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dimanche 7 janvier 2024

La Nativité du Seigneur.

 

(Matthieu 2, 1 à 12)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous montre comment la Lumière Divine qui s’incarne dans un petit enfant, est refusée par ceux qui préfèrent trafiquer dans les ténèbres et l’ombre de la mort. Saint Jean dans son prologue ne dit-il pas : « la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue ». Hérode est Juif, il n’ignore rien de l’espérance messianique du peuple d’Israël. Mais Hérode le sanguinaire est possédé par le goût du pouvoir, et cette obsession le vide de toute humanité et de toute compassion, rien alors ne le retiendra plus pour ordonner après le départ des rois mages, le massacre des « saints innocents ».

 

L’Evangile nous dit : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem en disant : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ». Le Royaume de Dieu est le véritable et unique « Orient spirituel », qui aujourd’hui devant nos yeux, s’incarne pleinement dans l’orient de notre monde, par l’Enfant divin, Jésus le Fils béni de Marie.  

 

N’est-il pas étrange que Dieu nous envoie les rois mages, alors que les synagogues étaient les îlots lumineux qui avaient pour mission d’annoncer et d’accueillir la lumière éternelle, c’est à dire le « Messie » espéré? L’étoile qui guide les rois mages depuis l’Orient, symbolise dans l’homme la « lumière de l’intelligence » qui a pour vocation d’illuminer l’être humain afin de le guider vers le saint des saints qui est son propre cœur pour s’y prosterner et y adorer, l’Enfant Jésus. Offrir notre cœur à Dieu comme une grotte spirituelle, pour que l’Esprit Saint en fasse un sanctuaire, un lieu de vie aimant, vivant et liturgique, pour que notre personne entière puisse recevoir la grâce divine et accueillir l’Enfant Divin incarné. La Nativité est le commencement de notre salut selon cette parole de notre saint Père Athanase « Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne dieu », l’univers entier ne peut être comparé à cette immense vocation humaine, « naître au ciel et devenir dieu ».

 

L’Ecriture poursuit : « le roi Hérode, ayant appris la naissance de Jésus, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui ; il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple et s’enquit auprès d’eux du lieu où devait naître le Christ ». Etre un roi mage, c’est être une lumière sur le chemin de l’humanité, qui a pour vocation de transmettre la grâce divine, c’est à dire la bonne nouvelle de la naissance du Roi des rois, l’humble Enfant divin, pour le salut de l’humanité.

 

Hérode lui, est un roi de pacotille et de comédie, une caricature misérable de la véritable royauté qui est spirituelle, un bouffon ridicule et insensé, affamé et assoiffé non de justice mais de pouvoir, en vérité il ne représente rien ni personne, car son royaume est celui des vaines apparences, du néant. Mais si Hérode n’est rien, qui alors lui donne un tel pouvoir sur nous et en nous? Hérode par analogie, c’est le vieil homme en nous, qui se trouble lui aussi, à chaque fois qu’il est visité par un envoyé de Dieu. Hérode, c’est sa majesté l’égo, qui hurle moi, moi et encore moi, qui ne connait d’autre dieu que lui même, d’autre œuvre que de faire sa volonté partout, toujours, en tout et avec tous. Il est l’homme entêté jusqu’à l’absurde, emmuré dans ses petites certitudes ridicules et stériles, et qui refuse de se convertir à la seule nouveauté absolue que représente l’Enfant qui vient de naître à Bethléem. Hérode, homme imbu de lui-même devient esclave et complice de Satan, le séducteur et prince des ténèbres, dont l’unique désir est la destruction totale de l’humanité. C’est pourquoi les hordes sataniques, se griment volontiers de masques qui caricaturent le visage de l’humanité, et s’associent avec tous les Hérode impies de ce monde, pour persécuter l’Eglise et massacrer celui qui est le Sauveur unique de l’humanité, « l’Enfant Dieu ».  

Les scribes et les prêtres en réponse à Hérode dirent : « l’enfant est né à Bethléem de Judée, car voici ce que le prophète a écrit : « et toi, Bethléem, pays de Juda, tu n’es certes pas le moindre parmi les clans de Juda, car de toi sortira un chef qui sera le pasteur de mon peuple Israël ». Voici donc que les prêtres et les scribes savent dire où naitra le Messie attendu, quant à y aller eux-mêmes, hélas, trois fois hélas, leur vanité et leur soumission aveugle à la lettre de la Loi, les empêche d’accéder à la vie en plénitude, à l’Enfant Divin annoncé, qui naît aujourd’hui ici parmi nous, et que pourtant ils prophétisent, espèrent et attendent tous. Mais nous savons que la soit disant sagesse de ce monde, incapable de reconnaître le « Sauveur incarné dans un nouveau-né », reste incrédule et incapable de s’émerveiller devant l’espérance que représente l’Enfant Jésus, cette non sagesse que saint Paul dénonce comme une folie aux yeux de Dieu.

 

Que signifient ici, les « clans de Juda » ? Seule la vie spirituelle inspirée par l’Esprit de Dieu peut emmener l’homme vers « Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie », c’est à dire, l’Enfant Jésus qui vient de naître pour illuminer justement tous les clans dont parle le saint Evangile ? Les clans sont toutes les tribus d’Israël et les Synagogues où est annoncée la parole divine et prophétique du Très-Haut. Parole qui ne cesse d’annoncer la naissance du Divin Rédempteur espéré par Israël, et que l’Israël de Dieu devait donner à l’humanité. C’est pourquoi plus tard, l’enfant Jésus devenu le « Serviteur Souffrant » contemplé par le prophète Isaïe, dira dans l’angoisse de son âme : « ô mon peuple que t’ai-je fait » et « qui a connu la pensée du Seigneur en esprit et en vérité » ?

 

Mais voici l’humble merveille, la bonne nouvelle, voici que le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob a élu parmi tous ces clans fiers et prestigieux, l’humble « Bethléem », qui deviendra l’Eglise très sainte et très aimée de Dieu. Bethléem la maison du Pain, qui annonce que cet Enfant qui vient de naître n’est plus la simple « manne céleste » reçue par les Israélites dans le désert, mais le « Pain Vivant descendu lui-même du Ciel », pour se donner comme nourriture à l’humanité affamée et assoiffée à cause du néant spirituel qui recouvre le monde de ténèbres. Bethléem, la maison du Pain, est le signe divin et prophétique de l’Eucharistie, du Corps et du Sang que l’Enfant Divin versera librement lorsque devenu adulte, IL accomplira pleinement le mystère de la Nativité, en donnant Sa vie pour le salut du monde.

 

L’Ecriture poursuit « Hérode alors appela les mages en secret et se fit préciser par eux la date de l’apparition de l’étoile, puis ils les dirigea sur Bethléem en disant : Allez prendre des informations précises sur cet enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui ».

 

De nouveau, l’Evangile nous montre l’ambiguïté du fonctionnement mental de Hérode, qui tout comme le tentateur maudit dit des choses qui semblent bonnes et justes, mais comment agit-il ? Il agit en secret, en faisant semblant de bénir le voyage des rois mages, en leur faisant croire qu’il a le même projet qu’eux, qu’il veut le meilleur pour l’Enfant, qu’il a les moyens de combler tous leurs désirs, y compris spirituels. Et pour arriver à ses fins, il ne veut surtout pas d’autres témoins que des grands-prêtres et des scribes, ses complices incapables de discerner le saint et véritable sens prophétique et spirituel de l’Ecriture Sainte.

 

En vérité, c’est le Temple de Jérusalem qui devait accueillir l’Enfant Divin, il était par vocation la Grotte mystique que Dieu désirait illuminer par sa naissance. Mais Hérode va se détruire lui-même parce que son mensonge est pathétique, dans sa folie comme tant d’autres hommes, il pense pouvoir tromper Dieu lui-même, mais en réalité, son marchandage hypocrite avec les saints rois mages, ne lui rapportera rien, sinon faire de lui le « bourreau des innocents » et son propre bourreau.

 

L’Evangile poursuit : « sur ces paroles du roi, les mages  se mirent en chemin. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue en Orient se mit à les précéder jusqu’à ce qu’elle vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant ». Les mages se mettent donc en route sur les ordres du roi Hérode, et l’étoile qui ne pouvait briller en présence d’Hérode qui représente les ténèbres du monde sans Dieu, peut à nouveau resplendir de toute sa luminosité divine, pour accompagner et guider le saint voyage non seulement des rois mages, mais de toute personne qui décide de dire « amen », à l’appel providentiel de Dieu et de se prosterner devant Jésus, l’Enfant Dieu.

 

L’Ecriture poursuit : « la vue de l’étoile remplit les mages d’une grande joie ; ils entrèrent dans la grotte, trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère, et, le front contre terre, ils se prosternèrent devant lui ; puis ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Que signifie : « la vue de l’étoile les remplit d’une grande joie ? Cela signifie leur communion réelle  à la lumière incréée dont cette étoile est le signe manifeste dans la création, cela signifie que la lumière est le fruit de la vie en Dieu et que cette vie lumineuse engendre cette grande Joie dont le Seigneur dit : « Je vous donnerais la Joie que nul ne pourra vous ravir ». Seule la joie divine est la joie véritable, joie qui nous donne de danser intérieurement devant la Divine Trinité, joie vécue par les rois mages, joie que celui à qui le Seigneur donne de la goûter, même une seule fois, ne pourra plus jamais oublier ni dans ce monde ni dans l’autre.

 

Que signifie, « ils entrèrent dans la grotte et la suite »…cette grotte est l’Eglise intérieure, spirituelle et mystique, icône de la grotte de Bethléem, c’est le lieu de Dieu dans l’homme, la rencontre personnelle de l’homme avec Dieu, là où tout naturellement, l’homme se prosterne au cœur de son cœur, dans l’adoration en esprit et en vérité de la Divine Trinité. Que signifie encore, ils Lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe ? Cela signifie que l’homme, roi, prêtre et prophète, a retrouvé par la grâce de Dieu sa vocation divino-humaine, et peut réaliser le grand œuvre d’amour, les signes de cet état spirituel retrouvé sont ceux de la nature divine elle-même, offrir l’or c’est confesser que la nature de Dieu est Lumière, offrir l’encens c’est confesser que la nature de Dieu est la Sainteté, offrir la myrrhe c’est confesser que la nature de Dieu est en vérité l’Immortalité. Alors Dieu, le Roi Mage Divin, à son tour offre à l’homme non l’or, l’encens ou la myrrhe, mais la « déification », l’adoption filiale, la communion sans confusion ni aucune séparation avec la Divine Trinité, qui est la vie éternelle dans le Royaume de Dieu.

 

L’Ecriture dit : « ensuite, avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, les rois mages  regagnèrent leur pays par un autre chemin ». L’Evangile de ce jour nous révèle ainsi le pèlerinage religieux et spirituel proposé à l’être orthodoxe, cette ascèse de vie qui doit transformer peu à peu l’homme, et faire de lui un être liturgique qui célèbre son Seigneur à travers toute son existence quotidienne. Cette vie en Dieu est d’abord une vie en soi avec Dieu, parce que la relation à Dieu est toujours personnelle, mais aussi une vie avec l’autre, c’est-à-dire une vie en Eglise. Alors nous aussi, nous « regagnerons notre pays par un autre chemin », c’est à dire, non plus par les sentiers de perdition du monde hérodien ou ceux chaotiques du vieil homme, mais par le « chemin unique qui est le Christ », pour arriver par grâce dans notre pays réel qui est le Royaume de Dieu.

 

Au Père Roi de l’Univers, au Fils qui nous veut cohéritiers de Son Royaume et à l’Esprit Saint qui nous intronise dans le Royaume, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

samedi 30 décembre 2023

Dimanche des Ancêtres

 

                                                                     (Matthieu 1, 1 – 25)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.


Aujourd’hui, l’Eglise Orthodoxe nous rend témoins de cette œuvre étrange pour la raison humaine ordinaire qui consiste à inscrire le Dieu Vivant et inaccessible au sein de l’humanité et cela dans le temps et l’espace de notre monde par la médiation libre et essentielle de Marie Théotokos, l’une d’entre nous. Cette même raison ordinaire comprend encore moins qu’il est une œuvre encore plus grande qui consiste à inscrire l’homme dans le Royaume de Dieu selon la parole du Christ lui-même : « vous ferez les mêmes choses que moi et même de plus grandes », la naissance de l’homme dans le Royaume et ceci pour l’éternité est cette chose sublime et unique dont parle le Seigneur. Ce Dieu éternel, qui dans quelques jours naîtra parmi nous comme un tout petit enfant semblable à tout autre nouveau-né, sera adoré avec amour par les rois mages, les bergers et la multitude des anges et phalanges célestes, sous le regard émerveillé et veillant de sa mère selon la chair et de celui qui lui servira de père dans l’humaine condition, Joseph le bienheureux.

Nous voyons Joseph comme frappé de stupéfaction et d’incompréhension devant Marie enceinte, et ne sachant que faire devant un tel mystère, il se propose de la renvoyer chez elle en toute discrétion. Mais voici que l’Ange du Seigneur lui apparaît en songe et lui ordonne de prendre Marie auprès de lui, lui apprend que Marie est enceinte par la grâce de l’Esprit de Dieu et que l’enfant qui naîtra d’elle est le Messie d’Israël annoncé par les prophètes, nous pouvons facilement imaginer l’état d’extrême étonnement intérieur dans lequel se trouvait Joseph.

Pour notre vie en Dieu, nous pouvons reporter cette situation dans notre être religieux et considérer l’Eglise comme la mère spirituelle qui doit enfanter dans l’univers Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous, et que si l’Eglise est Marie, alors chacun d’entre nous devient Joseph, c'est-à-dire que nous épousons spirituellement l’Eglise corps du Christ, non pour y engendrer le Christ, mais nous-mêmes comme des christs en vue de notre vie à venir en Dieu. Combien de fois entendons-nous des paroles de lamentations sur le fait que nous n’avons pas de père ou de mère spirituels qui pourraient nous conduire par la main en toute sûreté ; pourtant aucun d’entre ces spirituels n’est plus saint ni plus sage que l’Eglise du Christ, qui est la mère spirituelle par excellence. Nous pouvons observer que ce n’est qu’une fois réveillé que Joseph peut mettre en œuvre la volonté divine, il en de même pour nous, tant que nous dormons, nous faisons volontiers des rêves et parfois aussi des cauchemars mais plus rarement des songes au sens biblique du terme. La seule manière de nous éveiller en Dieu et à Dieu pour faire Sa volonté, c’est de vivre selon l’Evangile de Vie et selon l’enseignement de la sainte Eglise du Christ, dans laquelle ce n’est plus l’Ange de Dieu mais l’Esprit Saint lui-même qui vient nous enseigner la véritable ascèse spirituelle.

Nous sommes dans l’Eglise pour réaliser les prophéties annoncées et nous aussi nous nous inscrivons dans la lignée ancestrale qui remonte à Abraham le père des croyants, mais nous savons que notre origine spirituelle remonte à la Divine Trinité elle-même, même si, tout comme Joseph, nous pouvons être éprouvés par bien des doutes lorsque nous ne comprenons pas ou plus ce que la providence divine permet pour chacun d’entre nous. Le Seigneur est venu librement s’incarner en Marie pour être enfanté à notre monde et à notre humanité, et devenir l’un d’entre nous et l’un parmi nous; de même nous devons nous inscrire dans la lignée spirituelle des saints qui nous précèdent dans le Royaume de Dieu pour y devenir l’un d’entre eux et l’un avec eux, toujours cette synergie entre Dieu et l’homme.

C’est pourquoi le Seigneur durant l’Ascension emmènera avec lui l’humanité rachetée et ce sera Lui, l’Ange du Grand Conseil qui annoncera non à Joseph mais à la Divine Trinité, la bonne nouvelle de l’enfant humain devenu un dieu, un Emmanuel parmi la Trinité. L’Ecriture nous enseigne que la Sagesse était auprès de Dieu avant la Création du monde, qu’elle jouait devant le trône de la Divine Trinité et que Dieu se réjouissait et prenait plaisir à la contempler, jusqu’au moment où Dieu décide de créer avec elle, c'est-à-dire qu’elle ne pouvait pour ainsi dire plus suffire à recevoir l’amour de Dieu. Ce Don de l’Amour de Dieu demande un réceptacle unique dont le modèle le plus parfait est représenté par Marie-Théotokos, mais la Joie de Dieu atteindra toute sa plénitude lorsque l’humanité-prodigue rachetée et restaurée dans sa beauté absolue divino-humaine reviendra dans le Royaume, comme sagesse éternelle en présence de Dieu.

L’ascèse qui donne ce que Dieu a promis à l’homme qui œuvre en synergie avec Lui, s’enracine et s’édifie sur la triade spirituelle de la prière personnelle, de la prière ecclésiale et de la communion fraternelle. Noël est l’icône de l’humilité où nous contemplons le Dieu Vivant et Tout-Puissant, qui devient un petit enfant qui a besoin de l’humanité pour exister, et c’est cette humilité qui fait que le Christ est parfaitement et totalement lui-même. La conséquence immédiate de cette justesse absolue, est que le Christ est toujours à sa place exacte, centré en Lui-même et lumineusement clairvoyant dans son être et sa vie, et c’est ainsi que nous devons apprendre à vivre là où Dieu nous a placé, pour devenir nous aussi de véritables théodules, nom splendide qui signifie « serviteurs de Dieu » ou « êtres orthodoxes » dont l’unique œuvre consiste en la parfaite glorification de la Divine Trinité.

Contemplons l’Eglise qui est le Corps dont se revêt le Christ et le Temple dans lequel l’Esprit de Dieu célèbre la Divine Liturgie purement mystique et spirituelle, le Seigneur par humilité et reconnaissance lui a inspiré de faire mémoire de Ses Ancêtres selon la chair, pourquoi ? Pour entre autres, rappeler qu’Il a crée l’humanité pour la servir et non pour être servi et pour témoigner que sans cette humanité Il ne pouvait pas naître parmi nous comme l’un d’entre nous hormis le péché, et que tous ces priants qui l’ont précédé ont rendu possible l’avènement non seulement du roi David, de Joseph ou d’Abraham, mais surtout de Marie de laquelle est né Jésus.

L’Esprit de Dieu ne se lasse pas de nous visiter et de nous enseigner les saints mystères de la vie spirituelle à mettre en œuvre dans notre existence quotidienne, ici et maintenant. La parole de Dieu est fidèle à elle-même et elle donne ce qu’elle promet, mais si nous accueillons cette parole comme un ronronnement qui nous accompagne de manière plus ou moins inconsciente, alors nous risquons d’être tenté comme Joseph de répudier avec plus ou moins de violence notre épouse, la sainte Eglise orthodoxe du Christ.

Que Dieu nous donne un cœur et un esprit nouveaux pour accueillir Celui qui vient car en vérité, Noël n’est pas la Fête de Dieu mais bien celle de l’humanité aimée du Père Céleste à qui soit la Gloire avec l’Enfant Divin et l’Esprit de Vie, dans les siècles des siècles, amen.

+ Syméon

 

dimanche 10 décembre 2023

La femme courbée.

 

(Luc : 13,10 à 17)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise orthodoxe nous invite à être les témoins vivants, de la miséricorde infinie du Dieu Amour envers sa créature souffrante, le Maître Céleste, ému de compassion envers cette femme courbée sous le joug de Satan depuis dix-huit ans, décide de la délier des chaînes sataniques et de la dureté pleine d’hypocrisie des prêtres de la Synagogue. Le Seigneur nous montre aussi que quelque soit le temps passé dans l’état pathologique de l’âme malade, Lui peut nous accorder la guérison en un instant. Le fondement dans lequel s’enracine et se construit la guérison spirituelle, c’est la parole de Dieu et surtout la vie selon Dieu, et le lieu béni dans lequel cette parole libératrice se donne de manière privilégiée à l’âme orthodoxe, c’est l’Eglise du Christ. Ne sommes-nous pas nous-mêmes dans l’Eglise pour écouter l’enseignement du Seigneur, pour apprendre de lui la véritable compassion envers le prochain, et pour recevoir de Lui la guérison des péchés qui non seulement nous courbent vers la terre, mais nous empêchent de rencontrer Dieu et notre prochain en esprit et en vérité ?

 

L’Evangile nous dit : « en ce temps-là, Jésus enseignait dans une Synagogue le jour du Shabbat. Or il y avait là une femme possédée depuis dix-huit ans d’un esprit qui la rendait infirme : elle était toute courbée et ne pouvait aucunement se redresser ». Jésus est là et il enseigne un jour de Shabbat, de quoi parle t-il ? Il parle de la Bonne Nouvelle que propose l’Ecriture Sainte et les Prophètes, et qui est la présence de Dieu parmi les hommes pour le salut de l’humanité. La parole du Seigneur est créatrice et peut renouveler entièrement notre être et notre vie, mais pour qu’elle soit pleinement efficace dans l’homme, il est indispensable de lui ouvrir notre cœur pour que la grâce puisse engendrer en nous et avec nous, la guérison divino-humaine. L’apôtre Paul nous rappelle qu’il est grand le « mystère du Christ et de l’Eglise », c’est le lieu de Dieu et de l’homme, dans lequel, comme je l’ai déjà dit, la Cour Céleste, c’est à dire la Divine Trinité, la Mère de Dieu, les saints et les anges, concélèbre avec la cour terrestre, c’est à dire l’Eglise, pour accomplir le miracle unique du salut de l’humanité et de la restauration plénière de la Création.

 

L’infirmité qui torture cette femme bien qu’elle se traduise sur le plan corporel est en réalité une maladie spirituelle causée par le père du mensonge et l’ennemi implacable du genre humain, à savoir Satan et ses anges déchus. Il n’est pas possible de vivre pleinement selon l’Evangile de Vie par nos seules forces humaines, il est indispensable de prier pour demander l’intelligence du cœur à Dieu, et notre présence dans l’Eglise devrait être le signe même de notre désir d’obtenir ce discernement spirituel. Cette femme possédée subit son malheur, elle est réduite au silence des exclus par l’intolérance des prêtres, elle ne possède plus la force intérieure qui lui permettrait de crier sa souffrance aux prêtres de la Synagogue. Ces prêtres qui eux-mêmes ne savent qu’appliquer plus ou moins bien la Loi de Moïse, ces prêtres sont courbés eux-mêmes sous le joug de la Loi mosaïque, dont ils imposent la lettre et en oublient l’esprit. C’est pourquoi le Seigneur Jésus, décide d’aller lui-même vers elle et de délier cette femme de cette épreuve diabolique, l’approchant il lui dit : « femme, te voilà délivrée de ton infirmité ! Puis il lui imposa les mains et à l’instant même elle se redressa et rendit gloire à Dieu ».

Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, notre très saint Christ, relève cette femme méprisée et lui rend sa dignité originelle en lui imposant les mains, il lui transmet l’onction divine qui la consacre et la libère de sa souffrance. Nous qui sommes les témoins de cette œuvre charitable accomplie ici par le Verbe incarné, et qui pensons connaître ce qu’est la vraie vie spirituelle, ayons l’humilité et l’intelligence de nous prosterner intérieurement devant Jésus. Ayons la simplicité d’aller vers Lui, pour demander Sa bénédiction dans la sainte et sage Eglise orthodoxe, dans laquelle, vit et œuvre toujours et pour toujours avec chacun d’entre nous, l’Esprit de Dieu. Le Seigneur en déliant cette femme, met devant les yeux de tous ce qui devrait être l’évidence pour tout prêtre et pour chacun d’entre nous, à savoir la qualité irréversible et originelle de la « personne humaine » créée à l’Image et à la Ressemblance de la Divine Trinité.

 

Combien d’humiliations cette femme a-t-elle subie de la part des prêtres, du regard de tous ces gens indifférents sans doute à son sort, prompts à penser que ce qui lui arrive est sans doute mérité à cause de ses péchés. Mais voilà que le Seigneur Jésus va vers elle, avec un cœur aimant et pose sur elle, ses mains saintes, car elle aussi est une fille d’Abraham, elle aussi est appelée à recevoir le « Messie » promis par les Prophètes. Jésus en la délivrant, la redresse et lui donne d’être debout, d’être face à face avec lui le Dieu-Homme, il restaure cette femme dans sa pleine beauté et pleine liberté des enfants de Dieu. Il lui donne enfin à nouveau toute sa place dans l’espérance d’Israël, dans la Synagogue et dans la vie. Et voici que cette femme, qui peut regarder Jésus dans les yeux, se voit telle que le Dieu-Homme lui-même la voit, elle ressent l’amour de Dieu envers elle et se met tout naturellement à rendre gloire à Dieu, dans l’adoration et la reconnaissance.  

 

« Mais le chef de la Synagogue, indigné de ce que Jésus eût opéré une guérison le jour du Shabbat, prit la parole et dit à la foule : il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du  Shabbat ».

 

Aujourd’hui, le Seigneur nous éveille et nous enseigne clairement, qu’une Synagogue ou une Eglise sans compassion est comme un corps mort et desséché, que ce soit dans les monastères ou dans les paroisses, malheur à nous prêtres, si les habitudes religieuses et les formes ritualisées prennent le dessus sur la nouveauté de l’Esprit et cela au détriment de la personne humaine. La Tradition orthodoxe vécue pleinement est libératrice, mais nous pouvons la rendre nuisible et stérile spirituellement si nous nous laissons lier pieds et poings sous la contrainte de Satan, si nous sommes des prêtres hypocrites ou si le vieil homme en nous fait la loi. Accepter le joug hypocrite du vieil homme en nous, nous empêche d’accéder à la grâce du Seigneur, nous courbe sous un joug inhumain jusqu’à terre comme cette femme, au point d’en oublier que notre vocation est de contempler le ciel, c'est-à-dire de nous redresser de tout notre être et par toute notre vie en Dieu.

 

L’Eglise, c’est à dire, chacun d’entre nous a pour vocation de relever celui ou celle qui parmi nous est courbé vers la terre et cela quelle qu’en soit la cause, aller comme le Christ les uns vers les autres dans l’Eglise, où nous sommes pour apprendre à vivre l’Evangile, nous souvenant que nous sommes par la volonté divine, « rois, prêtres et prophètes », et si nous ne pouvons plus rien individuellement, nous tourner ensemble comme un seul cœur et un seul esprit, vers Dieu qui peut l’impossible.

 L’Evangile poursuit : « hypocrite, lui dit Jésus, est-ce que chacun de vous ne délie pas de la crèche son âne ou son bœuf le jour du Shabbat pour le mener à l’abreuvoir ? Et cette fille d’Abraham que Satan tenait enchaînée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délier de ses chaînes le jour du Shabbat » ?

 

Le saint Shabbat, que ce soit dans la Synagogue ou dans l’Eglise consiste à donner l’hospitalité à Dieu, que signifie donner l’hospitalité à Dieu ? Cela signifie accomplir la parole du Christ : « ce que vous aurez fait à l’un de vos frères, c’est à Moi que vous l’avez fait », accueillir Dieu, c’est d’abord accueillir l’homme. Le Shabbat est aussi une icône du repos de Dieu après la Création, d’où l’invitation de Dieu lui-même à nous arrêter après une semaine de travail, et le Shabbat absolu est le repos éternel dans le Royaume de Dieu au sein de la Divine Trinité.

 

Le Shabbat spirituel et religieux, ce repos si précieux en Dieu, est un autre mystère qui touche au plus profond de la vie humaine, mystère dont l’hésychasme porte les prémisses par la grâce divine. Mais nous savons que le saint Shabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le Shabbat, ceci signifie que la « personne », telle que créée par Dieu à l’origine sera toujours supérieure à toutes les formes d’ascèses ou fonctions, y compris religieuses et rituelles, et c’est le sens de cette autre parole du Seigneur : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis ».  

 

Le Shabbat est donc le temps de la délivrance, qui peut imaginer que le repos du Shabbat spirituel dans le Royaume de Dieu, puisse être compatible avec la présence de l’humanité défigurée et aliénée par Satan ou le péché ? Qui peut imaginer que le repos du Shabbat puisse être une contrainte spirituelle, le Shabbat en Dieu rend semblable à Dieu, la liberté de Dieu libère l’homme, l’Eglise du Christ peut-elle moins que la Synagogue dans laquelle ce même Christ était à l’œuvre ? La personne à qui le Seigneur donne de vivre le «  saint Shabbat spirituel », est couronnée de gloire, de lumière et de sainteté, cette personne fera spontanément ce qu’a fait la femme délivrée : rendre gloire à Dieu.

 

En vérité, Dieu s’est incarné pour relever cette femme courbée, image de l’humanité tombée et asservie par la malice satanique. La compassion divine envers l’homme son bien-aimé est originelle, depuis la chute et l’expulsion du Paradis, le Père Céleste espère le retour de l’humanité prodigue. C’est pourquoi, la Divine Trinité engendre la sainte et si précieuse Eglise Corps du Christ, afin qu’en elle, la parole créatrice de notre Seigneur retrouve tout son sens et son but, l’humanité. Pour qu’en elle, l’Eglise, par la grâce du Fils et de l’Esprit, l’humanité se redresse peu à peu, retrouve sa vocation à la déification, et se dirige à nouveau vers la vie éternelle. Alors venons dans l’Eglise pour célébrer, louer et adorer Dieu, le prier encore et encore, de nous donner de cultiver le vrai repos spirituel, afin que nous puissions vivre et être à même d’incarner en nous l’enseignement de Jésus, notre unique Seigneur et Maître.

 

Au Père de l’humanité, au Fils médecin de nos âmes et de nos corps, au Saint Esprit notre baume spirituel, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon