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vendredi 21 novembre 2025

La Fille de Jaïre.

 

(Luc 8, 41 à 56).

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 


Aujourd’hui, notre sainte Église orthodoxe nous invite à être les témoins vivants et vivifiants de la Grâce divine qui habite le saint prophète Jésus devenu par son incarnation, l’un d’entre nous. Cette grâce est accessible pour nous, il nous suffit de la demander avec une foi juste sans nul besoin d’être théologien ou philosophe, nous n’avons pas à prouver à Dieu combien nous sommes cultivés. Ce que notre Seigneur doux et humble de cœur nous propose, c’est de cultiver la Foi en Lui et son corollaire indispensable la confiance en nous, car depuis toujours et pour toujours Dieu aime l’homme avec comme seule condition, l’amour réciproque.

 

Dans l’Evangile de ce jour quelqu’un dit au chef de la Synagogue : ta fille est morte, n’ennuie plus le Maître », mais le Maître répond « sois sans crainte, crois seulement et elle sera sauvée », c'est-à-dire que le Christ nous invite à ne pas écouter les discours pessimistes du monde déchu, à ne pas nous laisser détruire par des paroles sans issue possible, mais à nous tourner encore et encore vers la Vie, c'est-à-dire vers Dieu qui peut l’impossible. L’Église à travers le récit de la fille de Jaïre, nous invite chacun et chacune, à questionner notre foi, est-elle proche de celle que le Seigneur espère en nous invitant à croire que « celui qui croit en Lui, fera les mêmes choses que Lui et même de plus grandes ». Nos savons que notre manque de foi est plus ou moins fluctuant et déjà le prophète Isaïe proclamait en 53, 1 « qui a cru à ce que nous avons annoncé » ? La foi en Dieu nourrit l’espérance de notre résurrection, qui commence déjà en ce monde, c’est ce dont témoigne aujourd’hui pour nous le récit concernant la fille de Jaïre.

 

La fille de Jaïre est aussi une icône de l’âme et de la vie qui est unique, perdre son âme s’oppose à la vie dont saint Jean dit : « que dans le Verbe était la vie et que la vie est la lumière des hommes », le refus de la vie lumineuse engendre alors les ténèbres qui voilent tout discernement spirituel. Perdre son âme, revient à expérimenter cette parole du Seigneur « à quoi bon posséder le monde entier si tu perds ton âme », dans cet état contre nature, la vie évangélique devient inaccessible et s’oppose à toute expérience spirituelle qui pourrait transformer vraiment notre existence et nous libérer des désirs matériels non indispensables.

 

Nous sommes, chacun et chacune « Jaïre » qui avons vocation à laisser Dieu rayonner en nous, nous avons reçu pour cela un talent unique un temple saint et sacré, c’est à dire nous-mêmes, dont nous sommes les responsables liturgiques, dans lequel habite notre fille, c’est à dire notre âme, afin qu’elle puisse y être restaurée et ressuscitée pour le Royaume de Dieu. C’est pourquoi saint Paul dans l’épître de ce jour nous rappelle que « nous avons comme fondations les apôtres et les prophètes et pour pierre d’angle le Christ lui-même…afin de devenir une demeure de Dieu dans l’Esprit ».

 

Le Seigneur notre Dieu, le saint Christ Jésus, nous révèlera pleinement qui Il est comme Homme parfait et Dieu parfait en nous faisant comme Il le montre avec la résurrection de la fille de Jaïre, passer de la mort totale à ce monde à la vie éternelle du Royaume de Dieu. IL nous révèlera aussi pleinement à nous-mêmes dans Sa grâce divine et cela engendrera la contemplation émerveillée de la Divine Trinité par l’humanité sauvée. Alors à nouveau, l’homme sera rempli non seulement du rayonnement divin et restauré dans la beauté éternelle qui était celle de sa création originelle, mais il sera aussi un « christ et recevra de Dieu un nom nouveau » connu seulement de celui qui reçoit ce nom, et ce nom sera unit indissolublement avec le Nom de Dieu, pour des siècles et des siècles de vie éternelle.

Cultivons l’humilité qui attire à elle la Divine Trinité, qui nous fait amis intimes de Dieu, qui permet la communion spirituelle avec la Théotokos, les Saints et les Saints Anges, mais qui permet aussi la communion fraternelle, sortons des illusions mortifères et morbides distillées par les esprits sous ciel et dont le vieil homme en nous se fait le complice pour nous susurrer « n’ennuie pas le Maître ». Au contraire, ne nous lassons pas de prier et supplier le Maître d’être sans cesse à notre côté, et de nous guider lui-même dans la voie de la résurrection telle qu’Il la désire pour chacun et chacune d’entre nous.

 

« Dieu sera tout en tous », à Notre Père Céleste, qui nous bénit par le Christ notre unique Grand-Prêtre et nous donne de concélébrer la Divine Liturgie dans l’Esprit de Sainteté, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

samedi 15 novembre 2025

Le possédé gérasénien.

 

(Luc 8, 26 à 39)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

 

Aujourd’hui, l’Évangile nous parle d’un homme possédé par plusieurs démons, il était nu et survivait au milieu des tombes d’un cimetière. Là voyant Jésus, il poussa de grands cris à voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, Fils de Dieu du Dieu très-haut ? Je t’en prie ne me tourmente pas » ce n’est pas le démoniaque qui hurlait vers Jésus mais bien la horde des démons qui le hantaient.

 

Voici l’homme possédé, l’un d’entre-nous dont l’humanité est broyée par des forces opposées à la volonté divine, homme déshumanisé en proie à une agitation intérieure et extérieure fomentée par les « esprits sous ciel » dont parle saint Paul, qui peut à part le Christ connaître l’état de cet homme transformé en énergumène incontrôlable soumis à la haine démoniaque ?

 

L’Évangile précise que « les Géraséniens priait Jésus de s’éloigner d’eux, car ils étaient en proie à une grande peur », que ferions-nous si nous étions témoins d’une scène identique, dans cette parabole décrite par saint Luc, la possession est extrême et diabolique, mais il est permis de penser que toute possession, qu’elle le soit par des esprits impurs, par des possessions matérielles ou intellectuelles est générée par des pulsions de nature contraire à la dignité humaine.

 

Si nous nous laissons lier par des désirs insensés au point de ne plus savoir qui nous sommes ni où nous en sommes, si nous n’avons plus de discernement suffisant pour nous regarder avec l’intelligence du cœur, alors qui d’autres que notre Seigneur Jésus-Christ pourra nous désaliéner de ce qui nous entrave et nous empêche de vivre selon la beauté et la vérité de l’Orthodoxie.

 

Le cimetière où erre ce « possédé » est une métaphore de ce qui en nous est de l’ordre des ombres mortifères, une image de notre âme désorientée par manque d’expérience spirituelle et confrontée à ce que le langage populaire appelle « nos démons intérieurs » qui nous éprouvent au quotidien dans nos colères, frustrations, etc.

Le cimetière est certes le lieu de notre retrait des êtres et des choses de ce monde, l’Écriture sainte nous rappelle « que nous sommes nés de la terre et que nous retournerons à la terre ». Pourtant, le royaume des tombes est aussi l’antichambre dans laquelle nous reposons dans l’espérance de la résurrection de nos corps et de notre naissance à la vie éternelle par la puissance du Verbe créateur qui comme pour Lazare nous criera « Je te l’ordonne, sors du tombeau ».

 

Au Père créateur de l’homme et de la création, au Fils issu de Marie la toute sainte et à l’Esprit qui conserve l’univers, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

samedi 8 novembre 2025

Le mauvais riche et le pauvre Lazare.

  

(Luc 16, 19 à 31)

Au Nom du Père, du fils et du Saint-Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, le saint Évangile nous parle d’un « mauvais riche qui se revêtait de pourpre et de lin fin et faisait chaque jour un brillant festin » et du pauvre Lazare qui gisait au portail du riche couvert d’ulcères, affamé et assoiffé.

 

Portail signifie ici « autour de nous », si donc nous voulons festoyer et que nous connaissons « un pauvre proche » pourquoi ne pas l’inviter à notre table pour partager ensemble un bon repas et surtout cultiver une relation naturelle conforme à l’enseignement évangélique qui en même temps rends grâce à Dieu et béni l’homme.

 

Voici donc le « mauvais riche », le monde appelle un tel individu celui qui sait faire la « fête » çà rigole, çà chante et danse, çà mange des plats délicieux en buvant de bons vins, çà se met en représentation chez soi et dans « l’entre soi familial et amical », le monde extérieur est loin et le monde intérieur à l’âme est soumis au refoulement.

 

Voici maintenant le « Bon Riche » notre Père céleste qui invite tous les vrais pauvres, appelés « bienheureux les pauvres en esprit », pauvreté qui n’est pas d’abord ni seulement celle des conditions matérielles, et qui passe par le chemin spirituel des Béatitudes et qui trouve sa vie, sa nourriture et sa boisson dans la très « Sainte Cène » qui seule peut combler le désir essentiel qui palpite au fond de la personne pour une plénitude de « vie, de mouvement et d’être ». Le mauvais riche n’invite personne d’étranger à sa table, Dieu invite tout homme et femme sans

discrimination au festin spirituel avec Lui, mais très peu acceptent d’y participer car beaucoup préfèrent comme le mauvais riche rester chez eux sans se soucier véritablement de l’invitation divine et encore bien moins de tous ces « Lazare » qui errent dans les rues ou sont assis devant nos portails.

 

 

Voici donc le mauvais riche, petit roitelet, enivré par ses « pauvres petites richesses matérielles » qui se fait servir et le véritable riche, notre saint Christ qui se fait  « Serviteur du pauvre » et le comble de toutes ses richesses divino-



humaines afin de le délivrer de toutes les servitudes qui asservissent l’humanité.  

 

Le saint Évangile du Seigneur Jésus nous interpelle à travers la parabole du mauvais riche tout comme il le fait dans toute l’Écriture Sainte, pour nous encourager à choisir sans cesse entre l’essentiel et l’accessoire, pourquoi ? Pour que notre existence aboutisse plutôt dans le Royaume de Dieu et non là où nous dit le Christ seront « les ténèbres extérieures, les pleurs et les grincements de dents », dans une vie éternelle sans Dieu, qui s’appelle « l’enfer éternel» où ne resplendit aucune lumière, où ne rayonne aucune célébration spirituelle, là règne le morbide, le mortifère et l’inhumain.

 

Au Père Créateur, au Fils Unique de Dieu et à l’Esprit de lumière et de vérité soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

samedi 1 novembre 2025

Le Semeur.

 

(Luc 8, 5 à 15)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, le saint Évangile nous donne à méditer la parabole du Semeur et d’en faire notre nourriture spirituelle pour notre ascèse en vue de notre salut.

 

Les disciples s’étonnent du fait que le Seigneur leur dise à vous « il est donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, mais pour les autres, c’est en paraboles », pourquoi ? « Afin qu’ils voient sans voir et entendent sans comprendre ». Parole qui peut sembler étrange à tous les individus dont la pensée reste accrochée à leur compréhension  superficielle des êtres et des choses de la vie.

 

Mais les mystères divins peuvent également restés fermés même aux croyants qui viennent dans l’Eglise, pourquoi, parce que leur esprit  reste absent à l’expérience liturgique, ils ne sont pas éveillés par manque de vigilance à la beauté et à la profondeur religieuse et spirituelle de la Divine Liturgie, l’habitude a aveuglé leur regard et a rendu sourde leur écoute et cette attitude ne permet pas d’engranger les fruits que donne la célébration liturgique.

 

Dans cet état d’absence à l’essentiel, le Semeur divin ne trouve aucune terre intérieure à féconder pour renouveler en nous la vie selon la sagesse de la voie orthodoxe. La sècheresse spirituelle et la routine finiront par nous décourager et la grâce non accueillie se retirera dans l’attente que nous nous reprenions en main par la prière personnelle et liturgique persévérante.

 

Le Semeur céleste voyant notre bonne volonté reviendra vers nous et sèmera à nouveau avec abondance en nous les trésors contenus dans l’Esprit-Saint. L’ascèse orthodoxe n’est pas le fruit d’actes magiques, mais la décision librement mûrie de pratiquer l’obéissance envers la sagesse divino-humaine de l’Eglise orthodoxe. L’icône de cette vraie obéissance est sertie dans cette parole du Seigneur lui-même « celui qui m’aime c’est celui qui garde mes commandements et les mets en pratique ».

Le Semeur céleste, notre Père continue à demander dans l’Eglise comme il le faisait dans le Paradis « Adam, où es-tu, Eve où es-tu » ? La pratique spirituelle reçoit toute sa grâce dans la célébration sainte de la Divine Liturgie, sans cette prière liturgique qui culmine dans la communion au « Corps et Sang du Seigneur » notre spiritualité et notre prière personnelle sera stérile comme un arbre sec.

 

Adam et Eve se cachaient devant la présence divine au Paradis, si nous nous cachons dans les folies et les actions superficielles mondaines, si nous étouffons en nous l’appel divin à venir dans l’Eglise, comment pourrons-nous répondre à Dieu « me voici Seigneur, apprends-moi à t’écouter enfin et à te répondre » donc « que celui qui a des oreilles pour entendre entende », ne savons-nous pas combien le temps qui nous est offert dans ce monde est court ?

 

Voici le Semeur divino-humain, oui le Christ Dieu, là au milieu de nous, en nous et dans l’Eglise, allons-nous, nous laisser ensemencer par la semence spirituelle qui est l’Esprit de Dieu lui-même ou allons-nous continuer à nous laisser séduire par le fameux « j’aimerais bien, mais j’ai ceci ou cela à faire », il appartient à ma responsabilité personnelle de « choisir la meilleure part » dont je vais devoir rendre compte à Dieu puisque je me revendique comme « orthodoxe », à l’évidence la meilleure part ne peut être que « Dieu lui-même », l’essentiel de la vie spirituelle a été déposé uniquement dans l’Eglise qui possède comme un trésor la plénitude des Dons de l’Esprit-Saint. 

 

Au Père qui sème encore et encore en nous sa grâce, au Fils qui nous guide et à l’Esprit-Saint qui veut faire fructifier en nous la sainte vie divino-humaine, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

 

 

 

samedi 25 octobre 2025

La veuve de Naïn.

 

(7, 11 à 16).

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, L’Eglise et l’Evangile nous font rencontrer un convoi funèbre qui transporte le fils unique d’une veuve, Jésus passait par là et fût touché de compassion envers la souffrance de cette femme et mère, il alla vers elle fît arrêter le convoi et dit « jeune homme, je te le dis, lève toi » et le mort s’assit et commença à parler, que pouvait-il bien dire devant ce miracle qui le fait revenir de la mort à la vie par la grâce et la volonté du saint rabbi Jésus.

 

Nous pouvons considérer cette femme veuve comme une métaphore de notre âme qui a perdu son fils, c’est à dire, notre esprit qui a reçu comme vocation de par sa création divine de nourrir l’âme par son ascèse de vie spirituelle. Mais cet état de séparation douloureux entre la mère et le fils ou l’âme et l’esprit, nécessite l’intervention divine de « l’Epoux de nos âmes le Christ » qui seul peut recréer l’unité de l’être plongé comme cette mère-âme dans le désespoir de voir son fils mort et aussi redonner au fils-esprit l’espérance d’une existence renouvelée par un engagement réel et persévérant dans la pratique de la voie et la vie orthodoxes.

 

Mais pour que l’âme et l’esprit puisse communier ensembles en esprit et en vérité, il faut leur donner un corps capable de les contenir et de les édifier, ce corps doit être avant tout un lieu liturgique dans lequel il sera possible de célébrer la vie selon Dieu, avec Dieu et le prochain. La plus belle icône de ce lieu sera l’Eglise « Corps et Tête du Christ », et la plus belle icône de l’Eglise sera la communauté des « croyants fidèles » qui par la célébration régulière de la Divine Liturgie et la grâce divine verra peu à peu naître l’homme qui devient « temple de l’Esprit de Dieu ».

 

Mais pour nous qui sommes peut-être plus morts que vifs, à moins qu’il n’y ait déjà quelques ressuscités parmi nous, mais si nous nous sentons par modestie plus morts que vifs, l’Evangile nous montre vers qui nous devons aller pour construire une existence qui puisse être  un véritable avenir béni et nous préparer à la vie éternelle.

 

Notre Seigneur nous interpelle à chaque Divine Liturgie et nous dit « je te le dis, lève toi », ne sois pas comme un mort quasi absent à toi-même à cause des pensées obsédantes qui t’empêchent d’être vif et vigilant, mais célèbre de manière éveillé la très sainte Divine Liturgie et vient alors communier à « mon Corps et à mon Sang » pour la vie divino-humaine donnée à l’homme qui veut véritablement et en toute conscience être sauvé.

 

Au Père créateur de la vie, au Fils notre vie lumineuse et à l’Esprit-Saint vivifiant, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

samedi 18 octobre 2025

L’amour des ennemis.

 


(Luc 6, 31 à 36)
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à mettre en œuvre « l’amour des ennemis » en cultivant et en unissant à l’image du Seigneur l’ascèse de la miséricorde et de la bienfaisance, les racines de cette attitude spirituelle trouvent leur sève dans les paroles évangéliques que sont « bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » et « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », être miséricordieux et bienfaisant nous demandera donc non seulement d’imiter le Christ mais surtout d’agir avec Lui.
Saint Luc en 6, 36 nous montre le modèle divin absolument parfait du miséricordieux bienfaisant en nous disant « soyez compatissant comme votre Père est compatissant », compatir signifie surtout accompagner l’éprouvé atteint par les tourmentes existentielles qui brisent l’âme et le corps, c’est pourquoi saint Luc ajoute en chapitre 6, 31 une clé spirituelle pour prévenir et se prémunir de l’épreuve du « retour du coup de bâton » ou du « on récolte toujours ce qu’on sème » comme dit le langage populaire. Que nous dit-il ? «e que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux ». Dans sa 1ère épître saint Pierre complète la parole de saint Luc en écrivant « soyez donc miséricordieux et humbles », n’est-ce pas là le visage même de notre Samaritain spirituel Jésus-Christ, l’homme miséricordieux est le véritable compatissant, pourquoi ? Parce que lui-même a fait une vraie expérience de la miséricorde divine et qu’il se remémore cette parole du Seigneur « qu’as-tu que tu n’aies reçu, et si tu l’as reçu pourquoi faire comme si tu n’avais pas reçu et t’en enorgueillir », alors maintenant « va et fais de même ».
Dans la suite de son évangile saint Luc en 6, 37 et 38 précise l’ascèse pratique qui convient à celui ou celle qui veut acquérir l’état de « miséricordieux bienheureux », que dit-il « ne pas juger, ne pas condamner, remettre les fautes, donner avec générosité, car de la mesure dont vous mesurerez l’autre, vous serez mesuré vous-même en retour », si déjà nous avons des difficultés à mesurer de manière juste nos proches, quelle mesure nous faudra t-il pour mesurer « nos ennemis » ? L’amour des ennemis ne pourra pas se mesurer à l’aune extérieure des valeurs du monde individualiste d’un César, mais ne peut trouver sa force et sa justesse que dans le discernement qui vient de la grâce divino-humaine.
La miséricorde du Père céleste se révèle dans l’incarnation de son Fils unique, Lui le Visage visible de l’invisible, Lui qui est venu pour sauver l’homme et non le juger, Lui qui est venu pour pardonner et non condamner, Lui qui est venu pour remettre les péchés et non les garder pour nous en accuser, Lui qui a donné sa vie pour le salut de l’humanité, Lui qui aime sans mesure et accueille avec joie le peu que nous lui offrons, Lui qui nous dit « aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour », Lui non plus n’attend rien en retour de notre part, Il nous invite à l’imiter et à vivre selon cette parole « venez et voyez » en communion avec Lui et avec l’Eglise du mieux que nous le pouvons et en augmentant avec sa grâce peu à peu notre mesure d’aimer Dieu, l’Eglise et le prochain.
« Ne pas juger », déjà en 1 Samuel 2, 25 il est dit « si un homme pèche contre un homme », Dieu le jugera, pourquoi ? Parce qu’il n’appartient pas à l’homme de juger même si celui-ci à reçu le don de « l’intelligence du cœur », Dieu seul est le juste Juge qui connaît parfaitement le passé, le présent et l’avenir de tout homme et de toute femme qui naît en ce monde. Saint Paul exprime cette réalité du jugement divin en 1 Corinthiens 4, 4 en écrivant « celui qui me juge, c’est le Seigneur », le jugement a été remis par le Père au Fils unique en qui Il a mis toute sa complaisance afin que nous l’écoutions selon ce qu’Il jugera utile pour nous et notre salut. C’est ce que saint Pierre confirme dans sa 1ère épître en 1, 17 « Dieu jugera selon l’œuvre de chacun », le jugement est universel mais son application restera personnelle.
« Ne pas condamner », saint Luc en 6, 37 nous donne cet avertissement « ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés », cela se rapporte à cette folie humaine qui a culminée dans la condamnation du Seigneur lui-même et que nous rappelle saint Marc en 14, 64 « tous le condamnèrent à mort » pas un seul des accusateurs à commencer par le Grand-Prêtre n’était qualifié ni pour juger et encore moins pour condamner, mais là où l’Esprit de Vérité est absent le mensonge abonde et la justice humaine se perd dans une mascarade grimaçante qui déforme la réalité, il advient alors ce que saint Jacques écrit en 2, 9 « vous avez condamné, vous avez tué le Juste ».
« Remettre les fautes », saint Paul en Colossiens 2, 13 témoigne « vous étiez morts du fait de vos fautes...IL vous a fait revivre avec Lui, et Il nous a pardonné toutes nos fautes », et en Galates 6, 1 « frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, vous les spirituels, remettez-lui en esprit de douceur sa faute, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté », voilà comment Paul parle aux spirituels, comment alors des non spirituels pourraient-ils oser retenir les fautes de leur frère, eux qui connaissent et commettent aussi les mêmes fautes ? Saint Paul complète sa pensée en Galates 6, 3 « car si quelqu’un estime être quelque chose alors qu’il n’est rien, il se fait illusion ».
Saint Luc, 6, 35 « au contraire, aimez vos ennemis...votre récompense sera alors grande, et vous serez les fils du Très-haut, car Il est bon, Lui, pour les ingrats et les méchants », les saintes Béatitudes nous dévoilent le chemin de « l’ascèse bienheureuse » qui peut nous aider à « aimer nos ennemis » et faire de nous Dieu bénissant des « christs aimants, saints, humbles et sages ».
C’est Marie, la très sainte Mère du Seigneur qui nous montre comment devenir un bienheureux qui sera surtout un « bienfaisant » à l’image du Christ qui proclame « celui qui croit en Moi, fera les mêmes choses que Moi », que dit-elle ? « Faites ce qu’IL vous dira » et que nous dit le Seigneur Jésus, « tu aimeras le Seigneur ton Dieu...et ton prochain comme toi-même » et pour cela le Seigneur ajoute le sel spirituel indispensable en me disant « si tu veux prier ton Père...rentre en toi-même...ferme la porte...et la suite » rien de bon, de juste ou de vrai ne se fera selon Dieu sans notre prière personnelle adressée avec humilité au Père céleste, n’est-il pas écrit « demandez et vous recevrez », alors nous pourrons demander dans l’espérance la grâce d’aimer même nos ennemis.
Au Père qui pardonne et qui a remis le jugement au Fils qui nous aime et à l’Esprit Consolateur, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon

samedi 11 octobre 2025

La Cananéenne.

 


(Matthieu 5, 1 à 1)

AU NOM DU PÈRE, DU FILS ET DU SAIN ESPRIT, AMEN.

 

  

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à travers l’exemple d’une femme païenne à ne pas nous laisser dépouiller de l’héritage spirituel et matériel que Dieu créateur a déposé dans l’être dès l’origine du monde. De quoi s’agit-il ? D’une histoire d’amour et de souffrance qui unit une mère à sa fille possédée par un démon qui rend son existence invivable, mais ne tombons pas dans le piège inhumain d’un jugement du genre, si elle est possédée, elle doit bien y être pour quelque chose, ce sont des païens donc quoi d’étonnant si leur vie est remplie de ténèbres.

 

Dieu aurait-il créé les uns bons et d’autres mauvais ? Qui peut vouloir adorer un tel Dieu ? Que lisons-nous dans le livre de la Genèse 1, 27 « Dieu créa l’homme à son image, homme et  femme IL les créa » avec toute la sagesse, la beauté, la grâce et la liberté de devenir une personne divino-humaine accomplie par la pratique volontaire d’une ascèse spirituelle et religieuse, qui pour nous est la voie et la vie orthodoxe.

 

Cette femme Cananéenne qui est une païenne méprisée par les biens pensants dont le nom signifie en hébreu « pleine d’ardeur » est l’image même d’une mère qui aime son enfant et dont l’âme est toute bouleversée mais aussi remplie d’ardeur pour soulager la souffrance de son enfant, au point d’aller supplier le saint Rabbi Jésus de guérir sa fille, elle sait du fond de sa propre âme que ce Jésus peut la guérir.

 

Mais nous pouvons contempler aussi « notre âme » comme notre enfant spirituel intérieur qui se meurt de ne pas pouvoir accomplir sa vocation qui consiste à louer Dieu, parce que nous l’éteignons sous le poids de nos désirs et passions contraires à notre vocation orthodoxe. L’âme tout comme le corps ou l’esprit doit grandir avec la divine grâce dans l’Eglise et dans la vie concrète, et donc nous devons la nourrir avec la nourriture qui lui convient qui est la louange de Dieu et l’amour du prochain et pour cela célébrer la Divine Liturgie et prier aussi chez nous et partout où nous le pouvons.

 

Marie, Mère du Seigneur s’écrie dans l’allégresse intérieure « mon âme magnifie le Seigneur et mon esprit exulte de joie en Dieu mon Sauveur », si donc nous voulons savoir dans quel état est notre âme, il nous suffira de discerner si nous sommes dans un état de corruption par des désirs et pensées de ténèbres ou dans un état de vraie communion spirituelle avec la source divino-humaine de notre existence à l’image de Marie.

 

Ne cherchons pas à localiser l’âme en nous, c’est stérile et inutile mais voyons dans quel état nous sommes dans notre relation à nous-mêmes, à Dieu, à l’Eglise et à notre prochain, car là se trouve la clé de l’ascèse que nous devons mettre en œuvre pour guérir notre âme blessée par notre « cœur encore trop souvent endurci » qui nous empêche de trouver la communion avec Dieu en nous, cessons de penser que nous avons toujours raison car cela nous empêche de changer en profondeur. Veillons avec

amour sur notre âme que Dieu nous a confiée et qui est notre médiatrice en nous pour aller vers la vérité et la beauté divino-humaine qui nous habite.

 

Au Père créateur de l’âme, au Fils dont l’âme est louange perpétuelle envers son Père et à l’Esprit-Saint consolateur de notre âme, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon