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dimanche 30 juin 2024

Fête de tous les saints

                                               Homélie du P. Boris Bobrinskoy
                               pour le Premier Dimanche après la Pentecôte 1980 
                                                           La Sainteté



Ce premier dimanche, après la Pentecôte, l’Église célèbre la
mémoire de tous les Saints, tous les Saints de l’Église, dans tous les
temps, dans tous les lieux ; de tous les saints connus ou inconnus,
glorifiés ou non glorifiés, de tous ceux « qui ont plu au Seigneur », comme il est dit dans
les prières, depuis le commencement des siècles. Mais cette grande communion des
Saints n’est pas une communion qui nous est étrangère, la communion des Saints, c’est
l’Église. Et si on voulait opérer une distinction, une division entre, d’une part, la
communion des Saints, et d’autre part, l’Église, l’Église sombrerait dans le péché, l’Église
sombrerait dans le mal. Si l’Église subsiste, si nous-mêmes nous avons une source, un
courant de vie qui passe en nous et qui nous aide constamment – pas seulement à nous
améliorer, mais à dépasser nos propres forces, à dépasser notre condition humaine –,
c’est parce qu’il y a ce courant de Sainteté, qui est avant tout le courant de la Vie Divine,
le souffle de l’Esprit Saint qui passe à travers les poumons, le coeur, la vie des hommes. Il
y a ainsi toute une humanité qui est en marche, en recherche, en quête, qui est en
souffrance de Dieu. Et cette souffrance, cette quête, cette marche, nous sommes tous
entraînés dedans, nous sommes tous solidaires les uns des autres, dans un salut unique.
Et nous sommes tellement solidaires que nous ne pouvons pas concevoir, nous ne
savons comment comprendre ce grand mystère qui est aussi le mystère du choix, de la
liberté de l’être humain, du fait que nous puissions, les uns ou les autres, dire « oui » ou
dire « non ». Et alors il y a comme un grand fossé, un grand précipice entre les uns et les
autres, comme le dit Abraham, dans la parabole du mauvais riche et de Lazare.
Je voudrais surtout insister aujourd’hui sur cette condition humaine, unique, globale,
totale. Si nous nous demandions en quoi consiste notre unité humaine, notre situation
commune, bien souvent nous dirions : c’est que nous sommes tous dans la souffrance,
dans le mal, dans le péché, nous sommes tous voués à la mort. Bien sûr, cela est vrai.
Nous sommes tous, comme il est dit dans les Écritures, « enfermés dans le péché ». Il y a
ainsi une servitude qui pèse sur nous, et qui nous empêche véritablement de nous
AU SERVICE DES ORTHODOXES DE LANGUE FRANÇAISE
FEUILLET DE ST SYMÉON
N°242 DIMANCHE DE TOUS LES SAINTS COMPLÉMENT 2024
élever, et de lever les yeux vers notre Patrie céleste. Mais il y a aussi une autre condition
humaine, qui est notre véritable condition, qui est celle de notre dépendance, de notre
appartenance à une patrie unique, qui est celle de nos véritables racines, pas seulement
terrestres, mais célestes, qui est celle de notre citoyenneté commune, non pas seulement
de la cité d’ici-bas, mais de la Cité future, de la Cité divine, du Royaume de Dieu, ce
Royaume de Dieu qui est déjà implanté en nous en racine, en germe, et qui ne désire que
se développer, comme la graine ne veut que se développer et devenir une plante, un
arbre qui donne des fleurs et des fruits, et qui ainsi protège ceux qui sont dedans. Ce
Royaume de Dieu, il veut grandir en nous, et nous sommes créés pour cela, pour être
dans ce Royaume, et pour que le Royaume soit en nous, pour être dans le Christ, et que
le Christ soit en nous, pour être dans l’Esprit Saint, et que l’Esprit Saint soit et vive en
nous en plénitude.
C’est ainsi notre marche depuis le premier instant de notre existence jusqu’à sa fin :
c’est une marche vers le Royaume, une marche vers la Sainteté, une marche vers la Vie et
la plénitude de Vie en Christ, dans l’Esprit Saint, dans la maison du père, c’est-à-dire que
nous sommes incorporés à la maison, au Royaume de la Divine Trinité. Et dans ce
chemin, les baptêmes dont nous avons été non seulement témoins, mais participants
aujourd’hui, ces baptêmes sont vraiment la porte qui s’ouvre vers la vie nouvelle, dans le
Royaume trinitaire, un Royaume trinitaire, qui n’est pas loin, qui n’est pas simplement
quelque part très haut dans le ciel, tellement haut que les astronautes eux-mêmes ne
peuvent pas le découvrir. Ce Royaume trinitaire, qui est à la fois incommensurablement
éloigné de toutes nos capacités humaines de connaissance et de parole, mais qui est en
même temps incommensurablement, intimement proche de nous, parce que ce
Royaume nous saisit, nous transforme, nous rend nous-mêmes concitoyens de la
divinité. Je voudrais dire dans cette prédication sur la sainteté – car il s’agit de cela – que
le but du baptême, ce n’est pas simplement comment mener « une vie chrétienne », ce
n’est pas s’organiser dans la vie en mettant, en donnant une toute petite place, un petit
coin de notre coeur à Dieu le dimanche matin, ou le soir ou le matin dans notre prière,
mais c’est vraiment s’ouvrir à ces fleuves d’eau vive, à ce courant fulgurant de Feu qui ne
veut qu’une seule chose, nous embraser, comme le dit Jésus dans l’Évangile de Luc au
chapitre 12 : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et je ne désire qu’une seule chose, c’est
que ce feu s’embrase », que la terre elle-même s’embrase, cette terre elle-même qui doit
s’embraser ; et toute la prière de Jésus tend vers cela : c’est la terre intérieure, la terre de
notre propre coeur qui doit devenir fertile et riche, qui doit être pour cela purifiée de
tout le mal qui est en elle.
Je voudrais aussi vous rappeler une prière qui a été lue ce matin au baptême et à
laquelle nous ne prêtons généralement pas beaucoup d’attention, et qui me semble très
importante : c’est la prière d’imposition du nom. Vous savez que nous recevons ce
rythme de l’imposition du nom, du judaïsme même. Et dans le judaïsme, quand un enfant
était né, on faisait toutes les cérémonies nécessaires et on lui imposait le nom. Et Jésus
lui-même s’est soumis à cette règle, à tous les rites de réception d’un enfant dans la
famille d’Israël, et il a reçu un nom. Ce que je tiens à vous dire, c’est que cette imposition
du nom n’est pas seulement, n’est plus seulement pour nous, une simple survivance du
judaïsme, par le fait même que Jésus a reçu Son Nom unique, devant qui, selon saint
Paul, « ploie les genoux, toute force au ciel, sur la terre et dans les enfers ». Le Nom de
Jésus, le Nom de Seigneur, le Kyrios des Évangiles et des Épîtres, ce nom nouveau, le
Nom de Jésus que nul ne peut prononcer sinon dans l’Esprit Saint, comme le dit Saint
Paul, ce Nom de Jésus qui a été révélé à Marie par l’Archange Gabriel à l’Annonciation,
qui a été révélé à Joseph dans son sommeil par l’Ange à Bethléem, ce Nom de Jésus, il est
donné et transmis par celui qui accomplit les rites de la Loi, les rites de l’incorporation
au peuple. Et Jésus reçut par une voix, par une parole humaine, ce Nom indivisible, le
Nom de Jésus, le Nom du Seigneur.
Par conséquent, lorsque nous donnons à nos enfants, aux petits, aux adultes, le nom
de baptême, ce n’est pas simplement le nom de Pierre, d’Éléonore ou de Marina, de
Jacques ou de Jean, que nous donnons, mais c’est surtout et essentiellement le Nom de
Jésus lui-même, qui est déposé, qui est inscrit dans le coeur en lettres indélébiles, et que
désormais plus rien ne peut et ne doit effacer. Ce Nom indélébile, Il est caché dans le
coeur de l’homme, mais il doit devenir peu à peu une écriture rayonnante, une écriture
lumineuse. Le Nom signifiant la présence, le Nom révélant le visage, c’est le Visage de
Jésus qui doit luire, qui doit rayonner, qui doit ainsi grandir et se superposer à notre
propre visage, jusqu’à ce qu’Il coïncide avec notre propre nom. Et cela signifie alors,
dans notre destinée humaine, que nous sommes à la fois appelés à nous effacer
totalement devant le Nom de Jésus qui occupe toute la place, devant la présence de Jésus
qui occupe tout notre être. Et en même temps, dans ce Nom de Jésus, dans sa présence et
dans son visage, c’est notre personnalité la plus profonde, la plus unique, la plus
particulière, la plus précieuse, qui s’affirme, qui se révèle, et qui trouve sa vérité pour
l’éternité.
Voilà donc le chemin de Sainteté : à la fois s’effacer devant le Nom de Jésus, devant sa
présence, pour que « ce ne soit plus moi qui vive, mais Lui qui vive en moi », comme le
dit Saint Paul. Et en même temps, nous savons que lorsque Jésus vit en nous, nous ne
sommes pas aliénés, dépersonnalisés, nous sommes pleinement en vérité, en joie et en
plénitude, nous sommes « nous-mêmes », non pas un moi clos, resserré sur lui-même et
égocentrique, mais un moi qui veut s’ouvrir à la communion et à l’amour avec tous les
hommes. Voilà le sens de cette prière, et c’est par elle que je voudrais terminer cette
prédication :
« Seigneur notre Dieu, nous te prions et nous te demandons que la lumière de ta face
brille sur tes servantes – Éléonore et Marina pour qui nous avons prié ce matin –, et que
la Croix de ton Fils unique soit imprimée dans leur coeur et dans leur pensée, afin
qu’elles fuient la vanité du monde et tout mauvais dessin de l’ennemi, et qu’elles soient
fidèles à tes préceptes. Accorde-leur, Seigneur, que ton Nom qui est Saint demeure sur
elles, sans être renié jamais, qu’au temps marqué, elles soient agrégées à ta Sainte Église,
qu’elles soient rendues parfaites par les redoutables mystères de ton Christ – le
baptême, la confirmation et l’Eucharistie, qui scellera la présence du Nom de Jésus dans
le coeur du nouveau baptisé – afin qu’après avoir vécu selon tes préceptes, et gardé
intact ton sceau, elles reçoivent la récompense de tes élus, en ton Royaume, par la grâce
et l’amour pour les hommes de ton Fils unique, avec lequel Tu es béni, ainsi que ton très
Saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et aux siècles des siècles.
Amen.

samedi 22 juin 2024

La Pentecôte

 

(Jean 7, 37 - 52 à 8, 12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

Aujourd’hui, le Saint Corps du Christ, c'est-à-dire, l’Eglise donne l’hospitalité à l’Esprit de Dieu, le Consolateur et le Donateur de toute Grâce spirituelle. L’Esprit de la Lumière éternelle qui au commencement planait au-dessus des eaux de la Création, vient et se pose sur l’humanité et couve de l’intérieur toute personne qui croit en Christ. L’Esprit de Dieu, sépare en nous la lumière de nos ténèbres, et cette séparation paradoxale nous rend semblable aux Personnes Divines. Aujourd’hui, la Divine Trinité dont nous célébrons aussi en ce jour la Gloire, est là avec nous et pour nous, afin de transformer l’Eglise du Christ en Royaume de Dieu, pour qu’en elle – l’Eglise–coule des fleuves d’eau vive, pour restaurer dans sa beauté divine l’humanité blessée et désorientée depuis la chute D’Adam et d’Eve.

 

Cette rencontre divino-humaine est si grande, sainte et sacrée, que le Christ la proclame à haute voix dans le Temple de Jérusalem où nous précise l’Ecriture sainte, c’était le jour de Fête le plus solennel, le Christ donc crie de toute son âme : « que celui qui a soif, vienne à moi et qu’il boive », alors « des fleuves d’eaux vive couleront de son sein », eh bien, ce Jour des jours, c’est pour nous, ici et maintenant la Pentecôte, la Descente du Saint-Esprit dans l’Eglise et dans chaque Fidèle qui croit en Christ. Cette eau vive, c’est la grâce divine qui depuis le Royaume de Dieu, par l’Esprit Saint descend jusqu’à l’humanité et l’habille de beauté, de lumière et de sagesse. Cette œuvre spirituelle réalisée par l’Esprit Saint ne se fait pas sans la participation volontaire de l’homme, nous devons cultiver par la prière personnelle et liturgique, notre désir de communion avec Dieu, avec l’Eglise et notre prochain.

 

Dans le Judaïsme, la Pentecôte est la Fête ou le peuple Juif commémore le don de la Torah, c’est à dire de la Bible, reçue par Moïse sur le mont Sinaï. Dans l’Eglise Orthodoxe, ce n’est pas seulement un Livre aussi saint et sacré soit-il, que nous recevons et fêtons, mais c’est le Donateur de l’Ecriture sainte lui-même. C’est Jésus le Seigneur et le Créateur qui se donne à chacun d’entre nous, non seulement pour le temps de notre vie en ce monde, mais surtout pour la vie éternelle à venir, si nous vivons de manière orthodoxe. Que signifie, vivre de manière orthodoxe ? Cela signifie, accueillir « l’Eglise comme une bien-aimée », et non comme un fardeau insupportable, car l’Eglise porte en elle l’amour, la joie et la paix divine, afin que la beauté divino-humaine, illumine peu à peu notre visage et notre existence.

 

Ce désir de vie en Dieu, engendre au cœur de celui ou celle qui veut vraiment devenir orthodoxe, une nostalgie profonde et indicible qui palpite au fond de son être. Mais voulons-nous vraiment de tout notre désir devenir orthodoxe ? Quelle terrible illusion ce serait de penser que nous le sommes déjà, sous prétexte que nous avons été baptisé dans l’Eglise orthodoxe. 

Nous sommes porteurs de la mémoire vivante de notre immersion première en Dieu, de ce doux parfum enivrant du paradis perdu, qui nourrit en nous cette quête d’absolu qui habite l’humanité et qui meut « l’amoureux de Dieu » sans cesse vers la recherche de Dieu en lui, dans l’Eglise et dans toute la Création. Pouvons-nous oublier un seul instant l’être aimé dans ce monde, alors comment oublier Dieu qui est l’Amour absolu et éternel.

 

Le monde ne peut comprendre qui est le Christ ni quelles est Sa Promesse, ce n’est que dans l’Eglise que cette réalité éternelle est révélée et donnée à vivre à quiconque croit en lui. Je ne peux accueillir Celui en qui je ne crois pas. Mais si je donne l’hospitalité intérieure à l’Esprit de Dieu, je deviens le témoin actif d’une nouvelle genèse spirituelle, qui est ma propre recréation en Dieu. Je deviens, peu à peu, comme le disent nos saints Pères en parlant de saint Jean Baptiste « un homme céleste et un ange terrestre », cette œuvre est réalisée en nous et avec nous par l’Esprit Saint. Si je donne mon corps à l’Esprit, Il en fait Son temple, si je lui donne mon âme, Il en fait Sa louange, si je lui donne mon esprit, Il en fait Sa contemplation, si je Lui donne mon cœur, Il y prie en gémissements ineffables, si je me « donne tout entier à Lui tout entier, Il fait de moi Son ami intime, et m’intronise au sein même de la Divine Trinité. »

 

Regardons maintenant avec une humble audace comment vivent les Personnes Divines et quelles sont leurs Œuvres. Dieu pardonne sans se lasser en la Personne du Père, créé éternellement dans la Personne du Fils, sanctifie et vivifie avec puissance dans la Personne de l’Esprit Saint, et pour qui Dieu accomplit-il tout cela ? Pour la personne humaine faite à Son Image et à Sa Ressemblance. Regardons et comprenons par l’intelligence du cœur, que Dieu qui est Père aime l’humanité, Son enfant  et qu’IL veut le sauver.

 

Dieu seul est digne de l’homme et l’homme seul est digne de Dieu, pourquoi ? Parce que « Dieu a crée l’homme à Son Image et à Sa Ressemblance », tel est l’enseignement spirituel en esprit et en vérité de notre merveilleuse Eglise orthodoxe. Que valent devant cette œuvre dont les Pères saints témoignent, à savoir que « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu », oui, que valent les ridicules et stériles agitations du monde des apparences qui exploite notre humanité, dans le miroir mensonger des richesses passagères qui défigure et caricature notre vraie beauté qui est d’origine divine.

 

C’est pourquoi, l’adultère au sens spirituel, signifie confondre des idoles inertes et stériles, avec le Dieu vivant et créateur. Pour se désaliéner de l’idolâtrie morbide et mortifère, et convertir les masques du péché qui défigurent l’humanité, en lumière créatrice de notre véritable visage, il faut rechercher l’union avec l’Esprit Saint. L’Esprit de Dieu, qui seul peut nous garder en toute œuvre bonne, maintenant et pour toujours, tout en respectant pleinement notre liberté humaine. Dieu n’est pas un dictateur qui s’impose ou impose une loi religieuse qui transformerait l’humanité en objet sans âme ni conscience, qui voudrait d’un tel Dieu ?

Si Dieu n’est pas Celui qui aime, qui libère, qui donne la vie avec plénitude, alors comme dit saint Paul aux croyants « nous sommes les plus misérables parmi les hommes et notre foi est vaine ». Mais être libre est le contraire, du faire ce que je veux, comme je veux, quand je veux, être libre c’est choisir le meilleur et que peut-il y avoir dans ce monde de plus désirable que la vie en Dieu. Mais pour vivre en Dieu et avec Dieu, il me faut apprendre à connaître le Seigneur Jésus, car en-dehors de lui, toutes nos œuvres sont incapables de nous donner la vie éternelle, et cette sagesse divine n’existe que dans l’Eglise. C’est pourquoi le Christ nous promet de nous envoyer dans l’Eglise « l’Esprit de vérité qui nous donnera la véritable liberté », oui, c’est la « Pentecôte » que nous célébrons aujourd’hui.

 

Le Christ dit : « Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que Tu m ‘as donné », où sont ceux que le Père céleste a donné au Christ et qui sont appelés à recevoir l’Esprit de Dieu ? Ils sont dans l’Eglise, ils sont l’Eglise, ils construisent l’Eglise, et rien ni personne ne peut les détourner de « Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie ». Ces véritables croyants commencent à comprendre de l’intérieur, qu’ils sont porteurs du Patrimoine spirituel reçu par Adam et Eve dans le Paradis, que ce trésor de vie et de grâce est aujourd’hui déposé dans l’Eglise, et qu’ils ont vocation de transmettre cet héritage essentiel et théologique à leurs enfants et à toute l’humanité.

 

Voici que par l’amour et la grâce de l’Esprit Saint, nous les Fidèles, nous sommes comme des apôtres, appelés à témoigner de notre foi orthodoxe et à la transmettre non seulement d’abord à nous-mêmes, mais à toute l’humanité et même à toute la Création qui gémit sous le joug du péché de l’homme et attend sa délivrance au Nom de Dieu.

 

Notre vocation orthodoxe vécue dans l’Esprit saint unit le ciel et la terre, pour en faire un seul royaume dont les prémisses se construisent déjà dans ce monde et dont le couronnement sera réalisé pleinement dans l’éternité.

 

Au Père qui bénit par Amour, au Fils qui sauve par Amour, à l’Esprit Saint qui illumine par Amour, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

samedi 8 juin 2024

L’aveugle-né.

 

(Jean, 9, 1 à 38)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Église nous invite à nous abandonner avec confiance à la compassion et à la tendresse infinie de notre Père céleste, et ceci en particulier par la célébration de la Divine Liturgie en communion avec le Christ grand-prêtre, avec l’Esprit de toute consolation promis et les uns avec les autres, dans l’espérance d’acquérir la « lumière spirituelle » qui est la grâce reçue comme un don par l’aveugle-né, grâce qui donne de venir, de voir et de confesser en Jésus, le Dieu vivant face à face.

 

Le Seigneur nous dit « tant qu’il fait jour, il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé ; la nuit vient où nul ne peut travailler, tant que Je suis dans le monde, Je suis la lumière du monde », quelles sont donc les œuvres auxquelles le Christ nous encourage à travailler ? En vérité, elles peuvent toutes s’unir en une seule réalité, ces œuvres accomplies par le Christ et que nous avons vocation à vivre avec Lui de manière orthodoxe, sont toutes celles qui nous permettent d’adorer le Père en esprit et en vérité, en esprit par l’Esprit Saint et en vérité par le Seigneur, cette adoration est la couronne de sainteté et le fruit spirituel des Béatitudes.

 

Nous pouvons accueillir tous les miracles accomplis par le Christ comme le signe, y compris celui pour l’aveugle-né, de la nécessité de la conversion du cœur, sans laquelle, nul ne verra le Seigneur, nul ne pourra adorer le Père en esprit et en vérité, nul ne saura prier l’Esprit Saint donateur de vie et de sagesse spirituelle. Nous sommes appelés à suivre dans la lumière Celui qui nous dit « tant que Je suis dans le monde, Je suis la lumière du monde », alors fuyons cette incrédulité sournoise et hypocrite cachée dans le vieil homme en nous pour nous détourner de notre Seigneur Jésus et de ses œuvres salutaires.

 

Quel est donc ce « jour » à partir duquel, il nous est bénéfique et précieux de travailler aux œuvres du Seigneur, n’est-ce pas celui de la Résurrection du Seigneur, celui d’où découlent et ruissellent en nous tous les dons spirituels pour accomplir la volonté divine. N’est-ce pas par la célébration liturgique assidue et par le « Don du Corps et du Sang du Seigneur », que nous recevons la lumière et la mémoire pour pratiquer les œuvres du Seigneur qui nous dit « faites ceci en mémoire de Moi », à savoir vivre toute l’économie divine pour le salut de l’homme. Le jour de la Résurrection est celui du Don de la vie éternelle au cœur de l’histoire, du temps et de l’espace dans notre humanité, il est notre lumière spirituelle pour pratiquer les œuvres divino-humaines au Nom du Seigneur.

 

Quelle est donc cette « nuit » où nul ne peut travailler, c’est-à dire mettre en pratique les œuvres évangéliques, n’est-ce pas celle de l’âme désorientée par le doute de l’incroyance concernant la personne de Jésus et qui provoque une paralysie existentielle qui rend difficile voire même impossible le désir de suivre Celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie », n’est ce pas là, cette attitude pharisienne répandue au sein de l’humanité, opposée à toute révélation qui pourrait nourrir et abreuver l’esprit de tout homme ou femme de bonne volonté.

 

L’Écriture Sainte est un tout indivisible, auquel il ne faut rien ajouter ou enlever, pas même un « iota » sous peine de s’amputer soi-même des énergies incréées contenues dans la parole divine, ceci devrait faire réfléchir tous les « inventeurs de théories hérétiques caricaturales au mépris de la théologie de nos saints Pères », la seule réalité sur laquelle, nous pouvons apprendre à agir avec l’aide de Dieu, car « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », c’est de cultiver l’ascèse de « l’unique nécessaire », à l’image de Dieu créateur et qui consiste à « séparer la lumière des ténèbres en nous », car comme dit saint Paul dans 2 Cor. 6,14  « quoi de commun entre la lumière et les ténèbres », combien d’hommes dialoguent avec les ténèbres du monde par le « net ».

Dire que la piscine de Siloé est une préfigure du saint baptême est un enseignement reconnu par nos saints Pères en Dieu, Siloé signifie « envoyé » en hébreu, mais tout comme il ne suffit pas d’être baptisé pour être orthodoxe, il ne suffira pas non plus de confesser juste du bout des lèvres la divino-humanité de Jésus notre Seigneur pour être sauvé. N’est-IL pas « l’Envoyé du Père », en qui il nous est essentiel d’être plongé tout entier afin d’espérer retrouver non seulement la vue mais notre vocation originelle à devenir par grâce ce que Dieu est par nature. Dans les œuvres religieuses, notre « Siloé spirituelle », c’est à dire « l’Eglise orthodoxe » est l’unique lieu saint et sacré de la vie de l’être orthodoxe, elle est la porte royale, par laquelle nous pouvons-nous diriger par la grâce et notre ascèse religieuse vers le Royaume de Dieu.

 

En parlant de l’aveugle-né, les parents témoignent « qu’il est leur fils né aveugle, mais qu’ils ne savent pas comment il voit maintenant, ni qui lui a ouvert les yeux », la puissance de ce miracle les trouble et dépasse leur entendement, le fils confesse après avoir retrouvé la vue que « si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire », puis poursuit son existence avec sa nouvelle vision de lui-même et du monde qui l’entoure. Ne sommes-nous pas nous-mêmes, un fils ou une fille aveugle spirituellement pour ne pas dire un total infirme spirituel depuis notre naissance, quelqu’un parmi nous serait-il né dans un état de christ parfait, le Psalmiste nous rappelle que  « ma mère m’a conçue sous le joug du péché », alors courrons vers Celui qui seul peut et veut nous sauver, réjouissons-nous de cette grâce inestimable que représente notre Eglise, pleine de sagesse, de beauté et de vérité. 

 

Jésus rencontrant l’aveugle-né lui dit « crois-tu au Fils de l’homme » ? Il répondit « et qui est-il Seigneur, pour que je croie en lui » ?  Jésus lui dit « tu le vois, celui qui te parle, c’est lui », alors le « clairvoyant » déclara « je crois Seigneur et il se prosterna devant Lui ». Sans développer ici plus en profondeur ce merveilleux passage de l’homme aveugle-né à celui d’homme spirituel et clairvoyant, ce dialogue montre la progression intérieure qui fait émerger la lumière du sein même des ténèbres, mais soyons sans illusion aucune, sans désir réel de recevoir la vraie lumière ou tout autre don spirituel, les ténèbres du cœur non purifié et sanctifié engendreront d’autres ténèbres.

 

Croire au Fils de l’homme est le fondement initial nécessaire pour commencer à élaborer la vie orthodoxe, disons avec le Centurion « je crois Seigneur, viens au secours de mon manque de foi », et pour cultiver et féconder en nous notre terre religieuse, il est nous est très bon de venir, de voir et de participer avec assiduité à la vie liturgique de l’Église qui nous donne de contempler la vie et les œuvres du Seigneur. Suivons le Seigneur Jésus et selon sa promesse, il nous sera donné « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu a réservé à ceux qui l’aiment ».

 

L’amour du Dieu et Homme parfait pour sauver l’humanité tombée sous les coups morbides et mortifères des passions mondaines, se révèle dans l’humilité indicible de son incarnation comme homme parmi les hommes, si saint Paul déclare « s’être fait grec avec les grecs et juifs avec les juifs, pour en sauver quelques uns », notre Seigneur Jésus-Christ s’est fait « homme parmi les hommes pour proposer le salut à tous », voici dit le saint et charismatique Rabbin Jésus que « Je viens à toi Jérusalem, assis sur un ânon le petit d’une ânesse », cette promesse est la gloire et la vocation que « l’Eglise nouvel ânon » porte au cœur de l’humaine condition.

 

Zacharie XVI 4. 7 « ce sera un Jour unique, connu du Seigneur ; il n’y aura ni jour ni nuit », ce jour unique est celui de notre existence entière que nous devons consacrer, puisque nous sommes de confession « orthodoxe », à la recherche persévérante de la relation avec le Seigneur, selon cette parole de notre Seigneur « cherchez d’abord le Royaume de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît », cette relation est impossible sans notre présence dans l’Église, qui est pour nous une Mère spirituelle aimante, inspirante, vivifiante, sage et sainte.

Nous pouvons lire toutes les homélies du monde, écouter mille et une conférences sur la vie religieuse, parler de Dieu jour et nuit, cliquer avec « j’aime voire j’adore » sur les sites religieux orthodoxes et rester hélas, trois fois hélas à tourner en rond chez soi le dimanche matin au lieu de dire « amen » à l’invitation de Dieu, alors faisons-nous violence « car le Royaume des Cieux appartient à ceux qui viennent dans l’Église très sainte », ne nous laissons pas piéger par nos pensées illusoires, car c’est notre « présence régulière » dans l’Église et notre mise en pratique au quotidien de son enseignement, qui témoignera et validera de la vérité et de la réalité divino-humaine de notre cheminement spirituel.

 

Ne sommes-nous pas nous-mêmes des aveugles nés par rapport à la vie spirituelle orthodoxe, existe-t-il parmi nous des hommes et des femmes qui se seraient rendus « voyants » par leurs propres œuvres en-dehors de l’Église « Corps du Christ ». Existe-t-il parmi nous des hommes et des femmes, qui seraient passés du vieil homme à l’homme nouveau, de l’homme psychique à l’homme spirituel, par leurs propres forces et volontés, le Seigneur Christ ne nous dit-il pas  « sans Moi, vous ne pouvez rien faire » !!!

 

Combien voyons-nous d’hommes et de femmes séduits par le « net », cet instrument des temps modernes qui répand une « foultitude » d’infos qui promettent monts et merveilles aux âmes crédules livrées aux illusions ternes et à la voracité d’arnaqueurs sans scrupules, sur lequel pullulent les « maitres des voyances » qui promettent la résolution certaine et rapide de toutes les préoccupations existentielles, des soit disant « oracles infaillibles » qui encouragent à coups de pubs à cliquer sur telle « image ou symbole » pour recevoir la connaissance du passé, du présent et de l’avenir, toutes ces agitations provoquent un chaos insensé et sans âme qui ridiculise ceux qui s’y prêtent selon la parole de l’Ecclésiaste en 1, 14 « vanité, vanité,  rien que vanité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». Le « net » utilisé sans discernement peut favoriser notre méconnaissance sur l’état réel du monde et dans cette profusion d’images, d’écrits et de paroles, provoquer en nous une cécité hypnotique de l’intelligence et comme le dit l’adage populaire nous faire prendre des « vessies pour des lanternes » et des « torchons pour des serviettes ».

 

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, par ta compassion de nous et du monde que tu as créé pour être un lieu de célébration liturgique de la vie par la médiation de ton Église, que par ta sainte grâce vivifiante nous puissions nous convertir et retrouver la ressemblance à ton image divino-humaine pour incarner et accomplir notre humanité dans la beauté et la vérité de la création originelle et dans la joie de l’humanité sauvée.  

 

Au Père de la Lumière, au Fils Lumière incarnée et à l’Esprit d’illumination éternelle, soit la gloire dans les siècles de siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

dimanche 2 juin 2024

La Samaritaine

 

(Jean : 4, 5 à 42)

Au Nom du PERE, du FILS et du SAINT-ESPRIT, amen.

 

 

Aujourd’hui, nous célébrons le dimanche de la Samaritaine, et nous voyons à l’évidence combien le Seigneur aime et bénit la femme comme médiatrice de sa pédagogie providentielle et spirituelle, dont la plénitude d’accomplissement est réalisée par la Théotokos. De même que le Maître divin a fait de pêcheurs Galiléens illettrés des maîtres de sagesse, de même fait-il avec cette femme Samaritaine dont le questionnement lui permet de la faire traverser à partir d’elle et jusqu’en elle, de l’extérieur à la plus profonde intériorité, la voie qui lui donne de pressentir que cet homme fatigué et assis là, au bord du puits est le Saint d’Israël, le Saint Messie espéré qui lui fait toucher à elle, une Samaritaine, par l’expérience immédiate quelque chose de ce que peut être l’adoration du Père en esprit et en vérité.

 

Les disciples arrivent et s’étonnent de ce que Jésus parle à une femme et Samaritaine de surcroît, ils ne comprennent pas et n’osent pas non plus poser de questions, et voici que cette Samaritaine ose poser des questions et espère des réponses, qu’elle obtient, dans la simplicité de sa foi envers la religion de ses Ancêtres. Elle pose les bonnes questions et reçoit les bonnes réponses, une bonne réponse n’est pas celle qui clôt une fois pour toute notre cheminement vers nous-mêmes et vers Dieu, une bonne question maintient le chemin ouvert et vivant, nous dit va avec confiance vers toi-même, et c’est exactement ce dont témoigne la Samaritaine. A l’opposé, la mauvaise réponse est celle qui nous fait croire que nous sommes des êtres déjà spirituels, que nous pouvons nous passer de l’Eglise ou du moins venir quand nous le décidons, que nous pouvons prendre nos petits savoirs partiels et partiaux pour de la théologie, nos péchés pour des vertus, notre auto satisfaction comme le signe de l’Esprit Saint en nous. 

 

Permettez-moi de dire quelque chose du mystère spirituel concernant la création de Eve, qui est bien sûr aussi le mystère qui appartient naturellement à toute femme, dont le fruit magnifique entre tous a été d’engendrer le Dieu vivant dans les entrailles de Marie. Vous savez que Dieu a crée Adam en le modelant à partir de la terre sainte du Paradis et qu’ensuite IL lui a insufflé l’esprit pour que l’homme devienne une âme vivante, mais contemplez maintenant comment Dieu a crée Eve qui signifie Mère des vivants, parce que justement elle n’a pas été tirée et modelée de la terre encore inerte et sans vie comme Adam, mais elle est née directement de la Nature humaine vivante, sans génération charnelle, cette même Nature que recevra notre Sauveur en s’incarnant de Marie, ne pensons pas une fois de plus pouvoir comprendre avec la seule raison un si grand mystère, mais comme la Samaritaine, tenons-nous devant le Seigneur et demandons lui humblement de nous enseigner comment pratiquer le saint Evangile en esprit et en vérité ?

 

Les mystères du Christ sont si profonds dans leur simplicité, ceci signifie que les sages et les intelligents de ce monde que dénonce le Christ lui-même, n’auront jamais, je dis bien jamais accès en esprit et en vérité non seulement à la sagesse créatrice divine, mais pas même aux miettes du festin que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment sans calcul, ceux qui l’aiment comme cette samaritaine dont l’innocence et la confiance sont infiniment supérieures à toutes les spéculations psychologiques ou rationnelles. 

 

Ainsi comme le dit encore notre Seigneur, seuls « ceux qui ont des oreilles pour entendre, des yeux pour contempler, un cœur aimant et silencieux, ceux qui sont disponibles non quand ils le décident mais quand Dieu les appelle », oui, à ceux-là la Divine Trinité révèle l’amour du Père, la grâce du Fils, la communion du Saint Esprit, frémissement indicible de la Présence de Dieu dans l’Eglise et dans le cœur de tout samaritain, cette expérience est l’entrée dans l’intimité divine que beaucoup désirent et que bien peu réalisent. Oui, la bonne question, la vraie question, l’unique question qui doit nous transporter en nous-mêmes et vers Dieu est, comment à l’image de la Samaritaine « puis-je te rencontrer et entendre de toi Seigneur, les paroles de la vie éternelle et surtout les vivre » ? 

 

Voici alors, que cette simple demande, même à minima, même tremblante, peut engendrer en nous un début d’adoration en esprit et en vérité envers le Père, comme nous y encourage le Christ. En esprit, c'est-à-dire spirituellement par la recherche constante de la communion intérieure avec la Divine Trinité en Christ, en vérité, par la plénitude de ce que nous sommes en tant que personne incarnée, c'est-à-dire de tout notre être et par toute notre vie.

 

La stérilité spirituelle est liée au fait que nous vivons de manière dissociée et fractionnée, parce que nous excluons telle ou telle réalité comme incompatible avec l’idée que nous nous faisons de la vie intérieure, et la Samaritaine nous montre au contraire qu’il ne faut pas exclure mais inclure notre quotidien dans notre recherche de Dieu, pour que Dieu puisse purifier et sanctifier toute notre existence.

 

Le Christ est la « Voie » mais en quoi est-il responsable de mes errances individuelles qui ne mènent pas à Lui seul, Il est la « Vérité » mais en quoi est-il responsable de mes ignorances qui sont le fruit d’un esprit non purifié par L’Esprit de Dieu, Il est la « Vie » mais en quoi est-il responsable si je me contente de vivoter, c’est pourquoi beaucoup l’ont déclaré coupable de tous leurs malheurs au point de le crucifier, parce qu’ils jugeaient blasphématoire de vouloir élever l’humanité à la même hauteur que Dieu et cela dans la grâce et la beauté. Alors, ils ont préféré le tuer au-dehors et en eux-mêmes, pourvu qu’IL se taise car qui peut supporter une telle parole « vous êtes des dieux », la Samaritaine commence par s’étonner mais finit par s’émerveiller de ressentir ce qu’elle est dans la parole et le regard de cet étrange Prophète, assis là au bord du puits dans l’apparence banale et extérieure d’un homme fatigué.

 

Le Christ ne lui reproche pas d’être pécheresse parce qu’elle a eu cinq maris et que l’actuel compagnon n’est pas le sien, Il bénit le « désir de vivre, d’aimer et de connaître » qu’il a discerné chez cette femme, désir qui palpite dans les profondeurs de son être véritable, qui parmi nous n’a jamais ressenti au tréfonds de lui-même, la présence de cette source vive qui pétille et qui ne demande qu’à couler en nous pour nous vivifier ?

 

Ne sommes nous pas dans l’Eglise justement pour découvrir cette réalité en nous ? L’Eglise est au cœur de ce puits où se trouve aussi le Seigneur de Gloire, dont le visage lumineux se reflète dans l’eau pure de notre profondeur, l’Eglise est ce puits hospitalier au bord duquel chacun d’entre nous peut s’asseoir, lorsque fatigué et chargé parfois par l’aventure de notre vie nous ressentons le désir de rencontrer Dieu ou l’autre en Dieu. Voulons-nous connaître, comment et pourquoi Dieu nous invite encore et encore à Son banquet nuptial, IL veut que chacun et chacune d’entre nous, soit comme l’invité unique de Son Royaume en Sa Présence, que cette rencontre se fasse autour du puits spirituel dans l’amour, la beauté et la vérité.

 

La Divine Liturgie et les Offices de l’Eglise orthodoxe possèdent comme un trésor ces Dons du Père Céleste, que la Divine Trinité offre à toute personne qui les désire librement, encore faut-il « être présent dans l’Eglise », ces saints mystères du Christ nous sont donné pour que nous devenions roi, prêtre et prophète, et que nous passions peu à peu de l’état de serviteur à l’expérience d’ami de Dieu.  

 

Ne pensons pas qu’une telle adoration de Dieu en esprit et en vérité est prévue uniquement pour la vie éternelle à venir, non cette expérience est accessible ici et maintenant, ah bon direz-vous peut-être étonné, avant de vous émerveiller peut-être vous aussi comme la Samaritaine, voulez-vous la preuve indiscutable que cette adoration est réellement co naturelle à l’homme crée à l’Image de Dieu ? Qu’elle est inscrite dans le patrimoine spirituel de l’humanité ? Eh bien, cette expérience est tout simplement le témoignage que nous offre tout homme et toute femme ayant acquis « la sainteté ».

 

 

 

Pour que cette adoration se réalise, il nous faut non seulement imiter la Samaritaine, mais passer du témoignage de l’autre, des autres, à la rencontre personnelle avec le Christ, cela peut s’acquérir en participant à la célébration de la Divine Liturgie. C’est dans l’Eglise que nous allons peu à peu goûter combien le Seigneur est bon et doux, voir combien Il est beau et que la Grâce est répandue sur ses lèvres, entendre combien Il nous appelle sans cesse par ces paroles « où es-tu mon bien-aimé, où es-tu ma bien-aimée », à nous de répondre « me voici mon Seigneur et mon Dieu avec toi dans notre maison commune, l’Eglise éternelle », pour célébrer ensemble la splendeur vivifiante de tes saints mystères.  

Avec quels mots nous transmettre l’Amour de Dieu, sinon ceux de l’Evangile de vie pour nous témoigner combien chacun et chacune est inestimable et irremplaçable dans le cœur du Père.

 

Réjouissons-nous, chantons, célébrons et fêtons de tout notre être la Divine Trinité, car qui peut croire un seul instant que Dieu fait autre chose que d’aimer son prochain, ce prochain qui est l’humanité, oui nous sommes le seul prochain que Dieu désire accueillir comme « ami », selon la parole du Seigneur lui-même « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ».

 

Prions ensemble, bénissons-nous, afin que Dieu nous donne de devenir capable de porter de telles grâces éternelles déjà en ce monde. Prions ensemble dans et pour la sainte Eglise orthodoxe qui est la splendeur des splendeurs déposée par Dieu au milieu de l’humanité, ne nous arrêtons pas aux apparences extérieures ni entre nous ni envers l’Eglise. Mais pénétrons avec une humble audace en nous-mêmes et dans L’Eglise pour y puiser au Nom de Jésus l’eau vive qui régénère et guérit toute infirmité spirituelle, et qu’à l’image de notre saint Christ, nous devenions nous aussi des êtres transfigurés par la lumière éternelle du Thabor spirituel qui est l’Amour de Dieu.

 

Venir ou non à l’Eglise et une question de vie ou de mort spirituelle, le Seigneur nous dit que celui ou celle qui « désire le Royaume de Dieu doit se faire violence », cela signifie que nous devons lutter contre cette inertie qui nous paralyse et nous empêche d’aller vers l’essentiel qui est notre présence concrète et régulière à la célébration liturgique. Nous devons transformer « notre cœur endurci et notre nuque raide » en cœur ouvert à la volonté divine et notre nuque raide en obéissance à la sainte Eglise du Christ. Depuis 2000 ans, l’Eglise nous invite à venir participer au banquet spirituel avec Notre Seigneur, mais pourquoi résistons-nous à cet appel, parce que la vocation de l’Eglise nous échappe dans sa vraie profondeur, nous ne comprenons pas que nous sommes « l’Eglise avec le Christ » qui nous interpelle et nous dit « allez, debout, partons d’ici », c’est à dire quittez vos vieilles habitudes dictées par l’ignorance engendrée en nous par le vieil homme psychique et charnel et les illusions fumeuses diffusées sans cesse par un monde sans Dieu.

 

Etre orthodoxe sans l’Eglise est aussi impossible que de vivre sans son corps, alors incarnons en nous la grâce déposée par l’Esprit Saint dans l’Eglise, nourrissons-nous et désaltérons-nous encore et encore de l’essentiel don indispensable pour notre existence orthodoxe, à savoir la célébration de la Divine Liturgie qui répand sur nous les bénédictions divines. Revêtons-nous des vêtements lumineux de la sagesse de l’Eglise qui est le « corps du Christ dont IL est aussi la tête », si notre Seigneur Jésus qui est parfaitement saint n’a jamais cessé de fréquenter la Synagogue, n’est-ce pas pour témoigner combien il nous est  nécessaire de l’imiter et de fréquenter son Corps-Eglise avec assiduité, selon cette parole du Psalmiste « je me suis réjouis lorsqu’on m’a dit, allons à la Maison du Seigneur, dans les parvis de notre Dieu », il nous appartient de cultiver cette ascèse religieuse avec l’Eglise dans un esprit et un cœur de louange à la Divine Trinité.

 

« Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie compassion de nous pécheurs, qui sommes plus ou moins pris dans les filets mensongers du monde, change notre tiédeur en ferveur et notre inertie en ardeur envers toi par la médiation de notre sainte Eglise orthodoxe ».

 

Au Père qui est la Source et le puits insondable de la Vie, au Fils qui y puise pour nous toutes les grâces éternelles et à l’Esprit qui répand sur nous Ses bénédictions d’eau et de feu spirituelles, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen. + Syméon

 

samedi 25 mai 2024

Dimanche du Paralytique

 

(Jean 5, 1 – 15)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, notre sainte et humble Eglise Orthodoxe est la piscine miraculeuse, dans laquelle le Dieu Vivant, notre Seigneur Ressuscité est présent au milieu de l’humaine condition, pour guérir un paralytique. Cette piscine nous le savons de manière prophétique, est la préfigure de ce qui deviendra le « très saint Baptême par immersion » et qui contient en promesse toutes les grâces que la Divine Trinité a déposé dans l’eau, cette si humble et merveilleuse créature. L’eau, sanctifiée par la prière, l’huile sainte et le saint Chrême à travers l’œuvre liturgique du prêtre et de l’assemblée des Croyants, devient icône céleste et porteuse du don de guérir.

 

Notre Seigneur doux et humble de cœur, ne cesse de tout mettre en œuvre pour nous donner la guérison parfaite de l’âme et du corps, mais nous, dans notre enfance religieuse et dans notre ignorance de l’essentiel, nous sommes souvent attachés à des acquis amassés dans le monde. Ce faisant, nous répétons comme des automates le péché des incrédules qui ne savent que murmurer des interdits à l’image des Juifs dont nous parle l’Evangile de ce jour. Au lieu de s’émerveiller du miracle accompli là sous leurs yeux, par le Rabbin Jésus, les Juifs ne savent que réprimander le malade, en lui disant : « c’est le Shabbat, tu n’as pas le droit de porter ton propre grabat ».

 

Nous le savons, le Christ ne s’impose pas et ne nous impose absolument rien aussi longtemps que nous ne Lui demandons rien ; mais si nous venons dans la piscine, c'est-à-dire dans la « sainte Eglise orthodoxe », alors nous sommes responsables de notre présence en ce haut lieu saint et sacré. Dès lors, nous pouvons nous attendre à entendre, le Seigneur nous demander : « veux-tu guérir ?» non pas ‘voulez-vous guérir’, mais : veux-tu guérir, toi ? ». Le Médecin céleste s’adresse à moi personnellement, car le salut est une œuvre spirituelle qui est proposée à chaque « personne unique », cette guérison n’est pas le fruit d’un état de transe mentale, ni le résultat d’un marchandage intellectuel, mais le don d’une grâce spirituelle, donnée par l’amour de Dieu à l’homme son bien-aimé.

 

Cette question du « Maître Eternel » et notre réponse à celle-ci sont nécessaires pour que nous puissions espérer sortir peu à peu des limbes de notre paralysie intérieure et existentielle. Si je veux guérir, alors je peux répondre : « Seigneur, à qui irai-je, Tu as les paroles de la vie éternelle, que Ta volonté soit faite pour moi ». Je m’en remets à Toi seul, à Toi tout entier, car Tu es mon Ami éternel et Toi seul Tu connais ce que je suis et ce que Tu veux réaliser avec moi. N’est-il pas écrit, la « folie de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes », alors revêtons-nous de la « folie divine » comme d’un vêtement spirituel, afin de devenir un « christ » rempli de l’Esprit-Saint et soumis librement à la volonté de notre Père céleste.

 

Voici donc un homme, notre semblable qui est infirme depuis trente-huit ans, le Seigneur son Créateur lui rend la parfaite santé et cela devant tous les Juifs présents ; ils sont témoins de la puissance extraordinaire du mystère de la grâce divine qui s’accomplit devant leurs yeux, et que font-ils ? Ils se détournent de « Celui » qui vient d’accomplir ce miracle, c’est à dire du Seigneur Dieu, pour se tourner et se concentrer sur l’homme qui vient d’être guéri, dans le seul but de lui reprocher d’oser porter son grabat un jour de Shabbat. Ils oublient, que le Shabbat et même toute la Création est faite pour l’homme et non le contraire, cette attitude est celle « d’individus », pour qui la religion doit rester sous le joug intransigeant de la « loi mosaïque », alors que le Christ a placé toute l’humanité sous le « signe de la liberté et de la grâce ».

 

Permettez-moi de nous supplier de cesser de cultiver des attitudes opposées à la miséricorde divine, de cesser de nous focaliser sur des « choses » inutiles devant la « Sainteté de Dieu, devant la sainte Eglise orthodoxe et devant ce qu’est en esprit et en vérité la personne, l’hypostase selon la théologie vivifiante de nos saints Pères ». Demandons humblement au Seigneur de Gloire éternelle, la grâce de ne pas répéter dans nos pensées, nos paroles et nos actes, des œuvres qui font de nous des religieux infirmes, des individus paralysés et isolés par les tentations du vieil homme en nous et qui nous rendent incapables de « vivre comme des personnes en communion au Nom de Dieu ».

 

Nous sommes comme cette piscine, porteurs par grâce des miracles de la bonté divine, parce que nous sommes baptisés au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et nous sommes les enfants lumineux de l’Eglise, si réellement nous vivons selon l’Evangile de vie du Christ. Saint Jean nous rappelle dans son Prologue qu’en Lui, le Verbe éternel est « la vie, et que la vie est la lumière des hommes ». Nous pouvons par la grâce divine et l’Eglise, nous immerger dans les eaux vives de notre cœur pour y recevoir la « vie, la lumière et la guérison spirituelle par une vie selon l’évangile du Seigneur ».

 

Pour guérir, ne recherchons pas les choses compliquées où je ne sais quelle ascèse impossible, mais laissons-nous plonger au fond de nous-mêmes jusqu’en Dieu par la célébration de la Divine Liturgie de tout notre être. Immergeons-nous dans les très saints Mystères du Ressuscité, revêtons-nous de prières et de louanges, de chants spirituels et de la lumière des icônes, du parfum d’encens et d’agréable odeur pour Dieu et surtout « soyons présents » dans l’Eglise pour  « une véritable communion fraternelle ».

 

Si nous faisons cela d’un seul « cœur et d’un seul esprit », alors j’ose témoigner avec toute la puissance que Dieu donne dans la grâce sacerdotale et ecclésiale, que nous recevrons peu à peu la guérison de nos infirmités religieuses et si Dieu veut, nous danserons devant Lui comme le fit la « sagesse créatrice au principe de la Création », nous connaîtrons la « sainte et sobre ivresse de l’Esprit de Dieu ».

 

Soyons vigilants et surtout soyons modestes devant la Divine Trinité dans l’espérance d’entendre un jour nous aussi cette parole du Seigneur : « te voilà bien portant : ne pêche plus… ». Alors prions-Le avec encore plus d’ardeur et de ferveur de nous garder de retomber dans le péché, car nous le savons, le « temps est court et le Royaume de Dieu est déjà là », nous dit saint Paul.

 

La guérison du paralytique n’est pas une « vieille histoire arrivée autrefois », non ce miracle dont nous sommes les témoins, se réalise ici et maintenant au milieu de nous dans l’Eglise, notre vocation n’est pas d’être des voyeurs, mais des « voyants » qui par leur foi en Jésus-Christ, reçoivent le don de « l’intelligence du cœur pour s’émerveiller des œuvres de Dieu parmi nous ».

 

Si nous ne croyons pas que l’Eglise célèbre par la présence très sainte et très sacrée du Christ, le seul et unique « Grand Prêtre », le Mystère de la vie divino-humaine qui unit spirituellement et religieusement en un seul « corps, cœur et esprit la Communauté ecclésiale avec la Divine Trinité », alors notre présence dans l’Eglise devient insensée, inutile et stérile. Saint Paul nous rappelle cette parole de feu spirituel que : « L’Eglise est le Corps du Christ dont IL est aussi la Tête », nous sommes donc bien en communion dans l’Eglise avec Dieu notre Père et L’Esprit Saint à travers notre Seigneur Jésus-Christ.

 

Que l’Ange du Seigneur descende en nous comme il descend dans la piscine de Bethesda, pour y agiter l’eau spirituelle de nos âmes, c’est à dire les énergies incréées, afin de nous restaurer dans la « beauté des saints » pour nous nourrir des promesses divines et devenir ainsi des christ pour l’éternité.

 

Que l’Ange de Dieu nous rappelle à temps et a contre temps que la place naturelle d’une personne  « orthodoxe », est dans sa communion avec son corps religieux et spirituel qui est l’Eglise, pour célébrer la Divine Liturgie le plus souvent possible et ainsi rendre grâce du fond de l’âme pour tous les biens  inestimables que Dieu nous accorde sans cesse.

 

Que l’Ange du Seigneur nous inspire à l’esprit et au cœur cette parole du Seigneur lui-même « laissez venir à Moi les enfants, ne les en empêchez pas », les enfants peuvent-ils venir par eux-mêmes dans la sainte  Eglise, comment nos enfants apprendront-ils ce qu’est la splendeur de l’Eglise orthodoxe s’ils ne sont pas présents, venons avec nos enfants afin qu’ils reçoivent la connaissance progressive de la vie et de la voie de l’expérience existentielle de l’orthodoxie.

A Dieu notre Père qui espère toujours notre présence liturgique, par notre véritable Médecin de l’âme et du corps, le Christ notre Dieu, soit la Gloire avec l’Esprit très Saint, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

samedi 18 mai 2024

Dimanche des Myrophores et de Joseph d’Arimathie.

 


Marc, (15- 43 à 16 – 8)

 

 

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

Aujourd’hui, l’Eglise orthodoxe de notre saint Christ ressuscité, célèbre les Myrophores, ces femmes saintes qui ont suivi le Seigneur durant sa vie, et qui partageaient par leur foi avec Joseph, Nicodème et d’autres Israélites, l’espérance de la venue du Messie pour instaurer le Royaume de Dieu. Mais malgré toute leur foi, le Mystère de la Résurrection leur demeurait encore scellé, Jésus restait à leurs yeux encore voilés, le charismatique Prophète de Nazareth, que la folie de Juifs et de Romains avait mis à mort et cloué sur une Croix.

 

Joseph le Juste, lui non plus ne pouvait pénétrer spirituellement le Mystère de la sainte Résurrection, mais il avait à cœur de donner une sépulture digne à ce Jésus, pour lequel il ressentait de la compassion, et dont l’enseignement avait bouleversé en profondeur sa vision religieuse en Israël. Vous avez sans doute déjà entendu dans l’Ancienne Alliance ces paroles : « vanité, vanité, tout est vanité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil », mais les femmes Myrophores, Joseph et Nicodème inspirées par l’Esprit Saint ont ressenti chacun et chacune selon sa sensibilité spirituelle, que ce Jésus Prophète miraculeux, était le Messie attendu par Israël. Que ce Jésus envoyé par Dieu, EST la nouveauté absolue et éternelle, et que l’icône de cette présence réelle de Dieu parmi nous est la sainte Eglise du Ressuscité.

 

Joseph, descend le Crucifié de la Croix, l’enveloppe d’un linceul immaculé et le dépose dans un tombeau neuf, et enfin roule une grande pierre pour fermer hermétiquement la sépulture. Cette œuvre de Joseph est une préfigure extérieure de ce que sera l’Eglise du Christ, Joseph descend de la Croix le saint Corps du Seigneur, ce Corps qui est nous dit saint Paul, « l’Eglise dont le Christ est la Tête ». L’Eglise orthodoxe est donc un corps spirituel divino-humain et une icône lumineuse, humble et fidèle du Christ, Eglise dont chacun d’entre nous est comme le cœur dans lequel ce n’est plus Joseph, mais l’Esprit de Dieu qui dépose avec amour, spirituellement et sacramentellement le « Christ Crucifié et Ressuscité ».

 

Dans l’Eglise, le Seigneur ne descend plus de la Croix du Golgotha, mais du Royaume de Dieu, Il vient librement se déposer sur son Autel Saint et accomplir spirituellement tous ses saints mystères liturgiques. IL nous invite comme personne et comme communauté, non à l’embaumer Lui qui est la Vie par une myrrhe matérielle, mais à lui offrir de tout cœur et de manière spirituelle le nard pur de notre prière à travers la célébration de la Divine Liturgie, qui est la réalisation parfaite de ce que désiraient ardemment les femmes Myrophores, Joseph et Nicodème, la « venue du Royaume de Dieu sur terre ».

 

Vous savez que la véritable et très sainte Myrophore, c’est la Mère de Dieu, qui « méditait toutes ces choses dans son cœur », elle n’avait pas comme vocation d’embaumer le corps d’un mort, elle qui a porté le Dieu Vivant dans ses entrailles. Elle qui l’a enveloppé du parfum de sa sainteté personnelle, elle qui l’a nourri d’amour, de prière et d’adoration. Nous aussi, nous sommes venus aujourd’hui dans la sainte Eglise pour y concélébrer ensemble la Divine Liturgie, pour envelopper le Ressuscité non d’un linceul, mais de notre présence aimante, humble et douce. Alors fermons notre corps, notre âme et notre esprit aux soucis de ce monde et tournons-nous vers Dieu seul pour Le recevoir en nous par la sainte Eucharistie. Entrer dans l’Eglise, c’est pénétrer dans l’éternité au cœur du temps et de l’espace, cela mérite que nous nous y préparions avec « crainte de Dieu, foi et amour », le mystère de l’Eglise est indicible et restera voilé dans sa vérité divino-humaine à tout homme psychique endurci qui se laisse encore et encore parasiter par l’agitation vaine et pathologique du monde. 

 

Aller dans la sainte Eglise, qui est le lieu du renouvellement de notre être, nous demande de sortir de nous-mêmes, d’abandonner nos pensées, paroles et actes du quotidien, au moins pour le temps sacré de la célébration liturgique. Nous ne pouvons pas quitter le monde, si notre écoute, notre vision, notre odorat, notre toucher, notre goût, restent imprégnés de ce même monde étranger à la sainteté divine. Nous ne pouvons pas vivre spirituellement le mystère de l’Eglise, comme le dit le Père Aimilianos, « si nous restons encombrés dans notre cœur et dans notre esprit par les cacophonies bruyantes des crises  qui perturbent l’équilibre de l’humanité et de la création », notre vie spirituelle pour être en harmonie avec la grâce divine exige que nous renoncions aux illusions du vieil homme, pour œuvrer à notre conversion véritable.

 

L’Eglise de Dieu nous apprendra à déposer le Crucifié dans notre cœur, d’où il nous donnera d’entrer dans la vraie vie qui est notre résurrection au Nom de la Divine Trinité. Mais pourquoi déposer le Seigneur de gloire dans notre être le plus profond ? Afin qu’il puisse descendre au cœur profond de notre enfer intérieur envahi par les passions depuis notre Chute en Adam. L’enfer est là où nous nous laissons crucifier par nos états d’âme, là où nous ouvrons la porte aux pensées des ténèbres dont les œuvres constituent notre mort spirituelle, là où Satan veut nous emprisonner dans sa haine de Dieu et de l’homme avec la complicité du vieil homme en nous. Qui nous roulera la pierre de nos péchés pour que nous puissions nous aussi accéder à notre cœur profond et sortir vers la vie, où nous verrons non seulement l’ange du Seigneur nous annoncer la Résurrection du Christ, mais : « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme », mais que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment !

 

Alors l’ange du Seigneur nous dira « ne vous effrayez plus, vous cherchez le Seigneur, le Crucifié, il est Ressuscité », il n’est plus ici, car Dieu ne peut demeurer prisonnier de la mort,  du temps ou de l’espace, et nous aussi Fidèles orthodoxes, nous devons nous tourner vers Dieu selon « l’homme intérieur caché avec le Christ en Dieu ». Alors nous aussi comme des icônes vivantes et des disciples du Ressuscité, nous pourrons annoncer dans l’Eglise universelle qui est le cœur du monde, la Bonne Nouvelle entendue par les Myrophores : « Christ est Ressuscité, en vérité Il est Ressuscité ». Prions Marie la grande Myrophore, de nous accompagner sur la voie étroite mais seule désirable de la « foi, de l’espérance et de la charité », qui seule peut nous donner, la rencontre personnelle et ecclésiale avec le Seigneur Ressuscité.

 

Rendons grâce à la Divine Trinité qui nous engendre à la vie éternelle dans notre sainte Eglise orthodoxe, où nous apprenons à édifier peu à peu, notre véritable personne par la grâce des saints mystères et sacrements du Christ, en vue du Royaume de Dieu. La voie de la spiritualité orthodoxe est d’une divine simplicité, et nos épreuves et souffrances sur ce chemin, proviennent en grande partie du fait, que nous sommes des « êtres tourmentés et compliqués ». Nous sommes la cible des attaques du vieil homme dans notre cœur, la cible de toutes sortes de désirs qui nous éloignent de l’essentiel, qui est notre vie en Dieu, avec Dieu et pour Dieu.

 

Que le Ressuscité nous donne par grâce et selon sa Promesse, l’Esprit Saint, qui seul peut réaliser avec nous, déjà ici et maintenant, si nous le désirons vraiment, notre sainte et éternelle vocation qui est de devenir ce que nous sommes par la volonté de notre Père Céleste, des « personnes divino-humaines », dont la seule et unique raison d’être est la « vie éternelle dans le Royaume de Dieu ». Bénissons les Myrophores et tous les Disciples du Seigneur qui nous ont transmis leur témoignage de la Résurrection du Christ, et transmettons nous aussi à notre tour, autour de nous, ce cri du cœur : « Christ est Ressuscité, en vérité IL est Ressuscité ».

 

Au Père qui nous aime, au Fils qui se donne par amour et à l’Esprit d’amour, soit la Gloire dans les siècles des siècles, amen.  + Syméon

 

 

 

dimanche 12 mai 2024

Dimanche de Thomas

 

(Jean 20, 19 à 31)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise Orthodoxe est le cénacle de Jérusalem dont parle l’Evangile que nous venons d’entendre, le Ressuscité apparaît à ses disciples en transcendant les lois naturelles, puisque nous le voyons traverser la porte close. Le Seigneur Ressuscité en tant que Verbe créateur à l’origine du crée, est libre du temps et de l’espace, du matériel et de l’immatériel et peut donc selon sa divine volonté providentielle refonder sa relation à l’homme et au monde.

 

A l’opposé, Saint Paul dans son épître nous montre la hargne du grand prêtre et son entourage, à savoir les sadducéens, qui liés par leur interprétation littérale de la Loi, sont incapables de penser que la Résurrection soit possible, ils sont pleins de fureur, c’est-à-dire à l’opposé même de Celui qui est la Paix absolue et qui vient la donner à ses disciples, et à nous à travers eux.

 

Le Ressuscité peut selon Sa volonté, traverser ce qui est parfaitement scellé, parce qu’Il a acquis par la Résurrection, la liberté absolue qui rend l’homme accompli, maître de la Création de Dieu, Il peut ainsi descendre dans notre profondeur la plus profonde, et la plus inaccessible pour nous dire : La Paix soit avec vous.

 

Tout comme les disciples étaient enfermés par peur des Juifs, nous aussi nous sommes trop souvent, fragilisés par la crainte du monde, liés par nos peurs existentielles, peurs parfois irrationnelles et dues à notre immaturité spirituelle. Alors nous cherchons de tous côtés à nous protéger, et ce faisant nous mettons en œuvre des actes irréfléchis et non inspirés par l’Esprit de Dieu, et c’est ainsi que naît la division dans le Corps du Christ, car nous nous ne sommes plus comme il est écrit dans les Actes des Apôtres « un seul cœur et un seul esprit ».

 

Le Seigneur Jésus durant le temps pascal désire se révéler à notre esprit et nous visiter, alors même que tout est verrouillé en nous, il nous faut donc apprendre à ouvrir les « portes closes en nous » qui empêchent la communion avec le Christ qui est comme le confesse Thomas : notre Seigneur et notre Dieu. De quelle manière et par quelle voie le Seigneur nous visite t-il ? Par la voie de l’Eglise orthodoxe, alors ne nous privons pas nous-mêmes d’une telle rencontre inestimable et écoutons l’Esprit qui nous transmet cette parole du Christ « venez et voyez ». Si donc nous sommes venus pour voir, commençons par écouter pour entendre vraiment et ainsi devenir capable de vivre la Divine Liturgie, afin de récolter en esprit et en vérité, les fruits spirituels donnés par Dieu. Pourquoi craindre et qui craindre, lorsque le Tout Puissant nous dit : « La Paix soit avec vous » ? Dieu bénissant, accueillons et vivons ce Don comme un trésor inestimable, fruit saint et béni, engendré par la très sainte Passion du Christ et donné à l’âme orthodoxe qui croit que Jésus est vraiment ce qu’Il dit être.

 

Contemplons dans la très sainte Présence du Ressuscité, le présent et l’avenir salutaire qu’Il promet à ceux qui le confessent librement comme leur Seigneur et Dieu, Lui encore qui nous dit : « ne craignez pas » et « là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je Suis au milieu d’eux ». C’est exactement ce que les disciples expérimentent aujourd’hui dans leur solitude, face à l’incrédulité du monde religieux, qui aurait dû les bénir et être les premiers à croire et à transmettre l’annonce la Résurrection du Sauveur.

 

Le Ressuscité visite ses disciples avec l’Amour de Celui qui a traversé tous les mondes et toutes les épreuves, depuis le Ciel en passant par la terre et même l’enfer et qui en est sorti victorieux avec l’humanité rachetée, symbolisée par la splendide icône de la Résurrection où notre Seigneur tire hors des enfers Adam et Eve. Nous avons traversé la Semaine Sainte et chacun d’entre nous a vécu la Passion du Christ et sa propre passion selon la mesure voulue par le Père Céleste pour chacun.

 

Notre âme a été brisée comme celle de Marie en voyant son Agneau immolé, notre corps a été rompu par l’ascèse et plus ou moins épuisé par le passage qui mène de la mort à la vie. Tout entier nous avons essayé de réaliser la pâque qui fait passer du péché vers la sainteté, nos cœurs ont répandu les larmes de l’amour crucifié et nos yeux les ont offerts à notre unique  Seigneur Jésus Ressuscité.

 

Nous avons expérimenté les saintes souffrances qui nous font passer peu à peu du vieil homme à l’homme nouveau, c’est-à-dire à l’homme ressuscité. L’Eglise notre mère spirituelle nous a porté avec une infinie douceur durant la Semaine Sainte, car elle sait ô combien nous pouvons être blessés sur les routes de notre cheminement vers Dieu et dans notre existence personnelle et ecclésiale.

 

Notre Père Céleste nous a béni de Ses deux mains à travers la célébration de la Divine Liturgie depuis la résurrection de Lazare, en passant par le dimanche des Rameaux et la sainte Cène et enfin le grand et lumineux Dimanche de Pâque, par les saints Offices priants et de grande richesse spirituelle de la Semaine Sainte. Il a lui-même veillé sur chacun d’entre nous pour que nous puissions vraiment vivre la Pâque du Seigneur et notre propre pâque.

 

Contemplons la sainte Eglise du Ressuscité. Tout est lumière, les portes sont ouvertes y compris celles du Saint des saints, ceci pour nous faire connaître que nous devons nous aussi, nous ouvrir pleinement à la puissance de renouvellement que donne la Résurrection.

 

Vous savez que le temps Pascal est celui où le Ressuscité visite ici et là, certains de ses disciples, comme il l’a fait pour les pèlerins d’Emmaüs, afin de leur donner une parole personnelle à incarner dans leur vie, veillons donc. Prions-Le avec toute la force et la confiance que donne la Résurrection de nous rendre capable de l’accueillir, pour éclairer notre cheminement existentiel. Que le Ressuscité, révèle ou confirme pour chacun et chacune d’entre nous l’ascèse spirituelle qui convient pour réaliser sa vocation, au sein de l’Eglise et du monde.

 

Nous portons notre propre mystère dans notre cœur profond, là où l’homme nouveau caché, aspire ardemment à la résurrection, et ce qui veut nous empêcher d’accéder à la lumière du Ressuscité, ce sont les nuées des pensées inutiles que cherchent sans cesse à nous emmurer dans les taudis insalubres du monde. Mais, ne sommes-nous pas venu aujourd’hui dans l’Eglise divino-humaine, pour recevoir par grâce « ce que  l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » ? Alors courage nous dit le Ressuscité « J’ai vaincu le monde ».

 

Le Christ est Ressuscité et à lui soit la Gloire avec le Père et l’Esprit dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon