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dimanche 4 mai 2025

Dimanche des Myrrhophores.

 



(Marc 15,43 à 47 et 16, 1 à 8)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 


 

Aujourd’hui, L’Eglise nous emmène du tombeau vide du Ressuscité jusqu’en terre de Galilée, suite à cette parole de l’Ange du Seigneur aux Myrrophores « ne vous effrayez pas, c’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : Il est Ressuscité, il n’est pas ici...mais annoncez à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée, où vous le verrez ».

 

« Ne vous effrayez pas », cette consolation angélique renvoie à saint Luc 21, 9 qui avait prophétisé ce qui nous arrive aujourd’hui par cette parole « ne soyez pas effrayés, il faut que ces choses arrivent », mais déjà le Prophète Isaïe en 41, 10 disait « ne t’effraies pas, car Je suis ton Dieu » et en 44, 11 « les faiseurs d’idoles seront tous effrayés et confus ».

 

De qui devrions-nous donc nous effrayer ? Des faiseurs d’idoles répond l’Ecriture sainte. Et qui sont depuis toujours les pourvoyeurs d’idoles, ce sont les hérétiques qui prétendent posséder la vérité et voudrait l’imposer de gré ou de force si possible à toute l’humanité. Que fait donc l’Ange du Seigneur, enseigne-t-il quelque chose ? Non, il renvoie les Myrrhophores aux disciples et à Pierre et eux-mêmes vont en Galilée à la rencontre du Seigneur qui a dit « tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirais mon Eglise ».

 

Nous voici invités à venir et à rester fidèle à l’Eglise-Galilée, qui seule est dépositaire de la plénitude de la révélation divine et dont la Résurrection que nous venons de célébrer est le saint couronnement qui précède le salut promis à « celui ou celle qui tiendra jusqu’au bout ». L’espérance de connaître le Christ est une réalité légitime qui habite l’âme du croyant, qui pourrait penser que l’Eglise et l’Ecriture sont autre chose que la grâce de rencontrer en esprit et en vérité, Celui qui dit « ne t’effraies pas, car Je suis ton Dieu ».

 

Voici que les Myrrhophores qui ont suivies le Christ tout au long de son existence, sont le prolongement de la parole divine en transmettant aux disciples et à Pierre la parole angélique, parole que résume admirablement notre grande et très sainte Myrrhophore, Marie, la Mère du Seigneur en nous disant « faites tout ce qu’il vous dira ». Nous ne sommes pas disciples de tel ou tel maitre auto-proclamé sage, certes nous bénissons et ne maudissons pas, mais notre seul et unique Maitre absolu est le Fils de Dieu et de la Vierge, telle est notre Prophétie révélée et accomplie que nous confessons et accueillons pour nous enraciner dans l’orthodoxie, icône vivifiante, sainte et sacrée du Royaume de Dieu.

 

« C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié, il est Ressuscité, il n’est pas ici », avec quels mots dirent l’indicible concernant le Dieu-Homme parfait, l’Evangile de vie nous dit que nous ne devons pas rester planté auprès du tombeau, le Ressuscité nous attend en Galilée qui signifie en hébreu « cercle », ce cercle ne tourne pas en rond sur lui-même, il symbolise le lieu nouveau où nous recevons « la vie, le mouvement et l’être », il est cette réalité divino-humaine qui va de l’œuvre de la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, de l’Incarnation à la Résurrection, de la Galilée à l’Eglise, le cercle image prophétique de cette parole du Seigneur « tout est accompli ».

 

L’Eglise nous invite « encore et sans cesse » à venir pleurer au tombeau, à être stupéfait par la force de la Résurrection, à courir en Galilée, mais surtout à revivre cette parole « vous ferez ceci en mémoire de moi », à savoir vous célèbrerez et vous vous réjouirez avec Moi de la fête des fêtes, la Divine Liturgie qui est la splendeur et le reflet spirituel du Royaume.

 

Saint Gabriel de Géorgie dit « si vous saviez combien la Divine Liturgie apporte de grâces et de bénédictions, vous n'hésiteriez pas à ramasser la poussière du sol de l'église pour vous en laver le visage », nous voici à nouveau devant et au cœur de ce feu spirituel de la Divine Liturgie, notre âme se serre et nos yeux se remplissent de larmes non de désespoir, mais comment rendre grâce, sinon en venant célébrer encore et encore l’union spirituelle et sacrée entre Dieu et l’homme. 

 

« Mais dites aux disciples et à Pierre qu’il est en Galilée et que là vous le verrez », c’est donc en Galilée, que nous le verrons, c’est en Galilée que le Seigneur enseigne les grandes lignes de sa vision spirituelle et religieuse, là, il se révèle comme « Pain vivant descendu du Ciel », là où il « envoie ses disciples après sa Résurrection », là où il commence à « évangéliser et à annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume ». L’Eglise orthodoxe est un corps spirituel divino-humain et une icône lumineuse, humble et fidèle du Christ, Eglise dont chacun d’entre nous est comme le cœur dans lequel ce n’est plus Joseph, mais l’Esprit de Dieu qui dépose avec amour, spirituellement et sacramentellement le « Christ Crucifié et Ressuscité ».

 

Dans l’Eglise, le Seigneur ne descend plus de la Croix du Golgotha, mais du Royaume de Dieu, Il vient librement se déposer sur son Autel Saint et accomplir comme Grand-Prêtre et comme Agneau consacré tous ses saints mystères liturgiques. IL nous invite à concélébrer avec lui comme personne et comme communauté, non à l’embaumer Lui qui est la Vie par une myrrhe matérielle, mais à lui offrir de tout cœur et de manière spirituelle le nard pur de notre prière à travers la célébration de la Divine Liturgie, qui est la réalisation parfaite de ce que désiraient déjà avec espérance les femmes Myrrhophores, Joseph et Nicodème, la « venue du Royaume de Dieu sur terre ».

 

Nous sommes venus aujourd’hui dans la sainte Eglise pour y concélébrer ensemble la Divine Liturgie, pour envelopper le Ressuscité non d’un linceul, mais de notre présence aimante, humble et douce. Alors fermons notre corps, notre âme et notre esprit aux soucis de ce monde et tournons-nous vers Dieu seul pour Le recevoir en nous par la sainte Eucharistie. Entrer dans l’Eglise, c’est pénétrer dans l’éternité au cœur du temps et de l’espace, cela mérite que nous nous y préparions avec « crainte de Dieu, foi et amour », le mystère de l’Eglise est indicible et restera voilé dans sa vérité divino-humaine à tout « homme psychique endurci de cœur et à la nuque raide » qui se laisse encore et encore parasiter par l’agitation vaine et pathologique du monde sans Dieu.

 

Aller dans la sainte Eglise, qui est le lieu du renouvellement de notre être, nous demande de sortir de nous-mêmes, d’abandonner nos pensées, paroles et actes du quotidien, au moins pour le temps sacré de la célébration liturgique. Nous ne pouvons pas quitter le monde, si notre écoute, notre vision, notre odorat, notre toucher, notre goût, restent imprégnés de ce même monde étranger à la sainteté divine. Nous ne pouvons pas vivre spirituellement le mystère de l’Eglise, comme le dit le Père Aimilianos, si nous restons encombrés dans notre cœur et dans notre esprit par les cacophonies bruyantes des crises qui perturbent l’équilibre de l’humanité et de la création, notre vie spirituelle pour être en harmonie avec la grâce divine exige que nous renoncions aux illusions du vieil homme, pour œuvrer à notre conversion véritable.

 

L’Eglise de Dieu nous apprendra à déposer le Ressuscité dans notre cœur et à ouvrir notre esprit pour entrer dans la vraie vie en vue de notre résurrection personnelle au Nom de la Divine Trinité. Mais pourquoi déposer le Seigneur de gloire dans notre être le plus profond ? Afin qu’il descende jusqu’au cœur de notre enfer intérieur envahi par les passions depuis notre Chute en Adam. L’enfer est là où nous nous laissons crucifier par nos états d’âme, là où nous ouvrons la porte aux pensées des ténèbres dont les œuvres constituent notre mort spirituelle, là où Satan veut nous emprisonner dans sa haine de Dieu et de l’homme avec la complicité du vieil homme en nous.

 

Que le Ressuscité nous donne par grâce et selon sa Promesse, l’Esprit Saint, qui seul peut réaliser avec nous, déjà ici et maintenant, si nous le désirons vraiment, notre sainte et éternelle vocation qui est de devenir ce que nous sommes par la volonté de notre Père Céleste, des « personnes divino-humaines », dont la seule et unique raison d’être est la « vie éternelle dans le Royaume de Dieu ».

 

Bénissons les saintes Myrrophores et tous les Disciples du Seigneur qui nous ont transmis leur témoignage de la Résurrection du Christ, et clamons à travers l’Eglise par la prière du cœur le « Christ est Ressuscité, en vérité IL est Ressuscité ».

 

+ Syméon

Dimanche de Thomas

 


(Jean 20, 19 à 31)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise Orthodoxe est le cénacle de Jérusalem dont parle l’Evangile que nous venons d’entendre, le Ressuscité apparaît à ses disciples en transcendant les lois naturelles, puisque nous le voyons traverser la porte close. Le Seigneur Ressuscité en tant que Verbe créateur à l’origine du crée, est libre du temps et de l’espace, du matériel et de l’immatériel et peut donc selon sa divine volonté providentielle refonder sa relation à l’homme et au monde.

 

A l’opposé, Saint Paul dans son épître nous montre la hargne du grand prêtre et son entourage, à savoir les sadducéens, qui liés par leur interprétation littérale de la Loi, sont incapables de penser que la Résurrection soit possible, ils sont pleins de fureur, c’est-à-dire à l’opposé même de Celui qui est la Paix absolue et qui vient la donner à ses disciples, et à nous à travers eux.

 

Le Ressuscité peut selon Sa volonté, traverser ce qui est parfaitement scellé, parce qu’Il a acquis par la Résurrection, la liberté absolue qui rend l’homme accompli, maître de la Création de Dieu, Il peut ainsi descendre dans notre profondeur la plus profonde, et la plus inaccessible pour nous dire : La Paix soit avec vous.

 

Tout comme les disciples étaient enfermés par peur des Juifs, nous aussi nous sommes trop souvent, fragilisés par la crainte du monde, liés par nos peurs existentielles, peurs parfois irrationnelles et dues à notre immaturité spirituelle. Alors nous cherchons de tous côtés à nous protéger, et ce faisant nous mettons en œuvre des actes irréfléchis et non inspirés par l’Esprit de Dieu, et c’est ainsi que naît la division dans le Corps du Christ, car nous nous ne sommes plus comme il est écrit dans les Actes des Apôtres « un seul cœur et un seul esprit ».

 

Le Seigneur Jésus durant le temps pascal désire se révéler à notre esprit et nous visiter, alors même que tout est verrouillé en nous, il nous faut donc apprendre à ouvrir les « portes closes en nous » qui empêchent la communion avec le Christ qui est comme le confesse Thomas : notre Seigneur et notre Dieu. De quelle manière et par quelle voie le Seigneur nous visite t-il ? Par la voie de l’Eglise orthodoxe, alors ne nous privons pas nous-mêmes d’une telle rencontre inestimable et écoutons l’Esprit qui nous transmet cette parole du Christ « venez et voyez ». Si donc nous sommes venus pour voir, commençons par écouter pour entendre vraiment et ainsi devenir capable de vivre la Divine Liturgie, afin de récolter en esprit et en vérité, les fruits spirituels donnés par Dieu. Pourquoi craindre et qui craindre, lorsque le Tout Puissant nous dit : « La Paix soit avec vous » ? Dieu bénissant, accueillons et vivons ce Don comme un trésor inestimable, fruit saint et béni, engendré par la très sainte Passion du Christ et donné à l’âme orthodoxe qui croit que Jésus est vraiment ce qu’Il dit être.

 

Contemplons dans la très sainte Présence du Ressuscité, le présent et l’avenir salutaire qu’Il promet à ceux qui le confessent librement comme leur Seigneur et Dieu, Lui encore qui nous dit : « ne craignez pas » et « là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je Suis au milieu d’eux ». C’est exactement ce que les disciples expérimentent aujourd’hui dans leur solitude, face à l’incrédulité du monde religieux, qui aurait dû les bénir et être les premiers à croire et à transmettre l’annonce la Résurrection du Sauveur.

 

Le Ressuscité visite ses disciples avec l’Amour de Celui qui a traversé tous les mondes et toutes les épreuves, depuis le Ciel en passant par la terre et même l’enfer et qui en est sorti victorieux avec l’humanité rachetée, symbolisée par la splendide icône de la Résurrection où notre Seigneur tire hors des enfers Adam et Eve. Nous avons traversé la Semaine Sainte et chacun d’entre nous a vécu la Passion du Christ et sa propre passion selon la mesure voulue par le Père Céleste pour chacun.

 

Notre âme a été brisée comme celle de Marie en voyant son Agneau immolé, notre corps a été rompu par l’ascèse et plus ou moins épuisé par le passage qui mène de la mort à la vie. Tout entier nous avons essayé de réaliser la pâque qui fait passer du péché vers la sainteté, nos cœurs ont répandu les larmes de l’amour crucifié et nos yeux les ont offerts à notre unique  Seigneur Jésus Ressuscité.

 

Nous avons expérimenté les saintes souffrances qui nous font passer peu à peu du vieil homme à l’homme nouveau, c’est-à-dire à l’homme ressuscité. L’Eglise notre mère spirituelle nous a porté avec une infinie douceur durant la Semaine Sainte, car elle sait ô combien nous pouvons être blessés sur les routes de notre cheminement vers Dieu et dans notre existence personnelle et ecclésiale.

 

Notre Père Céleste nous a béni de Ses deux mains à travers la célébration de la Divine Liturgie depuis la résurrection de Lazare, en passant par le dimanche des Rameaux et la sainte Cène et enfin le grand et lumineux Dimanche de Pâque, par les saints Offices priants et de grande richesse spirituelle de la Semaine Sainte. Il a lui-même veillé sur chacun d’entre nous pour que nous puissions vraiment vivre la Pâque du Seigneur et notre propre pâque.

 

Contemplons la sainte Eglise du Ressuscité. Tout est lumière, les portes sont ouvertes y compris celles du Saint des saints, ceci pour nous faire connaître que nous devons nous aussi, nous ouvrir pleinement à la puissance de renouvellement que donne la Résurrection.

 

Vous savez que le temps Pascal est celui où le Ressuscité visite ici et là, certains de ses disciples, comme il l’a fait pour les pèlerins d’Emmaüs, afin de leur donner une parole personnelle à incarner dans leur vie, veillons donc. Prions-Le avec toute la force et la confiance que donne la Résurrection de nous rendre capable de l’accueillir, pour éclairer notre cheminement existentiel. Que le Ressuscité, révèle ou confirme pour chacun et chacune d’entre nous l’ascèse spirituelle qui convient pour réaliser sa vocation, au sein de l’Eglise et du monde.

 

Nous portons notre propre mystère dans notre cœur profond, là où l’homme nouveau caché, aspire ardemment à la résurrection, et ce qui veut nous empêcher d’accéder à la lumière du Ressuscité, ce sont les nuées des pensées inutiles que cherchent sans cesse à nous emmurer dans les taudis insalubres du monde. Mais, ne sommes-nous pas venu aujourd’hui dans l’Eglise divino-humaine, pour recevoir par grâce « ce que  l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » ? Alors courage nous dit le Ressuscité « J’ai vaincu le monde ».

 

Le Christ est Ressuscité et à lui soit la Gloire avec le Père et l’Esprit dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon