(Matthieu 25, 31 – 46)
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samedi 14 février 2026
Le Jugement dernier
lundi 9 février 2026
Le Fils Prodigue.
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.
(Luc 15,11 à 32).
Aujourd’hui, l’Eglise nous montre le véritable sens spirituel de la paternité en Dieu et selon Dieu, l’Evangile nous fait vivre de l’intérieur ce que signifie « être père », de méditer sur la relation irréversible qui devrait unir un fils à son père, malgré toutes les épreuves existentielles qui menacent de la détruire.
Le fils prodigue se retrouve donc livré à lui-même, dans un pays lointain, étrange et étranger, il fait l’expérience de l’avidité du monde, de la rapacité des profiteurs, des mensonges de l’humaine condition, de l’individualité stérile, soumis à des prostituées qui dévorent bien vite son héritage. Le fils prodigue était le bienvenu tant qu’il avait de quoi inviter les uns et les autres à festoyer, mais les richesses dont il disposait étaient matérielles et limitées, il voit alors combien douloureuse et insupportable est devenue sa réalité quotidienne, au point de mettre son existence même en danger.
L’Evangile nous dit alors : « il rentra en lui-même », cette intériorisation va lui permettre de discerner, que lui qui voulait l’héritage pour aller faire sa vie, est entrain de s’effondrer dans un chaos qui menace de le tuer. Ce choc salutaire va lui donner la force de se retourner en esprit vers son père, de faire une conversion intérieure profonde, au cœur de laquelle il peut déjà à nouveau ressentir la présence intérieure de son père. Cette expérience du prodigue est une métaphore de la séparation de l’humanité avec Dieu son Créateur, qui ne cesse d’espérer le retour de l’humanité crée dans l’amour et la vérité. Le prodigue devenu voyant de l’état dans lequel il est tombé, peut se relever et commencer le long et difficile chemin du retour vers la Terre promise qui est bien sur le Royaume de Dieu, au-delà de tous les royaumes de ce monde. Dès qu’il décide de se mettre en route pour son salut, l’Esprit de toute grâce lui donne les véritables richesses qui sont spirituelles, qui seules peuvent le désaliéner et lui donner la certitude de réaliser l’œuvre de sa vie, devenir « dieu par grâce ».
Par vocation, l’homme est appelé à s’humaniser pleinement en se laissant engendrer par l’Eglise qui possède toute la sagesse divine comme un trésor pour transfigurer l’être en le nourrissant de la beauté, de la sainteté et de la sagesse divines. Cette vocation est inscrite en lettres de feu spirituel au cœur de l’homme, qui a été créé pour cette seule et unique parole de notre père parmi les saints Athanase : « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne dieu ». Que signifie devenir dieu ? Etre une personne créatrice qui par sa communion avec Dieu peut s’engendrer comme être vivant pleinement libre et ainsi être par grâce tout ce que Dieu est par nature.
L’Ecriture sainte connaît plusieurs prodigues, le premier dans l’humanité qui se présente à nous et qui était caché auprès du Père dans le Paradis, celui dont l’origine et la nôtre à travers lui remonte à l’aube de la Création divine, c’est Adam. Dieu l’avait prodigieusement enrichi, le désir de connaître d’Adam était insatiable, il voulait plus, il voulait tout… être dieu tout de suite, comme le lui murmurait Satan, l’ennemi du genre humain. Adam était un fils immature parce qu’il n’a pas eu la patience de mettre en œuvre la volonté divine. L’impatience du désir de posséder les biens célestes, sa volonté d’être dieu sans en avoir la maturité spirituelle, ont précipité sa chute. Cette attitude a provoqué l’expulsion du Paradis, mais pas l‘abandon de la providence divine, l‘incarnation prophétique du Fils Unique, sera la Voie sainte et sacrée du retour possible dans le Royaume de Dieu, auprès du Père céleste. Car le Fils Unique est aussi l’unique Sauveur, qui n’a pas dilapidé les richesses de Dieu notre Père, IL peut donc accomplir pleinement cette parole: « Père, je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donné ».
Voici donc Adam et Eve, chassés du paradis et devenus prodigues malgré eux en emportant les richesses paradisiaques semées dans le monde, et qui a travers leur descendance ont produits les religions, les civilisations et les cultures, œuvres utiles et premiers pas de l’humanité désorientée pour l’aider à « rentrer en soi-même »pour un possible retour vers son origine qui est le royaume de notre Père céleste. Le fils prodigue est devenu un fils dépravé non parce que l’héritage reçu de son père était mauvais, mais parce que confronté à la réalité perverse du monde déchu, il a succombé à ce que l’Ecriture appelle d’un terme générique, des « prostituées » et qui ne sont pas nécessairement des femmes, il s’agit des tentations et addictions aliénantes générées par les ténèbres mensongères du monde sans Dieu.
Cette parabole évangélique comme toujours, concerne chacun et chacune d’entre nous, mais la vie divino-humaine reste toujours possible, malgré notre éloignement de Dieu qui est la source véritable de notre vie. Les richesses spirituelles nous sont données non pour les prostituer dans l’agitation et la folie des modes et du monde, mais pour les faire fructifier en nous comme une nourriture qui nous fasse grandir en grâce et en beauté devant Dieu et parmi les hommes. Car comme le dit saint Irénée de Lyon, « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », et non l’homme, séparé de l’essentiel, défiguré par les faux prophètes, aliéné par l’hypocrisie dominatrice qui s’avance masquée dans les ténèbres des pensées.
Permettez-moi une petite digression, Dieu qui est infiniment humain, accepte avec joie et humilité d’être représenté à travers l’art, vous connaissez sans doute ce merveilleux tableau représentant le retour du « fils prodigue » peint par Rembrandt dans lequel tout est hospitalité, douceur infinie et cœur brûlant d’amour entre le père et le fils, fête extraordinaire et gloire des âmes et des corps qui s’étreignent sans aucune parole, deux regards éperdus qui se cherchent, deux « Personnes uniques » comme enlacées dans la tendresse au-delà des mots et des maux, le père et le fils, se nourrissant mutuellement d’amour.
Permettez-moi un deuxième témoignage, tout à fait en phase avec l’expérience du prodigue, vous savez que le peintre van Gogh qui a côtoyé les abîmes de l’exil intérieur et qui en est mort, en regardant le tableau peint par Rembrandt et qui est connu comme « la Fiancée Juive » s’est écrié, pour peindre comme cela il faut être « mort » plusieurs fois. C’est exactement l’expérience du fils prodigue qui ne cesse de mourir à lui-même ou plutôt à ce qu’il n’est pas et à ce qu’il n’a pas, car en vérité dans son exil, il a peu à peu découvert qui il est vraiment. Si deux êtres aussi différents que Rembrandt et Van Gogh s’unissent et magnifient ainsi la beauté créatrice, alors l’art peut devenir une icône prophétique de cette beauté dont Dostoievski nous dit « qu’elle sauvera le monde ». Ainsi l’art puisé au fond du cœur a une puissance vivifiante, nous dit que l’homme est plus que l’art, et ce désir d’engendrer la beauté absolue, est pour nous croyants possible, dans l’Eglise comme atelier spirituel de la vie et de l’être, par la contemplation du modèle unique et absolu, la source éternelle de la beauté incarnée, le Christ-Dieu. IL est le vrai « Prodigue », Celui qui seul n’a rien gardé pour lui, sa manière à Lui de dilapider l’héritage du Père Céleste, c’est de se donner tout entier à nous les « enfants prodigues », pouvait-Il nous donner plus que sa propre vie ?
Voici maintenant le « Fils Prodigue » dans toute sa splendide humilité divino-humaine et certes nos cœurs se serrent, car par l’intelligence du cœur qui est le signe du véritable discernement spirituel, nous comprenons qu’il s’agit de notre très saint Jésus, le Christ. Nous qui sommes invités comme le dit saint Paul dans l’épître qui accompagne l’Evangile du prodigue, à glorifier Dieu dans notre corps-temple du Saint Esprit, soyons prodigues et non avares, donnons-nous autant que possible à Dieu, à l’homme, à l’Eglise. Connaissons-nous quelqu’un d’autre que le Seigneur qui ait glorifié dans son Corps le Père de manière absolue, et ne sommes–nous pas glorifiés par le Père à chaque fois que nous festoyons à Sa table mystique en recevant le Corps et le Sang du Seigneur? Là est le mystère de l’amour créateur accessible au « croyant humble de cœur et à tout homme et à toute femme de bonne volonté », qui se propose à la liberté humaine.
Nous savons bien que le festin royal proposé par ce père au fils prodigue repenti et revenu à la vie, est l’icône qui préfigure la Sainte Cène, à laquelle l’Esprit de Dieu nous invite comme aujourd’hui à participer, afin d’y réjouir nos âmes et nos corps et remplir l’Eglise d’allégresse et de joie spirituelles en chantant et en louant sans fin, ici et partout la Divine Trinité. Comment espérer que l’humanité-prodigue puisse guérir de ses héritages pathologiques qui ne cessent de la défigurer, de la séparer de Dieu en mettant à mal sa vie et son être, si nous ne pouvons lui donner le remède souverain que propose l’Eglise et qui est la Fête des fêtes où tout « prodigue » est le bienvenu, où il est nourri par l’Amour du Père et la communion avec le frère autour de la table mystique où trône la Divine Trinité.
Au Père du Fils prodigue, au Fils prodigue donné pour nous et à l’Esprit prodigue qui nous donne les richesses du Royaume et les fait fructifier avec nous, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon
dimanche 1 février 2026
Le Pharisien et le Publicain.
(Luc, 18, 10 à 14)
Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.
Aujourd’hui, l’Église nous invite à méditer sur la manière de prier Dieu, et nous montre deux hommes qui sont montés au Temple de Jérusalem pour prier, l’un est pharisien et l’autre publicain.
Pharisien signifie « celui qui est séparé » du milieu du peuple pour accomplir la volonté divine qui consiste à être au service dans la Synagogue de ce même peuple, mais ici, ce pharisien n’est tourné que vers lui-même dans une autosatisfaction stérile aggravée par le fait qu’il juge le publicain. C’est Isaïe le prophète qui en 59, 2 nous enseigne la véritable séparation que tout croyant pieux doit établir pour être justifié, que dit-il ? « Mais ce sont vos péchés qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu. Vos péchés ont fait qu’il vous cache sa Face et refuse de vous entendre ».
Ce que Isaïe dit, le Seigneur le confirme et le résume de manière simple et parfaite par cette parole « car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s‘abaisse sera élevé », abaissé ne signifie pas se rabaisser et se traiter comme un moins que rien, la parole du Seigneur est ici à entendre comme un conseil spirituel d’importance, à savoir que le socle de la prière doit être enraciné dans l’humilité sans laquelle nul ne verra le Seigneur, n’est-il pas écrit « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », or acquérir un cœur pur reste inaccessible à tout « pharisien » qui ne cherche pas d’abord à se séparer et à se purifier de ses péchés et de ses passions négatives.
Si donc, je veux entendre le Seigneur « me » dire que je suis justifié, il me faut cultiver encore et encore avec persévérance l’ascèse de la purification de mes péchés et de mes passions contraires à l’esprit de la prière véritable. Mais tout comme c’est un péché de juger et pire de condamner l’autre, il n’est pas plus judicieux de me condamner moi-même à partir de ce que je « crois « connaitre de moi, la clé de ce discernement personnel indispensable concernant mon chaos intérieur, c’est justement le publicain qui nous en donne la direction propice, que fait-il ? Il se tourne vers Dieu dans la synagogue pour se confesser dans l’humilité de son âme meurtrie par le péché, imitons-le et confessons nos péchés au Seigneur dans l’Église à travers le prêtre.
La confession est donc ce qui peut par la grâce divine nous révéler à nous-mêmes et nous permettre de nous connaître sans désespérer de notre condition pécheresse car Dieu est Amour et ne « veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et vive pleinement ». Si tout « publicain » repentant peut être justifié par le Christ, il n’est pas sauvé pour autant, d’ailleurs l’Écriture ne dit pas que le publicain a reconnu Jésus comme le Messie prophétisé à Israël, à lui de se mettre à l’écoute de la parole de la Torah et de pratiquer la conversion intérieure en vue de reconnaître le Rabbi Jésus par la mise en œuvre de l’ascèse prônée par le Christ.
Le pharisien tourné vers Dieu lui dit : « Je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain, etc.. », il est persuadé que le seul fait d’être pharisien et d’accomplir les commandements de la loi mosaïque suffit à être selon le cœur de Dieu et pourquoi donc devrait-il faire encore d’autres efforts. Mais un pharisien est censé connaître tout ce qui est enseigné par cette même Torah mosaïque et en particulier ce que dit le saint prophète Isaïe nommé au début de cette petite homélie et qui souligne les raisons de la vraie séparation de l’homme avec Dieu et en vérité même avec la Synagogue.
Dieu lui-même à travers le prophète Isaïe en 45, 22 enseigne non seulement au peuple Juif mais à tous les hommes et femmes de bonne volonté qu’il ne suffit pas d’être justifié mais qu’il faut dit le Seigneur vous « tourner vers Moi et vous serez sauvés », c’est donc pour notre « salut » que nous sommes appelés à croire en Jésus, à le prier et à nous repentir, c’est le sens spirituel de la sainte prière liturgique et aussi personnelle.
Saul/Paul est le témoignage d’une véritable conversion spirituelle bien qu’il ait persécuté les chrétiens de son époque considérés comme une « nouvelle secte », Saul était un pharisien et rabbin parfaitement instruit et élevé dans la « loi mosaïque », il était le disciple du fameux rabbin Gamaliel dont nous parle les Actes des Apôtres et qui eût cette parole inspirée dans les Actes 5, 18/19 « ...ne vous occupez pas de ces gens-là, car si leur parole ou leur œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même...mais si elle est réellement de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire...alors ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu », mais hélas Gamaliel n’aura pas su lui-même discerner que cette œuvre était vraiment divino-humaine et son adhésion à cette doctrine apostolique lui est restée fermée.
Pour les zélotes de la « Loi religieuse », le publicain était vu comme un petit juif subalterne qui exerçait la profession honnie de « collecteur d’impôts » et en plus au profit de « païens » vus comme étant des polythéistes incompatibles avec le pur monothéisme judaïque, cette relation interdite entre un juif publicain et le monde païen était un scandale inadmissible pour un pharisien.
Pourtant, dans l’Évangile en Luc 19, 1 à 9 nous rencontrons Zachée qui était un chef des publicains respecté par tous les collecteurs d’impôts, quel paradoxe lorsque nous lisons que Zachée signifie « pur, juste » et c’est à lui que Jésus s’adresse « arrivé là, Jésus leva les yeux et lui dit : Zachée descend vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi ... Zachée descendit vite et reçu Jésus avec joie...ce que voyant, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur » », nous ne pouvons ici dans l’espace d’une homélie commenter plus avant cette péricope évangélique, nous encourageons pourtant ceux que le souhaitent à invoquer l’Esprit Saint pour approfondir dans la prière et la méditation cette relation du pharisien et du publicain que nous sommes nous-mêmes plus ou moins, relation riche d’enseignement pour notre vie spirituelle.
Nous ne sommes pas des disciples de la lettre ou de l’esprit car l’une sans l’autre engendre une forme caricaturale de la réalité, nous sommes disciples du Verbe et de l’Esprit dont l’union donne une réalité créatrice à notre existence et l’espérance que Dieu bénissant nous avancions avec Lui vers l’état saint et spirituel de « christ, aimant, saint, humble et sage ».
Au Père de notre Sauveur, au Fils qui nous sauve et à l’Esprit de salut soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.
+ Syméon