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dimanche 18 février 2024

Zachée le Publicain

 

(LUC 19, 1 à 10)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.



Aujourd’hui, L’Eglise nous invite à accompagner le Seigneur chez Zachée le Publicain, homme méprisé par le pouvoir religieux en place, afin de se mettre à table avec lui et partager un repas matériel et spirituel. L’Ecriture nous dit : « Jésus entrait dans Jéricho et traversait la ville. Et voici, un homme du nom de Zachée cherchait à voir Jésus, mais il ne le pouvait pas parce que la foule était là et qu’il était petit de taille ». Que signifie cela ?

 

La ville peut être vue ici comme une métaphore de l’homme lui-même, car Jésus qui est Dieu se promène volontiers avec nous, au cœur de notre être et de notre vie, la Genèse nous rappelle que « Dieu se promenait le soir dans le Paradis et conversait avec notre ancêtre, Adam ». Ailleurs, le Psalmiste nous dit : « Jérusalem, bâtie comme une ville harmonieuse, où tout forme un grand corps », d’autres textes existent qui montrent la « ville » comme une métaphore de l’homme. Mais pour que Jésus s’arrête et nous parle, nous devons avoir le désir de le voir et de le rencontrer, avant de pouvoir comme Zachée, nous attabler avec lui et recevoir un enseignement spirituel vivant et vivifiant.

 

Que fait Zachée pour voir Jésus ? Il s’élève au-dessus de lui-même et s’extirpe des limites que lui imposent et la ville et sa taille, et nous alors, quel moyen avons-nous pour nous élever au-dessus de nous-mêmes à la rencontre de Jésus ? Un sycomore ? Non, mais l’arbre de vie qui est la Croix du Seigneur, la Croix qui nous élève de la terre au ciel, et où est plantée cette Croix ? Dans l’Eglise et dans notre cœur, oui, l’Eglise est notre sycomore spirituel sur lequel l’Esprit Saint nous greffe et fait de nous, une vigne sainte et sacrée pour le Seigneur.

 

Les véritables rencontres ne se font pas dans l’agitation extérieure, au milieu de la foule imprévisible et bruyante, mais à l’intérieur des cœurs et des maisons, dans le calme et dans un esprit de méditation et de prière. Aussi étrange que cela puisse paraître à des regards superficiels, la maison de Zachée le Publicain prophétise l’Eglise, car la grande rencontre entre Dieu et l’homme, se réalise dans l’Eglise et autour du Banquet spirituel et religieux préparé par le prêtre sur l’Autel saint et sacré.

 

Nous ne pouvons absolument pas accueillir la connaissance divine, si nous ne décidons pas une fois pour toutes, de mettre à la base de notre existence, notre désir réel de la communion et de la recherche de Dieu en nous et autour de nous. L’Eglise orthodoxe, possède la plénitude de l’expérience religieuse qui peut nous apprendre comment mettre en œuvre, la rencontre personnelle et ecclésiale en théorie et en pratique avec Jésus, notre très Saint Dieu.

 

Connaissez-vous un autre lieu saint et béni, en-dehors de l’Eglise, dans lequel la célébration liturgique s’enracine dans la profondeur de la sagesse divine, dans la noble hauteur du monde céleste des saints et des anges, dans la largesse inépuisable qui englobe l’humanité dans l’amour divin, là où tout homme et toute femme de bonne volonté peut devenir un seul esprit avec Dieu.

 

Cette foule qui entourait Zachée comme une nuée, symbolise l’ensemble des pensées, paroles et actes qui constituaient le quotidien de Zachée. Ne sommes-nous pas comme Zachée envahit par une foule de pensées, de paroles ou d’actes ? Ne sommes-nous pas de petite taille comme Zachée, dans notre vie spirituelle encore balbutiante pour prétendre voir le Seigneur « en esprit et en vérité »,  mais comme Zachée nous avons reçu la grâce d’appel pour aller à la rencontre de ce Jésus dont nous avons entendu parler. Ce même Jésus, Rabbi prophétique et charismatique, qui ressuscite les morts, fait voir les aveugles, entendre les sourds, guérit les maladies incurables, qui parmi nous ne désire le rencontrer ? Cette attitude sage de Zachée, correspond à cette autre parole du Seigneur « venez et voyez », adressée à ceux qui indécis, ne savent pas comment se déterminer face à Jésus.

 

Zachée trouve une astuce pour pallier à sa petite taille, car dit L’Ecriture : « Zachée courut en avant et monta sur un Sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là », la traduction du Sycomore est « figuier » et vous n’ignorez pas que Jésus cite cet arbre à plusieurs reprises, par exemple, il met en relation directe et profonde le « figuier qui bourgeonne » avec la venue du « Royaume de Dieu ». Zachée ne monte t-il pas sur un figuier pour voir ce Jésus que nous les chrétiens confessons comme Dieu ?

 

Lorsque Jésus rencontre Nathanaël, celui-ci est debout sous un figuier et Jésus dit de lui voici un « vrai Israélite en qui il n’y a aucune tromperie ». Zachée redescend du « Figuier » et appelle Jésus : « Seigneur », Nathanaël sous le figuier dit à Jésus : « Rabbi tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d’Israël », mystère paradoxal auprès du figuier autour duquel se révèle la parole divine dans le cœur des hommes. Dans la Bible, les Sycomores sont situés dans les Bas-Pays, il y a là toute une symbolique religieuse dont la méditation approfondie à laquelle je vous encourage, serait fructueuse, pour pénétrer la pensée biblique et illuminer de sagesse l’humanité.

 

En réponse à Zachée, l’Ecriture dit : « arrivé en cet endroit, Jésus leva les yeux et dit : Zachée, descend vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi, et aussitôt Zachée descendit et reçut Jésus avec joie, ce que voyant, tous murmuraient et disaient : il est descendu chez un pécheur ». Ce même Jésus nous dit aussi à chacun, bien que nous soyons pécheurs, descend de l’arbre que tu t’es façonné pour me chercher, car aujourd’hui, Je veux demeurer en toi, comment ? Par ta communion sainte et sacrée à mon Corps et à mon Sang pour la vie éternelle.

 

Pourquoi Jésus demande t-il à Zachée de descendre de l’arbre ? Parce que nous ne pouvons pas connaître le Seigneur si nous restons bloqués en haut de l’arbre ou dans notre tête, c’est à dire, si notre approche de Dieu reste purement rationnelle ou intellectuelle. Beaucoup de Traditions religieuses représentent l’homme comme un arbre avec ses racines, son tronc corps et sa cime-tête, là aussi le symbolisme est réaliste et profond. Il est donc nécessaire de descendre sur terre, c’est à dire dans notre corps et dans l’humaine réalité, pour y semer la parole de Dieu et porter des fruits spirituels.

 

Pourquoi Jésus demande t-il à Zachée de descendre vite ? Pour souligner combien Dieu aime Zachée et combien Dieu est comme empressé de parler avec Zachée face à face, ce qui nous renvoie au Paradis là où Dieu « à la brise du soir, parlait à Adam, face à face », Dieu aime l’homme, ne s’est-IL pas incarné pour retrouver, enseigner, restaurer et sauver l’humanité ?

 

Zachée nous montre quelle est l’attitude spirituelle qui convient parfaitement à cette rencontre avec le Seigneur Jésus, c’est le « recevoir chez nous et en nous avec joie », cette joie dont le Christ nous dit que « nul ne pourra nous la ravir ». La joie de Dieu est l’absolu contraire du rire bruyant et saccadé qui secoue les hommes enivrés d’eux-mêmes. La seule chose qui puisse et qui doive attrister l’homme, c’est son péché, car le péché met une séparation entre l’homme et Dieu, entre l’homme et l’Eglise, entre l’homme et l’homme.

 

 

 

L’Ecriture souligne que « dans cette foule, tous murmuraient et disaient : il est descendu chez un pécheur », mais dites-moi, qui donc était sans péché à la venue du Christ, serait-ce cette foule qui juge et critique Jésus le saint Prophète ? Une foule fermée sur elle-même et qui ne juge que sur la seule apparence des êtres et des choses, peut-elle discerner, que devant elle se tient le Messie d’Israël, le Saint de Dieu annoncé par tous les prophètes ?

 

Dans cette foule, dans toute foule, chacun doit d’abord apprendre à se distinguer comme un individu avec sa propre histoire unique héritée de manière singulière depuis Adam à travers ses ascendants, et ensuite acquérir peu à peu la qualité de « personne » qui est le signe de la réalisation spirituelle. La personne, au sens de la théologie des saints Pères, ne peut naître que de Dieu et avec Dieu dans un contexte religieux et spirituel spécifique, et qui est pour nous orthodoxes, la sainte Eglise.

 

Et Jésus dit à Zachée : « aujourd’hui le salut est arrivé pour ta maison, parce que toi aussi, tu es un fils d’Abraham », non pas un fils d’Israël, mais d’Abraham qui est le Père des croyants, de tous les croyants, et qui existait avant le judaïsme d’Israël. Le salut de Dieu ne peut pas arriver dans un homme, une maison, dans l’Eglise, si personne n’est là pour y croire, l’espérer, le demander. Existe-t-il un désir supérieur à celui de devenir par grâce ce que Dieu est par nature ? Devenir dieu par grâce et offrir la louange orthodoxe à la Divine Trinité.

 

Etre déifié, car c’est cela être sauvé et recevoir la vie éternelle à venir dans le Royaume de Dieu, être présent au sein de la Cour céleste, avec la Mère de Dieu, les Saints et les saints Anges. Cette vérité est inscrite dans l’humanité dès la création de l’homme, et si Dieu l’a enracinée dans notre être, c’est qu’il est possible d’y accéder. Le Tentateur nous susurre que croire cela, c’est être orgueilleux et que de toute façon, c’est impossible aux pécheurs que nous sommes. N’écoutons que les promesses du Seigneur, car il est fidèle absolument, quelques soient nos chutes et nos résistances, persévérons dans la sainte espérance en Dieu.

 

L’Evangile termine sur cette parole de Jésus disant : « car le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu », qui peut oser dire une telle parole, si ce n’est Jésus qui est le Dieu tout-puissant, car si Abraham est antérieur à Israël, Jésus le Verbe est à l’origine et antérieur à Abraham et à toute création. Le Seigneur insiste bien et dit : « qu’IL est venu sauver ce qui était perdu », cela signifie clairement qu’aucun salut ne peut venir de l’humanité elle-même. L’homme doit exprimer son désir d’être sauvé, et c’est par sa présence aimante, active et régulière dans les célébrations liturgiques de l’Eglise et dans son existence orthodoxe au cœur du monde, qu’il peut témoigner de son désir « d’être comme le Seigneur ».

 

Que Dieu nous donne par la grâce de l’Arbre de la Croix, de nous unir à Lui afin de traverser le monde de la survie et des ténèbres en suivant le chemin de la vie et de la lumière orthodoxes répandues à profusion dans notre très sainte Eglise, pour illuminer et nourrir de bénédictions toute l’humanité. Peut-être quelqu’un demandera, et comment puis-je m’unir au Seigneur ? Par la voie royale bénie par l’Eglise, c’est-à-dire, la prière liturgique et personnelle, saint Paul ne nous demande-t-il pas de « prier sans cesse », car sans prière nous guette pour nous perdre, le royaume des illusionnistes et des sables mouvants sur lesquels aucune vie spirituelle ne peut se réaliser.

 

Au Père de Jésus et à notre Père, au Fils de l’Homme qui est aussi le Fils Unique du Père Céleste, à L’Esprit Saint qui procède du Père, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

dimanche 4 février 2024

L’aveugle de Jéricho

                                                                   (Luc : 18, 35 à 45).

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous rends témoins du passage qui va des ténèbres vers la lumière, et ce miracle s’accomplit pour un homme aveugle assis au bord du chemin et qui mendiait. L’Eglise est une icône de ce chemin sur lequel se trouve la foule des croyants, parmi lesquels sont assis des aveugles, des sourds, et d’autres encore, la Divine Liturgie est-elle autre chose que de crier comme l’aveugle : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ». Le Seigneur emprunte ce chemin qu’est l’Eglise, à chaque fois qu’IL vient se donner comme Médecine divine à chacun d’entre nous par Son Corps et Son Sang.

 

L’Eglise est donc ce chemin par lequel peuvent aller vers le Christ, ceux qui cherchent la guérison spirituelle, il nous faut donc déblayer en nous et autour de nous, ce qui pourrait faire obstacle à notre salut et refuser d’écouter la foule qui nous ordonne de nous taire. Ainsi l’Evangile de ce jour, nous dévoile l’espérance que partage ensemble, le Seigneur Jésus et cet homme aveugle, de quoi s’agit-il ? Eh bien, en vérité, l’espérance de Jésus est que quelqu’un sur le chemin l’interpelle et lui demande d’exaucer sa prière, par exemple la vue pour cet aveugle, et moi, que voudrais-je donc demander à Dieu ? L’espérance de l’aveugle, est que quelqu’un entende son cri de solitude et de souffrance, et ce quelqu’un pour lui aujourd’hui, c’est le Seigneur qui passe et qui s ‘arrête à sa hauteur, car en vérité, Dieu seul peut accomplir le miracle de lui rendre la vue physique et la vision spirituelle. L’aveugle est donc pour nous comme un guide, ne sommes-nous pas plus ou moins aveugle et même sourd, pour ne pas se laisser réduire au silence par cette foule extérieure agitée, l’aveugle a commencé par pacifier ses foules intérieures que sont les pensées, en faisant cela tout au long de son existence, il a reçu ces oreilles dont le Seigneur dit « que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ». Il a fini par entendre en lui, la voix du Seigneur qui lui a fait cette promesse « Je viens pour te guérir », n’est-ce pas ce qui en vérité lui est arrivé !

 

Cet homme aveugle, comme toute personne souffrante, désirait la guérison, il la voulait de toute son âme, c’est pourquoi cette foule menaçante ne pouvait l’obliger à se taire. Devant une telle foi intérieure, L’Esprit Saint lui-même a mis dans son cœur et sur ses lèvres, les paroles qu’il a crié vers le Prophète Jésus qui passait par là. Dieu seul, peut donner la « vie, le mouvement et l’être », alors si nous voulons nous aussi guérir, que devons-nous accomplir ? C’est simple, prions et demandons à Dieu de nous accorder la grâce de laisser agir en nous la sagesse de l’Eglise, des Prières et de la Divine Liturgie, la célébration liturgique est l’alpha et l’oméga qui engendre l’être orthodoxe, avec la même espérance que l’aveugle de « voir et d’entendre Dieu ».

 

Comment ? En apprenant avec la grâce de l’Esprit Saint, à « être un et uni » avec la célébration liturgique, sans nous inquiéter de la multitude des pensées qui nous parasite au-dedans et au-dehors. L’aveugle est là  depuis de nombreuses années à espérer justement qu’un miracle soit possible pour lui aussi. Pourquoi a t-il cette espérance en lui déjà comme une lumière ? Parce que l’espérance de la guérison spirituelle est connaturelle à l’être humain, Dieu habite et vit au cœur de l’homme, c’est pourquoi, il est toujours possible à tout homme et à toute femme de bonne volonté, de dialoguer avec Dieu, comme le faisaient Adam et Eve dans le Jardin d’Eden. L’aveugle connaissait Jésus, il en avait entendu parler, Il espérait et croyait comme tout Juif pieux de son époque, à la venue du saint Messie annoncé par les Prophètes, ce Messie qui devait s’incarner pour délivrer Israël et sauver l’humanité perdue. Ce Jésus dont la réputation était venue à ses oreilles et qui aujourd’hui s’arrête auprès de lui, son cœur brûlant lui murmure alors, c’est lui le Messie. C’est lui, ce Rabbi charismatique qui fait des miracles, alors l’aveugle s’est dit en lui-même du fond de son cœur, que lui aussi, pourrait bénéficier aujourd’hui de la grâce que ce prophète thaumaturge sème avec une divine générosité en Israël.

 

Que signifie, l’aveugle mendiait ? Cela signifie ici « bienheureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés ». Celui qui mendie manque souvent de tout, survit avec à peine le nécessaire, mais lui, ce n’est pas de nourriture ou de boisson qu’il était en manque, non, il voulait que justice lui soit rendue afin de « voir », être clairvoyant pour contempler la vie et l’existence dans toute sa plénitude. Jésus est cette plénitude divino-humaine incarnée parmi nous, Jésus est le véritable et l’unique bien-aimé, que l’âme religieuse désire et espère. Ainsi cet aveugle, est une icône du mendiant authentique qui est celui des saintes Béatitudes et en particulier de celle qui promet : « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Il était aveugle selon le corps et dans une pensée faussée par les bruits stériles du monde, et le voilà devant nous « voyant » selon la lumière divine.

 

Le Christ n’est-il pas Dieu, cet aveugle a donc bien vu Dieu face à face en Jésus, il se voit maintenant lui-même, l’humanité et la création avec la sagesse et la beauté du regard divin. Mais nous le savons, il existe des cécités bien plus douloureuses que la cécité physique, et dont la guérison plénière ne peut commencer que par une véritable conversion intérieure, un retournement spirituel dont les étapes « me » sont transmises par la grâce et la sagesse de l’Eglise, afin de discerner ce qui « me » rend aveugle et donc m’empêche de voir Jésus face à face.

 

L’Ecriture dit : « entendant marcher la foule, l’aveugle demanda ce que cela signifiait. On lui annonça que c’était Jésus de Nazareth qui passait par là. Alors il s’écria : Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». Que signifie, entendant marcher la foule ? Cela signifie que lui l’aveugle, a entendu qu’au cœur de cette marche était une présence singulière, son cœur devenait brûlant, quelque chose d’inouïe et d’essentiel se passait à côté de lui et ne concernait que lui, car en vérité, le Seigneur amour est passé là pour rendre la vue à cet homme seul et aveugle, oui, le Dieu-Homme très saint avait rendez-vous avec sa créature souffrante.

 

L’Evangile poursuit : « ceux qui marchaient en tête le menaçaient pour qu’il fasse silence, mais il criait d’autant plus fort : Fils de David, aie pitié de moi » ! Que signifie il criait d’autant plus fort ? Cela signifie que l’Esprit Saint est venu vivifier sa prière, et que celle-ci après avoir rempli son cœur, déborde sur ses lèvres et s’élève de toute sa force intérieure vers le Sauveur. Cet aveugle s’enracine et expérimente cette réalité de l’esprit des Béatitudes : « bienheureux serez-vous, lorsqu’on vous persécutera, qu’on vous maltraitera… ». L’aveugle ne se laisse pas impressionner, il a perdu la vue et le voilà prêt à perdre la vie devant cette marée humaine qui telle une vague menace de l’engloutir. Car dans son cœur sa prière s’élève vers Jésus et le tourne tout entier vers « Celui » dont il sait maintenant avec certitude qu’il peut lui rendre la vue. De même, ne nous laissons pas éconduire et diriger vers les chemins de la perdition, que les foules voraces qui nous habitent voudraient nous imposer, cette multitude de pensées, paroles et actes qui sous les ordres du vieil homme inculte veulent nous empêcher de crier vers le Seigneur Jésus : « Fils de David, aie pitié de moi ».

 

Alors dit l’Ecriture : Jésus s’arrêta et ordonna de le conduire vers lui. Quand il fût près de lui, il lui demanda : que veux-tu que Je fasse pour toi » ? O l’immense humilité du Dieu-Homme, l’amour infini du Dieu vivant et compatissant envers sa créature, Lui, l’un de la Sainte Trinité, se met au service de l’aveugle et lui demande quelle est ta volonté, que désires-tu et moi que tu appelles « Seigneur », je t’obéirais et je t’exaucerais ! Bénissons et prions, rendons gloire à Dieu, qui nous fait le don de la vision intérieure, notre être entier ne s’ouvre t-il pas devant Jésus doux et humble de cœur ? Là où est l’humilité, là où est notre prière, là où réside notre espérance, là est aussi la route sur laquelle Jésus vient à notre rencontre. Là où est notre sainte et véritable hospitalité religieuse et fraternelle les uns envers les autres, là est possible le miracle de toute guérison spirituelle. Cherchons avec foi à cultiver notre désir de contemplation comme  cet homme aveugle pour nous réunir en esprit et en vérité dans les églises et les monastères, ayons de la compassion comme Jésus, envers l’homme et l’humanité souffrante, ne jugeons rien ni personne, alors Dieu s’arrêtera auprès de nous aussi pour « me » demander : « que veux-tu que Je fasse pour toi ? »

 

L’aveugle répondit : « Seigneur, fais que je recouvre la vue ! Jésus lui dit : que la vue te soit rendue ! Ta foi t’a sauvé ! ». Que signifie : « que la vue te soit rendue » ? Où donc, l’homme a t-il perdu la vue, où a t-il perdu la grâce de voir Dieu ? N’est ce pas dans le Jardin Céleste avec la chute adamique? Dieu dira à Moïse : « cache toi derrière ce rocher, Je passerais et tu me verras de dos, car nul ne peut voir Dieu et vivre » ! O la miséricorde insondable de notre Père Céleste, ne voyons-nous pas que cette vue perdue dans l’Eden nous est redonnée aujourd’hui comme à cet aveugle dans l’Eglise, il voit, nous voyons Dieu en Jésus non de dos comme Moïse, mais « Face à face ».

 

L’expérience de la cécité a tourné vers l’essentiel cet homme aveugle, il a supporté sa condition si difficile, et son cœur s’est tourné progressivement vers l’unique nécessaire, et c’est celui qu’il appelle « Seigneur », là au milieu de nous, qui va lui faire don de la plus désirable des Béatitudes, en lui rendant la vue, le Seigneur lui donne de le voir et de le reconnaître comme Dieu. Il n’est plus dans le regard extérieur sur les êtres et les choses, il est dans la lumière divine, dans le véritable discernement spirituel, c’est à dire que cet homme sait qui il est et il sait aussi qui il suit : Jésus son Seigneur.

 

C’est pourquoi, il est écrit : « à l’instant même il recouvra la vue, et il suivit Jésus en rendant gloire à Dieu ; et tout le peuple, voyant cela, célébra les louanges de Dieu ». Suivre Dieu, rendre gloire et louange à Dieu est le signe manifeste que l’être est devenu une personne spirituelle et l’expression  de cet homme renouvelé est la célébration sainte et lumineuse de la Divine Liturgie. Alors peut s’ouvrir pour lui le « chemin de la sainteté personnelle », et comme nous l’avons dit dans une autre homélie: « que de joie dans le ciel parmi les anges pour une seule âme sauvée », mais plus encore « que de joie au sein de la Divine Trinité pour un seul homme qui devient : un saint ».

 

Au Père qui a compassion de notre aveuglement, au Fils qui est venu pour nous rendre la vue, à l’Esprit Saint qui nous donne la vision spirituelle, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.  

 

+ Syméon

                                                                                                                

 

dimanche 28 janvier 2024

Le jeune homme riche


(Math. 19, 16 à 26)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous transmet cette parole vivifiante du Seigneur « si tu veux la vie, observe les commandements divins », puisque ces commandements nous sont donnés par Dieu, rencontrer Dieu à travers eux devrait devenir notre priorité existentielle, selon cette autre parole du Christ « vends tout ce que tu possèdes et suis-moi », entendant cela, le jeune homme riche s’en alla attristé, car il avait de grands biens, cette attitude est à l’opposé de celle qui est utile pour suivre le Christ, à savoir « le renoncement », renoncer n’ayant rien à voir avec se renier ou se dépouiller de manière irréfléchie, mais à instaurer une relation d’humanité à travers les biens, tant matériels que spirituels. 

 

L’attitude du jeune homme riche est un témoignage qui confirme la parole du Seigneur disant « que sert-il à un homme de posséder le monde entier, s’il y perd son âme », même si, ce jeune homme dit lui-même que depuis son enfance, il met en œuvre la loi mosaïque, qu’il est un Juif pieux et pratiquant, oui, nous pouvons nous aussi comme lui, nous illusionner totalement si nous pensons que la seule pratique extérieure des rites et des savoirs purement intellectuels suffisent pour vivre selon l’évangile de vie et être sauvé. 

 

L’Evangile de ce jour, souligne qu’en vérité ce n’est pas la seule « quantité des biens » qui nous freine ou nous empêche de suivre le Christ, mais la qualité de notre relation au Christ et à nous-mêmes, on peut être attaché très fortement et parfois plus à peu qu’à beaucoup de biens. La majorité des humains ne roule pas sur l’or, comme dit le dicton populaire, et pour autant ne suivent pas le Christ, ni la grande richesse, ni la petite richesse, ni même la pauvreté matérielle, ne sont un obstacle pour celui ou celle qui désire et qui décide de suivre avec ténacité notre Seigneur. En réalité, le mur de séparation entre Dieu et l’homme, n’est autre que l’homme lui-même, selon le désir profond et le sens qu’il veut donner à son existence, si par exemple, une voie religieuse claire est choisie, il sera possible de se donner les moyens matériels et spirituels de la réaliser. 

 

L’Eglise a reçu de Dieu cette vocation à donner au croyant l’aide spirituelle sans laquelle, il est impossible de cheminer avec le Christ, cette aide fondamentale est basée en premier sur la célébration liturgique qui donne la communion au très saint Corps et Sang du Seigneur. Cette communion essentielle et substantielle est accompagnée par l’enseignement évangélique nécessaire à la compréhension des saints mystères que célèbre l’Eglise orthodoxe, compréhension qui demande l’union de la lettre et de l’esprit. Saint Paul dans 2 Cor, 3-6 rappelle que la « lettre tue, mais l’esprit vivifie », il ne dit pas que la lettre est meurtrière par nature, mais elle peut le devenir à chaque fois que l’homme se radicalise dans une attitude non purifiée par la lumière de l’esprit. 

Pour proposer au jeune homme riche des outils de discernement, le Seigneur lui ouvre un chemin spirituel possible en nommant les causes principales à la source des conflits intérieurs et extérieurs, que dit-il ? « tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de témoignages mensongers, aime ton père et ta mère et ton prochain comme toi-même ». 

 

« Tu ne tueras pas » est le premier commandement cité, tuer est la négation de la vie, c’est une aberration et une perversion de la nature humaine, c’est une réalité irréversible qui ne peut trouver de pardon qu’en Dieu le créateur de la vie, par une conversion intérieure profonde à l’image du fils prodigue, car ce que l’homme a tué comment pourrait-il le restaurer ? Ce drame presque absolu au sein de l’humaine condition, trouve un écho dans le meurtre d’Abel par son frère Caïn, tragédie indicible qui marque comme au fer rouge l’âme et s’incarne au cœur même de la mémoire collective et inconsciente de l’humanité, car l’homme oublie que Dieu ne demande « ni holocauste ni sacrifice humain ».

 

Unir la lettre avec l’esprit, c’est apprendre à unir l’intelligence avec le cœur, et construire ainsi l’harmonie de l’être vivant selon la sagesse divino-humaine, cette quête de l’équilibre est inaccessible à la seule pensée ou aux paroles non suivies d’actes spirituels. L’apôtre Jacques en son épître 5, 6 écrit « vous avez tué le Juste, qui ne vous a pas résisté », ce juste est le Christ, victime innocente de la désunion quasi totale entre la lettre et l’esprit, de la rupture entre le cœur et l’intelligence, qui amplifie les ténèbres de l’homme sans foi ni loi.  

 

Arrêtons-nous un peu sur le dernier commandement que le Christ recommande au jeune homme riche « tu aimeras ton prochain comme toi-même », cette parole est le début, le milieu et la fin de toute l’ascèse orthodoxe, seule la culture de l’amour divino-humain du Seigneur, peut empêcher de tuer, voler, mentir, il ne  s’agit pas ici d’un amour philosophique, pétri par l’argile périssable des sentiments émotifs, des belles paroles superficielles et sans avenir, dont nous savons qu’il ne peuvent pas survivre dans la réalité de la vie concrète. 

 

L’amour dont le Seigneur parle trouve son expression qualitative dans le chant du Cantique des cantiques, chant des fiançailles entre l’âme et Dieu, entre l’homme et la femme, écoutons-le qui chante « où es-tu ma bien-aimée, ma colombe, mon unique beauté » ou encore « où es-tu mon bien-aimé, mets-moi comme un sceau sur ton cœur, mets-moi comme un sceau sur ton bras, car l’amour est plus fort que la mort ».

 

En vérité, un tel amour est celui que nos Saints Pères et Saintes Mères ont vécu dans leur relation aimante avec Dieu, un tel amour est proposé à tout homme ou femme dans l’Eglise qui est par vocation d’essence nuptiale. N’est-ce pas cet amour divino-humain qui seul est en mesure d’éradiquer le mur de séparation de l’homme avec Dieu, de l’homme avec la femme, de l’homme avec l’homme, de l’homme avec la création divine. 

Dieu proposerait-il un amour qui serait incompatible et hors de portée de la nature humaine, lui qui nous dit « aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimé » ?  Nous voici à la croisée du chemin de l’existence, qui choisirons-nous de suivre, le Christ amour absolu qui peut et veut vivifier notre vie entière ou les chemins hasardeux de l’errance entre la multitude des tentations incapables de nourrir notre désir d’une vie qui vaille la peine d’être vécue.

 

Nous n’ignorons pas que le Seigneur nous dit « sans Moi, vous ne pouvez rien faire », certainement l’acquisition de l’état de christ aimant, saint, humble et sage, est hors de portée par nos seules forces humaines, mais nous croyons qu’il est tout à fait possible d’y travailler et de trouver pour une telle ascèse toutes les grâces et aides utiles au sein de l’Eglise orthodoxe. 

 

Au Père, source de l’Amour, au Fils amour incarné et à l’Esprit d’amour, soit la gloire, dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon 

 

 

 

samedi 20 janvier 2024

La Théophanie

 

Homélie du P. Placide Deseille pour la fête de la Théophanie.

 

   

La fête de la Théophanie a dans l'année chrétienne une importance au moins égale à celle de Noël. Ceci apparaît d'abord dans la structure liturgique elle-même de cette fête. Elle est précédée d'une vigile au cours de laquelle on célèbre les grandes heures, les Heures Royales, pendant lesquelles nous entendons lire déjà certains Psaumes, certains textes de l'Ancien Testament qui reprennent tous les thèmes fondamentaux de la fête. Puis il y a l'agrypnie, semblable à celle de Noël. À Noël, le Seigneur vient parmi nous, mais il vient presque secrètement, il se manifeste à sa Mère, la Vierge Marie, à Joseph, aux bergers et bientôt aux mages venus d'Orient, mais tout cela est extrêmement discret, secret même, pourrait-on dire. Deux évangélistes seulement, saint Matthieu et saint Luc, ont recueilli de la bouche de la Mère de Dieu, de saint Joseph, de leur entourage, des souvenirs relatifs à ces premiers mois, à ces premières années du Seigneur.

Mais aujourd'hui, c'est la manifestation officielle, pourrait-on dire, du Christ (Mt. 3, 13-17). Il apparaît vraiment comme le Sauveur qui vient parmi nous et qui se manifeste pleinement à son peuple. Et il est un personnage qui joue un rôle tout particulier dans cette manifestation : le saint Précurseur Jean-Baptiste. Saint Jean-Baptiste, qui apparaît tout au long des textes qui nous racontent le baptême du Christ ; saint Jean-Baptiste, dont nous célébrerons d'ailleurs la synaxe en lien étroit avec la fête de la Théophanie. Saint Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes, car, si les prophètes avaient annoncé que le Christ viendrait, que le Messie viendrait, saint Jean-Baptiste, lui, annonce qu'il est là. Il nous le montre, il le désigne, et il est appelé à le baptiser lui-même. Et au cours des offices de la Théophanie, des textes admirables veulent exprimer les sentiments de saint Jean-Baptiste, son humilité, et ce frémissement d'adoration qui le pénètre tout entier.

Le Christ vient ainsi au Jourdain pour être baptisé par Jean. Il se manifeste en venant comme un pécheur parmi les pécheurs, montrant par là qu'il a pris sur lui notre péché ; il a pris sur lui le péché du monde. Non pas que le Christ ait jamais, bien sûr, commis le moindre péché personnel, mais il a pris sur lui, réellement, le péché du monde. Il a assumé notre humanité dans son état de péché, et c'est pour manifester cela qu'il vient aujourd'hui se faire baptiser de la main de Jean. C'est en ce sens, comme il le disait lui- même, qu'il vient « pour accomplir toute Justice ».

Ce baptême du Christ revêt une signification toute particulière, car le Christ annonce déjà, par ce geste symbolique, en se plongeant dans les eaux et en ressortant, sa mort et sa Résurrection. Il prend sur lui le péché du monde, il se plonge dans les eaux, mais au contact de son corps vivifiant, ces eaux ne sont plus des eaux destructrices comme celles du déluge, ce sont des eaux qui se transforment en fleuves du Paradis, en sources vivifiantes, dont tous ceux qui s'y plongeront ensuite par le saint baptême recevront la vertu bienfaisante.

Oui, c'est par son baptême au Jourdain que le Christ a instauré le sacrement, le «mystère» du baptême, à la fois comme signe prophétique de sa mort et de sa Résurrection personnelles, et comme « mystère », comme sacrement de notre participation à cette mort et à cette Résurrection.

On doit remarquer combien sont nombreux les rappels d'images et de figures de l'Ancien Testament que l'on peut discerner dans cette scène du baptême. Il y a d'abord, bien sûr, le fleuve du Jourdain lui-même, qui est comme une seconde mer Rouge, franchie miraculeusement. Il y a la voix du Père, la voix du Père qui était déjà présente dans l'œuvre même de la création, la voix du Père qui prononçait la parole créatrice : « Que telle chose soit ! », au cours des six jours de la création, et qui, aujourd'hui, proclame la nouvelle création en son Fils bien-aimé. Et nous voyons aussi l'Esprit-Saint apparaître sous la forme d'une colombe, ce qui nous reporte encore aux premiers jours de la création, car, lorsque le Père créait le monde par sa Parole, le Saint-Esprit était là. Le livre de la Genèse nous dit en effet que « l'Esprit de Dieu planait sur les eaux » (Gen1,2). Et aujourd'hui encore, l'Esprit de Dieu, sous l'aspect symbolique d'une colombe, plane sur les eaux du Jourdain pour manifester que c'est une nouvelle création qui s'accomplit, par la Parole du Père, mais aussi par la puissance de l'Esprit-Saint.

Que le Saint-Esprit se manifeste sous forme d'une colombe, cela nous ramène encore à un autre passage de l'Ancien Testament, à la fin du déluge où le retour de la miséricorde de Dieu, où le pardon divin s'était manifesté par la colombe que Noé avait lâchée, et qui revint vers l'arche porteuse d'un rameau d'olivier. La colombe est le signe de la réconciliation de Dieu avec l'humanité. Et cette colombe qui plane sur les eaux du Jourdain, qui plane au-dessus du Christ lui-même au moment du baptême, manifeste ainsi que tout ce déluge du péché, virtuellement, potentiellement, est terminé, et que par le Christ, par sa mort et sa Résurrection, le péché va être vaincu, que par le Christ, dans le Christ, le Père accorde son pardon à l'humanité. Oui, ce n'est pas sans signification que le Saint-Esprit se manifeste ainsi sous la forme d'une colombe, cela évoque beaucoup de choses.

Et puis, l'immersion elle-même du Christ dans le Jourdain et sa sortie du fleuve, nous renvoient d'abord au passage de la mer Rouge, à ce passage d'Israël, libéré de la servitude de Pharaon, image du pharaon spirituel, le démon. Par le passage de la mer Rouge, Israël échappait à la servitude, comme nous, les chrétiens, nous échappons par le baptême à la servitude du démon, pour entrer dans la liberté des enfants de Dieu. Mais après le passage de la mer Rouge, Israël dut traverser le désert ; or le Christ va revivre cela lui aussi, car, dans quelques jours, il sera conduit par l'Esprit au désert pour y affronter Satan, pour lutter à visage découvert contre lui pendant quarante jours, qui rappellent les quarante ans qu'Israël passa au désert, soumis à de multiples tentations. Pour nous, les quarante jours du carême, qui viendront bientôt, seront un rappel de ces quarante jours du Christ au désert.

Le baptême du Christ dans le Jourdain nous rappelle aussi le passage du Jourdain par le peuple d'Israël, à l'issue de ces quarante ans d'errance au désert, sous la conduite de Josué, dont le nom est le même que celui de Jésus (ce sont deux transcriptions différentes du même nom). Josué conduisait le peuple à travers le Jourdain, miraculeusement asséché comme l'avait été la mer Rouge, mais cette fois pour entrer dans la terre promise. De même, le Christ, par son baptême, nous fait entrer avec lui, à sa suite, « en lui » dans la vraie terre promise. La vraie terre promise, qui, en réalité, est le ciel ; or, justement, dans cette scène du baptême du Seigneur, nous voyons les cieux s'ouvrir. Que les cieux s'ouvrent ainsi est également loin d'être sans signification : cela montre que nous pouvons maintenant, à la suite du Christ, notre véritable Moïse, notre véritable Josué, entrer dans la vraie terre promise qui est le royaume des cieux, où nous pénétrons déjà par notre baptême. Notre baptême, dont nous devrons revivre le mystère tout au long de notre vie chrétienne, en attendant la révélation de notre vie céleste dans l'au-delà. Un grand auteur orthodoxe, saint Nicolas Cabasilas, au XIVe siècle, insistait beaucoup sur le profit qu'il y a pour les chrétiens à relire et à méditer les textes eux-mêmes de la cérémonie du baptême, car ils nous révèlent ce que nous sommes, et ce que, en même temps, nous devons devenir. Ils nous révèlent ce que nous sommes déjà devenus radicalement, et ce que nous devons devenir toujours plus réellement, dans une plénitude toujours croissante, tout au long de notre vie chrétienne.

Cette fête de la Théophanie du Seigneur nous invite ainsi à repenser toujours à notre baptême, à toujours méditer sur cet immense don de Dieu que nous avons reçu, ce don qui a fait de nous des fils de Dieu, qui nous a greffés sur le Christ ressuscité, sur son Corps glorieux, ce Corps qui a sanctifié les eaux, mais qui déverse maintenant sur nous, tout au long de nos journées, des fleuves de grâces, car toute grâce, toute participation à la vie divine, nous vient par la sainte humanité glorieuse du Christ.

C'est tout cela que nous fait entrevoir cette fête de la Théophanie, et tous ces textes liturgiques, tellement beaux, tellement riches, que nous ne méditerons jamais assez. Et le Père pourra alors, se penchant sur nous, dire aussi de nous : « celui-ci est mon fils bien- aimé ». Chacun de nous doit devenir, dans le Fils unique, fils adoptif du Père, non pas d'une façon juridique et extérieure, mais d'une façon profondément réelle, par une participation véritable à sa vie divine.

Que tout cela se réalise en nous toujours davantage, chaque jour de notre vie, par notre coopération à la grâce de notre baptême ! À la gloire du Père, par le Fils, dans l'Esprit-Saint, Dieu unique à qui soit la gloire dans les siècles.  Amen.

 

dimanche 14 janvier 2024

La voix de Celui qui crie dans le désert

 

(Marc 1, 1 à 18)

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 

 

Aujourd’hui, l’Église nous emmène à la rencontre de saint Jean-Baptiste le précurseur et du Seigneur Jésus que nous confessons comme le Messie prophétisé par Israël pour le salut de l’humanité et la pleine restauration de la création divine, suite au péché ancestral d’Adam et Eve.

 

Jean ne dit pas : « je crie dans le désert », mais « je suis la voix de Celui qui crie dans le désert »,  c’est Dieu lui-même qui crie dans le désert à travers Jean, mais vers qui Dieu crie-t-il avec une telle puissance ? Quel est donc ce désir divin que Dieu porte dans son cœur de Père et auquel son Amour ne peut résister, à qui s’adresse-t-il et que crie-t-il ? Ce cri divin dans le désert est en vérité, l’écho de celui du Père céleste dans le Paradis : « Adam où es-tu ? », Dieu ne cesse de rechercher l’homme son bien-aimé, que ce soit dans le paradis ou dans le désert. Oui, l’amour de Dieu pour l’homme  est tel qu’il en témoigne à nouveau aujourd’hui dans le désert de ce monde aride, tourmenté et dans l’errance avec l’espérance que l’homme lui réponde amen.

 

L’Evangile nous dit « voici que j’envoie mon messager vers toi pour préparer ta route, voix de celui qui crie dans le désert : préparez les voies du Seigneur, rendez droits ses sentiers », l’Evangile de toute grâce ne peut vivifier notre existence que s’il reste cette Bonne Nouvelle qui rejoint chacun et chacune dans son quotidien, qu’il fasse sens là où je mets à l’œuvre mon existence concrète. Les sentiers tortueux qui mettent à mal notre vie, sous lesquels nous nous cachons aux yeux de Dieu comme Adam et Eve se cachaient dans le Paradis, sont nos pensées, paroles et actes, que nous devons aplanir et rendre droits pour engendrer avec Dieu, « l’homme nouveau », dont le modèle unique et absolu est le Messie qui s’avance vers Jean pour être baptisé par lui. C’est pourquoi aucune ascèse n’est meilleure pour chacun d’entre nous que l’acceptation confiante des évènements de sa vie, car c’est dans notre existence réelle que le « « Messie » vient à notre rencontre. C’est ainsi, que notre quotidien existentiel peut devenir une icône fidèle du désert symbolique, où se renouvelle jour après jour cette expérience de la rencontre avec Dieu, pour être baptisé spirituellement au cœur même du monde, par l’onction de l’Esprit de toute grâce.

 

Donc le désert pour Jean c’est d’abord quoi ? C’est tout simplement le lieu où il vit, là où il prend conscience peu à peu de sa vocation de voix du Seigneur, qu’il s’y prépare et la réalise. Le désert est donc d’abord pour chacun et chacune d’entre nous, là où nous sommes, vivons et découvrons notre vocation selon Dieu. Le désert c’est aussi une figure de nous-même, de notre individualité, à travers laquelle Dieu veut se frayer un passage pour nous élever à notre réalité de personne unique, c’est pourquoi comme Jean, nous devons apprendre à entendre et à discerner la Parole que Dieu nous adresse au cœur de notre être, et qui se donne tout particulièrement dans l’Eglise par la médiation sainte et sacrée de la Divine Liturgie. Une autre figure du désert, c’est le monde lui-même, et dans ce monde la voix de Celui qui crie dans le désert, c’est l’Eglise, qui à l’image de Jean appelle l’humanité au baptême de conversion qui prépare au baptême de l’Esprit de Dieu.

 

Marie, Mère de Dieu, est celle qui a su parfaitement se nourrir spirituellement dans le Saint des Saint du Temple de Jérusalem, à travers la Liturgie Synagogale à laquelle elle assistait et ainsi, préparer les voies du Seigneur, aplanir et rendre droit en elle les chemins de l’âme, du corps et de l’esprit, pour accueillir le messager de Dieu annoncé par Israël et Jean Baptiste, c’est à dire le Seigneur Jésus. Mais le désert de notre existence devient stérile lorsqu’aucune parole n’y circule pour dire que vivre et vivre ensemble est possible, ou si nous renonçons à croire que le Messie qui est Dieu, vient et préfère chacun, il n’y a donc pas lieu d’envier l’autre. Notre désert devient stérile lorsque par une fausse ascèse nous renonçons à donner à notre « corps » ce qui lui est naturel et bon, c’est à dire lorsque nous oublions qu’il est par vocation le Temple de l’Esprit Saint.

Notre désert existentiel devient stérile lorsque sous prétexte de vie spirituelle, nous refusons à notre « âme » de cultiver le goût de la « beauté » dans notre vie quotidienne, cette beauté dont Dostoïevski nous dit qu’elle sauvera le monde, il parle ici de la beauté divino-humaine du Christ, Dieu incarné. Les fausses œuvres, fruits amers et indigestes des égo malades, finissent trop souvent par transformer l’âme de ceux qui les admirent en annexe psychiatrique, et leur vie en litanie continue de plaintes, de larmes et de frustrations. Le désert devient stérile lorsque nous ne donnons pas à notre « esprit » sa nourriture vitale qui est la bonne nouvelle de l’Evangile de vie, et qu’à sa place nous nous laissons hanter par des phantasmes et des fantômes sans consistance, œuvres du vieil homme et désert aride où finissent par pousser les mauvaises  herbes de toutes les hérésies.

 

Aujourd’hui, l’Eglise messagère de Dieu, nous est donnée pour préparer tout homme et femme de bonne volonté qui le désire, à éviter les chemins tortueux de la perdition mondaine, non en jugeant le monde, mais en y cheminant sur la voie étroite mais royale qui est le Christ Messie. Et tout comme Jean le Précurseur a tressailli dans le sein de sa mère Elisabeth en entendant la voix de Marie enceinte de Jésus et qui la saluait, de même, nous pouvons tressaillir en entendant la sagesse divino-humaine de l’Eglise nous saluer, car par la foi nous savons que l’Eglise est enceinte de la présence du Seigneur.

 

Jean ascète évangélique, est bien celui que la tradition appelle « homme céleste et ange terrestre » et saint Paul dit qu’un tel homme est « caché avec le Christ en Dieu », Jean a vu ce que l’œil inhumain ne voit pas, il vu en « Jésus, le Saint Messie d’Israël », il a entendu ce que l’oreille mondaine ne peut entendre, il a entendu la voix divine lui dire de Jésus « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur », il a ressenti la très sainte présence de « l’Esprit de Dieu descendu sur Jésus », au moment du baptême dans le Jourdain, expérience inaccessible à l’incroyant au cœur enténébré. Jean s’est recueilli et unifié par sa communion avec le Christ dans l’humilité de son cœur, il témoigne de la réalité des grâces divines que reçoivent ceux qui aiment Dieu et surtout ceux qui mettent en pratique les commandements divins, car « obéir est ici équivalent à aimer Dieu ».

 

Jean le Baptiste et précurseur du Seigneur, le dernier prophète de l’ancienne alliance, s’efface et se dit indigne de dénouer les lacets des pieds de Jésus, mais ce n’est plus une prophétie à venir qui nous est promise, mais Dieu lui-même qui réalise sa parole divine en s’incarnant pour être avec nous jusqu’à la fin des temps. Voici donc que l’Eglise, émerveillée et merveilleuse, resplendit de la présence rayonnante du saint Messie d’Israël et Fils unique du Dieu vivant et nous pouvons chanter avec les saints et les anges, « aujourd’hui le Roi des cieux s’est incarné d’une Vierge » et « ta naissance ô Christ notre Dieu a fait resplendir dans le monde la lumière de l’intelligence, ceux qui servaient les astres sont instruits par l’astre de t’adorer soleil de justice et te contempler, orient venant des hauteurs, Seigneur gloire à Toi ».

 

Alors, prions Dieu pour que Sa Grâce, bénisse nos œuvres et que notre désert devienne ce lieu vivant et vivifiant où dans l’humilité et la simplicité, l’homme apprend à devenir dieu, où le monde devient Eglise, où l’Eglise devient Royaume de Dieu, et que la Gloire soit au Père, au Fils et à l’Esprit qui gouvernent ce Royaume et nous y offrent Leur hospitalité éternelle, amen.

 

+ Syméon

 

dimanche 7 janvier 2024

La Nativité du Seigneur.

 

(Matthieu 2, 1 à 12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous montre comment la Lumière Divine qui s’incarne dans un petit enfant, est refusée par ceux qui préfèrent trafiquer dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Saint Jean dans son prologue ne dit-il pas : « la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue ». Hérode est Juif, il n’ignore rien de l’espérance messianique du peuple d’Israël. Mais Hérode le sanguinaire est possédé par le goût du pouvoir, et cette obsession le vide de toute humanité et de toute compassion, rien alors ne le retiendra plus pour ordonner après le départ des rois mages, le massacre des « saints innocents ».

 

L’Evangile nous dit : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem en disant : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Le Royaume de Dieu est le véritable et unique « Orient spirituel », qui aujourd’hui devant nos yeux, s’incarne pleinement dans l’orient de notre monde, par l’Enfant divin, Jésus le Fils béni de Marie.  

 

N’est-il pas étrange que Dieu nous envoie les rois mages, alors que les synagogues étaient les îlots lumineux qui avaient pour mission d’annoncer et d’accueillir la lumière éternelle, c’est à dire le « Messie » espéré? L’étoile qui guide les rois mages depuis l’Orient, symbolise dans l’homme la « lumière de l’intelligence » qui a pour vocation d’illuminer l’être humain afin de le guider vers le saint des saints qui est son propre cœur pour s’y prosterner et y adorer, l’Enfant Jésus. Offrir notre cœur à Dieu comme une grotte spirituelle, pour que l’Esprit Saint en fasse un sanctuaire, un lieu de vie aimant, vivant et liturgique, pour que notre personne entière puisse recevoir la grâce divine et accueillir l’Enfant Divin incarné. La Nativité est le commencement de notre salut selon cette parole de notre saint Père Athanase « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne dieu », l’univers entier ne peut être comparé à cette immense vocation humaine, « naître au ciel et devenir dieu ».

 

L’Ecriture poursuit : « le roi Hérode, ayant appris la naissance de Jésus, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui ; il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple et s’enquit auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ ». Etre un roi mage, c’est être une lumière sur le chemin de l’humanité, qui a pour vocation de transmettre la grâce divine, c’est à dire la bonne nouvelle de la naissance du Roi des rois, l’humble Enfant divin, pour le salut de l’humanité.

 

Hérode lui, est un roi de pacotille et de comédie, une caricature misérable de la véritable royauté qui est spirituelle, un bouffon ridicule et insensé, affamé et assoiffé non de justice mais de pouvoir, en vérité il ne représente rien ni personne, car son royaume est celui des vaines apparences, du néant. Mais si Hérode n’est rien, qui alors lui donne un tel pouvoir sur nous et en nous? Hérode par analogie, c’est le vieil homme en nous, qui se trouble lui aussi, à chaque fois qu’il est visité par un envoyé de Dieu. Hérode, c’est sa majesté l’égo, qui hurle moi, moi et encore moi, qui ne connait d’autre dieu que lui même, d’autre œuvre que de faire sa volonté partout, toujours, en tout et avec tous. Il est l’homme entêté jusqu’à l’absurde, emmuré dans ses petites certitudes ridicules et stériles, et qui refuse de se convertir à la seule nouveauté absolue que représente l’Enfant qui vient de naître à Bethléem. Hérode, homme imbu de lui-même devient esclave et complice de Satan, le séducteur et prince des ténèbres, dont l’unique désir est la destruction totale de l’humanité. C’est pourquoi les hordes sataniques, se griment volontiers de masques qui caricaturent le visage de l’humanité, et s’associent avec tous les Hérode impies de ce monde, pour persécuter l’Eglise et massacrer celui qui est le Sauveur unique de l’humanité, « l’Enfant Dieu ».  

Les scribes et les prêtres en réponse à Hérode dirent : « l’enfant est né à Bethléem de Judée, car voici ce que le prophète a écrit : « et toi, Bethléem, pays de Juda, tu n’es certes pas le moindre parmi les clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera le pasteur de mon peuple Israël ». Voici donc que les prêtres et les scribes savent dire où naitra le Messie attendu, quant à y aller eux-mêmes, hélas, trois fois hélas, leur vanité et leur soumission aveugle à la lettre de la Loi, les empêche d’accéder à la vie en plénitude, à l’Enfant Divin annoncé, qui naît aujourd’hui ici parmi nous, et que pourtant ils prophétisent, espèrent et attendent tous. Mais nous savons que la soit disant sagesse de ce monde, incapable de reconnaître le « Sauveur incarné dans un nouveau-né », reste incrédule et incapable de s’émerveiller devant l’espérance que représente l’Enfant Jésus, cette non sagesse que saint Paul dénonce comme une folie aux yeux de Dieu.

 

Que signifient ici, les « clans de Juda » ? Seule la vie spirituelle inspirée par l’Esprit de Dieu peut emmener l’homme vers « Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie », c’est à dire, l’Enfant Jésus qui vient de naître pour illuminer justement tous les clans dont parle le saint Evangile ? Les clans sont toutes les tribus d’Israël et les Synagogues où est annoncée la parole divine et prophétique du Très-Haut. Parole qui ne cesse d’annoncer la naissance du Divin Rédempteur espéré par Israël, et que l’Israël de Dieu devait donner à l’humanité. C’est pourquoi plus tard, l’enfant Jésus devenu le « Serviteur Souffrant » contemplé par le prophète Isaïe, dira dans l’angoisse de son âme : « ô mon peuple que t’ai-je fait » et « qui a connu la pensée du Seigneur en esprit et en vérité » ?

 

Mais voici l’humble merveille, la bonne nouvelle, voici que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a élu parmi tous ces clans fiers et prestigieux, l’humble « Bethléem », qui deviendra l’Eglise très sainte et très aimée de Dieu. Bethléem la maison du Pain, qui annonce que cet Enfant qui vient de naître n’est plus la simple « manne céleste » reçue par les Israélites dans le désert, mais le « Pain Vivant descendu lui-même du Ciel », pour se donner comme nourriture à l’humanité affamée et assoiffée à cause du néant spirituel qui recouvre le monde de ténèbres. Bethléem, la maison du Pain, est le signe divin et prophétique de l’Eucharistie, du Corps et du Sang que l’Enfant Divin versera librement lorsque devenu adulte, IL accomplira pleinement le mystère de la Nativité, en donnant Sa vie pour le salut du monde.

 

L’Ecriture poursuit « Hérode alors appela les mages en secret et se fit préciser par eux la date de l’apparition de l’étoile, puis ils les dirigea sur Bethléem en disant : Allez prendre des informations précises sur cet enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui ».

 

De nouveau, l’Evangile nous montre l’ambiguïté du fonctionnement mental de Hérode, qui tout comme le tentateur maudit dit des choses qui semblent bonnes et justes, mais comment agit-il ? Il agit en secret, en faisant semblant de bénir le voyage des rois mages, en leur faisant croire qu’il a le même projet qu’eux, qu’il veut le meilleur pour l’Enfant, qu’il a les moyens de combler tous leurs désirs, y compris spirituels. Et pour arriver à ses fins, il ne veut surtout pas d’autres témoins que des grands-prêtres et des scribes, ses complices incapables de discerner le saint et véritable sens prophétique et spirituel de l’Ecriture Sainte.

 

En vérité, c’est le Temple de Jérusalem qui devait accueillir l’Enfant Divin, il était par vocation la Grotte mystique que Dieu désirait illuminer par sa naissance. Mais Hérode va se détruire lui-même parce que son mensonge est pathétique, dans sa folie comme tant d’autres hommes, il pense pouvoir tromper Dieu lui-même, mais en réalité, son marchandage hypocrite avec les saints rois mages, ne lui rapportera rien, sinon faire de lui le « bourreau des innocents » et son propre bourreau.

 

L’Evangile poursuit : « sur ces paroles du roi, les mages  se mirent en chemin. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient se mit à les précéder jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant ». Les mages se mettent donc en route sur les ordres du roi Hérode, et l’étoile qui ne pouvait briller en présence d’Hérode qui représente les ténèbres du monde sans Dieu, peut à nouveau resplendir de toute sa luminosité divine, pour accompagner et guider le saint voyage non seulement des rois mages, mais de toute personne qui décide de dire « amen », à l’appel providentiel de Dieu et de se prosterner devant Jésus, l’Enfant Dieu.

 

L’Ecriture poursuit : « la vue de l’étoile remplit les mages d’une grande joie ; ils entrèrent dans la grotte, trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, et, le front contre terre, ils se prosternèrent devant lui ; puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Que signifie : « la vue de l’étoile les remplit d’une grande joie ? Cela signifie leur communion réelle  à la lumière incréée dont cette étoile est le signe manifeste dans la création, cela signifie que la lumière est le fruit de la vie en Dieu et que cette vie lumineuse engendre cette grande Joie dont le Seigneur dit : « Je vous donnerais la Joie que nul ne pourra vous ravir ». Seule la joie divine est la joie véritable, joie qui nous donne de danser intérieurement devant la Divine Trinité, joie vécue par les rois mages, joie que celui à qui le Seigneur donne de la goûter, même une seule fois, ne pourra plus jamais oublier ni dans ce monde ni dans l’autre.

 

Que signifie, « ils entrèrent dans la grotte et la suite »…cette grotte est l’Eglise intérieure, spirituelle et mystique, icône de la grotte de Bethléem, c’est le lieu de Dieu dans l’homme, la rencontre personnelle de l’homme avec Dieu, là où tout naturellement, l’homme se prosterne au cœur de son cœur, dans l’adoration en esprit et en vérité de la Divine Trinité. Que signifie encore, ils Lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ? Cela signifie que l’homme, roi, prêtre et prophète, a retrouvé par la grâce de Dieu sa vocation divino-humaine, et peut réaliser le grand œuvre d’amour, les signes de cet état spirituel retrouvé sont ceux de la nature divine elle-même, offrir l’or c’est confesser que la nature de Dieu est Lumière, offrir l’encens c’est confesser que la nature de Dieu est la Sainteté, offrir la myrrhe c’est confesser que la nature de Dieu est en vérité l’Immortalité. Alors Dieu, le Roi Mage Divin, à son tour offre à l’homme non l’or, l’encens ou la myrrhe, mais la « déification », l’adoption filiale, la communion sans confusion ni aucune séparation avec la Divine Trinité, qui est la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

 

L’Ecriture dit : « ensuite, avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, les rois mages  regagnèrent leur pays par un autre chemin ». L’Evangile de ce jour nous révèle ainsi le pèlerinage religieux et spirituel proposé à l’être orthodoxe, cette ascèse de vie qui doit transformer peu à peu l’homme, et faire de lui un être liturgique qui célèbre son Seigneur à travers toute son existence quotidienne. Cette vie en Dieu est d’abord une vie en soi avec Dieu, parce que la relation à Dieu est toujours personnelle, mais aussi une vie avec l’autre, c’est-à-dire une vie en Eglise. Alors nous aussi, nous « regagnerons notre pays par un autre chemin », c’est à dire, non plus par les sentiers de perdition du monde hérodien ou ceux chaotiques du vieil homme, mais par le « chemin unique qui est le Christ », pour arriver par grâce dans notre pays réel qui est le Royaume de Dieu.

 

Au Père Roi de l’Univers, au Fils qui nous veut cohéritiers de Son Royaume et à l’Esprit Saint qui nous intronise dans le Royaume, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon