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dimanche 4 mai 2025

Dimanche des Myrrhophores.

 



(Marc 15,43 à 47 et 16, 1 à 8)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 


 

Aujourd’hui, L’Eglise nous emmène du tombeau vide du Ressuscité jusqu’en terre de Galilée, suite à cette parole de l’Ange du Seigneur aux Myrrophores « ne vous effrayez pas, c’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié : Il est Ressuscité, il n’est pas ici...mais annoncez à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée, où vous le verrez ».

 

« Ne vous effrayez pas », cette consolation angélique renvoie à saint Luc 21, 9 qui avait prophétisé ce qui nous arrive aujourd’hui par cette parole « ne soyez pas effrayés, il faut que ces choses arrivent », mais déjà le Prophète Isaïe en 41, 10 disait « ne t’effraies pas, car Je suis ton Dieu » et en 44, 11 « les faiseurs d’idoles seront tous effrayés et confus ».

 

De qui devrions-nous donc nous effrayer ? Des faiseurs d’idoles répond l’Ecriture sainte. Et qui sont depuis toujours les pourvoyeurs d’idoles, ce sont les hérétiques qui prétendent posséder la vérité et voudrait l’imposer de gré ou de force si possible à toute l’humanité. Que fait donc l’Ange du Seigneur, enseigne-t-il quelque chose ? Non, il renvoie les Myrrhophores aux disciples et à Pierre et eux-mêmes vont en Galilée à la rencontre du Seigneur qui a dit « tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirais mon Eglise ».

 

Nous voici invités à venir et à rester fidèle à l’Eglise-Galilée, qui seule est dépositaire de la plénitude de la révélation divine et dont la Résurrection que nous venons de célébrer est le saint couronnement qui précède le salut promis à « celui ou celle qui tiendra jusqu’au bout ». L’espérance de connaître le Christ est une réalité légitime qui habite l’âme du croyant, qui pourrait penser que l’Eglise et l’Ecriture sont autre chose que la grâce de rencontrer en esprit et en vérité, Celui qui dit « ne t’effraies pas, car Je suis ton Dieu ».

 

Voici que les Myrrhophores qui ont suivies le Christ tout au long de son existence, sont le prolongement de la parole divine en transmettant aux disciples et à Pierre la parole angélique, parole que résume admirablement notre grande et très sainte Myrrhophore, Marie, la Mère du Seigneur en nous disant « faites tout ce qu’il vous dira ». Nous ne sommes pas disciples de tel ou tel maitre auto-proclamé sage, certes nous bénissons et ne maudissons pas, mais notre seul et unique Maitre absolu est le Fils de Dieu et de la Vierge, telle est notre Prophétie révélée et accomplie que nous confessons et accueillons pour nous enraciner dans l’orthodoxie, icône vivifiante, sainte et sacrée du Royaume de Dieu.

 

« C’est Jésus le Nazaréen que vous cherchez, le Crucifié, il est Ressuscité, il n’est pas ici », avec quels mots dirent l’indicible concernant le Dieu-Homme parfait, l’Evangile de vie nous dit que nous ne devons pas rester planté auprès du tombeau, le Ressuscité nous attend en Galilée qui signifie en hébreu « cercle », ce cercle ne tourne pas en rond sur lui-même, il symbolise le lieu nouveau où nous recevons « la vie, le mouvement et l’être », il est cette réalité divino-humaine qui va de l’œuvre de la Genèse jusqu’à l’Apocalypse, de l’Incarnation à la Résurrection, de la Galilée à l’Eglise, le cercle image prophétique de cette parole du Seigneur « tout est accompli ».

 

L’Eglise nous invite « encore et sans cesse » à venir pleurer au tombeau, à être stupéfait par la force de la Résurrection, à courir en Galilée, mais surtout à revivre cette parole « vous ferez ceci en mémoire de moi », à savoir vous célèbrerez et vous vous réjouirez avec Moi de la fête des fêtes, la Divine Liturgie qui est la splendeur et le reflet spirituel du Royaume.

 

Saint Gabriel de Géorgie dit « si vous saviez combien la Divine Liturgie apporte de grâces et de bénédictions, vous n'hésiteriez pas à ramasser la poussière du sol de l'église pour vous en laver le visage », nous voici à nouveau devant et au cœur de ce feu spirituel de la Divine Liturgie, notre âme se serre et nos yeux se remplissent de larmes non de désespoir, mais comment rendre grâce, sinon en venant célébrer encore et encore l’union spirituelle et sacrée entre Dieu et l’homme. 

 

« Mais dites aux disciples et à Pierre qu’il est en Galilée et que là vous le verrez », c’est donc en Galilée, que nous le verrons, c’est en Galilée que le Seigneur enseigne les grandes lignes de sa vision spirituelle et religieuse, là, il se révèle comme « Pain vivant descendu du Ciel », là où il « envoie ses disciples après sa Résurrection », là où il commence à « évangéliser et à annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume ». L’Eglise orthodoxe est un corps spirituel divino-humain et une icône lumineuse, humble et fidèle du Christ, Eglise dont chacun d’entre nous est comme le cœur dans lequel ce n’est plus Joseph, mais l’Esprit de Dieu qui dépose avec amour, spirituellement et sacramentellement le « Christ Crucifié et Ressuscité ».

 

Dans l’Eglise, le Seigneur ne descend plus de la Croix du Golgotha, mais du Royaume de Dieu, Il vient librement se déposer sur son Autel Saint et accomplir comme Grand-Prêtre et comme Agneau consacré tous ses saints mystères liturgiques. IL nous invite à concélébrer avec lui comme personne et comme communauté, non à l’embaumer Lui qui est la Vie par une myrrhe matérielle, mais à lui offrir de tout cœur et de manière spirituelle le nard pur de notre prière à travers la célébration de la Divine Liturgie, qui est la réalisation parfaite de ce que désiraient déjà avec espérance les femmes Myrrhophores, Joseph et Nicodème, la « venue du Royaume de Dieu sur terre ».

 

Nous sommes venus aujourd’hui dans la sainte Eglise pour y concélébrer ensemble la Divine Liturgie, pour envelopper le Ressuscité non d’un linceul, mais de notre présence aimante, humble et douce. Alors fermons notre corps, notre âme et notre esprit aux soucis de ce monde et tournons-nous vers Dieu seul pour Le recevoir en nous par la sainte Eucharistie. Entrer dans l’Eglise, c’est pénétrer dans l’éternité au cœur du temps et de l’espace, cela mérite que nous nous y préparions avec « crainte de Dieu, foi et amour », le mystère de l’Eglise est indicible et restera voilé dans sa vérité divino-humaine à tout « homme psychique endurci de cœur et à la nuque raide » qui se laisse encore et encore parasiter par l’agitation vaine et pathologique du monde sans Dieu.

 

Aller dans la sainte Eglise, qui est le lieu du renouvellement de notre être, nous demande de sortir de nous-mêmes, d’abandonner nos pensées, paroles et actes du quotidien, au moins pour le temps sacré de la célébration liturgique. Nous ne pouvons pas quitter le monde, si notre écoute, notre vision, notre odorat, notre toucher, notre goût, restent imprégnés de ce même monde étranger à la sainteté divine. Nous ne pouvons pas vivre spirituellement le mystère de l’Eglise, comme le dit le Père Aimilianos, si nous restons encombrés dans notre cœur et dans notre esprit par les cacophonies bruyantes des crises qui perturbent l’équilibre de l’humanité et de la création, notre vie spirituelle pour être en harmonie avec la grâce divine exige que nous renoncions aux illusions du vieil homme, pour œuvrer à notre conversion véritable.

 

L’Eglise de Dieu nous apprendra à déposer le Ressuscité dans notre cœur et à ouvrir notre esprit pour entrer dans la vraie vie en vue de notre résurrection personnelle au Nom de la Divine Trinité. Mais pourquoi déposer le Seigneur de gloire dans notre être le plus profond ? Afin qu’il descende jusqu’au cœur de notre enfer intérieur envahi par les passions depuis notre Chute en Adam. L’enfer est là où nous nous laissons crucifier par nos états d’âme, là où nous ouvrons la porte aux pensées des ténèbres dont les œuvres constituent notre mort spirituelle, là où Satan veut nous emprisonner dans sa haine de Dieu et de l’homme avec la complicité du vieil homme en nous.

 

Que le Ressuscité nous donne par grâce et selon sa Promesse, l’Esprit Saint, qui seul peut réaliser avec nous, déjà ici et maintenant, si nous le désirons vraiment, notre sainte et éternelle vocation qui est de devenir ce que nous sommes par la volonté de notre Père Céleste, des « personnes divino-humaines », dont la seule et unique raison d’être est la « vie éternelle dans le Royaume de Dieu ».

 

Bénissons les saintes Myrrophores et tous les Disciples du Seigneur qui nous ont transmis leur témoignage de la Résurrection du Christ, et clamons à travers l’Eglise par la prière du cœur le « Christ est Ressuscité, en vérité IL est Ressuscité ».

 

+ Syméon

Dimanche de Thomas

 


(Jean 20, 19 à 31)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise Orthodoxe est le cénacle de Jérusalem dont parle l’Evangile que nous venons d’entendre, le Ressuscité apparaît à ses disciples en transcendant les lois naturelles, puisque nous le voyons traverser la porte close. Le Seigneur Ressuscité en tant que Verbe créateur à l’origine du crée, est libre du temps et de l’espace, du matériel et de l’immatériel et peut donc selon sa divine volonté providentielle refonder sa relation à l’homme et au monde.

 

A l’opposé, Saint Paul dans son épître nous montre la hargne du grand prêtre et son entourage, à savoir les sadducéens, qui liés par leur interprétation littérale de la Loi, sont incapables de penser que la Résurrection soit possible, ils sont pleins de fureur, c’est-à-dire à l’opposé même de Celui qui est la Paix absolue et qui vient la donner à ses disciples, et à nous à travers eux.

 

Le Ressuscité peut selon Sa volonté, traverser ce qui est parfaitement scellé, parce qu’Il a acquis par la Résurrection, la liberté absolue qui rend l’homme accompli, maître de la Création de Dieu, Il peut ainsi descendre dans notre profondeur la plus profonde, et la plus inaccessible pour nous dire : La Paix soit avec vous.

 

Tout comme les disciples étaient enfermés par peur des Juifs, nous aussi nous sommes trop souvent, fragilisés par la crainte du monde, liés par nos peurs existentielles, peurs parfois irrationnelles et dues à notre immaturité spirituelle. Alors nous cherchons de tous côtés à nous protéger, et ce faisant nous mettons en œuvre des actes irréfléchis et non inspirés par l’Esprit de Dieu, et c’est ainsi que naît la division dans le Corps du Christ, car nous nous ne sommes plus comme il est écrit dans les Actes des Apôtres « un seul cœur et un seul esprit ».

 

Le Seigneur Jésus durant le temps pascal désire se révéler à notre esprit et nous visiter, alors même que tout est verrouillé en nous, il nous faut donc apprendre à ouvrir les « portes closes en nous » qui empêchent la communion avec le Christ qui est comme le confesse Thomas : notre Seigneur et notre Dieu. De quelle manière et par quelle voie le Seigneur nous visite t-il ? Par la voie de l’Eglise orthodoxe, alors ne nous privons pas nous-mêmes d’une telle rencontre inestimable et écoutons l’Esprit qui nous transmet cette parole du Christ « venez et voyez ». Si donc nous sommes venus pour voir, commençons par écouter pour entendre vraiment et ainsi devenir capable de vivre la Divine Liturgie, afin de récolter en esprit et en vérité, les fruits spirituels donnés par Dieu. Pourquoi craindre et qui craindre, lorsque le Tout Puissant nous dit : « La Paix soit avec vous » ? Dieu bénissant, accueillons et vivons ce Don comme un trésor inestimable, fruit saint et béni, engendré par la très sainte Passion du Christ et donné à l’âme orthodoxe qui croit que Jésus est vraiment ce qu’Il dit être.

 

Contemplons dans la très sainte Présence du Ressuscité, le présent et l’avenir salutaire qu’Il promet à ceux qui le confessent librement comme leur Seigneur et Dieu, Lui encore qui nous dit : « ne craignez pas » et « là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je Suis au milieu d’eux ». C’est exactement ce que les disciples expérimentent aujourd’hui dans leur solitude, face à l’incrédulité du monde religieux, qui aurait dû les bénir et être les premiers à croire et à transmettre l’annonce la Résurrection du Sauveur.

 

Le Ressuscité visite ses disciples avec l’Amour de Celui qui a traversé tous les mondes et toutes les épreuves, depuis le Ciel en passant par la terre et même l’enfer et qui en est sorti victorieux avec l’humanité rachetée, symbolisée par la splendide icône de la Résurrection où notre Seigneur tire hors des enfers Adam et Eve. Nous avons traversé la Semaine Sainte et chacun d’entre nous a vécu la Passion du Christ et sa propre passion selon la mesure voulue par le Père Céleste pour chacun.

 

Notre âme a été brisée comme celle de Marie en voyant son Agneau immolé, notre corps a été rompu par l’ascèse et plus ou moins épuisé par le passage qui mène de la mort à la vie. Tout entier nous avons essayé de réaliser la pâque qui fait passer du péché vers la sainteté, nos cœurs ont répandu les larmes de l’amour crucifié et nos yeux les ont offerts à notre unique  Seigneur Jésus Ressuscité.

 

Nous avons expérimenté les saintes souffrances qui nous font passer peu à peu du vieil homme à l’homme nouveau, c’est-à-dire à l’homme ressuscité. L’Eglise notre mère spirituelle nous a porté avec une infinie douceur durant la Semaine Sainte, car elle sait ô combien nous pouvons être blessés sur les routes de notre cheminement vers Dieu et dans notre existence personnelle et ecclésiale.

 

Notre Père Céleste nous a béni de Ses deux mains à travers la célébration de la Divine Liturgie depuis la résurrection de Lazare, en passant par le dimanche des Rameaux et la sainte Cène et enfin le grand et lumineux Dimanche de Pâque, par les saints Offices priants et de grande richesse spirituelle de la Semaine Sainte. Il a lui-même veillé sur chacun d’entre nous pour que nous puissions vraiment vivre la Pâque du Seigneur et notre propre pâque.

 

Contemplons la sainte Eglise du Ressuscité. Tout est lumière, les portes sont ouvertes y compris celles du Saint des saints, ceci pour nous faire connaître que nous devons nous aussi, nous ouvrir pleinement à la puissance de renouvellement que donne la Résurrection.

 

Vous savez que le temps Pascal est celui où le Ressuscité visite ici et là, certains de ses disciples, comme il l’a fait pour les pèlerins d’Emmaüs, afin de leur donner une parole personnelle à incarner dans leur vie, veillons donc. Prions-Le avec toute la force et la confiance que donne la Résurrection de nous rendre capable de l’accueillir, pour éclairer notre cheminement existentiel. Que le Ressuscité, révèle ou confirme pour chacun et chacune d’entre nous l’ascèse spirituelle qui convient pour réaliser sa vocation, au sein de l’Eglise et du monde.

 

Nous portons notre propre mystère dans notre cœur profond, là où l’homme nouveau caché, aspire ardemment à la résurrection, et ce qui veut nous empêcher d’accéder à la lumière du Ressuscité, ce sont les nuées des pensées inutiles que cherchent sans cesse à nous emmurer dans les taudis insalubres du monde. Mais, ne sommes-nous pas venu aujourd’hui dans l’Eglise divino-humaine, pour recevoir par grâce « ce que  l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, mais que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » ? Alors courage nous dit le Ressuscité « J’ai vaincu le monde ».

 

Le Christ est Ressuscité et à lui soit la Gloire avec le Père et l’Esprit dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

 

 

lundi 14 avril 2025

Dimanche des Rameaux.

 

(Jean 12, 1 à 18)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen.

 


Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à nous joindre à la foule pour venir à la rencontre de Celui que nous confessons comme le Messie d’Israël et le Sauveur du monde, la foule est bigarrée et chaque individu est là, juif ou païen, avec ses propres pensées, paroles et actes devant Celui dont les œuvres et l’enseignement se sont répandues en Israël et dans toute la Palestine.

 

La foule prit « des rameaux de palmier et sortit à la rencontre de Jésus en criant : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Dieu d’Israël », toujours curieuse et même avide de toute nouveauté elle se presse autour de Jésus, le saint Rabbi et Prophète, en criant de toute son âme l’inspiration qui l’habite par ces paroles pleines de sens religieux et spirituel connues comme l’acclamation pour la venue du Messie, Fils de la maison royale de David.

 

Notre être entier ne se resserre t-il pas d’une intense émotion religieuse lorsque nous lisons « voici que Je viens, assis sur un ânon, le petit d’une ânesse », cet ânon porte le Seigneur de gloire qui lui-même « doux et humble de cœur », accepte de voyager ainsi dans une totale et sainte modestie. Cet ânon est aussi la métaphore de l’homme, le petit de l’ânesse c’est à dire de notre sainte et précieuse Eglise, qui a vocation à faire de tout homme ou femme de bonne volonté une « personne porteuse du Christ ».

 

Voici encore cette foule tour à tour ordonnée ou anarchique, enjouée ou révoltée qui se presse autour de Jésus, ce Rabbi puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et parmi les hommes, un spectacle ou l’espérance vivante incarnée dans cette humanité rencontre l’étonnement plus ou moins incrédule qui perce à travers les regards et les cris. Le Seigneur vit dans son âme les drames qui habitent tous ces gens, lui qui est là justement pour les délivrer de toutes leurs aliénations mortifères par la grâce toute puissante de la Passion.

 

N’est-ce pas aussi de cette foule que parle saint Pierre en 1P. 2, 9 lorsqu’il enseigne que « vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, vous qui n’étiez pas un peuple et qui êtes maintenant le Peuple de Dieu, vous qui n’obteniez pas miséricorde et qui aujourd’hui avez obtenu miséricorde ». Ce que proclame saint Pierre, n’est pas réservé au seul peuple d’Israël, mais s’adresse à toute l’humanité autant que celle-ci a le désir de demander une telle bénédiction au Seigneur et de s’engager dans la voie qui commence dans les ténèbres de l’âme et traverse l’existence, icône de la passion inévitable pour l’homme tombé dans les ténèbres du péché qui mène à la mort, cette conversion est le sens même du saint et grand Carême à l’issue duquel l’homme espère la Résurrection avec le Seigneur et Sauveur.

 

Le peuple de Dieu, c’est l’humanité dès sa création originelle, l’effraction par le péché d’Adam et Eve n’invalide en rien cette réalité, et l’incarnation est le signe même qu’il sera toujours possible d’être sauvé, c’est le sens même de toute l’œuvre accomplie par l’Incarnation et la Passion du Seigneur Jésus. C’est aussi pourquoi, le Christ dit « J’ai encore d’autres brebis à visiter », c’est à dire, tout être où qu’il soit et qui se tourne librement vers moi, « Je le sauverais et Je le glorifierais », selon la promesse que l’Esprit a inspiré au Psalmiste.

 

Sans pouvoir développer ici le message de l’Apocalypse 7,9 à12, cette foule à Jérusalem est une préfigure terrestre de la « foule immense, rameaux à la main et de toute nation, race, peuple et langue qui crient : le salut à notre Dieu, qui siège sur le trône ainsi qu’à l’Agneau »,

vision donnée au voyant de Patmos pour la consolation de l’homme et la gloire de Dieu.

« Vous êtes une race élue », parce que, moi votre Dieu, je vous ai crées dans l’amour, la beauté et la vérité et je vous ai revêtu de toutes mes grâces spirituelles dès l’origine de la Création, afin que dans votre liberté vous puissiez choisir de réaliser votre vocation de « fils et de filles de Dieu », cela nous est rappelé dans Actes 17,28 et 29 « c’est dans la liberté que vous avez la vie, le mouvement et l’être...car nous sommes de sa race », puisque nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

 

« Vous êtes un sacerdoce royal », c’est à dire que notre manière de vivre dans le quotidien doit être une icône de la célébration liturgique, au sens d’une prise de conscience que Dieu a créé tous les êtres vivants, n’est-ce pas ce que proclame le Psalmiste en chantant » que tout ce qui vie et respire loue le Seigneur », et que donc, il nous appartient de nous approcher du vivant comme des célébrants pour louer la sainteté et la sacralité de l’œuvre divine.

 

« Vous êtes une nation sainte », au sens du Paume 33,12 « heureuses les nations, dont l’Eternel est le Dieu », ceci confirme la qualité d’universalité du message évangélique exprimée dans cette autre parole du Seigneur « allez enseignez et baptisez toutes les nations au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », ce qui est manifesté à Israël aujourd’hui a vocation à être répandu comme une semence vivifiante dans le monde entier. Combien parmi cette foule croiront que le Seigneur de gloire est là devant leurs yeux « assis sur un ânon le petit d’une ânesse », qui parmi les religieux et les notables pourront croire que la Thora et la loi mosaïque sont ici incarnées et parfaitement accomplies par ce Jésus à l’apparence si humaine qui vient « doux et humble de cœur » au Nom du Dieu d’Israël.

 

« Vous êtes un peuple acquis, c’est à dire, vous avez un prix inestimable à mes yeux et moi votre Père céleste, je n’ai pas hésité à vous envoyer mon Fils Unique pour vous donner à nouveau votre dignité originelle et cela même par le sacrifice inhumain de la Croix. C’est ce qui nous est rappelé en Actes 20,28 « l’Eglise du Seigneur qu’il s’est acquise par son sang », ce sang répandu sur la Croix de la Passion pour le salut du monde et encore en Ephésiens. 1, 13 à 14 « c’est en lui, le Christ que vous aussi, après avoir entendu la Parole de vérité, l’Evangile de votre salut et y avoir cru, que vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage et qui prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis pour la louange de sa gloire ». Si nous le désirons, nous pourrons méditer sur le sens de ces citations évangéliques et Dieu bénissant y trouver les perles précieuses de la nourriture spirituelle.

 

Nous sommes donc par vocation des élus, des rois, des saints et notre valeur réside dans notre être spirituel créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, le « salut » de l’homme dans son  mystère divino-humain échappe à la seule imagination ou seule compréhension rationnelle, mais nous pouvons choisir de croire au « Sauveur » et laisser l’Esprit de toute grâce nous guider à travers « Celui qui est la voie, la vérité et la vie ». L’Eglise est la grotte de la Nativité, l’icône du Jourdain et du Baptême de Jésus, la montagne des Béatitudes sur laquelle nous est transmis l’essence de la sagesse divine, le lieu vivant qui nous donne de vivre la sainte Cène, elle est le Jardin de Gethsémani, le tombeau du Seigneur, le Golgotha, et le témoignage de la glorieuse Résurrection, cette expérience de vie est proposée par « l’Eglise, Corps du Christ dont Il est la Tête » à la liberté de tout homme et de toute femme de bonne volonté.

 

L’Église orthodoxe connaît par expérience combien l’ascèse et l’épreuve sont utiles pour convertir le vieil homme à l’homme nouveau, elle sait aussi que ni l’ascèse ni l’épreuve en soi ne suffisent pour sauver l’homme, car, comme le chante le Psalmiste: « en vain te lèves-tu tôt et te couches-tu tard, en vain manges-tu le pain des douleurs, alors que le Seigneur comble son bien-aimé pendant qu’il dort ».

 

« Voici que ton Roi vient à toi, humble et monté sur un ânon, le petit d’une ânesse ». La véritable royauté est la sainte humilité du Christ, qui de tout-puissant qu’il est dans l’éternité, se rend semblable à la créature humiliée et tourmentée par le péché. Jérusalem est l’icône du Royaume à venir, et Jésus nous invite à le suivre pour renouer le dialogue avec le Père Céleste en acceptant de passer par la Croix, par la Pâque du Seigneur dans la foi, l’espérance et le vrai repentir du cœur.

 

Le Dimanche des Rameaux, inaugure le cheminement ascétique proposé à chaque chrétien orthodoxe pour se préparer à vivre avec le Christ sa propre pâque, sa résurrection et sa vie au nom de la Divine Trinité. Cette liturgie du salut présidée par le Christ lui-même est, ce que l’Eglise orthodoxe appelle « l’ascèse de l’amour », seule indispensable pour entrer dans la métanoïa pascale qui fait passer de la mort au monde et aux modes, à la Résurrection pour la vie éternelle.

 

Le monde ne peut pénétrer dans le mystère de la Résurrection, ce n’est pas le regard du monde sur nous qui doit changer, c’est nous qui devons regarder le monde avec l’esprit du Seigneur, Lui seul, peut nous libérer de l’aliénation de ce monde. Dans Matthieu 21, 10-11, quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la ville fût en émoi: « qui est-ce ? », disait-on et les foules répondaient: « c’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée ». Combien dans cette foule, ont eu un désir véritable de connaître celui qui est vu comme un prophète, et recevoir par la grâce de l’Esprit la certitude que  ce Jésus, est le Messie d’Israël espéré ?

 

La foule anonyme ne peut confesser la divinité du Christ, seule la foi de ceux dont le Christ dit « bienheureux ceux qui auront cru sans voir », peuvent le reconnaître intérieurement en esprit et en vérité. Le père C. Andronikof écrit « le Christ meurt et l’Eglise naît », cette naissance engendre  l’Eglise comme unique source qui transmet la sagesse qui dansait devant la Face de Dieu et dont Dieu se réjouissait.

 

Gloire au Père inengendré, au Fils engendré et à l’Esprit Saint illuminateur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles, amen.

 

+ Syméon

mardi 8 avril 2025

Sainte Marie L’Egyptienne.

 


(Luc 7, 36 à 50)

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen.

 

 

 

Aujourd’hui, l’Eglise nous invite à suivre le Christ chez Simon le Pharisien, pour y découvrir à travers la femme pécheresse, que la grâce divine ne fait pas la discrimination des personnes, là où les hommes inféodés à la dureté de la Loi religieuse sont prompts à juger, lui notre Seigneur ne juge pas, mais élève la personne et le pardon au-dessus du péché. La trame de ce passage évangélique est fondée sur la manière de regarder, d’écouter et de parler ou non avec l’autre. Ce récit nous met en relation directe avec le regard et la parole de Dieu notre Créateur dans le livre de la Genèse où nous lisons : « Dieu vit et dit que cela était bon » en parlant de la création et « Dieu vit et dit que cela était très bon »en parlant de la création de l’homme. 

 

Simon le Pharisien fin connaisseur de la Thora, enferme cette femme dans ses actes contraires à la morale religieuse de son temps, il ne voit pas en elle une personne et donc ne lui adresse aucune parole. Mais pour comprendre l’attitude de Simon, et éviter nous-mêmes de le juger, nous devons nous souvenir que la Loi est accueillie par Israël comme l’expression absolue de la volonté divine, elle est vécue comme « parole et alliance qui vient de Dieu et mène à Lui, elle est sa voix et la voie ». Mais le Seigneur éclaire le sens de la Loi en soulignant « qu’il n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir », il déclare donc la Loi bonne mais inachevée, elle dit la vérité divine mais elle doit aussi donner l’amour divin, l’œuvre du Messie par l’incarnation est de réaliser « l’union de la vérité et de l’amour ». Simon le Pharisien n’invite pas le Rabbin Jésus parce qu’il l’aime, mais parce qu’il a entendu parler de lui et que cela a suscité chez lui une sorte de stupeur mentale devant les œuvres accomplies par ce Rabbin au milieu d’Israël.

 

Et nous les enfants de l’Eglise orthodoxe, invités non par des hommes fussent-ils des religieux, mais par Dieu lui-même, pourquoi n’imiterions-nous pas avec simplicité et confiance cette femme pécheresse, en déposant aux pieds du Seigneur, notre demande de pardon pour nos péchés ? A chaque fois que nous osons juger un homme ou une femme, nous devenons des pharisiens durs de cœur et sans esprit, nous rendant indignes de communier à la table spirituelle qui nous propose de goûter combien le « Seigneur est bon et doux ».

 

Ainsi Simon le Pharisien juge t-il cette pécheresse comme perdue et indigne de pardon, car pour lui, la Loi mosaïque est au-dessus de tout et de tous, elle est pour lui la sagesse spirituelle absolue, à laquelle ce Rabbin Jésus devrait lui aussi se plier, c’est pourquoi prisonnier de la Loi, il est sans compassion envers la femme pécheresse et sans justesse envers Jésus et ose se dire en lui-même « si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche ». Là où la femme pécheresse reconnaît Jésus comme un Prophète de Dieu, Simon lui doute de Jésus, et le rabaisse au niveau d’un individu sans discernement. Malheur donc à nous, si sous prétexte que nous sommes « orthodoxes », nous jugeons le monde comme corrompu, en nous autorisant à mépriser les autres, sur la seule foi de notre ressenti non purifié par l’amour et la vérité divines. L’Ecriture sainte nous invite au contraire à imiter cette femme, et à venir nous prosterner aux pieds du Christ, pour y verser les larmes d’un repentir sincère.

 

Que nos prières liturgiques et personnelles soient comme une huile parfumée et sainte répandue sur la tête du Christ, que notre attitude entière soit une louange à la Divine Trinité, que notre présence dans l’Eglise soit une icône fidèle et un témoignage véridique de notre désir d’aimer le Seigneur. Si avec la grâce divine nous essayons vraiment avec modestie d’imiter cette femme, en nous prosternant aux pieds du Christ de manière orthodoxe, c’est à dire, avec la dignité que nous devons à notre Seigneur, alors nous aussi, nous entendrons le Seigneur nous dire « tes péchés te sont remis, ta foi t’a sauvée, va en paix ».

 

Ni l’Eglise ni le croyant ne doivent se laisser impressionner par les illusions du monde déchu ou par les minuscules pouvoirs des soit disant « maîtres du monde », que ceux-ci soient des religieux ou des non religieux. Si le Christ libère cette femme, est-ce pour qu’elle se retrouve aliénée, sous de nouveaux commandements élaborés par telle ou telle communauté religieuse.

 

Notre sainte Eglise orthodoxe a reçu en plénitude le trésor inaliénable de la sagesse divine, afin que tout homme et toute femme de bonne volonté puisse se libérer de l’esclavage du péché, et se restaurer à nouveau dans la beauté et la vérité divines. Avez-vous remarqué que ni Simon ni le Christ n’invite cette femme à la table pour partager le repas ? Le Seigneur accomplit ce que lui-même enseigne dans le saint Evangile, lorsqu’IL appelle à « ne scandaliser personne ». C’est pourquoi pour ne pas scandaliser cette femme qui vient vers lui, il la laisse exprimer son amour et son désir de conversion en se laissant « toucher » par elle, selon le reproche de Simon le Pharisien. Mais le Seigneur discerne aussi « l’état spirituel de Simon » et il sait que celui-ci n’aurait pu supporter que cette femme soit invitée pour partager le repas avec eux, ainsi le Seigneur ne s’impose ni à l’un ni à l’autre.

 

Cette parabole fait écho à cette autre rencontre du Seigneur avec une femme adultère, ici, Simon le Pharisien toise et juge durement cette femme, là où le Christ baisse les yeux devant la femme adultère et écrit avec son doigt dans le sable, ce que faisant, le Seigneur rappelle à tous ceux qui étaient présents et prêts à lapider la femme, qu’ils « sont tous tirés de la terre et qu’ils retourneront à la terre ». Qui sommes-nous donc pour asséner un jugement à partir d’un simple ressenti, « poussière et cendre », éphémère au sein d’un univers qui survit à des nuées d’êtres humains, prions notre Seigneur de nous accorder la grâce d’unir en nous la vérité avec l‘amour, pour la seule gloire de Dieu, notre Père et Créateur.

 

Voici donc que cette femme pécheresse a reçu le pardon divin parce que comme le dit notre  Seigneur « elle a beaucoup aimé », alors que Simon malgré son respect obsessionnel de la Loi, reste prisonnier de la lettre qui étouffe son esprit, l’enferme et l’empêche en vérité de connaitre le retournement intérieur et d’engendrer des fruits pour la vie éternelle. Le Christ ne juge ni Simon ni la pécheresse, il donne à l’un et à l’autre la possibilité d’accéder à la grâce qui peut ouvrir leur être à la vie en Dieu, dans l’Eglise et dans le monde. Le charismatique, saint et divin Rabbin Jésus ne bénit ni le péché de la femme ni le jugement de Simon, mais les invite à le suivre en Dieu pour aller vers leur seule véritable vocation qui est spirituelle et divino-humaine.

 

Dieu ne bénit jamais le péché mais il accueille toujours le pécheur ou la pécheresse selon cette parole que le prêtre dit après la confession au moment de l’absolution « Dieu ne veut pas la mort du pécheur ou de la pécheresse, mais qu’ils se convertissent et qu’il vivent ». C’est pourquoi, nous croyons avec une pleine confiance que « Dieu aimera toujours infiniment plus le plus grand des pécheurs, que le plus grand des saint ne pourra aimer Dieu », méditons cette parole de profonde consolation.

 

Au Père donateur du Festin divin, au Fils notre nourriture éternelle, à l’Esprit Saint qui nous

guide vers la table divino-humaine, soit la gloire dans les siècles des siècles, amen.  

 

+Syméon