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dimanche 27 octobre 2024

Prière de Jésus et saints Pères.

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(Jean 17, 1 à 13)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous fait entendre la prière que le Christ adresse à son Père pour nous, afin de contempler ce que le Seigneur est en esprit et en vérité, et ce que nous sommes appelés à devenir au sein de ce monde où nous habitons et qui pourtant, en vérité nous est étranger. Les saints Pères que nous célébrons et vénérons aujourd’hui, sont les témoins lumineux, aimant et véridiques de la parole du Seigneur adressée à son Père et notre Père.

 

Jésus levant les yeux vers le ciel dit « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils afin que ton Fils  te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donné ». Que signifie, levant les yeux au ciel, il dit ? Cela signifie que Jésus entre en lui-même et s’élève dans son esprit et là, il contemple en plénitude d’amour, son Père et notre Père. Le Père qui avait envoyé son Fils Unique dans le monde ignorait-il tout ce que ce même Fils a réalisé en totale obéissance et cela jusqu’à la mort ignominieuse sur la Croix ? Alors, pourquoi notre Seigneur retrace t-il ce qu’il a accompli pour sauver l’humanité ? La réponse est donnée dans le verset qui suit et qui est « or, la vie éternelle est qu’ils Te connaissent, toi, le seul véritable Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ ».

 

La prière splendide que le Christ offre à Dieu notre Père, est en vérité offerte pour nous, afin que nous puissions nous aussi à la suite des Pères vénérables, accueillir la vie éternelle qui est la connaissance du Père céleste. En quoi consiste la vie éternelle ? Connaître Dieu notre Père ! Comment ? En croyant à cette parole du Christ « que nul ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et ceux à qui le Fils veut bien le révéler ». Dans quel but le Christ prie-t-il ainsi ? Pour que nous ayons en nous « la joie parfaite », cette joie doit en nous s’unir à la « vérité parfaite » qui est le Don du Saint Esprit, pourquoi, afin que se réalise cette promesse du Seigneur « Je vous enverrais l’Esprit de vérité et la vérité vous rendra libre ».

 

Le Seigneur dit « J’ai manifesté ton Nom aux hommes, que tu as tirés du monde pour me les donner…et ils ont gardés ta parole… ils ont cru que tu m’as envoyé…c’est pour eux que je prie »,

quel est donc le « Nom » que le Christ a manifesté aux hommes ? C’est celui de « Père » c’est à dire, celui qui nous engendre sans cesse spirituellement à « la vie, au mouvement et à l’être » par Jésus-Christ dans l’Esprit Saint. Et où s’accomplit cette œuvre divino-humaine, si ce n’est dans l’Eglise, splendeur et lumière au cœur du monde et icône du royaume de Dieu. C’est bien dans l’Eglise que le Père invite « ceux qui ont cru à son Fils unique », et c’est dans l’Eglise que seront désormais gardés ceux qui resteront fidèles au Seigneur, selon cette parole « Père saint, garde-les dans ton Nom que te m’as donné », pourquoi ? « pour qu’ils soient un comme nous ».

 

Mais comment pouvons-nous comme le Christ, glorifier le Père ? En méditant cette autre parole du Christ adressée à Philippe « celui qui m’a vu a vu le Père », c’est pourquoi nous pouvons confesser le Christ comme le Fils unique de Dieu et témoigner par nos œuvres religieuses et spirituelles, que nous avons accueilli la Bonne Nouvelle évangélique. Quoi de commun entre les ténèbres et la Lumière divine, quoi de commun entre le monde des sans Dieu et le Royaume de Dieu, quoi de commun entre l’Eglise « Corps et Tête du Christ » et les petites constructions chaotiques et insensées sorties de la pensée délirante de quelques individus qui croient être ceux qui gouvernent le monde.

 

Pourquoi, le Seigneur demande t-il au « Père Saint de garder ceux que le Père lui a donné afin qu’ils soient Un comme nous » ?  Parce que le Père ne se détourne pas de ceux qu’il a béni dans son Fils unique, parce que le Père dit ailleurs à ceux qui auront cru en Lui par son Fils, « même si ton père ou ta mère t’abandonnent, moi ton Père céleste, je ne t’abandonnerais jamais ».

Le Seigneur nous montre que nous devons commencer notre prière adressée à son Père et à notre Père en levant nos yeux vers le ciel à travers notre esprit et dire en toute simplicité et confiance « Notre Père, glorifie-nous de la gloire de ton Fils unique en faisant de nous et avec nous par grâce un christ aimant, saint, humble et sage ». Le Seigneur dit « Père glorifie-moi…J’ai manifesté ton Nom aux hommes que tu as tirés du monde pour me les donner » et ailleurs « car nul ne peut venir à moi, si le Père ne l’appelle », est-ce à dire que tous ne sont pas appelés ? Bien sûr que si, « mais beaucoup d’appelés et peu d’élus ». Les élus sont donc tous ceux qui ont « reconnu que tout ce que Tu m’as donné vient de Toi…que mes paroles viennent de Toi…ils les ont accueillies et ont cru que je suis sorti de Toi et que Tu m’as envoyé ».

 

Le Christ poursuit « et maintenant Père, glorifie-moi auprès de Toi, de la gloire que j’avais auprès de Toi, avant que le monde fût crée ». Que signifie glorifie-moi auprès de Toi ? Le Fils aurait-il perdu la gloire qui est la sienne comme Dieu par son Incarnation ? Bien sûr que non, mais voilà l’admirable, voilà la splendeur qui nous révèle qu’en vérité, Jésus demande cette gloire pour l’homme incarné qu’il est, et comme la nature humaine nous est consubstantielle et une, il demande cette même gloire pour l’humanité rachetée et sauvée en Lui. Sinon, comment cette même nature humaine pourrait-elle dans l’homme siéger dans le Royaume de Dieu en présence du Dieu Vivant ? Cette présence de l’homme dans le Royaume est le signe spirituel, la preuve absolue et le fruit de l’amour divino-humain de la parole du Seigneur « tout est accompli ».

 

L’Eglise est le lieu divino-humain où se réunit l’assemblée de ceux qui ont cru et accueilli les paroles du Christ, ces paroles ne sont pas justes des mots, elles portent en elles la puissance créatrice du Verbe éternel, et cette puissance est ce qui peut restaurer tout homme et toute femme de bonne volonté dans la « beauté lumineuse des enfants de Dieu ».

 

Le Seigneur dit encore « J’ai veillé et aucun d’eux ne s’est perdu, sauf le fils de perdition », cette veille est confiée maintenant à l’Eglise qui a pour vocation de ne perdre aucun de ceux qui viennent y demander au Nom de Dieu, « le salut et la vie éternelle ». Ainsi, tout comme le Christ avait confié sa Mère à son disciple Jean et demandé à ce même disciple qu’il habite chez elle, voici qu’IL nous confie notre Mère l’Eglise et qu’IL nous demande d’habiter chez elle, comme des fils et des filles élus afin que nous y apprenions à glorifier la Divine Trinité.

 

Maintenant, « Je viens vers Toi dit le Christ à son Père » mais ailleurs le Seigneur dit aussi « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », comment donc retourne-t’IL vers son Père et notre Père tout en restant avec nous jusqu’à la fin du monde ? C’est le mystère et la grâce religieuse de l’Ascension, le Seigneur ne s’élève t’IL pas avec notre nature humaine rachetée, sauvée et déifiée, cette union divino-humaine est indissoluble, alors comment ne serait-IL pas toujours avec nous. C’est pourquoi, chaque croyant doit à l’image du Seigneur veiller sur lui-même, afin de ne pas se perdre, nous pouvons nous perdre si nous oublions que nous sommes le « temple de l’Esprit Saint », nous pouvons nous perdre si nous oublions que nous sommes des êtres liturgiques, nous pouvons nous perdre si nous oublions que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

 

Cette prière débordante de beauté, de sagesse et d’amour que Jésus adresse à notre Père Céleste, est en vérité grâce sur grâce en faveur de l’humanité, afin que s’accomplissent les noces spirituelles dans la Cana céleste autour du banquet divino-humain, pacifique et joyeux sur l’Autel d’en-haut. La célébration de cette très Sainte Cène liturgique trouvera son vrai couronnement dans la prière des cœurs purs « Abba Père » !

 

Saint Léon le Grand nous enseigne que « La nature humaine recevrait une dignité supérieure à celle de toutes les créatures célestes, elle allait dépasser les chœurs des anges et monter plus haut que les archanges, les êtres les plus sublimes ne peuvent mesurer son degré d’élévation, car la nature humaine allait être admise à trôner auprès du Père éternel et être associée à sa gloire, puisque la nature divine lui était unie dans la personne du Fils unique ».

 

Je suis donc invité à veiller sur moi par la grâce reçue dans l’Eglise, en me nourrissant de la vie et de la voie de la spiritualité orthodoxes, pourquoi ? Pour glorifier notre Père céleste et ainsi devenir une icône véridique de notre unique modèle « Notre Seigneur Jésus-Christ, par l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint Esprit, amen ».

 

Que le Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, soit glorifié, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

 

samedi 19 octobre 2024

La Cananéenne.

 

(Mat. 15, 21 à 28)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à travers l’exemple d’une femme païenne à ne pas nous laisser dépouiller de l’héritage spirituel et matériel que Dieu créateur a déposé dans l’être dès l’origine du monde. De quoi s’agit-il ? D’une histoire d’amour et de souffrance qui unit une mère à sa fille possédée par un démon qui rend son existence invivable, mais ne tombons pas dans le piège inhumain d’un jugement du genre, si elle est possédée, elle doit bien y être pour quelque chose, ce sont des païens donc quoi d’étonnant si leur vie est remplie de ténèbres.

 

Dieu aurait-il crée les uns bons et d’autres mauvais ? Qui peut vouloir adorer un tel Dieu ? Que lisons-nous dans le livre de la Genèse 1, 27 « Dieu créa l’homme à son image, homme et  femme IL

les créa » avec toute la sagesse, la beauté, la grâce et la liberté de devenir une personne divino-humaine accomplie par la pratique volontaire d’une ascèse spirituelle et religieuse, qui pour nous est la voie et la vie orthodoxe.  

 

Cette femme cananéenne créée à l’image divine, est appelée à devenir ressemblante à cette image originelle, elle porte en elle la grâce qui habite et accompagne toute l’humanité et qui la conduit aujourd’hui vers Jésus, qu’elle appelle « Seigneur et Fils de David », ces deux Noms désignent dans la théologie hébraïque, le « Messie » c’est à dire l’envoyé de Dieu prophétisé et qui a pour seule et unique vocation le salut de l’homme, car dit encore le Seigneur « Je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour le sauver ». 

 

Voici donc, cette femme qui interpelle Jésus le Messie et lui dit « aie pitié de moi, Seigneur Fils de David, ma fille est fort malmenée par un démon », mais Jésus ne lui répond pas un mot, au point que ses disciples le priaient « fais lui grâce, car elle nous poursuit de ses cris », cette femme et mère crie vers le Seigneur par amour et compassion envers sa fille, elle n’est pas préoccupée de son confort personnel, non, elle vit le drame qu’éprouve son enfant, elle ressent la souffrance de sa fille, là où les disciples impatients demandent au Christ d’intervenir pour que cette femme cesse de les harceler par ses cris.

 

Jésus répond « Je n’ai été envoyé que vers les brebis perdues de la maison d’Israël », mais la femme prosternée devant lui insiste « Seigneur, viens à mon secours », elle vit dans son âme l’épreuve de la possession et de la souffrance de sa fille avec la même acuité que son enfant, Jésus lui répond à nouveau et dit « il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens », si nous ne voyons comme les disciples que les seules apparences de ce drame, la parole de Jésus nous apparaitra non seulement incompréhensible mais d’une grande dureté de cœur. Notre discernement partiel et partial ne peut sonder la profondeur de l’enjeu de la relation de Dieu et de cette femme, le Seigneur seul connait l’abîme du cœur de cette femme, il sait en esprit et en vérité que par son attitude d’apparente indifférence, il va renforcer le désir de cette mère d’être exaucée.

 

Alors, cette femme répond au Seigneur Jésus « oui, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres », et Jésus l’ayant amenée à exprimer sa pensée lui répond en retour « O femme, grande est ta foi, qu’il t’advienne maintenant selon ton désir et dès ce moment sa fille fût guérie ». La guérison que le Seigneur Jésus veut donner à celui ou celle qui la lui demande, n’est pas le fruit d’un acte magique, le don de la guérison demande d’être incarné par la personne en souffrance et cela suppose un dialogue vrai qui tient compte de l’état réel de la personne éprouvée.

 

Peut-être quelques uns penseront, pourquoi toute cette mise en scène, le Christ ne pouvait-il pas guérir cette fille, juste en lui disant, Je le veux soit guérie ? Bien sûr, qu’il le pouvait même sans lui prêter la moindre attention ! Mais le Seigneur privilégie toujours la rencontre personnelle et si possible un dialogue qui permet de faire émerger la pensée, l’espérance et le désir profond de la personne humaine.

 

Ce qui caractérise cette femme païenne, c’est l’amour et la compassion qu’elle ressent pour sa fille possédée et l’humilité audacieuse mais pleine de confiance envers celui qu’elle appelle « Seigneur et Fils de David », ce drame qui éprouve notre humanité et aussi le beau témoignage qui montre que le miracle peut faire irruption dans notre humaine condition, le miracle n’est pas un droit que Dieu me devrait, mais une œuvre spirituelle qui unit Dieu et l’être humain.

 

L’Evangile de ce jour montre que pour que la grâce vivifiante puisse s’incarner dans notre humble quotidien, elle demande notre participation qui ne consiste pas à vouloir réaliser des exploits ascétiques, mais à apprendre à mettre en œuvre de manière concrète ici et maintenant, la volonté divine qui nous est proposée dans l’Eglise et par l’Ecriture sainte.

 

C’est pourquoi, le Psalmiste nous met en garde contre les faux dieux qui rôdent comme des voleurs d’âme à la recherche d’une proie naïve et qui sont « des idoles faites d’argent et d’or, œuvres de la main des hommes, idoles qui ont des bouches et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas », menteurs sans scrupules et idoles déconnectées de toute expérience divino-humaine, de toute référence à Dieu, loups ravisseurs déguisés en moutons passés maitres pour envoûter les cœurs brisés.

 

Voici donc, cette païenne méprisée par certaines castes de prêtres hypocrites qui se voient volontiers comme des modèles à suivre, réprimandée en plus par les disciples du Christ sous prétexte qu’elle leur casse les oreilles, mais malgré toute cette antipathie agressive cette femme reste debout dans l’espérance, car elle sait par une certitude intérieure qu’elle sera finalement accueillie, écoutée et exaucée par celui que l’Eglise confesse comme le véritable et unique Grand-Prêtre, à savoir notre saint médecin des âmes et des corps, le Christ, elle a ressenti au fond de son être que ce Jésus pouvait et voulait sauver sa fille malade.

 

Jésus par l’image des petits chiens ne méprise pas cette femme ni aucun être, il désire éveiller celui ou celle qui le souhaite à l’existence d’une nourriture bien plus essentielle que des simples miettes, il se donne comme la véritable nourriture qui seule peut donner la vie éternelle. L’Eglise est le lieu où Dieu invite l’homme à sa table mystique afin de le nourrir à travers la sainte Cène par le Corps et le Sang du Seigneur et Sauveur et le préparer ainsi à accueillir dans le Royaume à venir son Dieu selon cette parole, alors « Dieu sera tout en tous ».

 

L’Eglise a vocation d’être à l’image de cette cananéenne, la voix qui prie et crie vers Dieu de libérer l’humanité de toutes les possessions qui oppriment l’homme et l’empêchent d’aller librement vers Dieu son Créateur. Dieu à travers l’épreuve de cette femme et de sa fille, nous invite à venir le rencontrer quelque soit notre situation individuelle, Dieu regarde notre cœur et notre désir et nous propose d’avancer dans la vie avec Lui. En Jean 14, 1, Jésus nous dit « que votre cœur ne se trouble pas » et en Jean 16, 22 « Je vous reverrai et votre cœur se réjouira », avec moi vous pouvez être plus grand que vos épreuves existentielles, car par ma grâce votre cœur ne sera jamais dans sa profondeur spirituelle soumis à une quelconque fatalité.

 

Au Père de l’humanité, au Fils devenu homme parmi nous et à l’Esprit-Saint qui nous humanise en esprit et en vérité, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

samedi 12 octobre 2024

La parabole des Talents.

 

(Math. 25, 14 à 31)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à méditer sur la parabole des talents, je nous propose de relever les versets 29 à 30 qui nous disent « car à tout homme qui a, on donnera encore plus et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il croyait avoir. Quant au serviteur inutile, jetez-le dehors dans les ténèbres, là seront les pleurs et les grincements de dents ».

 

Quel est donc l’homme qui est et qui a, à qui ressemble t’il ? Il commence à ressembler à une personne sainte, qui cultive le désir de devenir ressemblant à l’image de Dieu en lui. L’homme qui a, croit qu’il possède réellement par création divine et dès l’origine, comme l’enseigne le livre de la Genèse « l’image et la ressemblance à Dieu ». Et cette réalité spirituelle est ce que saint Paul souligne en disant : « vous avez reçu la vie, le mouvement et l’être », pour acquérir avec la grâce divine les véritables talents qui sont spirituels. Mais ce don divin n’a t-il pas été donné à l’humanité entière ? Bien sûr que si, pourquoi alors certains sont-ils ainsi désignés comme ceux à qui « on enlèvera ce qu’ils croyaient avoir et donc n’auront plus rien » ?  

 

Essayons de méditer un peu sur le « don de la vie » à partir de l’enseignement de l’Ecriture Sainte, de nombreux versets parlent de la vie pour l’homme selon Dieu, chacun pourra trouver par sa propre recherche dans l’Ecriture de quoi être éclairé concernant le « don de la vie ». Pour devenir vivant, il est bon de commencer par se tourner vers « Celui qui est Vivant  et Source de la Vie » et qui déclare « Je Suis la Résurrection et la Vie ».

 

Dieu nous a confié un merveilleux talent qui contient tous les autres, et ce talent, c’est l’homme lui-même crée à l’image et à la ressemblance de Dieu, c’est pourquoi le Seigneur dit « celui qui croit en moi, fera les mêmes choses que moi et même de plus grandes ». Et pour que ce talent puisse trouver tout ce dont il a besoin pour se réaliser et ainsi rendre gloire à Dieu, la providence divine nous a donné l’Eglise.

 

Les talents dont parle l’Évangile sont un don divin, nous comprenons qu’ils ne sont utiles et ne portent des fruits que dans la mesure où ils sont mis en œuvre au nom du Seigneur et au service de la vie spirituelle de l’homme. Les talents sont les outils divino-humains avec lesquels, nous apprenons peu à peu à nous humaniser pour aller vers notre transfiguration, dans l’espérance de notre déification à venir. Les talents peuvent nous aider à expérimenter la grâce divine, si nous cultivons la vie orthodoxe dans l’Eglise du Christ icône du Royaume, par la médiation de la prière personnelle et liturgique.

 

Dieu nous a donné les talents que sont la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat et le goût, pour les faire fructifier dans le temps et l’espace existentiels de ce monde comme une préparation sainte et sacrée pour le monde à venir et l’infini du Royaume de Dieu. Alors comment ferons-nous fructifier chacun de nos sens ? Les talents nous sont donnés comme une voie spirituelle qui doit avec la bénédiction divine, nous accompagner pour que nous devenions peu à peu, déjà dans ce monde, des « christs aimants, saints, humbles et sages ».

 

Comment à partir de nos sens psychosomatiques, allons-nous les enrichir et les convertir en sens spirituels, afin que nous devenions des êtres accomplis dans la mise en pratique de l’enseignement évangélique ? Deux ou trois outils seront nécessaires pour œuvrer à édifier l’être spirituel et nos guides seront d’abord l’Esprit-Saint au cœur de l’Eglise et de notre vie, avec la méditation de l’Ecriture sainte à travers la prière personnelle, liturgique et le silence. 

Voici donc le talent de la vue, dans les « Béatitudes », nous lisons « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu », la vision de Dieu ne dépend pas de la vue physique, mais du cœur pur, ce qui est vrai de la vue ne le serait-il pas également de tous les autres sens ? La vue biologique doit nous permettre de discerner la réalité du monde physique afin d’y accomplir notre tache d’homme, mais surtout pour nous les croyants, la volonté divine. Pour l’aveugle qui suite à la demande de Jésus, que veux-tu que je fasse pour toi, lui répond « que je recouvre la vue », qui parmi nous peut penser, que Jésus ne lui rend la vue que pour voir le monde matériel ? C’est pourquoi le Seigneur dit aussi ailleurs « celui qui m’a vu a vu le Père », le talent de la vue trouve donc sa plénitude dans la contemplation du visible et de l’invisible, du monde et du royaume, du Père à travers le Fils unique par la grâce agissante de l’Esprit-Saint.

 

A « celui qui a, il sera donné encore plus, mais a celui qui n’a pas, il sera enlevé même ce qu’il croyait avoir », celui qui a, c’est celui qui croit en Dieu et qui croit que Dieu veut pour lui le meilleur, de quoi sera donc enrichi celui qui croit, il sera enrichi non seulement des promesses contenues dans les béatitudes, mais de la présence divine en lui pour la vie éternelle. Celui qui n’a pas, c’est celui qui reste indifférent à toute réalité religieuse, ce qui fait qu’il ne possède que des petits morceaux de ce monde dont saint Jean nous dit « n’aimez pas le monde ni ce qui vient de ce monde sans Dieu », et saint Paul confirme cet état de dépossession totale qui finira par ruiner celui qui n’a pas, en nous rappelant que « tout passera, sauf l’amour ». L’amour dont parle saint Paul étant Dieu lui-même, car Dieu seul ne passera jamais, Lui qui est éternel et immortel, ainsi l’homme qui cultive la vie orthodoxe recevra le « talent des talents », à savoir cultiver pour l’éternité sa communion avec le Dieu aimant et vivant.

 

Voici le talent de l’ouïe, qui pour trouver sa plénitude doit aboutir peu à peu, à réaliser ce qui nous est promis dans Hébreux « si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » et dans l’Apocalypse « si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte », mais où donc pouvons-nous entendre la voix divine ? N’est- ce pas dans l’Eglise, notre maison divino-humaine où résonne sans cesse et en communion la voix de Dieu et celle de l’homme. A quel moment, Dieu nous parle t’IL de manière directe à travers la célébration liturgique, n’est-ce pas à l’écoute du saint Evangile où Dieu nous parle face à face, et à quel moment frappe t’Il avec une divine douceur à la porte de notre cœur avant d’accepter notre invitation, n’est-ce pas au moment de la sainte communion à son Corps et à son Sang ? Qui peut penser, qu’il suffit de posséder les cinq sens fonctionnels, pour faire fructifier le talent de la vie divino-humaine en nous, alors que notre  Seigneur et Maitre nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire ».

 

 Ailleurs, le Seigneur dit en Mat. 13, 14, suite à la prophétie d’Isaïe « vous aurez beau entendre de vos oreilles, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas, l’esprit de ce peuple s’est épaissi, ils se sont bouchés les oreilles, ils ont fermés leurs yeux de peur que leurs yeux ne voient, de peur que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse », la conversion est donc absolument nécessaire pour que nous puissions faire fructifier nos talents selon la volonté divine.

 

Voici le talent du toucher ou être touché, comme nous pouvons le voir dans Actes, 2, 37 « d’entendre cela, ils eurent le cœur touché et ils dirent à Pierre et aux Apôtres : Frères, que devons-nous faire ? », ici le toucher intérieur comme la vision de Dieu concerne surtout « l’état du cœur », si donc la parole du Verbe créateur ne touche pas notre cœur, nous risquons d’être  incapables de cultiver notre esprit de manière créatrice et alors comment pourrons-nous espérer une véritable conversion intérieure.

 

 

Si nous nous contentons de cultiver les seuls talents sensoriels, nous faisons de nous un homme incomplet et il nous arrive ce que nous chantons dans le psaume 135 du Polyéléos des Matines du dimanche « les idoles des nations sont faites d’argent et d’or, ouvrages de la main des hommes, elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, elles ont des oreilles et n’entendent pas, il n’y a pas de souffle dans leur bouche, et ils leur ressemblent ceux qui les fabriquent et se confient en elles ».

 

Le psaume 135 indique à la suite ce que doit cultiver l’homme pour acquérir la plénitude d’être selon la grâce divine, en nous disant « maison d’Israël, bénissez le Seigneur, maison d’Aaron, bénissez le Seigneur, vous qui cherchez le Seigneur, bénissez le Seigneur », voici nommé le talent véritable, il consiste à « bénir le Seigneur et toutes ses œuvres », n’est ce pas ce que nous essayons d’accomplir dans la vigne du Seigneur, notre sainte Eglise orthodoxe.

 

La culture de nos talents donnera les fruits espérés par la grâce divine et la bonne ascèse de notre vie en Dieu, c’est dans l’Eglise que nous apprendrons à devenir des hommes et des femmes selon le cœur de notre Dieu, le terme d’ascèse ne doit pas nous effrayer, comment la célébration de la Divine Liturgie voulue par Dieu, pourrait-elle être considérée comme une épreuve insurmontable ? Certes, nous venons dans l’Eglise avec notre vécu individuel, certes nous sommes partie prenante de notre histoire personnelle, certes nous avons des états d’âmes multiples, mais comme nous le chantons au moment de l’hymne des Chérubins, nous pouvons « déposer maintenant tous les soucis de ce monde, pour accueillir le Roi de gloire, escorté par les chœurs des armées angéliques », voilà la bonne ascèse liturgique par laquelle, l’Esprit de toute consolation et bénédiction, fera de nous des êtres nourris de la bonne sève spirituelle de l’orthodoxie.

 

Dieu bénissant, nous parlerons une autre fois des talents précieux que représentent, l’âme, l’esprit, le cœur et le corps, qui pour se spiritualiser ont besoin d’une nourriture riche en grâce divine, par ex. les psaumes pour l’âme, la contemplation liturgique pour l’esprit, la prière pour le cœur et l’édification du corps comme temple de l’Esprit-Saint.

 

Si nous voulons avoir la certitude de recevoir les vrais talents pour nourrir et faire fructifier notre existence en Dieu, alors nous devons aller là où se trouve la source de toutes les grâces et bénédictions, là où Dieu vient lui-même nous rencontrer, c’est à-dire, dans la sainte Eglise du Seigneur, cultivons la vie liturgique comme notre bien spirituel le plus précieux dans ce monde, et par notre prière personnelle rendons gloire et grâce à notre Dieu.

 

Au Père, source des talents véritables, au Fils qui nous les transmet et à l’Esprit qui les fait fructifier avec nous, soit la gloire, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon