zachée a vécu en rencontrant le Messie, certes il lui faudra maintenant approfondir et incarner la grâce spirituelle reçue et devenir peu à peu par sa foi en Jésus, un christ aimant, saint, humble et sage.

 

Voici à nouveau devant nous, comme une vision divine, la promesse de la sainte Béatitude bienheureuse entre toutes les béatitudes, car en vérité qui ne désire voir Dieu sans la crainte de mourir ? Le psalmiste nous dit « voici que Dieu marche au milieu des dieux », n’est-ce pas ce que fait Jésus veut pour nous, « être comme lui, dieu par sa grâce », ne marche t-il pas avec nous dans l’Eglise et dans le monde ? Ce témoignage de saint Jean est le trésor des trésors spirituels déposé par la Divine charité au cœur de l’Eglise qui est le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit de Dieu.

 

L’Eglise comme une mère spirituelle très humble, douce et sage, a reçu de Dieu comme vocation d’accueillir la grâce de la Divine Trinité et de la répandre en bénédictions sacrées et abondantes sur ses enfants et sur le monde entier. L’Eglise à l’image et à la ressemblance de notre très saint Christ, doit au Nom de Dieu proclamer avec une foi inébranlable qu’elle existe avec comme vocation que : « les pauvres deviennent riches, que les affligés soient consolés, que les doux se multiplient, que les affamés et assoiffés soient rassasiés, que les miséricordieux reçoivent miséricorde, que les cœurs purs voient Dieu, que les artisans de paix augmentent, que les persécutés soient accueillis et protégés ». Qui en-dehors de notre Seigneur Jésus-Christ nous

donnera une telle espérance et qui accomplira cette promesse divino-humaine sinon lui, faire de nous et avec nous des dieux par la puissance de la grâce aimante qui rayonne sans cesse du cœur de la Divine Trinité sur l’humanité.

 

Pour nos Pères et Mères saints, L’âme orthodoxe est naturellement orientée vers Dieu qui est son soleil spirituel et éternel, elle désire s’unir à Lui, l’âme orthodoxe renonce naturellement à participer à l’agitation éphémères des apparences stériles du monde, l’âme orthodoxe est liturgique et elle trouve son véritable accomplissement dans l’ascèse religieuse au sein de l’Eglise, l’âme orthodoxe est aimante, humble et simple et soupire sans cesse vers la « vie, le mouvement et l’être » qu’elle ne peut trouver que dans le Christ, Lumière qui sauve, illumine, transfigure et déifie, et conduit à la sainteté de la vie orthodoxe .

 

A Dieu notre Père, au Fils notre Seigneur et Frère aîné et à l’Esprit Saint le divin consolateur, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

+Syméon

 

 

dimanche 15 janvier 2023

La voix de Celui qui crie dans le désert

 (Marc 1, 1 à 8)

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous emmène à la rencontre de saint Jean-Baptiste le précurseur et du Seigneur Jésus que nous confessons comme le Messie prophétisé par Israël pour le salut de l’humanité et la pleine restauration de la création divine, suite au péché ancestral d’Adam et Eve.

 

Jean ne dit pas : « je crie dans le désert », mais « je suis la voix de Celui qui crie dans le désert »,  c’est Dieu lui-même qui crie dans le désert à travers Jean, mais vers qui Dieu crie-t-il avec une telle puissance ? Quel est donc ce désir divin que Dieu porte dans son cœur de Père et auquel son Amour ne peut résister, à qui s’adresse-t-il et que crie-t-il ? Ce cri divin dans le désert est en vérité, l’écho de celui du Père céleste dans le Paradis : « Adam où es-tu ? », Dieu ne cesse de rechercher l’homme son bien-aimé, que ce soit dans le paradis ou dans le désert. Oui, l’amour de Dieu pour l’homme  est tel qu’il en témoigne à nouveau aujourd’hui dans le désert de ce monde aride, tourmenté et dans l’errance avec l’espérance que l’homme lui réponde amen.

 

L’Evangile nous dit « voici que j’envoie mon messager vers toi pour préparer ta route, voix de celui qui crie dans le désert : préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers », l’Evangile de toute grâce ne peut vivifier notre existence que s’il reste cette Bonne Nouvelle qui rejoint chacun et chacune dans son quotidien, qu’il fasse sens là où je mets à l’œuvre mon existence concrète. Les sentiers tortueux qui mettent à mal notre vie, sous lesquels nous nous cachons aux yeux de Dieu comme Adam et Eve se cachaient dans le Paradis, sont nos pensées, paroles et actes, que nous devons aplanir et rendre droits pour engendrer avec Dieu, « l’homme nouveau », dont le modèle unique et absolu est le Messie qui s’avance vers Jean pour être baptisé par lui. C’est pourquoi aucune ascèse n’est meilleure pour chacun d’entre nous que l’acceptation confiante des évènements de sa vie, car c’est dans notre existence réelle que le « « Messie » vient à notre rencontre. C’est ainsi, que notre quotidien existentiel peut devenir une icône fidèle du désert symbolique, où se renouvelle jour après jour cette expérience de la rencontre avec Dieu, pour être baptisé spirituellement au cœur même du monde, par l’onction de l’Esprit de toute grâce.

 

Donc le désert pour Jean c’est d’abord quoi ? C’est tout simplement, le lieu où il vit, là où il prend conscience peu à peu de sa vocation de voix du Seigneur, qu’il s’y prépare et la réalise. Le désert est donc d’abord pour chacun et chacune d’entre nous, là où nous sommes, vivons et découvrons notre vocation selon Dieu. Le désert c’est aussi une figure de nous-même, de notre individualité, à travers laquelle Dieu veut se frayer un passage pour nous élever à notre réalité de personne unique, c’est pourquoi comme Jean, nous devons apprendre à entendre et à discerner la Parole que Dieu nous adresse au cœur de notre être, et qui se donne tout particulièrement dans l’Eglise par la médiation sainte et sacrée de la Divine Liturgie. Une autre figure du désert, c’est le monde lui-même, et dans ce monde la voix de Celui qui crie dans le désert, c’est l’Eglise, qui à l’image de Jean appelle l’humanité au baptême de conversion qui prépare au baptême de l’Esprit de Dieu.

 

Marie, Mère de Dieu, est celle qui a su parfaitement se nourrir spirituellement dans le Saint des Saint du Temple de Jérusalem, à travers la Liturgie Synagogale à laquelle elle assistait, et ainsi, préparer les voies du Seigneur, aplanir et rendre droit en elle les chemins de l’âme, du corps et de l’esprit, pour accueillir le messager de Dieu annoncé par Israël et Jean Baptiste, c’est à dire le Seigneur Jésus. Mais le désert de notre existence devient stérile lorsqu’aucune parole n’y circule pour dire que vivre et vivre ensemble est possible, ou si nous renonçons à croire que le Messie qui est Dieu, vient et préfère chacun, il n’y a donc pas lieu d’envier l’autre. Notre désert devient stérile lorsque par une fausse ascèse nous renonçons à donner à notre « corps » ce qui lui est naturel et bon, c’est à dire lorsque nous oublions qu’il est par vocation le Temple de l’Esprit Saint.

Notre désert existentiel devient stérile lorsque sous prétexte de vie spirituelle, nous refusons à notre « âme » de cultiver le goût de la « beauté » dans notre vie quotidienne, cette beauté dont Dostoïevski nous dit qu’elle sauvera le monde, il parle ici de la beauté divino-humaine du Christ, Dieu incarné. Les fausses œuvres, fruits amers et indigestes des égo malades, finissent trop souvent par transformer l’âme de ceux qui les admirent en annexe psychiatrique, et leur vie en litanie continue de plaintes, de larmes et de frustrations. Le désert devient stérile lorsque nous ne donnons pas à notre « esprit » sa nourriture vitale qui est la bonne nouvelle de l’Evangile de vie, et qu’à sa place nous nous laissons hanter par des phantasmes et des fantômes sans consistance, œuvres du vieil homme et désert aride où finissent par pousser les mauvaises  herbes de toutes les hérésies.

 

Aujourd’hui, l’Eglise messagère de Dieu, nous est donnée pour préparer tout homme et femme de bonne volonté qui le désire, à éviter les chemins tortueux de la perdition mondaine, non en jugeant le monde, mais en y cheminant sur la voie étroite mais royale qui est le Christ Messie. Et tout comme Jean le Précurseur a tressailli dans le sein de sa mère Elisabeth en entendant la voix de Marie enceinte de Jésus et qui la saluait, de même, nous pouvons tressaillir en entendant la sagesse divino-humaine de l’Eglise nous saluer, car par la foi nous savons que l’Eglise est enceinte de la présence du Seigneur.

 

Jean ascète évangélique, est bien celui que la tradition appelle « homme céleste et ange terrestre » et saint Paul dit qu’un tel homme est « caché avec le Christ en Dieu », Jean a vu ce que l’œil inhumain ne voit pas, il vu en « Jésus, le Saint Messie d’Israël », il a entendu ce que l’oreille mondaine ne peut entendre, il a entendu la voix divine lui dire de Jésus « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur », il a ressenti la très sainte présence de « l’Esprit de Dieu descendu sur Jésus », au moment du baptême dans le Jourdain, expérience inaccessible à l’incroyant au cœur enténébré. Jean s’est recueilli et unifié par sa communion avec le Christ dans l’humilité de son cœur, il témoigne de la réalité des grâces divines que reçoivent ceux qui aiment Dieu.

 

Jean le Baptiste et précurseur du Seigneur, le dernier prophète de l’ancienne alliance, s’efface et se dit indigne de dénouer les lacets des pieds de Jésus, mais ce n’est plus une prophétie à venir qui nous est promise, mais Dieu lui-même qui réalise sa parole divine en s’incarnant pour être avec nous jusqu’à la fin des temps. Voici donc que l’Eglise, émerveillée et merveilleuse, resplendit de la présence rayonnante du saint Messie d’Israël et Fils unique du Dieu vivant et nous pouvons chanter avec les saints et les anges, « aujourd’hui le Roi des cieux s’est incarné d’une Vierge » et « ta naissance ô Christ notre Dieu a fait resplendir dans le monde la lumière de l’intelligence, ceux qui servaient les astres sont instruits par l’astre de t’adorer soleil de justice et te contempler, orient venant des hauteurs, Seigneur gloire à Toi ».

 

Alors, prions Dieu pour que Sa Grâce, bénisse nos œuvres et que notre désert devienne ce lieu vivant et vivifiant, où dans l’humilité et la simplicité, l’homme apprend à devenir dieu, où le monde devient Eglise, où l’Eglise devient Royaume de Dieu, et que la Gloire soit au Père, au Fils et à l’Esprit qui gouvernent ce Royaume et nous y offrent Leur hospitalité éternelle, amen.

 

+ Syméon

 

samedi 7 janvier 2023

La Nativité du Seigneur.

 (Matthieu 2, 1 à 12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous montre comment la Lumière Divine qui s’incarne dans un petit enfant, est refusée par ceux qui préfèrent trafiquer dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Saint Jean dans son prologue ne dit-il pas : « la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue ». Hérode est Juif, il n’ignore rien de l’espérance messianique du peuple d’Israël. Mais Hérode le sanguinaire est possédé par le goût du pouvoir, et cette obsession le vide de toute humanité et de toute compassion, rien alors ne le retiendra plus pour ordonner après le départ des rois mages, le massacre des « saints innocents ».

 

L’Evangile nous dit : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem en disant : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Le Royaume de Dieu est le véritable et unique « Orient spirituel », qui aujourd’hui devant nos yeux, s’incarne pleinement dans l’orient de notre monde, par l’Enfant divin, Jésus le Fils béni de Marie.  

 

N’est-il pas étrange que Dieu nous envoie les rois mages, alors que les synagogues étaient les îlots lumineux qui avaient pour mission d’annoncer et d’accueillir la lumière éternelle, c’est à dire le « Messie » espéré? L’étoile qui guide les rois mages depuis l’Orient, symbolise dans l’homme la « lumière de l’intelligence » qui a pour vocation d’illuminer l’être humain afin de le guider vers le saint des saints qui est son propre cœur pour s’y prosterner et y adorer, l’Enfant Jésus. Offrir notre cœur à Dieu comme une grotte spirituelle, pour que l’Esprit Saint en fasse un sanctuaire, un lieu de vie aimant, vivant et liturgique, pour que notre personne entière puisse recevoir la grâce divine et accueillir l’Enfant Divin incarné. La Nativité est le commencement de notre salut selon cette parole de notre saint Père Athanase « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne dieu », l’univers entier ne peut être comparé à cette immense vocation humaine, « naître au ciel et devenir dieu ».

 

L’Ecriture poursuit : « le roi Hérode, ayant appris la naissance de Jésus, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui ; il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple et s’enquit auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ ». Etre un roi mage, c’est être une lumière sur le chemin de l’humanité, qui a pour vocation de transmettre la grâce divine, c’est à dire la bonne nouvelle de la naissance du Roi des rois, l’humble Enfant divin, pour le salut de l’humanité.

 

Hérode lui, est un roi de pacotille et de comédie, une caricature misérable de la véritable royauté qui est spirituelle, un bouffon ridicule et insensé, affamé et assoiffé non de justice mais de pouvoir, en vérité il ne représente rien ni personne, car son royaume est celui des vaines apparences, du néant. Mais si Hérode n’est rien, qui alors lui donne un tel pouvoir sur nous et en nous? Hérode par analogie, c’est le vieil homme en nous, qui se trouble lui aussi, à chaque fois qu’il est visité par un envoyé de Dieu. Hérode, c’est sa majesté l’égo, qui hurle moi, moi et encore moi, qui ne connait d’autre dieu que lui même, d’autre œuvre que de faire sa volonté partout, toujours, en tout et avec tous. Il est l’homme entêté jusqu’à l’absurde, emmuré dans ses petites certitudes ridicules et stériles, et qui refuse de se convertir à la seule nouveauté absolue que représente l’Enfant qui vient de naître à Bethléem. Hérode, homme imbu de lui-même devient esclave et complice de Satan, le séducteur et prince des ténèbres, dont l’unique désir est la destruction totale de l’humanité. C’est pourquoi les hordes sataniques, se griment volontiers de masques qui caricaturent le visage de l’humanité, et s’associent avec tous les Hérode impies de ce monde, pour persécuter l’Eglise et massacrer celui qui est le Sauveur unique de l’humanité, « l’Enfant Dieu ».  

Les scribes et les prêtres en réponse à Hérode dirent : « l’enfant est né à Bethléem de Judée, car voici ce que le prophète a écrit : « et toi, Bethléem, pays de Juda, tu n’es certes pas le moindre parmi les clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera le pasteur de mon peuple Israël ». Voici donc que les prêtres et les scribes savent dire où naitra le Messie attendu, quant à y aller eux-mêmes, hélas, trois fois hélas, leur vanité et leur soumission aveugle à la lettre de la Loi, les empêche d’accéder à la vie en plénitude, à l’Enfant Divin annoncé, qui naît aujourd’hui ici parmi nous, et que pourtant ils prophétisent, espèrent et attendent tous. Mais nous savons que la soit disant sagesse de ce monde, incapable de reconnaître le « Sauveur incarné dans un nouveau-né », reste incrédule et incapable de s’émerveiller devant l’espérance que représente l’Enfant Jésus, cette non sagesse que saint Paul dénonce comme une folie aux yeux de Dieu.

 

Que signifient ici, les « clans de Juda » ? Seule la vie spirituelle inspirée par l’Esprit de Dieu peut emmener l’homme vers « Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie », c’est à dire, l’Enfant Jésus qui vient de naître pour illuminer justement tous les clans dont parle le saint Evangile ? Les clans sont toutes les tribus d’Israël et les Synagogues où est annoncée la parole divine et prophétique du Très-Haut. Parole qui ne cesse d’annoncer la naissance du Divin Rédempteur espéré par Israël, et que l’Israël de Dieu devait donner à l’humanité. C’est pourquoi plus tard, l’enfant Jésus devenu le « Serviteur Souffrant » contemplé par le prophète Isaïe, dira dans l’angoisse de son âme : « ô mon peuple que t’ai-je fait » et « qui a connu la pensée du Seigneur en esprit et en vérité » ?

 

Mais voici l’humble merveille, la bonne nouvelle, voici que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a élu parmi tous ces clans fiers et prestigieux, l’humble « Bethléem », qui deviendra l’Eglise très sainte et très aimée de Dieu. Bethléem la maison du Pain, qui annonce que cet Enfant qui vient de naître n’est plus la simple « manne céleste » reçue par les Israélites dans le désert, mais le « Pain Vivant descendu lui-même du Ciel », pour se donner comme nourriture à l’humanité affamée et assoiffée à cause du néant spirituel qui recouvre le monde de ténèbres. Bethléem, la maison du Pain, est le signe divin et prophétique de l’Eucharistie, du Corps et du Sang que l’Enfant Divin versera librement lorsque devenu adulte, IL accomplira pleinement le mystère de la Nativité, en donnant Sa vie pour le salut du monde.

 

L’Ecriture poursuit « Hérode alors appela les mages en secret et se fit préciser par eux la date de l’apparition de l’étoile, puis ils les dirigea sur Bethléem en disant : Allez prendre des informations précises sur cet enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui ».

 

De nouveau, l’Evangile nous montre l’ambiguïté du fonctionnement mental de Hérode, qui tout comme le tentateur maudit dit des choses qui semblent bonnes et justes, mais comment agit-il ? Il agit en secret, en faisant semblant de bénir le voyage des rois mages, en leur faisant croire qu’il a le même projet qu’eux, qu’il veut le meilleur pour l’Enfant, qu’il a les moyens de combler tous leurs désirs, y compris spirituels. Et pour arriver à ses fins, il ne veut surtout pas d’autres témoins que des grands-prêtres et des scribes, ses complices incapables de discerner le saint et véritable sens prophétique et spirituel de l’Ecriture Sainte.

 

En vérité, c’est le Temple de Jérusalem qui devait accueillir l’Enfant Divin, il était par vocation la Grotte mystique que Dieu désirait illuminer par sa naissance. Mais Hérode va se détruire lui-même parce que son mensonge est pathétique, dans sa folie comme tant d’autres hommes, il pense pouvoir tromper Dieu lui-même, mais en réalité, son marchandage hypocrite avec les saints rois mages, ne lui rapportera rien, sinon faire de lui le « bourreau des innocents » et son propre bourreau.

 

L’Evangile poursuit : « sur ces paroles du roi, les mages  se mirent en chemin. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient se mit à les précéder jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant ». Les mages se mettent donc en route sur les ordres du roi Hérode, et l’étoile qui ne pouvait briller en présence d’Hérode qui représente les ténèbres du monde sans Dieu, peut à nouveau resplendir de toute sa luminosité divine, pour accompagner et guider le saint voyage non seulement des rois mages, mais de toute personne qui décide de dire « amen », à l’appel providentiel de Dieu et de se prosterner devant Jésus, l’Enfant Dieu.

 

L’Ecriture poursuit : « la vue de l’étoile remplit les mages d’une grande joie ; ils entrèrent dans la grotte, trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, et, le front contre terre, ils se prosternèrent devant lui ; puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Que signifie : « la vue de l’étoile les remplit d’une grande joie ? Cela signifie leur communion réelle  à la lumière incréée dont cette étoile est le signe manifeste dans la création, cela signifie que la lumière est le fruit de la vie en Dieu et que cette vie lumineuse engendre cette grande Joie dont le Seigneur dit : « Je vous donnerais la Joie que nul ne pourra vous ravir ». Seule la joie divine est la joie véritable, joie qui nous donne de danser intérieurement devant la Divine Trinité, joie vécue par les rois mages, joie que celui à qui le Seigneur donne de la goûter, même une seule fois, ne pourra plus jamais oublier ni dans ce monde ni dans l’autre.

 

Que signifie, « ils entrèrent dans la grotte et la suite »…cette grotte est l’Eglise intérieure, spirituelle et mystique, icône de la grotte de Bethléem, c’est le lieu de Dieu dans l’homme, la rencontre personnelle de l’homme avec Dieu, là où tout naturellement, l’homme se prosterne au cœur de son cœur, dans l’adoration en esprit et en vérité de la Divine Trinité. Que signifie encore, ils Lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ? Cela signifie que l’homme, roi, prêtre et prophète, a retrouvé par la grâce de Dieu sa vocation divino-humaine, et peut réaliser le grand œuvre d’amour, les signes de cet état spirituel retrouvé sont ceux de la nature divine elle-même, offrir l’or c’est confesser que la nature de Dieu est Lumière, offrir l’encens c’est confesser que la nature de Dieu est la Sainteté, offrir la myrrhe c’est confesser que la nature de Dieu est en vérité l’Immortalité. Alors Dieu, le Roi Mage Divin, à son tour offre à l’homme non l’or, l’encens ou la myrrhe, mais la « déification », l’adoption filiale, la communion sans confusion ni aucune séparation avec la Divine Trinité, qui est la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

 

L’Ecriture dit : « ensuite, avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, les rois mages  regagnèrent leur pays par un autre chemin ». L’Evangile de ce jour nous révèle ainsi le pèlerinage religieux et spirituel proposé à l’être orthodoxe, cette ascèse de vie qui doit transformer peu à peu l’homme, et faire de lui un être liturgique qui célèbre son Seigneur à travers toute son existence quotidienne. Cette vie en Dieu est d’abord une vie en soi avec Dieu, parce que la relation à Dieu est toujours personnelle, mais aussi une vie avec l’autre, c’est-à-dire une vie en Eglise. Alors nous aussi, nous « regagnerons notre pays par un autre chemin », c’est à dire, non plus par les sentiers de perdition du monde hérodien ou ceux chaotiques du vieil homme, mais par le « chemin unique qui est le Christ », pour arriver par grâce dans notre pays réel qui est le Royaume de Dieu.

 

Au Père Roi de l’Univers, au Fils qui nous veut cohéritiers de Son Royaume et à l’Esprit Saint qui nous intronise dans le Royaume, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

vendredi 6 janvier 2023

MESSAGE DE NOËL 2022 du Patriarche Porphyre et de l’Assemblée des évêques orthodoxes serbes

  LA PAIX DE DIEU – CHRIST EST NÉ !

…Un enfant nous est né, un fils nous a été donné,

Il a reçu le pouvoir sur Ses épaules et on Lui a donné ce nom :

Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince de la paix ! (Is 9, 5)

 Chers enfants spirituels,

Réjouissons-nous en ce jour de grande et merveilleuse fête de la Nativité du Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, par laquelle s’est accompli le salut du monde et de l’homme ! Joignons-nous aux anges en chantant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes qu’Il aime ! (Lc 2, 14) Les rayons de gloire du Seigneur nous ont révélé la grotte qui est devenue pour le monde, la source du Chemin, de la Vérité et de la Vie ! (Jn 14, 6) Réjouissons-nous avec toute la création, en entonnant un chant nouveau (Ps 98, 1), car le grand, hautement loué et Seigneur au-dessus de tout, est devenu un petit enfant ! Réjouissons-nous et, comme les bergers dans cette nuit toute lumineuse, plus éclatante que le jour, embrassons Celui qui a rassemblé les cieux dans une mangeoire ! Soyons dans l’allégresse et à la suite des sages venus d’Orient, prêchons sans crainte l’Étoile brillante qui a chassé les ténèbres de la mort et nous a conduits à la Lumière éternelle et au Sens éternel !

Le mystère de Noël est contenu dans l’humilité infinie du Prééternel qui est né comme un petit enfant et nous a permis de Le toucher, et selon le plan perfide d’Hérode, il s’en est fallu de peu qu’Il fut mis à mal. Mais sans se soucier des faiblesses des hommes, le Fils de Dieu attend notre amour et nous permet même de L’embrasser. C’est ainsi qu’à Noël nous sommes appelés à prendre part à Son développement dans ce monde afin de parvenir nous-mêmes à l’état adultes, à la taille du Christ dans Sa plénitude (Ep 4, 13). Dans cette connexion divino-humaine, nous adoptons les vertus évangéliques, les valeurs éternelles que le Fils de Dieu apporte sur terre.

En vivant selon les commandements de Dieu, sous la protection de la sainte Église, nous commençons à regarder avec Ses yeux, à respirer avec Ses poumons et à réfléchir avec Son esprit. Ainsi nous adoptons progressivement l’esprit du Christ, l’éthique évangélique, les valeurs éternelles, devenant des hommes en train de renaître, des citoyens du Royaume céleste et des membres de la Maison de Dieu.

Frères et sœurs, si nous choisissons d’être façonnés par le mystère de l’amour et de l’humilité qui s’est manifesté dans l’événement de la Nativité du Christ, tout sera transfiguré autour de nous. Si pour nous, la mesure de toutes les valeurs devient l’Enfant Divin qui gît emmaillotté dans une mangeoire, nous entendrons la même voix fortifiante des anges qui dans la première nuit de Noël a réconforté les bergers : Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur (Lc 2, 10-11). Cet encouragement éternel et impérissable des anges transforme avec son message plein de grâce et de force, le monde souffrant et déchiré par des troubles en un lieu de paix et de joie de Noël. Pour que la paix qui nous a été ainsi donnée, soit mise en œuvre dans notre temps et dans notre vie, nous devons rassembler nos efforts, nous devons non seulement adhérer à cette paix mais aussi en faire un élément essentiel de notre vie.

Les guerres fratricides et destructrices qui sèment la mort aujourd’hui tout autour de la terre, montrent que la paix véritable n’est pas seulement l’absence de conflit armé mais le fruit du sacrifice d’auto-immolation que le Seigneur Lui-même a semé parmi les hommes et qu’Il a scellé par Son Incarnation. La paix de Dieu se révèle à nous dans la Personne divino-humaine du Christ, elle frappe à la porte de notre liberté et nous invite à l’accueillir dans nos demeures et nos écoles, dans nos lieux de travail, dans les coins et recoins de nos vies. Elle nous appelle à nous joindre à ceux qui partagent avec nous le même éthos éternel, saint et immuable, un système de valeurs défini par ce que nous aimons et ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons et ce que nous savons. Alors, même dans nos proches, nous reconnaîtrons le Divin Enfant et pourrons leur offrir aussi l’or de la joie de vivre, l’encens de l’amour sincère et la myrrhe de l’humilité véritable.

Chers enfants spirituels, la Nativité du Christ a depuis toujours été respectée par tous comme une fête familiale, la fête du foyer domestique et de la chaleur qui s’y trouve. C’est pourquoi il est erroné qu’au réveillon de Noël, à la veille d’une Fête joyeuse, on n’accueille pas le Divin Enfant, qui est le Dieu prééternel et un Enfant né pour nous, dans l’atmosphère familiale qui autour du Badnjak (morceau de chêne traditionnel), de la paille répandue et de tout le reste, rappelle la modeste grotte dans laquelle Lui, le plus humble parmi les humbles, est né, emmaillotté et déposé dans la plus simple des mangeoires – et qu’au lieu de cela, on fasse la fête dans les rues et sur les places d’une manière quasi païenne et dans une atmosphère imbibée d’alcool.

Comme les puissants de cette époque avaient persécuté et voulu détruire le Divin Enfant, ceux qui leur ont succédé au pouvoir aujourd’hui, élèvent la voix contre la famille fondée sur les valeurs chrétiennes. La réponse de l’Église à une telle agression publique et permanente ne peut être qu’évangélique, apostolique et dans l’esprit de Noël. Cela signifie que l’Église demeure inébranlable sur ses convictions éternelles et immuables, protégeant les frontières de la Loi donnée par Dieu dans Sa miséricorde, sans chercher à imposer ses valeurs à quiconque, mais en même temps sans en dévier d’un iota. Nous ne cherchons à traduire aucune personne placée sous la voûte céleste devant un tribunal des hommes, ni ne jetons la pierre à ceux qui ne partagent pas notre foi, mais nous refusons catégoriquement de mettre sur le même plan un choix libre mais erroné de qui que ce soit avec notre liberté et la responsabilité qui l’accompagne.

Pour que, dans une société profondément blessée, les enfants puissent résister à l’avalanche d’appels à la violence dans les écoles, sur les réseaux sociaux, dans les stades et les terrains de sport, il est nécessaire de les éduquer dans un environnement familial sain fondé sur l’amour et non sur la haine et l’agressivité. L’apparition de comportements violents et destructeurs dans nos écoles s’accompagne d’efforts insistants et inadmissibles pour imposer dans le système d’instruction et d’éducation, depuis le jardin d’enfants jusqu’à l’université, des enseignements, une idéologie, des pratiques et des habitudes tout à fait contraires à l’éthique chrétienne et à la vie pieuse, non seulement des orthodoxes serbes, mais aussi de tous ceux avec qui nous partageons notre espace vital.

En ces jours marqués par la joie de Noël, la paix et la chaleur familiale, nous portons dans nos prières ceux chez qui brûle le feu de la guerre, et d’abord nos frères et sœurs dans la foi en Ukraine et en Russie. C’est avec tristesse que nous observons les conflits meurtriers et leurs victimes, auxquels participent, publiquement ou secrètement, divers acteurs. Les conséquences du tragique conflit fratricide russo-ukrainien, encouragé chaque jour de l’étranger, sont terribles et l’incendie de la guerre menace, comme jamais auparavant, le monde entier. C’est pourquoi nous adressons une prière particulièrement fervente au Divin Enfant le Christ, et nous envoyons un appel sincère et fraternel à tous les participants directs et indirects à cette guerre, afin qu’ils trouvent en eux-mêmes des forces pour mettre fin aux souffrances, pour que les exilés puissent revenir dans leurs villes et villages, que leurs demeures soient reconstruites et que la paix revienne dans les zones touchées par le feu de la guerre.

Depuis le milieu de l’année qui s’achève, c’est aussi sur la terre natale dont nous avons hérité, au Kosovo et en Métochie, que ceux qui sont nos voisins séculaires adressent des ultimatums, lancent des provocations, exercent la terreur et ne cessent de menacer les Serbes restés sans défense sur place, de mesures de bannissement et de cruauté, au milieu du silence inquiétant, voire même nous semble-t-il, du soutien implicite de certains États puissants. Nous rappelons à tous les acteurs concernés que pour les Serbes du Kosovo et de Métochie aussi, doivent s’appliquer les droits humains universels et les droits à la liberté, à l’instar de ceux des Albanais et de tous les hommes à travers le monde. La sécurité des personnes, la sûreté des biens et la liberté de mouvement appartiennent à tous de façon égale, et comme tels ils doivent être inviolables.  

En nous prosternant devant la Nativité du Christ, nous prions pour qu’au milieu de nous, mais aussi chez tous ceux avec qui nous partageons notre espace et les moments de l’existence, ainsi que chez tous les peuples de la terre, règnent l’amour, la compréhension, la bonne volonté de Noël et la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence (Ph 4, 7). Animés par la joie de la fête de la Nativité, avec une préoccupation et une responsabilité archiépiscopales particulières, nous disons à tous nos frères et sœurs, membres de notre communauté nationale serbe orthodoxe, où qu’ils vivent, que leur Mère Église est toujours à leurs côtés et qu’elle les appelle à être en éveil pour entendre et mettre en œuvre l’Évangile du Christ, et donc être prêts à annoncer pacifiquement la bonne nouvelle de paix et d’amour à tous les hommes et au monde entier.

En vous adressant nos meilleurs vœux pour Noël et une Nouvelle Année 2023 pleine de la bonté du Seigneur, nous vous souhaitons toutes les bonnes choses authentiques dans la joie inaliénable apportée par le Divin Enfant Christ, avec notre salutation très joyeuse de Noël :

La paix de Dieu, Christ est né !

 

Au patriarcat serbe, à Belgrade – Noël 2022.

 

Le patriarche serbe PORPHYRE, avec tous les évêques de l’Eglise orthodoxe serbe  

et Mgr Justin, évêque d’Europe occidentale.